‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 77 sur 84 · MAXIMILIAN HARDEN · texte numérisé non relu

MAXIMILIAN HARDEN

plaindre de lu violation du traité (d'Algésiras), la « compensation » perd l'odeur d'urine qui ne peut qu'irriter le nez non habitué aux vilains trous. L'indépendance du sultan jfarantie par l'emjjereur et l'Acte (d'Algésiras) déclaré dix fois sacré, nous n'avons pas le droit à aucun prix d'en trafiquai-, tant que nous éprouverons le besoin de l'estinK? de nous-mêmes et des honneurs internationaux. Il l'allait dire aux Français : « Vous faut-il maintenant aller plus vite au but que vous ne pouviez le supposer en 190;)? Parfait. \ ous pouvez demain obtenir le Maroc et ainsi être assurés d'une position de grande puissance dans le Nord de l'Afrique. Mais, nous aussi, nous sommes trop à l'étroit chez nous ; beaucoup plus que vous. Vous aurez le Maroc ; l'Angleterre, l'Egypte avec le Soudan et le sud de la Perse ; l'Autriche, deux grandes pi-ovinces balkaniques : et nous? 11 faut bien également que nous rapjiortions chez nous quelque chose. Il faut au moins que vous fassiez preuve de bonne volonté, que vous nous aidiez, même au prix de (juelques sacrifices, à atteindre notre but, si vous voulez que nous vous aplanissions les voies pour pouvoir atteinilre le v<^tre au galop. »

Que devons-nous exiger? Pas une bribe de pays tropicaux dont l'avenir est d'une valeur incertaine; pas de port au Maroc, qui, selon le mot ironique de l'amiral John b'islier, fournirait à la Hotte anglaise une occasion à souhait lie remporter pai- un bombardement une rapide victoire sur une possession allemande; pas non plus Fer-^ uaiido-Po, quoi qu'en ait M. Jesko von Puttkamer ; rien absolument de ce qui appartient à une puissance occidentale. Je ne vois plus qu'une possibilité de sortir de l'impasse, sans perte de prestige inacceptable, et sans guerre (et une t(îUe guerre ne commencerait plus en septembre comme elle eût pu débuter dans le i^remier tiers de juillet;. Le pire, c'est l'insolence internationale que les

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ministres anglais ont cru pouvoir nionlrer impunément à notre égard et qui a été acceptée jusqu'à ce jour, sans un mot de réplique, par un chancelier impérial allemand, qui dispose d'un budget militaire d'un milliard un quart. Il faut que cette insolence se paie." Les traités du 8 avril i()o4 et du 9 février 1909 <mt perdu leur valeur. Il faudrait qu'un nouveau traité au sujet de l'Afrique attribuât l'Egypte à la zone d'intérrts de la Grande-Hretagne; le Maroc, à celle de la France: VAb)'ssinie, à celle de l'Allemagne. En outre, ces trois grandes ])uissantes recevraient les mêmes droits économiques dans les Etats de race basanée. Alors les Allenitinds qui ont de la fierté pourraient être satisfaits.

Zukuuft, 2() août 1911.

6. Déception du peuple alteniaiu/ thvant le traite franco-allemand du 4 iKH'cinhrc igii.

Depuis soixante années, nul (louverneraent à lîerliu n'a subi une défaite même approximativement comparable à celle qui est maintenant visible. Celui qui ne veut être ni sourd,, ni aveugle, qui ne veut pas se laisser enlacer par nii lîlet tissé d'imposture sait aujounl'hui que cette délailc honteuse «loit être insci'ite unicpiement au compte île MM. de Hethmann et de Ki<lerlen. La faute en est à eux seuls; personne d'autre n'a contribué le moins du monde à prt'parer ce désastre par une supériorilé de j>uissanee, par la perfidie ou par la trahison. Des einonslanees atténuantes*.* l'as une. Ce à quoi tous deux visaient, d'après leurs déclarations faites dans des interrogatoires ])ul)li<s ou secret.s, on pouvait l'obtenir sans aucune «espèce de bruit, sans la moindre: contrariété ])ar un travail de huit jours. Ils voulaient donner aux Français le «Iroit de faire du

MAX J MI MAN IIARDKX îiHS

Maroc une province de lu République et moissonner, en <lé<Iommagcment, quelifues lambeaux d'une terre équatoriale insalubre, marécageuse, inhabitable à la longue pour les Européens, grevée de monopoles [)ossédés par des sociétés et exposée à la maladie du sommeil. Dans leur reconnaissante vénération pour l'exploit héroïque de IJrazza, les Jacobins eussent, tout au |>lus, pour un court moment, éprouvé de la répugnance pour cette affaire avantageuse. Depuis six ans, on avait parlé <Ie céder ces Tractions du Congo; on les avait même écartées à titre d'échange, parce qu'une partie précieuse du domaine du Cameroun devait èlre, en retour, mise dans la balance; puis voilà qu'est tombée la barrière légère faite <le fierté nationale et de piété. « Ce que l'Allemagne gagne, a dit un Français en novembre, les puissances, grandes ou petites, ne le lui enviei'ont pas. o Un évêque français a exprimé la crainte que l'AIlemugne n'entre en fui'eur, une fois qu'elle aurait api)ris à aiqirécier à sa juste valeur ce que ces négociations lui ont donné; et M. de I^indequist a jeté i^ar-dessus bord toute dignité professionnelle et tout moyen d'action pour n'être pas dans la nécessité de dire au Ueichstag ([u'il espérait pour l'Empire, à brève échéance, un jirolit quelconque de ces nouvelles pointes de terre et de ces bouts de marécages. Nul tissu de menscmges ne peut masquer le lait certain, à savoir qu'une oll're polie eût amené un accord beaucoup ]dus rapide que (•<'tte brusque démonstration d'un navire de guerre, qui ne pouvait pas ne pas être ressentie comme une pression et une menace; nul tissu de mensonges ne peut masquer ce fait que, dès la première moitié tie juillet, trois semaines avant le bond de hi Panther, M. Jules Cambon s'était déclaré prêt à recommander à Paris une entente telle qu'elle a été signée cinq mois après. ¥a l'Angleterre? Elle se seiait réjouie sincèrement, à toute heure, d'une entente semblable. (Un béjaune, ne fAt-il même en

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état, politiquement parlant, que de voler à moitié, n'avait pas besoin de l'entendre dire d'aboi-d par Grey et Asquith.) Premièrement : parce que cette entente perpétue pour elle la clause de la nation la plus favorisée qui, d'après le traité d'avril 1904, se serait éteinte après trente ans. DiBuxièmement : parce qu'elle lui donnait la possibilité, après la déclaration de protectorat fraïu^-ais, de s'affranchir en Kg-ypte des restes d'un partage de l'autonté av€c les Etats étrangers (capitulations, code jutliciaire); d'exclui"e le khédive du rôle de figurant et de nommer Kitchener vice-roi. Troisièmement : parce que fa pointe poussée sans tléguisement dans le territoire du (<ongo ne [)ouvait que provoquer l'hostilité des Belges contre les Allemands, détruiin; le souvenir persistant de l'aide accordée jadis à Leopold II par liismarck et rappi*ocher le Gouvernement de Bruxelles des deux grandes puissances occidentales. Quatrièmement : parce que tout Anglais intelligent désire, de toute évidence, apaiser la faim de la nation allemande par de mauvais territoires qui^ réclameront impérieusement pendant des dizaines d'années des sacrifices en argent, dispersant les forces <'oloniales de rAUemagne, lui donnant comme voisine, en .Vfri([ue, une grande puissance européenne, que pourtant l'on pourra appeler à la rescousse, si demain, à Berlin, une nouvelle poussée d'ex]^ansion ose se iaire jour. (]in({uièinement : parce qu'un traité franco-allemand ne peut qu'être le bienvenu pour lout ministre anglais. Sans exlii'j>er les racines dune rancune de quarante années, ce traité impose à rerajjire allemand le devoir do convenance de laisser la France on rejms.tant quelle ne s'agitorn pas en un mouvement d'hostilité ti'op ouverte. (Seule, la crainte d'être traitée comme otage continental, ajirès mw agiession anglaisi;, et de subir la charge dos frais dé guerre dans la mer du Nonl, effraie encore parfois la Bépublicfuc dv l'amitic anglaise: si

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cette crainte disparaît, Ventente cordiale ne sera plus guère menacée d'un danger immédiat.) Sixièmement : parce que le nouveau traité fait dépendre tout changement ultérieur de possession dans le territoire du Congo de la décision ])rise à la majorité des puissances resi)onsables de l'Acte du Congo et renvoie toute contestation juridique devant un tribunal désigné par la cour (le justice de La Haye, exposant ainsi l'P^mpire allemand à une interprétation des plus arbitraires et à une constante majorité de coalition. Septièmement : parce qu'une fm de la querelle marocaine qui no nous rapjwrte pas en récompense une alliance avec la France, ne peut apparaître ([ue comme une perte à tout homme politique. Seul, un cerveau dOberlehrer (i) y peut voir un accroissement (le la possibilité d'action de l'Allemagne; jiarce que l'Kmpire allemand, sur la proposition ilu(|uel le Maroc est devenu une province française, a réduit l'espace où il peut enfoncer des crampons et construire des bastions de retranchement, pour accorder ou refuser quelque cliose d'indispensable à son voisin des Vosges lorsqu'il entrera dans une colère .sourde ou bravante. L'Angleterre aurait donné son assentiment à ce traité à tleux, avec le mèine plaisir en juin qu'en novembre. Lui a-t-on dit, sur un ton de politesse digfne, ce que l'Allemagne voulait?

Xnkiinjt, a décembre ryii ; [>. 27H-80

(t Titre jjénéraleiuent donné aux professeurs allemands de l'enseijifnemenl secondaire, ijui appartiennent aux classes supérieures de leur emploi.

UN PHOJKT iriMPKRlALISMK PAC:iFIQUK

DEITSCHK AVKLTPOLHIK IM) KKl.N KIUKCI

(POLITIQLR MONDIALE ALTF-MANOK SANS GlKHinvl

On ne connaîl pus l'auleui' de la hrocluirc aiionx me, parue <leiix ans avant la jiiioric, et intitulée Deiitsc/w \\ i'ltf)oli(i/c iirid l;ein Krieg. Ce (pie nous savons, c'est que c'est nu écrivain haut placé et (pii touche ou a touché de très près au pouvoir. Maxiniilien Harden nous a avertis dans la Znlmnfl, en i<)ia, que les conseils de cet écrivain nous sont donnés <i très onicieusenjent •> (of/iciosissiitii'i. Si IlardiMi, (pii esl très généralement bien renseigné, a le droit île sexprinier ainsi, on est amené à penser ([ue ro[>uscule est sorti de lu Wilhelmstrasse elle-même, ou, plus prohablenient, du ministère des Colonies. On eonc^'oit <pie des nùnistres des colonies, très andiitieux, mais paciliciues dans leurs and>ilions, tels que M. von Lindejjuisl, démissionnaire en i«)ii parce (péil ne jugeait pas sullisanle la c<.'ssion du Congo pur la France, aient pu suggérer à leur entourage d«'s plans coloniaux comme ceu\ «pii se dc-ronienl avec ampleur dans cette substantielle brochur*'. Dans les derniers temps, le bruit a couru «pu; la brochure ('•tait tout à lait ol'lici(>llcmcnl inspirée. La dil'llculté de l'intciprcter esl alors très grande.

Harden a condialln, connue trop modén'es. les suggestions du colonial anonyme «pii préconise ■■ une politi<pn* mondial(> sans guerre ". La politique mondial<> de Harden esl tonjcun-s hérissée de baïonneltcs par milii«)ns : une politi<|ue mondiale .sans guerre, ou sans nuMiucv's de guern* impc'rativement signiliées, lui parait indigne de la situati<»n militain» de l'Alh*mngne.

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