‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 79 sur 84 · I. L'Allemagne n'est pas surpeuplée · texte numérisé non relu

I. L'Allemagne n'est pas surpeuplée

Un écrivain bien connu, qui lui-même est fortement épris de lidéal impérialiste, Arthur Dix, fait cette franche déclaration : « Si nous nous examinons loyalement, nous serons forcés den arriver à cette conviction qu'en somme, aucun objectif clair, tangible et réalisable tie l'impérialisme allemand n'est encore lixé f 1 1. »

Par contre, les bases générales d'une i)olitique d'expansion allemande sont arrêtées. Au cas où il y aurait encore réellement des divergences d'opinion, les faits sont tellement simples et parlent une langue si claire, que leur simple rapprochement doit nécessairement emporter la conviction. Notre accroissement de population continue à s'élever de 800 à 900.000 par année, donc à peu près autant que l'excédent de population de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, de l'Autricht^-llongrie et de l'Itiilie — cl l'on pourrait encore y ajouter la France — prises en totalité. A la vérité, pour ces dernières années, l'augmentation de notre population accuse un certain ralentissement, qui cependant [)ourrail difficilement lui porter une atteinte sérieuse dans un temps prochain. En face de cette forte augmentation, se place une émigrali<m (^xlrèmoment faible. Nous avons eu tlans les années d'autrefois, alors que notre population était très inférieui'e, une émigration

(1) Dix, Deutscher Impcrialismus, Leipzig ><)I:j. p- lù-

UN PR0J?:T D IMIMÎRIALISME l'ACIFIQUE 29I

infiniment plus forte. Ea l'année iBSu, quand I'emiiire allemand comptait une population de ^o millions d'habitants, elle s'élevait à plus de uao.ooo, et en 1H91, sur une population totale de4î) millions, à plus d(; 120.000. A cette époque, quand nous donnions en particulier à l'Amérique une forte émij^ration campaj^^narde, régnait en Allemagne le désir d'acquérir en propre une colonie de peuplement, pour conserver cette émigration à notre nationalité. Mais, aujourd'hui, nous manquons absolument d'éléments d'émigration pour pouvoir peupler réellement des colonies. Dès les années qui suivirent 1890, notre émigration commença à baisser rapidement. En 1894, elle n'était plus que de 40.964 hommes. La moyenne d<\s 10 années i()oi-i9io sélève environ à 26.000 par an, tandis que notre po2)ulalion est montée à 65 millions...

Notre situation est donc la suivante : le chillre de notre l>oi)ulation s'accroît, notre émigration est insignifiante et, à côté de cela, nous possédons une immigration considérable (un million et demi d'étrangers vivent en Allemagne, dont la moitié sont occupés dans l'industrie et l'autre moitié dans l'agriculture). Il y a vingt ans, Caprivi (lisait : « Il nous faut exporter ou des marchandises ou des hommes. » Aujourd'hui, nous exportons des marchandises et nous importons des hommes. L'essor économi([ue insoupçonné que l'Allemagne a pris dans ces quinze dernières années, nous permet de nourrir aujourd'hui environ 20 millions d'hommes de plus qu'il y a vingt ans. Ceixnidant, nous n'avons nullement atteint la densité de pojîulation de l'Angleterre ou de la Belgique, et pour une fraction considérable de l'Allemagne agricole, une augmentation de population serait vivement à désirer. En ce qui concerne notre émigration, il manque précisément l'élément avec lequel on pourrait établir, au delà des mers, des colonies de peujdement : la classe agricole. Les campagnards qui sont disposés à émigrer trouvent

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de nouveaux foyers dans les provinces orientales de la Prusse, comme aussi dans nos colonies d'Afrique. Par suite de l'émigration des campaj^nes vers les villes, notre agriculture soullre d'un manque sensible de mainnl'œuvre; de sorte qu'elle ne pourrait plus fournir de grandes masses de colons des champs pour des territoires d'outremer.

- Nous ne devons donc pas tendre à l'acquisition de pures colonies de ])euplement où la production agricole et la ferme de moyenne étendue prédominent, comme dans la région des prairies des Etats-Unis et du Canada; car nous n'avons pjjs d'hommes en excédent qui se j^rètent au peuplement de pareilles colonies ])aysannes. En outre, tous les territoires des autres continents propres à une colonisation agricole par les Européens du Nord, sont déjà pris en possession, d'une façon ferme et durable. L'Australie, le Canada et le Sud-Africain sont à la (Irande-Hretagne; le Maroc est devenu un ])roteclorat français; dans l'Amérique du Sud, la doctrine «le Monroe nous interdit d'acquérir des c«)l(mies qui soient à nous, et notre émigration vers le Brcsil et l'Argentine, selon Uuile prévision, est l>crdue pour notre nationalité.

Deutsche }]'eltf)()lifik iind hein Krief»' I Politique mondiale de l'Allemagne, sans guerre, i<)l"3.), p. 7-9.

u. Le maldise allemand vient de l'encambrement des ftroJ'essi<tns libérales.

Si r«*ssor gigautcs(|ue de nolr(> c<»mui('rce, de noire industrie et de noire navigation a augmenté les occasions* de travail dans l'Empire allemand, au point qu'il ]>eul nourrir aujourd'hui ■><> millions d'iiuinnns de ])jus (|u'il y a vingt ans, cc|M'ndant, tians bciiucouj» de pi-ofessions — v\\

UN PUOJET d'iMI'ÉUIALISME PACIFIQUE ai)3

[)aiticulier dans celles <Ie la classe moyenne — la concurrence est très grande et l'aisance des coudes fait défaut. Tout récemment, la Magdebiivgische Zeitung- mettait en j^arde contre les études juridiques, vu que dans les conditions actuelles, un juriste ne peut guère compter pouvoir se suffire à lui-même que vers l'âge de 3-2 ans. Tandis que l'état normal serait que des jeunes gens de a3 ans, ou de 25 ans au plus, pussent voler de leurs propres ailes, dans beaucoup de professions, la plupart n'y arrivent guère que vers l'Age de 3o ans et ne peuvent songer que beaucou]) plus tard à se fonder une famille. En général, on ne parvient entièrement à des places responsables que lorsqu'on ne possède plus l'élasticité de la jeunesse. (Test là un véritable cancer qui ronge la vie sociale de notre classe moyenne; et un«r grande partie du mécontentement, du dépit que l'on rencontre dans ces milieux et qui s'enveloppe volontiers d'un petit" manteau politi<pie, doit être attribuée essentiellement à ces conditions économiques.

L'encoiîibrement qui règne dans beaucoup de professions pousse une fraction à émigrer. C'est un fait caractéristique que la partie la plus importante de notre émigration, au point de vue économique, vient aujourd'hui de la classe moyenne. Seule, une petite fraction va dans nos colonies. Nous avons laissé nos colonies longtemps eu friche; depuis ({ue leur dévelojjpement progresse, elles sont en état de recevoir un c«M'tain nombre, encore bien modeste il est vrai, d'agriculteurs et de planteurs, de commerçants, d'ingénieurs et de chefs d'atelier, de médecins, de pharmaciens, d'ecclésiastiques et de fonctionnaires. Leur nombre augmentera dans la mesure où iu)us nous déciderons à fournir les ressources nécessaires [)Our la mise «mi valeur et le développement de nos colonies...

La majeure partie de notre émigration va toujours à

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IVtranger. Chez nos emigrants actuels, le sentiment national a une force de résistance beaucoup plus vive qu'au temps de nos pères et de nos aïeux et, aujourd'hui, les colonies allemandes à l'étranger restent attachées à leur nationalité avec une ténacité inliniment plus grande. Néanmoins, il arrive souvent, surtout dans les pays où domine la langue anglaise, que la seconde génération, et à peu près sûrement la troisième, a perdu le sentiment national. Cependant, ces éléments dénationalisés de notre peuple ne sont pas nécessairement perdus en entier, car ils restent, pour une bonne partie, les intermédiaires de notre commerce avec l'étranger et constituent des liens dont il ne faut pas méconnaître la valeur, dans nos relations amicales avec les autres nations.

Ibid., p. lo-ii.

3. L'Allemnrrn^ a besoin de colonies d'exploitation et non de peuplement.

Dans les coudilidus actuelles, l'émigration de notre classe moyenne .se disperse sur le inonde entier. Si l'on rencontre le commerçant allemand dans tous les pays et dans tous les rontinents, cela lient ù la nature de sa profession, de même qu'aux besoins économiques de la nation. Mais ce qui est vrai du commerçant ne l'est pas nécessairement aussi des représentants d'autres professions qui se mettent au service de nations étrangères et consacrent leur activité à la mise en valeur et au développement de pays exotiques d'une civilisation i)lus jeune ou plus arriérée. Il en est de même du capital allemand cjui va à l'étranger pour se vouer aux mêmes lins. Lu somme «l'intelligence, 4'inst»'iit'tion et d'énergie que repré.senle cette fraction de notre éniigration, de

UN PROJET D IMPÉniALISME PACIFIQUE 290

même que cette partie de notre capital qui émigré, ne tourne pas, ou tout au moins ne tourne que très indirectement au profit de notre nation. Quand des ingénieurs allemands font des chemins de fer, dos routes et des ponts pour les Américains du Sud — abstraction faite des commandes qui, de ce fait, échoient à notre industrie, — la nation allemande en tire un avantage tout aussi peu direct que lorsque des agriculteurs allemands cultivent les prairies des Etats-Unis ou du Canada. Par contre, la ])ossession en propre d'im])ortHnts domaines coloniaux otl'rirait à toutes ces forces un emploi rémunérateur qui profilerait directement à notre nation elle-même. Il en est de même du capital allemand qui facilite de pareilles entreprises à l'étranger. D'ailleurs, la richesse du capital allemand n'est pas, de})uis fort longtemps, tellement grande qu'une dispersion semblable apparaisse comme désirable. Au contraire, une concentration absolue de notre capital est nécessaire. Le capital allemand qui construit des voies dans l'Amérique du Sud est j^erdu pour le développement de nos propres colonies.

Il est probable que, dans les milieux commerçants, on considérei'a cette conception comme étroite et en contradiction avec le caractère cosmopolite du capital. On fera valoir que le capital vole de lui-même là où s'ollre un bénéfice beau et certain. Cependant, ce mouvement de va-et-vient du capital ne s'efiectue pas mécani- <|uement ou automatiquement; il est dirigé par des hommes, par certains individus, et c'est de leurs connaissances et de leur jugement .souvent subjectif, que dépend la décision de savoir où il ira. (Quelle ditférence y avait-il dans la capacité et la dignité de placement des colonies allemandes avant et après l'année 1907 ? Évidemment aucune; et si. après cette année, une partie du capital allemand a commencé à s'intéresser aux colonies, c'est uniquement au travail éclairé de Dernburg qu'on

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le doit. D'ailleurs, la même question est débattue jusque dans la riche et capitaliste Angleterre, et beaucoup d'impérialistes, à 1 occasion de placements de capitaux, recommandent expressément les colonies britanniques, de préférence à l'étranger.

En outre, on fait valoir dans les sphères financières et commerciales influentes que nos intérêts économiques mondiaux n'exigent rien tie plus qu'une extension de nos marchés. « Des centres d'achat indépendants pour nos besoins et des débouchés indépendants pour nos produits, des marchés pour notre trafic, avec un droit égal à celui des autres, sans privilège, mais aussi sans désavantage, voilà tout ce dont nous avons besoin. » {Frankfurter Zeitung du uy septembre 1912.) Personne ne méconnaîtra l'importance des marchés internationaux ix)ur notre vie économique nationale, ni ne rabaissera, en aucune façon, l'importance de la politique de la t porte ouverte », qui doit nous assurer des marchés de ce genre. Mais notre nation a besoin de compléter ces marchés, de façon que, en dehors du commerce pur, l'énergie et l'esprit d'entreprise économique de notre classe moyenne, comme de notre capital, puissent s'employer au déveloi)pemenl de pays arriérés, mais susceptibles de progresser, et faire profiter directement la nation des fruits <le leur travail. Or, des pays arriérés de cette nature sont précisément ceux qui ])euvent nous fournir une grande partie de nos matières premières. Les besoins naturels de notre émigration et ceux de notre production industrielle, relativement à un a|)|)rovisionnemenl sur et iniiépendant tyi matières j)reinières indispensables, concourent ainsi aunuème but. Nous n'avons j)as besoin de colonies de peuplement. Mais, en revanche, nous avons grand besoin d'une action colonisatrice indépendante dans des territoires qui puissent livrer à notre industrie une grande (xtrtie des matières premières, où

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nos compatriotes exécutent non un travail de bas étage, mais où l'organisation du travail et la direction des entreprises économiques leur soient réservées.

Ibid. p. II- i3.

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