‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 72 sur 84 · PA IL ROIIUHAC.II 2<'>I · texte numérisé non relu

PA IL ROIIUHAC.II 2<'>I

formes de nature dillérente par lesquelles s'exprime le môme principe : la conservation matérielle et morale des nations. Ce n'est donc pas seulement la meilleure stratégie, c'est la meilleure politique tout simplement : d'être très fort, d'abord dans Vensemble, et ensuite sur le point décisif. Mais nul ne peut être tellement f'oit qu'il puisse, à lui seul, all'ronter n'importe quelle coalition de ses adversaii'cs. L'art de la politique consiste dès lors à rechercher des relations avec d'autres nations et d'autres Ktats, par la culture desquels nous puissions augmenter notre pro]>re Corée et diminuer, par contre, celle de l'adversaire.

Ihid., p. iGi.

i5. (Unnnient finira la ffuerre mondiale.

La guerre sera décidée en grande partie sur le sol oriental. Il y va des Dardanelles, il y va de lEgypte. Peut-être est-ce seulement la première guerre punique que nous faisons; peut-ètie la seconde suivra t-elle dans quelques années, si le grand conflit des nations ne peut être réglé cette fois-ci. Mais la décision surviendra en Orient. Je n'en donnerai qu'une raison à l'appui. Qu'on fasse avec l'Angleterre ce (ju'on voudra, qu'on lui porte des coups n'importe où : tant (ju'elle conservera l'Egypte, elle aura le canal de Suez et, par lui, elle tiendra de sa main le monde enchaîné. C'est par le canal de Suez que passe la route vers tout le pourtour de l'océan Indien, de même que vers l'Océan Pacifique, la Chine, le Japon et toute l'Asie orientale. L'Angleterre n'est pas seule à avoir des intérêts dans ces parages, mais tous les peuples commerciaux et civilisés de l'Europe, l'Allemagne, l'Italie, la France, sont tenus, s'ils veulent progresser et vivre au

a6a LE PANGERMANISME COLONIAL

point de vue économique, de prendre part an develop" pement des territoires de l'Océan Indien et du Pacifique. Or, si l'Angleterre reste maîtresse de TÉgypte, elle sera à même également de fermer ou d'ouvrir, à son gré, à tous les peuples intéressés, cette route qui conduit vers des territoires de culture mondiale. Si nous, Allemands, nous voulons réellement obtenir la liberté pour notre activité d'outre-mer, il faut que l'Angleterre soit expulsée dEgyjite. Nous ne voulons pas y être les maîtres, nous nous estimerons satisfaits si l'Égyptç redevient turque. Les Turcs sont une puissance militaire appréciable. Ils n'ont pas une vie économique si développée, ni d'intérêts économiques tellement importants que l'idée puisse leur venir d'exercer comme les Anglais une tyrannie sur le canal de Suez et en Egypte ; mais ils se contenteront, au point de vue militaire, de préserver le pays d'une domination étrangère. C'est là l'état de choses qu'il nous faut. Tant que l'Egypte ne sera pas restituée par l'Angleterre, il ne saurait être question pour l'Allemagne de la possibilité pleine et entière de se développer par delà les mers. Par leur alliance avec nous, les Turcs font maintenant lexfjerience de l'avenir florissant qui les attend. Si nous sommes victorieux ensemble, comme je le crois fermement, sinon dans la première guerre, du moiwi dans la seconde, d' une façon définitive et durable^ les Turcs verront que cette alliance avec l'Allemagne les fera progresser au point de vue économique, polilique, intellectuel, cultural et matériel. Nous nous garderons de nous poser vis-à-vis d'eux en maîtres ou en protecteurs; nous serons leurs amis et leurs éducateurs. (]'est de l'expérience que les Turcs feront avec nous que dépendront dans la suite notre prestige et nos succès an])rès des autres ])euples orientaux, les Perses, les Afghans, les Hindous musulmans, les .Vrabes et les Egypli<'ns. Si nous avons triomphé en compagnie des Turcs, il va de soi que ces peuples

PAUL ROHRBACH 263

nous demanderont des professeurs, qu'ils nous enverront leurs fils comme élèves. Nous pouvons être assurés qu'un flot important d'instituteurs allemands, d'ingénieurs allemands et d'autres forces se déversera vers les pays orientaux. De même qu'à l'heure présente, il y a en Turquie d'Asie de 600 à 800 écoles françaises contre une douzaine d'allemandes à peine, de même, on peut espérer qu'au cours d'une génération, ce rapport sera renversé. Quel courant d'influence allemande partira de l'Allemagne vers l'Orient! Quels changements se produiront en Orient, quand une fois — peut-être d'ici quelques tlizaines d'années — les choses en arriveront à ce point que des centaines et des milliers de jeunes gens de l'Orient n'iront plus comme aujourd'hui à Paris, à Genève ou en Angleterre, pour y chercher une culture académique et technique, mais en Allemagne! Si nous restons victorieux dans cette guerre, c'est à nous que va échoir la transformation politique et intellectuelle de l'Orient comme celle de l'Afrique. Cela ne rentre pas dans la politique coloniale de l'Allemagne, au sens étroit du mot, mais cela fait partie, je pense, de la politique allemande d'outre-mer. Nous n'avons pas le droit de prétendre exercer une tyrannie sur les j)cuples orientaux de Suez à Singapour, de l'Euphrate à l'Iudus, comme le font aujourd'hui les Anglais. Il n'est pas du tout contestable qu'à cet eflet il nous faudra encore apprendre beaucoup et acquérir une forte dose de ce tact d'outre-mer, que nous sommes loin de posséder en abondance, pour nous acquitter d'une telle mission. Mais cette grande tâche <^lle-mèrae nous en fera acquérir le sens.

Unsere kolonialc Zukiinftsarbeit [Notre tâche coloniale future), iQiS, p. 60-64.

Maximilian HAUDKN

LE PANGERMANISME NATIOXALLIItKllAL OUTUANCIEU

11 n'y a pas lieu de reproduire ici la description que nous avons faite de la vie de Maximilien Harden dans notre volume sur le P anger inaniHJne continental soatt (hiillaiwic II. N'ous reproduisons des articles qui ont eu, au moment de la crise d'Agadir, avant elle et ai>rès elle, nue vraie célébrité. Ils pnl le caractère de la propagande ordinaire de llarden. 11 l)lesse dans leur susceptii)ilité les dirigeants, en leur reprochant^ de la couardise et de l'incapacité. 11 les met en présence de hi grande mémoire de Bismarck : et, auprès de ce géant, les trouve de taille médiocre. Il les traite d'u Excellences d(^ hasard ». Hésitent-ils à agir, il les couvre d'outrages. Se tlécident-ils à des actes, comme l'ut cette résolution de liiilow, ([ui imposa la conference tl'Algésiras, sous menace de guerre, il .se gausse des sonneries triomphales, par lescpu^les l'AUemagiic couvrit une retraite trop visil>le et trop («videmment nécessitée par l'insuccès des Alleman<is auprès de la majorité des négociateurs anglais, russes, italiens, américains. Après le geste d'Agadir, dont l'Allemagne a tant espéré, et qui ne lui rap|>orta «pie l(> Congo (cc ipii l'iil pour la l''rance un don loureux saeri(ice), Harden s'<''verln(» à grossir la déception dont s'irrite l'Apret»'- allemande Irompt'c dans s(vs convoitises. 1! ('allait à l'Allemagne pour le moins toute l'AInssinie, et tout le Mar(»c, avec des positions slrati''gi(in(\s capables «le mena cer militairement à la l'ois l'Algi'rie Irani^-aise et les communications navales anglaises avec ri"]g vpte et avec les Indes.

I*ourlaiit Bismarck avait conseilh' à l'.MIemagne de ne pas loucher au Maroc, parce (|u'il t'-tait, connue l'I'lgypte, un adimcnt de «liseorde entre la I"'rance el l'Aniilelerr*». ('ounnent

' MAXfMII.IAX HAUDEN u65

lltirdea peut-il concilier sou plan (léuiesuré de conquête niîi rocaille avec l'approbalion qu'il donne à la i»olilique l)ismarckienne sur ce poinl-ià pi-éciséuient? C'est la contradicliou Ibncière qui existe dans la doctrine panj?erniuniste. tille s'autt>rise tlu niéconlentenieut où s'enferniait le Bismarck solitaire et gronunelant des dernières années. Mais si hargneux ([lie fût Bismarck durant ces années de sa retraite, il restait prudent et se préoccupait de ne pas attirer sur l'Allemagne les forces de toutes les nations européennes coalisées. Il suscitait et entretenait entre les nations des jalousies qui les em|)êcliaient de se rejoindre. Pensée très sage, mais qui demandait aux Allemands de modérer bien «les appétits. Les pangermauistes ne connaissent pas cett*^ modération. Le souvenir (piils ('-veillent des comldnaisons politi(iues de Bismarck atteste cepeiKJaut <pie les pir<'s pangermauistes n'ont pas lait entrer en ligue de compte, dans leurs calculs, l'intervention militaire des trois grandes puissances: et ils ont espéré, jnsfju'an dernier moment, disjoindre la Triplel'jitente.

Page 1