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sans fil vont à Tanger et à; Casablanca (où, le 3o juillet, 9 Européens ont été assassinés^. Mazag-an, lui aussi, se sentant menacé, exige un navire de guerre ; et le chargé d'aftaires allemand, au nom de ses compatriotes, appuie ce vœu auprès du comte Sainte-Aulaire. Le Du Chayla ira là-bas; on ordonne à son commandant de veiller également à la protection des Allemands dont la plus grande partie habite hors du mur d'enceinte de la ville. M. de Langwerth remercie. Le secrétaire d'Ktatvon Tschirschky dit au représentant de la République à lîerlin : « Des événements de cette nature nous trouvent tous solidaires; vous verrez eouibien notre i>olitique est loyale. » Et deux jours après, à l'ambassadeur Jules Cambon, qui a été transféré de Madrid à Berlin : « Votre action énergi«[ue a toute notre sympatliie. » Et le i'r ère Paul entend tomber des lèvres de Grey : « La France ne pouvait pas agir autrement qu'elle n'a fait, et je considère comme une heureuse fortune qu'elle ait été forcée d'intervenir énergiquement. a L'ordre et la concoi-de sont parfaits. Qu'avait fait la France? Bombardé la ville de Casablanca avec des bombes à la melinite, puis occupé ce port de l'Atlantique, qui, héritier d'une vieille colonie portugaise, avait été à Algésiras l'objet de vives contestations. Les Finançais et les Espagnols ont-ils aussi le droit d'organiser la police? Non, avait dit l'Allemagne; et, par son veto, elle aurait réussi à faire charger de cette organisation un inspecteur suisse, si elle n'avait cédé bien trop vite. La France, une fois de plus, fit triompher sa volonté; elle fit à la province de la Ghaouïa et à l'arrière-pays de Ca.sablanca, nonjias à vrai dire dès le début, le plaisir de leur donner des troupes de protection. Elle préfère guetter l'occasion de montrer au Maghreb, qui paraît avoir oublié la leçon d'Oudjd», le meilleur de ses tours de force. Le bombardement chasse de leurs cavernes un tas de gens sans aveu. De toutes parts accourent des Kabyles en furie ;
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on vole lout ce qui tombe sous la main. Pour sauver leur jMîau, les Européens se réi'ujfient sur les navires du port. Des jeunes filles israélites subissent les derniers outrages en pleine rue et des douzaines sont enlevées par les Chamites comme esclaves de joie. Les canons des navires l'ont rage contre la ville ouverte et sans défense, comme s'ils avaient affaire à une place forte maritime vomissant le feu. La Conférence de la paix tient alors ses assises à La Haye, et M. Bourgeois est peut-être en train de faire un discours sur le devoir sacré d'humaniser la guerre. M. Clemenceau, président du Conseil des ministres, boit à Carlsbad des eaux fortifiantes et M. Pichon, son portedrapeau, jure ses grands dieux que la République ne songe pas à une conquête, qu'elle ne projette aucune expédition à l'intérieur et qu'en tout état de cause elle sauvegardera la souveraineté du sultan et l'intégrité de son Empire. L'occupation des deux villes n'a fait seulement qu'accroître l'autorité du souverain île race basanée ; le bombardement a ouvert davantage encore la porte ouverte. Tout est pour le mieux. La bonne nouvelle rapportée alors de Kiel par MM. Albert Honoré de Monaco, Gaston Menier et Eugène Elieiuie, est reconnue exacte. En 1905, nous voulions contester à la Uépublique le droit à la prépondérance au Maroc, l^^n 1907, elle le prend d'elle-même^ à main armée, et crie bien haut qu'il lui appartient : et de lierlin elle reçoit la réponse <|ue nul homme raisonnable n»^ jieut y faire <robje(tion.
Et les choses continuèrent à marcher iie la sorle. Reconnaissance de Moulcy-Hafid ; affaire des déserteurs; cas Mannesmann : toujours l'Allemagne a reculé ; et toujours on u liurlé à l'oreille îles crédules All(Mnan<ls «m'une fine di|)lomatie avait alors remporté une victoire définitive. Pour effacer les l'ides du front d'Etlouard, on conclut prccipitaniMicnl, en février i<)09, un ti-ailé \ti\v lequel l'Empire allemaïul s'engage à ne pas empêcher la
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République française de sauvegarJer ses droits spéciaux au Maroc. Pour défendre la France contre les revendications judiciaires des frères Mannesmann de Rerascheid, on publie à la ^^'ilhelmstrasse un livre blanc qui rassemble minutieusement des arguments tirés de tous les coins et recoins contre le droit de citoyens allemands. Non seulement M. de Bethmann approuve cette démarche, mais il en fait encore l'éloge de vive voix, et jl dépêclie le chef du ministère à Paris où une pareille justice fut rendue possible. Les Français avaient obtenu de l'Europe (avec l'assentiment de l'Allemagne) le droit, qui leur avait été contesté à Berlin, de faire régner l'ordre au Maroc, et ils n'avaient plus à craindre d'obstacle important sur leur chemin.
Et l'Acte d'Algésiras? Un vi'iicrablc parchemin; un expédient selforçant de concilier l'inconciliable ; dans le premier article, la souveraineté et l'indépendance du sultan sont j)roclamées, de ce sultan que les iSa paragraphes suivants désarment, en le j)laçant sous le contrùle financier et la surveillance de la police, (^ue permet et qu'interdit l'Acte? Le socialiste Gérault-Uichard pense que d'après la lettre et l'esprit de cet Acte, le bombardement de Casablanca était une nécessité. M. de Tschirschky, en tant que porte-parole du chancelier, est de la même opinion. Si celle-ci est fondée, tout est à peu près permis aux Français (aux([uels l'Acte donne en effet de tout autres droits qu'à nous). Et l'accord de féviner dit sans équivoque que l'Allemagne ne continuei'a qu'à veiller à ses intérêts économiques dans l'Empire chérilîen. (A une demande «lu j)riuce sur la provenance d'une jolie pièce de Sèvres, on dit que M. de Kiderlen aurait répondu : « Voilà le cadeau que les Français m'ont fait quand je leur ai vendu le Maroc, «i Se soucic-t-on en général des capitaux et du commerce de l' Allemagne? MM. Pichon, Caillaux et le baron «le Schœn agitent dans leurs entretiens
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toutes sortes de projets. A la frontière du Congo et du Cameroun on pourrait l'aire quelque chose en commun : mener une ligne de chemin de fer du territoire allemand, pai* les possessions françaises, jusqu'au cœur de l'État du Congo et exploiter le pays ainsi mis en valeur par des capitaux franco-allemands. Mais Pichon tombe; le ministère Monis îperd la tète ^Berteaux) et le projet de construction de la ligne, qui ne jdaît pas au ministre des colonies, jaunit dans les archives. Et voilà qu'on annonce juste à temps que des officiers i'rançais et autres Européens sont en danger; que Mouley-Halid, ne pouvant pas tenir par lui-même, a imploré le secours des Français. La colonne Moinier avance et délivre; la capitale chérilienne de l'encerclement des ennemis. Cela est-il interdit par l'Acte d'Algésiras?Non; si la ^luissance à qui a été confié l'exercice de la police, en vertu d'un mandat de l'Europe, est priée par le sultan de lui envoyer des troupes, elle a le droit de déférer à ce vœu. G'Cst à Oudjda et dans la Chaouïa, et non pas par l'expédition de Fez, que cet Acte a été troué. A la Chauihi-e des communes, sir Mdouard Grey dit : » ^ous aurions prié la France tie rendre ce s<»rvice, si elle avait hésité dans son action. » De Berlin ne part aucune protestation. D'abord on dit tout haut : toute nouvelle violation de l'Acte nous rendra notre ancienne liberté de résolution ; puis on ajoute bien bas : dès que les Français se seront ad«)Ucis nous ferons pavvonir notre reclamation. Eiisuile rialention drop lût divulguée par des bavardages) d'envoyer trois croiseurs au Maroc, démentie brutalement, et ce bruit mis sur le compte d'inlames calomniateurs. De Ki^singcn, M. Cambon apporte Ja nouvelle à Paris que la communication d'après laquelle les hommes de Moinier quitteraient bienti^t l*'ez, avait reçu un accueil fort amical de la part du secrétaire d'Etat |>our les aiVaires «'Irangères. Les Français ne devaient-ils j>as néeesHairoment ponaor.
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diaprés ce qu'ils avaient vu depuis six ans, en entendant parler du départ de la « Panther », qu'on tenterait à Agadir, comme après Moukden, de se soustraire à un devoir assumé précédemment? Ils l'ont pensé; ils ont dit et écrit : « Voilà comme sont ces Allemands ! Dans les jours sombres, ils acceptent tout, ils sont disposés à n'importe quel traité; et ils brisent tout le monde quand ils croient que le lendemain il fera du soleil pour eux. 11 faut chasser de leurs esprits cette illusion. Alors ils se blottiront dans leur petit trou de souris, comme en 1908, devant la dureté froide de Clemenceau, et jureront de la imreté de leur intention. »
Ziikiinft, 29 juillet 1911, ]). i38-i47.