‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 75 sur 84 · Iiisujfïsnnce du coup (V Agadir · texte numérisé non relu

Iiisujfïsnnce du coup (V Agadir

Voilà où nous en sommes encore une fois. Faut-il que la honte et le dégoût nous étreignent à la gorge? Non* Des paroles franches sont nécessaires ; tellement claires et éulîi'giques qu'elles ne puissent pas ne 2)as être entendues dans les régions supérieures de rEmj)ii*e.

Des l^xcellences de hasard ne doivent pas nourrir l'illusion que la destinée de l'Allemagne est subordonnée à leur caprice. Si, derrière leur résolution de montrer le poing aux puissances occidentales, il n'y avait pas la volonté inflexible d'assumer vaillamment toute conséquence, même la plus désagréable, leurs actes procèdent d'une folie scandaleuse. Que voulaient- elles donc? l ne noble erreur croit : le Sud du Maroc. (]ette eri'eur est née du viril sentiment que l'Allemagne a besoin d'espace et qu'elle n'a pas le droit de continuer à assister au pai'tage de la terre avec abnégation. Cependant îles patriotes

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scriciix ne «loi vent pas entretenir cette illusion. La «lig^nite et Tintérèt de la nation nous montrent d'auti'(^s voies. Un empereur et trois chanceliers ont bien assuré trente fois en trente ans que l'Empire ne poursuivait au Maroc aucune possession territoriale. Si nous en prenons à i)résent la moindre parcelle, la i)reuve sera laite que toutes ces assurances n'étaient que ])ropos hypocrites- D'ailleurs, une telle acquisition nous alTaiblil, au lieu de nous fortilier. Klle l'ait de l'Allemagne un tampon entre l'Angleterre et la France et accumule sur nous la défiance de toutes les contrées soumises à l'Islam. Nous pourrions dire que l'airogance hostile des puissances occidentales nous délie de toules nos obligations imposées par les traités; qu'elle nous délivre des mots ([ui nous empri- .sonnenl; qu'elle contraint un Empire résolu à reprendre la vieille polititjue de conquête de la Prusse, pour sauvegarder son dix)it à l'existence. Nous ]>ourrions renouveler la tentative, (pii n'a pas réussi aux Romains ni aux Vrabes, de dompter les bandes guerrières du Rit et de l'Atlas. Tout le Maroc à l'Allemagne; des canons allemands tout près de la route maritime de l'Egypte et des Indes; des troupes allemandes à la frontière algérienne. \'oilà au moins un objectif (jui .st'rail digne de gi-ands sacrilices. Un condominium? Ce serait un fardeau ])lus qu'un gain, dette considéi-ation eût dfi déconseillci" le coup d'Agadir, (hiiconciue, «'n de telles circonslanccs, envoie un navire de guerre dans un port fermé, donne à penser cpic son geste a la signification .suivante : « .l'y suis, j'\ reste; ■> el, si après <ju<'l(jue temi)s il évacue la rade, on lui im|>Ml«'unc lAclie reculîulc. (hianl àcettr (iclie de con.solalion <pic, tout ctanl perdu, nous pourrions (piand même, par celle comédie de la Ptinthcr, ohlenir «pirUpn^ cho.se «lans l'Ouest africain, et que « mieux vaut |(eu (jue rien », nous la rejmussons. Nous ne voulons pas de poiirhoirr pour un assentiment donné' à des agisse-

MAX1MILI/^.N HARDEN a8l

mciits que nous avons condamnés, jour })ar jour, comme contraires au droit. Si l'on s'en tient à une simple grimace, l'alliance franco-britannique sera nouée d'un lien indéfectible pour toute une génération, et l'iiégémonie anglo-saxonne sera assurée pour un siècle dans l'Ancien et dans le Nouveau-Monde : perte plus grande pour l'Em- ])ire allemand que toute compensation qui lui serait donnée sous forme d'une colonie tropicale ou subtropicale. Une rupture violente des négociations avec la France et une lutte non déguisée avec elle, que toute pai'ole provocatrice de sa part exposerait alors à la guerre, serait encore préférable à l'acceptation d'un lambeau (l'accommodement. La solution la plus utile? Quand ou jx'ut uiettre en campagne 5 millions de soldats allemands, on est à même de prescrire aux Français les conditions auxquelles peut être acquis l'Empire Nord-Afri- <îain, la nouvelle France, avec ses divisions de troupes brunes. Si l'on n'en a pas l'énergie, on n'avait pas le droit de se risquer dans la ligne de feu des railleries de l'Europe, (le n'est pas ilans le Souss ni au Congo que nous voulons une compensation. Il y va, dans cette lutte, de la puissance, de l'avenir de l'Empire allemand. Encore une découliture, une reculade timorée, et, seul, le glaive [)ourra sauver ce que la langue et la plume auront mis (Ml p»''ril.

Ziilninjt, 39 juillet \\)\i, p. i5o-i5i.

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