‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 80 sur 84 · Dangers iViine colonisation allemande en Turquie d'Asie · texte numérisé non relu

Dangers iViine colonisation allemande en Turquie d'Asie

Nous avons essayé de montrer que'les intérêts d'une expansion éventuelle de l'Autriche dans la péninsule des liuikans ne sont pas le moins du monde des intérêts allemands. Quels sont maintenant les intérêts de l'Allemagne en Turquie d'Asie?

Il est évident que nos intérêts rendent désirable au plus haut point le maintien ou plutùt la consolidation de l'empire turc. Avant tout, nos intérêts résident dans l'importante entreprise de la ligne de Bag<lad, oii nous avons engagé quelque chose comme Goo millions de mark, et dans notre commerce qui^ à la vérité, représente une somme beaucoup plus faible. En Asie, la Turquie est une puissance qui, si elle venait à s'ellondrer, serait extraordinairement dilticile à remplacer. Dans la Turquie d'Europe, les peuples chrétiens soumis à la Porte étaient à même d'établir un état politique régulier à la place du régime turc. Mais si la domination turque venait également à s'écrouler en Asie, l'on ne pourrait pas espérer des Arabes, (h's Kurdes et des Arméniens une l'orce politiijue créatrice du même genre. Il en résulterait un chaos politique, une anarchie qui, entraînant à l'extérieur une situation politique dangereuse, mettrait sans doute gravement en péril nos intérêts économiques, en particulier la ligne de liagdad. Il est donc dans la nature même des choses que l'Allemagne aide à consolider la domination turque en Asie. Nous avons le

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droit, à ct't égard, de compter sur une collaboration empressée de l'Angleterre, car l'Angleterre a, au maintien de l'empire ottoman, un intérêt encore incomparablement plus grand que le nôtre. En ce qui nous concerne, seuls entrent en ligne de compte des intérêts économiques qui, par rapport à l'ensemble de ces intérêts, n'auront jamais que peu de poids dans la balance. Pour l'Angleterre, au contraire, des considérations politiques de la plus haute importance entrent en jeu. Si la domination turque en Asie venait à chanceler, il est fort probable que le phénomène que nous observons en Perse depuis quelques années se renouvellerait. La Russie interviendrait. Tout d'abord elle gagnerait dans la capitale une influence ])olitique relative; puis viendrait une pénétration politique et économique, et peu à peu les frontières russes se déplaceraient vers le sud. Une pareille intervention de la Russie serait tout à fait inévitable. Le voisinage sur les frontières d'iltats de civilisation inférieure, incapables de résistance, a toujours abouti à faire avancer ces frontières; ce fut le cas pour l'Empire romain, pour les Anglais dans les Indc^s, pour les Russes en Asie et les Français dans le Nord de l'Afrique, quand ceux-ci eurent conquis l'Algérie. De même qu'en Perse, la Russie avancerait sur la route du golfe Persique, si la Turquie d'Asie s'émiettait, et les soucis de l'Angleterre au sujet de sa situation dans les Indes seraient extraordinairemont augmentés. L'Angleterre doit donc forcément prendre à tûche de consolidei' la domination turque, ]>our des intérêts qui tiennent inliniment plus ;i son cxisicnce que les nôtres eux-mêmes.

Moins sûre est l'attitude de la Franœ. (k'ile-oi jmssède, en ])articulier en Syrie, certains intérêts (]ui lui sont propres, remoulanl à laclion Irançaise de l'cpiMpie de iH.^<>, mais qui, au fond, sont essentiellement une aflaire t\e prestige national. ( hitml à la ({uestion do savoir si la

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France se mettrait du côté de la Russie ou de l'Angleterre, cela ne pourrait que dépendre de l'état du groupement politique préi)ondérant. Mais, d'après ce qui s'est passé jusqu'ici, il est, pensons-nous, fort vraisemblable que la Russie exercera sur la politique française la plus grande force d'attraction.

Nous avons affaire ici uniquement à des problèmes de politique allemande. Protéger la Turquie en la consolidant répondrait absolument à nos intérêts. Mais jusqu'à quel point aurions-nous le «Iroit de nous engager en Anatolic et en Mésopotamie, au cas où le morcellement redouté de la puissance turque se produirait? Dans ces derniers mois, la presse allemande a exprimé à diverses reprises cette opinion qu'il nous fallait prendre activement parti pour Yintégrité de la Turquie d'Asie, tandis que d'autres, allant encore x>lus loin, désignaient la Turquie d'Asie comme le cliamj» futur de notre expansion.

Xous nous trouvons, en eilet, devant une décision grosse de conséquences. Sous Abdul-Hamid, nous nous sommes déjà engagés, aussi bien au jioint de vue politique que linancier, \Avis fortement qu'on ne l'aurait attendu, d'après le plan primitif de la politique allemande. L'une des raisons de cette extension est due évidemment à l'importance de la personnalité du défunt baron de Marschall et à la grande inlluence qu'il possédait à Constantinople comme à Berlin. Mais si nous continuons à nous engager en Turquie dans une mesure croissante, il i)eut se présenter une situation où nous ne pourrons plus revenir sur nos pas, même si nous le voulions. Nous ne pouvons songer à nous engager tout ensemble en Orient et en Afrique ; ce qu'il faut, c'est la concentration et non la dispersion de nos forces. Nous avons à décider si nous voulons poursuivre une politique d'expansion en Turquie d'Asie ou dans l'Afrique centrale.

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Nous, sommes au début d'une politique qui peut décider de notre avenir, et il s'agit dès l'abord de s'engager dans les bonnes voies. « Les erreurs d'une politique de cabinet, dit Bismarck dans ses Pen.sées et Soin'enirs, n'entraînent pas un châtiment immédiat, mais elles ne restent jamais sans entraîner un dommage. La logique de l'Histoire est encore plus rigoureuse, dans son contrôle, que notre Cour supérieure des comptes. » Et dans son grand discours du 6 février i888, il disait : « Toute grande puissance qui, en dehors de sa sphère d'intérêts, cherche à influer et à peser sur la politique (.les autres jjays, périclite en dehors du domaine que Dieu lui a assigné ; elle fait une politique de force et non une politique il'intérèt; elle travaille en vue du prestige. «

Ce principe s'applique également à notre situation actuelle, alors qu'il s'agit d'une sphère d'intérêts qui a trait à la colonisation et dans laquelle la nation veut mettre en duvre ses énergies. Il nous faut choisir le domaine de notre future expansion de telle façon que nous ne tombions pas en contradiction avec les faits généraux fondamentaux sur lesquels notre politique repose. Nous avons, i)ar suite, à examiner si notre établissement dans la Turquie d'Asie est compatible avec les bases de notre position politique dans le monde, et cela à un triple j)oinl de vue : politique, militaire et économique.

L'Allemagne ne pourrait absolument songer à se fixer dans la Tunpiic d',\sie qu'à la condition ijue la douiination ottomane vint à s'écrouler. Si nous [)artons tout d'abord de cette hypothèse i)our établir nos i»laus en conséquence, l'Iiistoii'e montre, dans tous les cas analogues, en particulier dans les pays orientaux, (jiie nous contribuerions nous-mêmes à miner la domination turcpie. Il suffit de rap|)eler lu Tunisie, TKgypte et le Maroc. Si, il'autre part, nous attendions que le commencement de la

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lin se présentât, la Russie possède par sa frontière terrestre, comparativement à nous, une ]>ase d'opération beaucoup plus favorable, de même que celle qu'elle a eu Perse vis-à-vis de l'Angleterre.

Mais plus importantes encore sont pour nous les conséquences qui résulteraient d'une action en Asie, au point de vue de nos rapports avec les principales grandes puissances. Nous serions entraînés irrésistiblement dans un conflit avec la Russie, conflit que le principe fondamental de la politique de Bismarck était d'éviter. Nous lerions à nouveau reculer le rapprochement avec la Russie, que nous avons pu eflectuer si heureusement dans ces dernières aimées. L'attitude de la Russie dans la ([uestion de la ligne de Bagdad, de 1903 à 1910, a montré sufflsammeiit jusqu'à quel point cette .entreprise en Asie, de iialuie purement économique, la touchait au vif; il a fallu des années pour qu'elle se lai.«sât convaincre ({u'en réalité nous n'attachions pas de visées politiques à la construction de cette ligne.

Dès que ce conflit inévitable avec la Russie aurait éclaté, la Frauci>, aulomaticiuemenl, se placerait à ses cùtés. l']lle exciterait l.i Russie conti-e nous : l'opposition entre la Duplicc et la Trij>lice prendrait un caractère d'acuité comme jamais au])aravant, et peut-être les Français auraient-ils alors réellement des chances de réaliser leui's vieilles cs[)érances dune guerre de revanche.

(^)uanl à la politique anfflaise, elle aurait deux routes entre l('s(]uelles elle pourrait choisir. Ou elle se mettrait du coté de la Russie cl de la France, conformément à la position qu'elle a prise jusqu'ici, et alors la Triple- Entente revêtirait 'la forme d'une alliance militaire contre nous. Ou bien l'Angleterre verrait dans la conduite agr<'ssive de la Russie en Perse et en Tui'quie l'occasion de marcher avec l'Allemagne. Dans ce cas, nous nous liouverions dans une situation ([ue nous avons jusqu'ici

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constamment évitée : celle où, en qualité de puissance continentale alliée à l'Ang-leterre, nous aurions à défendre des intérêts anglais contre la Russie. Mais le premier cas est le plus vraisemblable ; on poserait les Allemands en perturbateurs de la paix internationale qui, dans leurs ellbrts pour se créer une sphère d'intérêts en Turquie d'Asie, ont allumé l'incendie du monde entier.

Nous arrivons maintenant aux très importantes questions stratégiques. Xous ne poupons atteindre ta Turquie d'Asie que par mer et, par une seule nier qui est la Méditerranée. La péninsule balkanique ne forme pas pour nous un pont par voie de terre. Si l'AUemaifue et l'Autriche voulaient essayer de fonder notre iuUuence politicpie dans les États balkaniques, au point de les utiliser comme base continentale d'opération pour nos entreprises en Turquie d'Asie, ce serait bien là l'unique hypothèse concevable dans laquelle naîtrait une nouvelle fédération balkanique contre l'Autriche et nous-mêmes. La route de la Turquie d'Asie passer pour nous, par la Méditerranée. Or, jamais nous n'avons été une puissance méditerranéenne et il est dans la natui*e des choses que nous ne le soyons pas. Si nous voulions devenir une puis- .sance méditerranéenne, nous irion/i chercher des périls, selon le mot de Bismarck, en dehors du domaine que Dieu nous a assigné, \otre situation maritime est telle que, poui' atteindre la liante mer, il nous faut dcliler constiimmcnt sous les canons de la flotte de guerre auj,daise thuis hi mer du Nord et la Manche, (^est là un fait inéhu Uible de notre situation géoj^^raphiqu»'. Mais pour aMcr en Asie-Mineure, il nous faut une l'ois de plus pas.MM* sous les canons anglais de (îibraltar. ])uis sous ceux «le l'e.scadre française de Toulon el de Hizerte. puis !i nouveau d'une escadr»' anglaise près d«' .Malle et liiialemeiil une flotte anj^lniso iH>urrail tMicore nous attendre à reiiln'e <lu canal «le Su«'z, |>irs «r.\l»'\!iii«lrit'. Supposons

UN PRO.IKT n'iMPKRIALISME PACIFIQUE 3o'3

qu'e nous ayons fait d'Alexandrette un port de guerre et (junne partie de notre flotte y stationne. D'abord, nous aurions commis, par là, la faute de disperser nos forces navales, de sorte que, en cas de concentration de la flotte anglaise dans la mer du Nord, nous ne pourrions soutenir la lutte dans cette mer qu'avec une fraction de notre puissance navale. De plus, jamais nous ne serions sûrs de nos communications entre Alexandrette et nos ports de la mer du Nord et de la Baltique. A cet égard, les guerres navales du xviii" siècle et de l'époque napoléonnienne renferment les leçons les plus probahtes. Par la pos.session de Gibraltar, l'Angleterre dominait les communications de l'Espagne entre Cadix et Carthagène et les communications fi-ançaises entre Urest et Toulon ; dès lors, la flotte anglaise fut toujours en état d'empêcher la jonction des flottes espagnoles et françaises, de les attaquer et de les battre séparément. Or, pour l'Espagne et la France, il ne s'agissait jamais que d'une seule station anglaise, située entre les deux flottes espagnole ou française. Dans notre cas, il y aurait pour le moins trois flottes anglaises : dans la Manche, à Gibraltar et à Malte; et deux flottes françaises, à Toulon et à Bizerte. De plus, l'éloignement beaucou[) plus grand de notre base naturelle rendrait notre situation inflniment moins favorable. A la vérité, les choses se présenteraient pour nous de façon beaucoup plus mauvaise encore, si, comme des publicistes anglais et américains nous l'ont positivement attribué, nous voulions créer un port de guerre dans le golfe Persique, se raccordant à la ligne de Bagdad. L'Angleterre aurait en tout temps les moyens de bloquer la sortie du golfl^, de sorte que nos vaisseaux qui s'y trouveraient ne pourraient pas en sortir; une jonction avec le reste de la flotte allemande serait une imix)ssibilité complète. L'éloignement de notre base naturelle, comme nous l'avons iait ressortir, serait sur-

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tout accentué, en cas d'opérations dans la Méditerranée, par le lait que, sur les côtes rapprochées de cette mer intérieure relativement étroite, se trouvent des centres de forces stratégiques qui menaceraient constamment nos communications à l'arrière. Cette circonstance a d'autant plus de poids que la base de la frontière terrestre de la Russie, d'ailleurs infiniment supérieure à une base purement maritime, se trouve à proximité immédiate. Or, on objecte que si l'Allemagne devenait puissance méditerranéenne, elle opérerait naturellement en liaison des plus étroites avec l'Autriche et pourrait s'appuyer sur les ports de Trieste et de Fiume. Il a même été question d'une politique méditerranéenne de la Triple- Alliance qui reposerait sur une coopération des flottes de l'Allemagne, de l'Autriche el de l'Italie. Mais en ce qui concerne l'Italie, croyons-nous, la simple proposition d'une action commune austro-allemande dans la Méditerranée suffirait à amener la fin de la Triple-Alliance, de telle favon même (jue l'Italie, se détachant de la Triple- Alliance, passerait à ses adversaires. La chose arriverait avec une absolue certitude, si nous avions l'Angleterre contre nous. l']lant donné, en ell'et, le développement excessif de son littoral, l'Italie ne peut, à aucun prix, assumer les dangers d'une guerre avec l'Angleterre. A cela s'ajouterait l'antagonisme des intérêts ck' l'Italie etde l'AulriclK!. Jusiju'ici, il a été limité à l'Adriatique et à l'Ouest de la péninsule balkanique. Mais si l'Autriche, unie à l'Allemagne, voulait s'étendre dans la Méditerranée orientale, elle forcerait absolument lltalie à y accentuer d'une manière beaucoup plus forte le dévelopj»em<'nl de ses intérêts, et roi>position entre les deux alliés risquerait de s'aviver à un tel point qu'un conflit ne |)ourrait guère être évité.

.luKiju'ici, n«>ti-e argumentation partait de l'hypothèse où n«»tre action en l'urqiiie d'Asie amait coiilre elle l'An-

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}(letcrre. Si nous supposons l'inverse, c'est la situation de la guerre de Crimée qui se renouvellerait, avec celte ditïérence que la France serait du côté russe. Pendant la g-ucrre de Crimée, la Prusse a résisté fermement, principalement sous l'influence de Bismarck, à toutes les tentatives de l'Autriche et de l'Angleterre pour l'entraîner dans l'alliance contre la Russie. L'Empire allemand suivrait-il à présent une politique que Frédéric-Guillaume IV' a évitée ? La conséquence serait une Iiostilité contre la Russie^ qui tiendrait notre politique en haleiiu^ pour des générations et nous emj)èclierait de concentrer toutes nos énergies en vue d'une politique coloniale ; une autre conséquence serait — chose qui n'est nullement à désirer — une dépendance vis-à-vis de l'Autriclie-Hongrie qui ne ])ourrait que nous entraîner plus avant dans un conilil avec la Russie. Kt quel jKiurrait être le résultai, même si la Russie succombait? (hu'lles sont pour nous les possibilités de df'-vrloppcnu'nl économique en Turquie d'Asie?

A l'heure actuelle, l'ensemble de notre exportation et importation en Turt[uie d'Asie atteint à o,4o/o ou o,5 o/o de notre exportation et importation totale. Nous lisons dans beaucoup de rapports de voyage quelle influence énorme la construction de la ligne de Bagdad et les ellorts de la Société du chemin de fer de Bagdad pour le relèvement de la cultui-e matérielle — projets d'irrigation, introduction d'outils et de machines agricoles — auraient eu sur la situation éc(momique du territoire que cette ligue mettra en valeur. Kn fait, l'action de celle-ci se traduit également dans les ehilfres de la statistique. Dans la période conq)rise entre les années 1902 et 1910, la part de la 'rur([uie d'Asie dans la totalité de nos importations cl exportations est montée de 0,4 0/0 à 0,5 0/0 et de 0,3 t>/o à 0,4 0/0. Ainsi donc, pour les deux cas, une augmentation lie 1/10 00 en neuf ans! Il faut

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se iHîprésenter l'état réel des choses. Le manque de communications de la Turquie d'Asie fait que la voie l'crrée ne met jamais en valeur qu'une bande de terre très étroite de chaque côté du tronçon, ou plutôt qu'une petite sphère de faible rayon autour de chaque station de la voie ferrée. Dans ces territoires dépourvus de routes, le paysan et l'artisan ne peuvent transporter leurs produits vers cette voie qu'à une distance de quelques lieues, et le paysan d'autant plus que ses produits sont de loui'des marchandises. Le paysan qui est étaJjli à plus de cinq, ou, à la rig-ueur, de dix lieues allemandes de la station de chemin de fer, ne jouit jdus des l)ienfaits de ce nouveau moyen de transi)ort ; il i*este en dehors de la zone que la liijne met en valeur. Nous ne devons pas oublier c[ue, considérée du i)oint de vue turc, la ligne de Bagdad devait être avant tout une voie stratég^ique, et que ses avantagées économiques ne venaient qu'en seconde ou troisième lig^ne. C'est seulement un système étendu de voies de raccordement et avant tout de chemins carrossables qui stimulei'ait plus fortement la production économique.

En général, les voies de communication ne vieuneni jamais qu'en seconde ligne comme stimulants de la l)roduction. La condition primordiale, ce sont les hommes. (^)ue les Turcs »le l'Anatolie. dont les nombreuses (jiialitcs ne sont ])as douteuses, soient cai>a]»lcs de se développer, c'est une chose très vraisemblabk" ; mais il faut com|»tcr avec des dizaines et di/aiues d'années. Avec les Kunleset les .Xrabes nonuides, il y faudra plus de temps encore. La Turquie d'Asie n'est que faiblement peuplée. 11 .se peut que le ret<mr des Turcs de la Macédoine et de la Thrace remédie à cette ]>(''nurie <riiommes, jus(ju'à un certain jxjint; mais l'espoir <l un «léveloppenienl i-npidr (jui tcndrail ii uuc situation «'conomi<iuc moderne pourr.iil nous icscivei' les j)lus grandes

IL\ PROJET DIMPKIUALISME PACIFIQUE 3o;7

déceptions. Certains territoires situés au bord de la mer, comme dans le voisinage d'Adana et d'Alexandrette, permettent un développement plus rapide; de même, de vieux centres de commerce, comme peut-être Damas, Alep et Bagdad; mais, selon toute probabilité, dans cinquante ans, l'intérieur du pays aura encore sensiblement la même physionomie qu'aujourd'hui. Le négociant allemand de lîagdad et de Damas, d'Adana et d'Alexandrette profitera de toute amélioration des conditions économiques en Anatolic et nos transactions, dans les dix prochaines années, augmenteront probablement encore notre commerce total de un ou quelques dixièmes pour cent. Mais le commerçant allemand fera également son chemin, sans que nous nous engagicms jjolitiquement dans la Turquie d'Asie; il ne se laisserait même pas refouler, si toute l'Asie Mineure devenait russe.

Personne ne demandera que nous nous désintéressions de l'Orient économiquement. Au contraire, on ne pourra que saluer toute extension naturelle de nos intérêts c6mmerciaux en Orient. Néanmoins, les conditions politiques et stratégiques de notre situation générale doivent nous montrer la mesure dans laquelle l'Allemagne peut, par surcroit, s'intéresser à l'Orient. Kt ces conditions nous interdisent de créer en Orient un système d'intérêts à grand renl'oit d'énergies nationales, système pour la délense duquel nous pourrions être contraints, en certains cas, à nous engager x)olitiquement et militairement.

Ibid., p. 68-78.

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