CHAPITRE III
SoMMAiHE. — 1848-1852. — La révolution de 1848 en Autriche et en Allemagne. — Le Parlement de Francfort. — Grande et Petite Allemagne. — Schwarzenberg. — Sa politique allemande, nullement basée sur le sentiment national allemand, en contradiction même avec ce sentiment qui commence à se développer.
— L'idée de l'absorption de l'Allemagne par la monarchie autrichienne, opposée au sentiment qui deviendra plus tard le sentiment pangermaniste, et n'est encore que l'aspiration à l'unité.
— Le triomphe incomplet de Schwarzenberg. — La retraite de l'Autriche après Olmûtz. — Bruck et l'union douanière austroallemande.
Naissance de la question allemande en Bohême. — Le système de Bach. — La défaite de l'Autriche en 1859. — Le diplôme du •20 octobre 1860. — Le réveil fatal à bref délai de la question de l'unité allemande.
La révolution qui éclatait en février 1848 à Paris n'avait pas seulement pour conséquence la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la République Française. Ce fut l'étincelle qui mit le l'eu au mélange détonant qu'était depuis trente ans l'Europe et sur lequel les souverains européens avaient veillé si jalousement pour le prévenir de tout contact du feu révolutionnaire. Ce fut, en
particulier, le signal de l'embrasement de TAllemagne. Il ne nous appartient pas ici de retracer l'histoire fort compliquée de la révolution de 1848 en Allemagne, mais il faut néanmoins que nous nous rendions compte de la façon dont se sont développées, sous l'égide de la Révolution, les deux idées de l'unité allemande et de la Grande x\Uemagne.
Les événements se suivent avec une rapidité foudroyante. Le 13 mars 1848, la révolution éclate à Vienne et Metternich lui-même en est réduit à s'enfuir sous un déguisement; en même temps, les Magyars se soulèvent, et, du 17 au 22 mars, dans l'espace de cinq jours, la révolution, éclatant à Milan et à Venise, en chasse les Autrichiens. Il semble bien, surtout si l'on considère les événements qui se déroulent à la même époque en Allemagne, que, par une curieuse et sanglante ironie du sort, au moment précis où Metternich disparaissait de la scène politique, oii son rôle était fini, l'idée qui l'avait toujours hanté de l'alliance terrible et tacite, dirigée contre l'ancien état de choses, de l'idée nationale et de l'idée révolutionnaire, se réalisait, et c'était bien, en ed'et, aux cris abhorrés par la Sainte Alliance de « Liberté et nationalité » que l'Europe entière se soulevait.
En tout cas, le Gouvernement autrichien, débordé à Vienne par la révolution, voyant ses troupes chassées de Milan et de Venise, et, pour comble de
malheur, menacé sérieusement par l'insurrection magyare, se trouvait dans une situation extrêmement critique. L'incendie, d'ailleurs, s'étendait partout. En quelques jours, la révolution triomphait dans le grand-duché de Bade, la Hesse Darmstadt, la Hesse électorale, le Wurtemberg, le duché de Nassau (à peu de chose près dans l'Allemagne entière) et, le 18 mars, elle s'installait viclorieusement à Berlin.
L'Allemagne est donc bouleversée et l'Autriche et la Prusse auront besoin de toutes leurs forces pour réprimer des mouvements insurrectionnels d'une telle violence. Etait-il, dans cet état d'agitation fébrile, possible que la question de l'unité allemande, qui n'avait jamais cessé d'être la question vitale en Allemagne, fût laissée de côté? Non, il était fatal et inévitable qu'elle devait revenir sur le tapis ! Et ce qui était fatal ne tarda pas à se produire ! Le 18 mai 1848, se réunissait en effet à Francfort un Parlement, Parlement révolutionnaire, élu avec la mission bien nette de réorganiser l'Allemagne. La lutte pour l'unité allait donc reprendre, et tout faisait prévoir qu'elle serait âpre.
Dans quel état d'esprit les députés qui composaient ce Parlement arrivaient-ils à Francfort? (juelle était leur pensée dominante? La réponse à ces questions est facile et nette. Sur un seul point ils étaient en effet tous d'accord; un seul désir leur était commun : celui d'aboutir enfin à quelque chose
et de tirer l'Allemagne du bourbier où elle croupissait depuis 1815. C'était donc bien alors un mouvement national, admirable par sa puissance et sa sincérité, qui animait l'Allemagne tout entière, et jamais, depuis 1848, les apôtres du pangermanisme n'ont pu créer, malgré tous leurs efforts, un mouvement aussi unanime et aussi spontané que celui qui, alors, poussait les populations de la Haute- Autriche, de la Basse-Autriche, de la Styrie et du Tyrol, par exemple, à demander, en toute loyauté et fidélité à la dynastie de Habsbourg, leur réunion à cet empire allemand qu'on allait enfin essayer de constituer.
Mais, ici encore, se révèle cette divergence si fréquente entre le sentiment populaire et les vues des hommes d'Etat. Ce que ces populations, enthousiasmées par un idéal national, pouvaient, en effet, croire naïvement une chose facile à exécuter, emportées qu'elles étaient au-dessus de la réalité par 1 élan irraisonné de leur cœur, les hommes politiques, eux, en voyaient bien vite les difficultés.
Cette idée pangermaniste, uniquement et foncièrement nationale allemande, pure de toute ambition et de toute convoitise, qui animait le peuple allemand, ils ne purent, eux, l'admettre sous cette forme, car elle paraissait presque irréalisable. Comment faire, en effet, pour partager l'Autriche, y séparer les Allemands des non-Allemands et réunir ensuite les provinces allemandes d'Autriche
à l'Allemagne, reconstituée en empire sous un Habsbourg? En supposant ceci même faisable, que deviendraient ensuite les autres provinces, les provinces non-allemandes de cette monarchie autrichienne ainsi mutilée? Autant de questions qu'il suffit, en somme, de poser pour montrer la difficulté, sinon l'impossibilité de les résoudre pratiquement. Il était cependant nécessaire qu'au moment où allait se réunir ce Parlement, à qui l'Allemagne entière confiait la belle mission de trouver une solution réalisable, quelqu'un y apportât une idée quelconque, qui permît d'arriver à la solution désirée. Ce quelqu'un ne pouvait être le Gouvernement autrichien, car, à ce moment, ce Gouvernement n'existait pour ainsi dire pas; l'empereur, en effet, avait, à son tour, quitté Vienne pour se réfugier dans le Tyrol, et le Gouvernement autrichien ne retrouvera son activité qu'un peu plus tard, tiré de sa torpeur par la poigne vigoareuse de Schwarzenberg'. Mais, à défaut du Gouvernement, les hommes politiques qui allaient représenter l'Autriche à Francfort y apportaient-ils une idée directrice? Oui, car ils arrivaient même à Francfort avec un programme.
1. Schwarzenberg (Félix-Louis-Jean-Frédéric, prince de), né à Krumau le 20 octobre 1800, mort à Vienne le 5 avril 1852. Entre dans la diplomatie en 1824; ambassadeur à Naples ; y est assiégé dans son hôtel parle peuple (26 mars 1848) ; devient major général dans l'armée, prend part aux combats de Curtatone et de Goïto et est promu lieutenant-maréchal. Premier ministre le 22 novembre 1848, il meurt à Vienne le 5 avril 1852 d'une attaque d'apoplexie.
Avant tout, ils étaient des libéraux; ils réclamaient donc la liberté politique en Allemagne et en Autriche et leur titre est, à cet égard, siguificatif, car ils s'intitulent « Freisinnige Deutsche » (Allemands libéraux). Leur programme était simple et facile à résumer; il se réduisait, en effet, à la formule suivante : « Place prépondérante pour les Allemands en Autriche et place prépondérante pour l'Autriche en Allemagne ! » Programme net et sur lequel il est, pensons-nous, impossible d'équivoquer. Aussi, les théoriciens du pangermanisme actuel sont-ils bien mal venus à essayer de se rattacher historiquement à ce parti de 1848. Néanmoins ils tentent cette démonstration et veulent faire croire que c'est de ce programme lumineusement clair qu'ils sont partis et que seules les fautes de la politique autrichienne, en faisant perdre, d'une part à l'Autriche la prépondérance en Allemagne, d'autre part à l'élément allemand la prépondérance en Autriche, ont motivé la substitution à ce programme originaire de leur mot de ralliement actuel : « Incorporation des Allemands d'Autriche dans l'Allemagne. » Mais quelques secondes de réflexion suffisent pour comprendre que c'est là une manœuvre plus ou moins habile par laquelle on cherche à tromper les populations, et il est bien clair qu'entre le parti à programme national et patriotique, mais autrichiea, de 1848 et le parti pangermaniste d'aujourd'hui, parti de désorgani-
sation et de séparatisme au premier chef, il y a toute l'énorme différence qui sépare un parti à idées un peu chimériques peut-être, mais incontestablementanimé de sentiments loyaux et généreux, d'un parti qui, lui, ne travaille qu'au démembrement de l'État môme auquel il appartient, et, par suite, du sol natal.
Mais laissons cela pour l'instant et voyons avec quel programme pratique, avec quelles propositions destinées à réaliser leur formule politique, les (( Freisinnige Deutsche » arrivaient à Francfort.
Nous indiquions plus haut brièvement à quelles difficultés se heurtait en 1848 une politique tendant à donner satisfaction à l'idée pangermaniste dans son essence, c'est-à-dire à obtenir l'union de tous les Allemands dans un Etat homogène et purement allemand. Nous ajoutions qu'il était fort probable que c'étaient ces difficultés très réelles qui avaient fait renoncer les hommes politiques d'alors à cette idée nationale et populaire. Mais, si maintenant nous voyons quelles propositions les députés autrichiens, qui forment un groupe important dans le parti des « Gross Deutsche » (parti de la Grande Allemagne), apportaient à Francfort, nous serons bien obligés d'admettre que cette idée pangermaniste, purement nationale, dont nous parlions plus haut, n'avait sans doute dû qu'effleurer leurs esprits et que ce titre de « Gross Deutsche », sous son apparente clarté, cachait une grave équivoque.
Leurs propositions, à eux, en effet, étaient, si
possible, encore bien plus chimériques et impraticables. Sans cloute, ils étaient les partisans de la Grande Allemagne^ même d'une Allemagne effroyablement grande.
Ils ne rêvaient pas autre chose qu'un Gouvernement central unique et un Parlement central, unique également, pour tous les pays allemands et autrichiens. Leur formule, c'est la formule magnifiquement ambitieuse de « l'Etat de 70 millions d'âmes » obtenu tout simplement en formant une masse (et quelle masse !) de tous les Etats delà Confédération Germanique et de toutes les possessions de la maison d'Autriche ! Projet grandiose, merveilleux, enthousiasmant, qui tient du rêve et de la fantasmagorie et qui, malheureusement, ne relève même que de cela! Car, ici point n'est même besoin d'énumérer les innombrables raisons qui font de l'accomplissement de ce projet, de la réalisation de ce rêve, une impossibilité évidente.
Mais ici, aussi, et c'est là un point capital sur lequel nous ne saurions trop insister, nous ne nous trouvons plus en présence de l'idée purement nationale et allemande de la Grande Allemagne ! C'est encore bien autre chose, ce n'est plus uniquement une aspiration nationale, mais bien je ne sais quel rêve de mégalomanie surexcitée. Ce n'est plus une idée nationale, c'est une idée politique ou plutôt une chimère politique ! Et, ceci dit, nous croyons que l'on s'étonnera désormais moins de voir ceux
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qui ont à cœur, avant tout, Tavenir de l'Allemagne en tant qu'Allemagne, se rallier, par une contradiction bizarre, inexplicable même au premier abord, aux idées des « Klein Deutsche », c'est-à-dire des partisans de la Petite Allemagne. C'est qu'en eiïet ils croient ainsi assurer mieux la grandeur future de la patrie allemande et l'avenir leur donnera d'ailleurs raison. Néanmoins, il ne faudrait pas s'imaginer que le parti des « Gross Deutsche » ne se composa que de rêveurs; bien au contraire, les directeurs réels du parti, qui sont en même temps les représentants les plus éminents de l'Autriche à Francfort, portent des noms illustres que nous retrouverons presque tous dans l'histoire politique de l'Autriche pendant les années qui suivent.
Ce sont en effet, pour ne citer que les plus importants, groupés autour de leur chef, Anton von Schmerling ^, le D' Herbst^, le D' von Stre-
1. Schmerling (Anton, chevalier de), né à Vienne le 23 aoLitl8flo, mort le 23 mai 1893. Entre d'abord dans la magistrature et devient coQseiller à la Cour d'appel ; en 1846, il est député des Etats autrichiens ; il représente l'Autriche à Francfort où il fait partie du Comité des Dix-Sept. Le 15 juillet 1848, l'archiduc Jean, vicaire de l'Empire, le nomme ministre des Atfaires étrangères et de l'Intérieur; il accepte le portefeuille de l'Intérieur, mais se retire lorsque la Chambre refuse de ratifier l'armistice de Malmoë; il revient au pouvoir au mois de septembre, mais quitte de nouveau le ministère et l'assemblée en décembre devant l'opposition de la gauche. Il rentre aux Eltats autrichiens et devient ministre plénipotentiaire à Francfort ; il revient à Vienne en 1849 et y occupe le ministère de la Justice jusqu'en 1851, puis devient président delà Cour de Cassation. Ministre d'Etat en 1860, il se retire en 1865 et redevient président de la Cour de cassation. Membre à vie de la Chambre des Seigneurs en 1867, il en devient le président en février 1871. •Prend sa retraite en 1891 et meurt deux ans après.
2. Ilerbst (Edouard), né à Vienne en 1820, mort à Vienne en 1892.
mayr', le D' von Kaiserfeld-, le D'Giskra-^ le D' Ritter von Armeth, le professeur G. Schreiner, Makovicka, etc., etc.
Ainsi s'ouvrait donc le Parlement de Francfort. Que faisait pendant ce temps le Gouvernement autrichien? Il avait certes des occupations et des occupations sérieuses ! En effet, indépendamment de toutes
Professeur de droit pénal et de philosophie du droit à l'Université de Lemherg en 1847, député parFAutriclie à Francfort: représente le district de Hamspach-Schluckenau au Landtag de Bohême en 1861, et est envoyé de là au Reichsrath de Vienne; il y devient le chef du parti constitutionnel allemand. Ministre de 1861 à 1870. Leader de l'opposition sous les ministères Potocki, Hohenwart et ïaatfe, se retire de la Diète de Bohême et des Délégations, mais reste à peu près jusqu'à sa mort, survenue en 1892, le chef de la gauche allemande à la Chambre.
1. Stremayr (Karl von), né à Gratz le 30 octobre 1823, représente l'Autriche à Francfort, puis devient fonctionnaire. Ministre de l'Instruction publique de février 1870 à février 1871, et de novembre 1871 à février 1879, abolit le Concordat. Il succède au prince Aûersperg comme président du conseil le 13 février 1879, puis devient ministre de la Justice dans le cabinet Taaffe (août 1879), se retire en 1880 et devient second président de la Cour suprême, puis premier président en 1891.
2. Kaiserfeld (Moritz-Blagaschineg de), né à Ptuj (Pettau), en Styrie, le 24 janvier 1811, mort à Birkfeld le 14 février 1885. Membre de la Diète de Styrie en 1848, puis député par la ville de Gratz au Parlement de Francfort. Député en 1861 par la Diète de Styrie au Reichsrath, y combat à outrance le ministère Belcredi. Président du Reichsrath en 1867 et en 1869. Landeshauptmann (gouverneur) de Styrie en 1871. Membre à vie de la Cliambre des Seigneurs en 1872.
3. Giskra (Charles), né à Trébov (Màhrisch Trïibau), en Moravie, le 29 janvier 1820, mort à Baden le l*"" juin 1879. Professeur de sciences politiques à l'Université de Vienne en 1846, membre du Parlement de Francfort en 1848. Avocat à Brûnn en 1860, devient bourgmestre de Briinn. Membre de la Diète de Moravie et du Reichsratli en 1861, y est un des chefs du parti centraliste allemand. Président de la Chambre en 1867, ministre de l'Intérieur du cabinet Aûersperg (30 décembre 1867), se retire aumois demars 1870 et devient l'adversaire acharné du ministère Hohenwart. Président de la banque franco-autrichienne, administrateur de la ligne Lemberg-Czernowitz, se trouve, en cette qualité, englobé dans un procès célèbre, à la suite duquel il tombe en disgrâce. Meurt à Baden le 1" juin 1879.
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les révolutions avec lesquelles nous l'avons vu aux prises un peu plus haut, des troubles d'une certaine ravité éclataient dans cette Bohême, dont l'activité olitique reprend à ce moment, et une répression sanglante venait contribuer à attiser le feu chez ces ichèques, dont la fidélité aux Habsbourg ne se démentit, cependant, pas un instant pendant toute la crise. En même temps, d'ailleurs, la fortune semblait vouloir sourire aussi en Italie au Gouvernement autrichien. En eiïet, après avoir subi une défaite à Goïto le 31 mai, les Autrichiens prenaient leur revanche h Gustozza le 25 juillet et, grâce à cette victoire, parvenaient à imposer à Charles-Albert l'armistice de Milan (9 août). Mais, à peine était-il un peu rassuré en Italie, que le Gouvernement impérial voyait l'insurrection magyare grandir avec une violence inquiétante, si bien môme que le 6 octobre 1848, elle occasionnait une nouvelle révolution à Vienne. Les révolutionnaires y eurent d'abord le meilleur, et il fallut prendre Vienne d'assaut le l'''' novembre pour triompher de ce nouveau soulèvement de la capitale. Le Gouvernement autrichien n'avait donc, on le voit, guère le temps de s'occuper de ce qui se passait à Francfort, quelque important que cela eût pu être pour lui. Cependant, malgré cette abstention forcée, le 29 juin 1848, la politique autrichienne avait paru y remporter un premier succès. On avait, en effet, formé à cette date un Gouvernement exécutif pro-
visoire et on avait nommé vicaire impérial l'archiduc Jean *, frère de l'empereur François P' -; quelques jours après, le 15 juillet, ce dernier prenait à son tour pour ministre le chef même du parti autrichien au Parlement de Francfort, Anton von Schmerling. C'était donc là un triomphe incontestahle pour l'Autriche et, en quelque sorte, presque la garantie de succès ultérieurs en Allemagne. Ceci fait, le Parlement, ne sachant pas très bien par quel côté entamer le grave problème de la réorganisation de TAllemagne, se perdit bientôt dans un véritable imbroglio de discussions théoriques et philosophiques sur des questions tant politiques que nationales. En même temps, en effet, l'idée réactionnaire et l'idée révolutionnaire s'y livraient bataille ; mais, ces discussions, si curieuses qu'elles
1. Jean (Baptiste-Fabian-Sébastian), a,rchiduc d'Autriche, né le 20 janvier 1782, meurt à Gratz le 11 mai 1859, sixième fils de l'empereur Léopold II et de l'infante Marie-Louise. C'est le vaincu de Hohenlinden (1800), c'est encore lui qui, en 1805, ramène l'armée d'Italie vers Vienne, qui, en 1809, remporte d'assez brillants succès en Italie sur le vice-roi Eugène, mais qui, rappelé vers le nord, est vaincu à Raab le 14 juin et arrive trop tard sur le champ de bataille de Wagram. Très populaire, il est, en 1848, nommé par le Parlement de Francfort vicaire général de l'Empire. Avait, en 1827, épousé morganatiquement la fille d'un maître de poste d'Aussee, Anna Plochel qu'il fit comtesse de Meran en 1845.
2. François 1" (Joseph-Charles), empereur d'Autriche, né à Florence le 14 février 1768, mort à Vienne le 2 mars 1835. Fils de Léopold II, il épouse en 1788 une princesse de Wurtemberg qui meurt un an à peine après. 11 épouse alors sa cousine Marie-Thérèse des Deux-Siciles, dont il eut treize enfants. Empereur d'Allemagne à la mort de son père sous le nom de François II, le 7 juin 1792, il est obligé de renoncer à ce titre, le 6 août 1806, définitivement; veuf le 13 avril 1807, épouse le 6 juin 1808, Marie- Louise-Béatrice d'Esté, princesse de Modène, qui meurt à son tour le 7 avril 1816. Le 29 octobre de la môme année, il épouse Caroline-Auffuste de Bavière et meurt le 2 mars 1835.
soient, sortant du cadre- de noire étude, nous ne nous y arrêterons pas davantage.
Sur CCS entrefaites, d'ailleurs, un fait important se produisait en Autriche. En effet, le 2 décembre 1848, l'empereur Ferdinand V^ abdiquait en faveur de son neveu François-Joseph P''^, et le nouvel empereur trouvait, installé au ministère depuis le 22 octobre, un homme dont le rôle dans la politique allemande devait être fort important, le prince de Schwarzenberg. Homme d'État d'une incontestable valeur, diplomate habile et énergique, le prince de Schwarzenberg fut pour le jeune empereur un auxiliaire et un conseiller précieux. Mais sa politique, quelque considérables que puissent être les services qu'elle rendit à l'Autriche, n'en devait pas moins devenir, la suite de l'histoire le montrera, une des causes premières du mouvement pangermaniste. Gomment ces deux affirmations également vraies, à notre avis, peuvent-elles se concilier? Au premier abord, cela paraît difficile;
1. Ferdinand 1", empereur d'Autriche, né à Vienne le 19 avriH793, mort à Prague le 29 juin 1875, fils de François 1" et de Marie- Thérèse. Roi de Hongrie en 1830, épouse en 1831 Anna, fille du roi de Sardaigne, succède à son père le 2 mars 183"). Chassé de Vienne par la révolution de 1<S48 (17 mai 1848), se retire à Innshruck. Rentre à Vienne en août, se réfugie de nouveau à Olmûtz (octohre 1848) et abdique le 2 décembre 1848 en faveur de son neveu François-Joseph.
2. François-Joseph I"'', empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, né à Vienne le 18 aoûtl830, empereur le2 décembre 1848. Fils aîné de l'archiduc François-Charles et de Sophie, fille de Maximilien 1", roi de Bavière'. Epouse le 24 avril 1854 Elisabeth, lille du duc Max de Bavière. Le reste de son histoire est trop connu pour qu'il soit besoin de le rappeler ici.
mais au fond cola revient simplement à dire que, dès cette époque-là, il y avait une divergence sérieuse entre les intérêts de l'Autriche et ceux de l'Allemagne et, par conséquent, que l'on pouvait, tout en servant fort adroitement les premiers, agir à rencontre des seconds, par exemple, en méconnaissant le sentiment national allemand. C'est ce qui se produisit.
Mais ici alors une autre question se pose. Comment se fait-il donc, en effet, que, si préoccupé qu'il pût être, à juste titre, de l'intérêt de l'Autriche, un homme politique aussi habile que Schwarzenberg ait méconnu à ce point le sentiment national allemand? La raison en est, au fond, bien simple. C'est qu'imbu inconsciemment des vieilles traditions, Schwarzenberg ne vit dans la question allemande qu'une question diplomatique et non pas du tout ce qu'elle éUit surtout, c'est-à-dire une question nationale ! C'était là le résultat de la politique introduite en Europe par la Sainte Alliance que la tournure d'esprit inhérente à la plupart des hommes politiques de l'époque et qui leur faisait considérer avec le plus grand dédain tout sentiment national, l'idée nationale restant toujours encore pour eux le synonyme ou plutôt le masque de l'idée révolutionnaire. D'où, dans le cas qui nous intéresse, cette conséquence inévitable que la politique de Schwarzenberg froissa fatalement le sentiment national allemand, alors si puissant.
L'unité allemande, en effet, Schwarzenberg y pensait peu ! Sans doute, il avait bien, lui aussi, émis l'idée de l'empire de 70 millions d'âmes, mais il paraît peu probable qu'il ait jamais cru à la possibilité de réaliser ce rêve. Son plan consistait, en somme, uniquement à chercher à profiter delà crise que traversait l'Allemagne, pour transformer en hégémonie perpétuelle et directe l'influence momentanée et indirecte que Metternich avait réussi à assurer à l'Autriche en Allemagne en 1815. Quelle était pour cela la ligne de conduite à suivre? Sur ce point, il était impossible de se tromper ; il fallait avant tout adopter une politique nettement antiprussienne. C'est la première chose quefera Schwarzenberg.
Ainsi s'ouvrait donc l'année 1849 et dès lors les événements vont se précipiter singulièrement. En effet, dès ce moment, les députés allemands ont acquis la conviction que le Gouvernement autrichien poursuit bien plutôt la réalisation de ses rêves ambitieux que l'achèvement si ardemment souhaité de l'unité allemande. Aussi, voyant que l'Autriche ne leur servira pas à grand chose, ils se tournent résolument contre elle et, le 14 janvier 1849, un premier vote, rendu par 261 voix contre 224, à 37 voix de majorité, fait présager de leur intention bien arrêtée d'exclure l'Autriche de FAllemagne nouvelle. Le parti de la Petite Allemagne semble, dès ce moment, assuré du succès. Mais ceci bien
entendu ne fait pas le moins du monde ratïaire de rAulriche, et la mauvaise humeur qu'elle en ressent va l'amener à dévoiler, cette fois-ci ouvertement, ses desseins. En effet, par deux notes en date du 17 janvier et du 4 février 1849, ce même Gouvernement autrichien, sur lequel à peine six mois auparavant l'Allemagne comptait tant pour refaire l'empire allemand, protestait, en termes d'une obscurité d'ailleurs voulue, contre la constitution d'un Etat unitaire allemand, tel que le vote du 14 janvier le faisait présager. A ce moment, la situation est donc bien claire ; d'une part l'Autriche, qui ne peut obtenir cet empire allemand qui serait l'empire de 70 millions d'âmes qu'elle sait impossible à réaliser, obéituniquement àsesintérêtspolitiques, d'autre part, le Parlement de Francfort, désireux avant tout d'aboutir dans son œuvre nationale, se décide, à défaut de la Grande Allemagne, à réaliser tout au moins l'unité delà Petite Allemagne. Désaccord flagrant et grave, qui ne fera que s'accentuer et qu'affirmer de plus en plus la divergence des intérêts allemands et désintérêts autrichiens. Or ces désacords, cette divergence ne sont pas des symptômes sans importance, car l'histoire nous permet de voir en eux une des causes premières du mouvement pangermanisle d'aujourd'hui qui, lui aussi, oppose l'intérêt allemand à l'intérêt autrichien.
Cependant l'Autriche a à sa tête un homme d'Etat habile, qui comprend bien qu'à mécontenter l'Aile-
magne, il risque de ne pas même obtenir ces avantages politiques qu'il poursuit uniquement, et, fort adroitement, pour dissiper un peu la mauvaise humeur bien explicable causée en Allemagne par es deux notes mentionnées plus haut, Schwarzenberg lance alors une nouvelle note à la date du 7 février 1849. Dans cette note, le ministre autrichien déclare qu'il a dû y avoir un malentendu, que 'Autriche n'a nullement l'intention de s'isoler, de éparersa cause delà causederAllemagne,etpropose nfm de confier le Gouvernement de l'Allemagne à un directoire de neuf membres. En même temps d'ailleurs, il négocie en secret pour y assurer d'avance la majorité à l'Autriche. Cette note eut cependant un succès presque inespéré : en effet, le 10 mars, la Prusse, assez hésitante sur la politique à suivre, acceptait la base de discussion ainsi proposée par le ministre autrichien. Mais il était trop tard pour réparer les fautes commises, et si la Prusse, indécise et peu fixée sur son véritable intérêt, paraissait ainsi abonder dans le sens du ministre autrichien, l'Allemagne, elle, avait vu clair dans le jeu de l'Autriche I Elle en avait assez et sentait la nécessité de mettre fin à toute discussion par un acte catégorique. Avant tout, elle veut être une, et voilà pourquoi, malgré la réelle antipathie de la très grande majorité des Allemands pour la Prusse, le 27 et le 28 mars 1849, deux votes de l'assemblée, rendus à 4 et à 42 voix de majorité, offraient l'em-
pire héréditaire à Frédéric-Guillaume IV^roide Prusse.
C'était un acte grave, presqu'un acte désespéré, puisque, par défiance pour l'Autriche, l'Allemagne se jetait délibérément dans les bras de la Prusse et lui remettait le soin de veiller sur elle à ce moment si critique de sa constitution.
Il semblait impossible que la Prusse n'acceptât pas avec enthousiasme cette aubaine. Mais Frédéric- Guillaume IV, lui aussi convaincu que l'idée nationale c'était l'idée révolutionnaire sous une autre forme, crut qu'accepter la couronne que lui offrait ainsi le Parlement de Francfort, ce serait pactiser avec cette révolution qu'il détestait. Aussi, hanté parla crainte de se compromettre avec ces révolutionnaires abhorrés, répondit-il, le 23 avril 1849, qu'il ne pouvait accepter la couronne sans le libre aveu des princes allemands.
En fait, cette réponse équivalait à un refus. Car, ce que l'Allemagne désirait alors avant tout, c'était
1. Frédéric-Guillaume IV, roi de Prusse, né le 17 octobre 1795, mort à Sans-Souci le 2 janvier 1861. Fils de Frédéric-Guillaume 11. Prend part à la campagne de 1813, monte sur le trône à la mort de son père en 1840. Semble par deux fois, en 1842 et en 1847, céder enfin aux revendications du pays en faveur du Gouvernement représentatif, mais finit par y opposer une fin de non-recevoir absolue. La révolution de 1848 le force à céder, mais il reprend, à partir de 1850, la politique de réaction. En juin 1857, il eut une première attaque d'apoplexie, puis une seconde au mois d'octobre, dont il ne se remit jamais. Son frère Guillaume prend alors le pouvoir (23 octobre 1837) et est nommé régent le 7 octobre 1858. Frédéric-Guillaume IV meurt à Sans-Souci le 2 janvier 1861. De sa femme Elisabeth de Bavière, il n'avait pas eu d'enfants.
une solution rapide ; or, la consultation des princes ferait de toutes les façons perdre un temps précieux, et leur réponse était fort douteuse, car leur idée dominante était la jalousie contre n'importe lequel d'entre eux qui pourrait s'élever au-dessus du niveau des autres.
Pratiquement donc, le danger pour l'Autriche de voirie roi de Prusse devenir empereurd'Allemagne se trouvait, tout au moinsmomentanément, écarté.
Mais le fait seul que ce danger avait pu être imminent étaittrès grave et, enconséquence,Schwarzenberg, sentant qu'il n'y avait pas une minute à perdre, se décida à agir rapidement. Et, cette foisci, n'ayant plus rien ni personne à ménager, il joua cartes sur table.
Montrant clairement que l'intérêt de l'Allemagne le préoccupait fort peu et que le sentiment national allemand le laissait indifférent, dès le 5 avril 1849, il rappelait les 121 représentants de l'Autriche à Francfort et le même jour M. de Schmerling, devenu entre temps ministre plénipotentiaire d'Autriche à Francfort, communiquait à l'assemblée une protestation du ministre autrichien conçue en termes très vifs. Continuant dans cette voie, le 16 mai, l'Autriche, n'ayant plus qu'un seul désir, celui de contrecarrer autant que possible la politique prussienne, présentait un contre-projet. Ce contre-proyet était la réponse au traité des trois rois, signé entre la Prusse, le Hanovre et la Saxe, pour ame-
ner le triomphe de la politique de la « Petite Allemagne ». En pratique, ce contre-projet autrichien aboutissait à désunir l'Allemagne encore plus, en assignant à la Bavière le rôle de contrepoids entre l'Autriche et la Prusse, partageant ainsi l'Allemagne entre trois influences rivales.
Le contlit entre l'Autriche et la Prusse, dès lors ennemies acharnées et qui font, par suite, passer l'intérêt de l'unité allemande bien après leurs . ambitions personnelles, devient donc ainsi de jour en jour plus aigu. En vain, une entrevue à Teplitz entre Frédéric-Guillaume et François-Joseph sembla-t-elle vouloir indiquer chez les deux souverains, tout au moins un désir de conciliation; il n'en fut rien. Mais, dans cette lutte, la Prusse avait affaire à forte partie et, énergique et tenace, Schwarzenberg obtenait, presque par la force, de la Prusse qu'elle signât le traité du 30 septembre 1849. Ce traité, destiné à prouver en apparence à l'Allemagne qu'on s'occupait d'elle, en réalité à reculer le plus longtemps possible toute organisation définitive, créait une commission d'empire qui devait rester en fonctions jusqu'au 1"' mai 1850, se composer de deux Prussiens et de deux Autrichiens et siéger à Francfort. C'étaient toujours six mois de gagnés, puisque, partagée en deux parties égales et inconciliables, la commission était vouée à l'inaction, et qu'ainsi on arriverait jusqu'au printemps de 1850. C'était donc un succès incontestable
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pour TAutriche, mais aussi combien lointaine semblait dès lors la réalisation de cette unité allemande qui, un moment, six mois à peine auparavant, avait paru sur le point de se faire ? Le fait seul que ce succès de la politique autrichienne éloignait alors l'Allemagne de l'unification, ne suffit-il pas à expliquer bien des événements ultérieurs et à nous prouver que la divergence entre Fintérêt allemand et l'intérêt autrichien, signalée plus haut comme une des origines du pangermanisme anti-autrichien de l'heure actuelle, subsistait toujours et s'affirmait même de jour en jour.
Cependant, Schvvarzenberg, toujours inlassable, ne s'endormait pas sur ce premier &uccès et poursuivait avec acharnement son œuvre. C'est ainsi que, peu à peu, il parvient à détacher de la Prusse le Hanovre et la Saxe et qu'ainsi il annihile le traité des trois rois. La Prusse alors, sous l'apparence d'une dernière tentative de conciliation, risqua un suprême effort; elle proposa, en effet, de convoquer à Erfurth une assemblée constituante, chargée de réorganiser TAUemagne. Schwarzenberg vit le danger; il se défiait, et pour cause, ayant failli s'y faire prendre une fois, de ces assemblées allemandes qui avaient voulu donner la couronne impériale au roi de Prusse. Aussi, instruit par l'expérience, protestait-il le 8 décembre 1849 contre cette proposition et réussissait-il fort adroitement à entraîner avec lui la Bavière, puis la
bO LE PANGERMANISME EN AUTRICHE
Saxe, ce qui suffît pour faire échouer le projet prussien. Voilà donc encore une tentative d'unillcation de l'Allemagne qui échouait par suite de l'hostilité de l'Autriche. Cependant, il faut rendre à Schwarzenberg cette justice, qu'à cette même époque, c'est-à-dire au mois de décembre 1849, il secondait énergiquement la proposition d'union douanière entre l'Autriche et l'Allemagne, que prônait Bruck^, alors ministre du Commerce en Autriche. Dans cette proposition, en effet, l'habile homme d'Etat avait vu un avantage certain pour l'Autriche, et puis, après tout, il est permis de supposer que Schwarzenberg songeait peut-être, après avoir réduit définitivement la Prusse à l'impuissance, à reprendre pour le compte de l'Autriche l'œuvre d'unification de l'Allemagne par le côté économique du problème et à satisfaire ainsi un jour le sentiment national allemand. Rien ne permet d'affirmer absolumeiit qu'il avait cette intention, mais c'est en somme assez vraisemblable.
1. Bruck (Karl-Ludwig, baron de), né cà Elberfeld (duché de Berg), le 18 octobre 1798, rnort à Vienne le 23 avril 1860. Combat dans l'armée prussienne en 1815, puis fonde la grande compagnie de navigation maritime, le Lloyd, à ïrieste. Elu à l'assemblée nationale allemande de 1848 et désigné comme plénipotentiaire autrichien, ministre ducommerce après la révolution d'octobre 1848, se retire en 1851, prend part aux négociations douanières de 1833 entre la Prusse et l'Autriche. Envoyé à Gonstantinople enjuinl8o3, signe avec la Porte la convention pour l'occupation des principautés danubiennes par l'Autriche. Ministre des Finances en 1855. Des intrigues dirigées contre lui le font tomber en disgrâce auprès de l'empereur en 1859 : on l'implique dans le procès de concussion d'Eynatten: il démissionne le 22 avril 1860, et se coupe la gorge la nuit suivante : son iimocence absolue fut iDientôt reconnue.
Mais, avant tout, Schwarzenberg poursuit l'écrasement des ambitions prussiennes. Rien d'étonnant donc à ce que l'année 1850, qui s'ouvre sur ces entrefaites, voie le conflit austro-prussien s'accentuer encore et cela volontairement. Tandis, en effet, que, d'un côté, le roi de Prusse, poursuivant avec une lenteur fatale son idée iixe de se faire donner la couronne impériale par les princes allemands, se décide pour ce faire à les convoquer à Berlin, l'Autriche les convoque résolument à Francfort pour le 10 mai, dans le but évident de faire échouer la réunion de Berlin. Et là, lorsque ce congrès des princes s'ouvre à Francfort, toute équivoque est dissipée et le ministre autrichien dévoile définitivement et lumineusement son intention bien arrêtée de laisser l'Allemagne, tout au moins provisoirement, dans son état antérieur de désunion et d'impuissance. En effet, le comte Thun-Hohenstein, plénipotentiaire autrichien, y prenait bientôt la parole, pour proposer au nom de son Gouvernement de rétablir l'ancienne Diète et l'antique pacte fédéral, en les remaniant pour les mettre en conformité avec les idées modernes, formule vague et élastique qui pouvait signifier ce qu'on voulait. Le 8 août, cette proposition, qui consacrait le maintien du statu quo en Allemagne, était votée.
L'Allemagne est donc matée; reste maintenant a achever la tâche, à écraser définitivement la
Prusse. C'est ce que Schwarzenberg prépare soigneusement au congrès de Bregenz, où délibèrent ensemble l'empereur, les rois de Bavière et de Wurtemberg. Tout est prêt maintenant pour le coup décisif, l'estocade finale, qui doit assurer le triomphe du Habsbourg sur le Hohenzollern.
Un événement imprévu vint encore hâter le dénouement. I^n effet, sur ces entrefaites, des troubles subits, d'une extrême violence, bouleversaient la Hesse, et presque simultanément les Austro-Bavarois d'un côté, les Prussiens de l'autre entrent en Hesse. Une échauffourée se produit à Bronzell; Schwarzenberg tient enfin l'occasion ardemment attendue. Il rassemble 180.000 hommes, prêts à marcher, sur la frontière et, ceci fait, il donne à l'envoyé autrichien Prokesch^ l'ordre de sommer la Prusse d'évacuer la Hesse dans les vingt-quatre heures (26 novembre 1850). C'était un ultimatum et un ultimatum d'une rigueur rare. A Berlin, rien n'était prêt ; la guerre eût été un désastre. La Prusse céda donc et, le 29 novembre,
1. Prokesch-Osten (Anton, comte de), né à Gratz le 10 décembre 1795, mort à Vienne le 26 octobre 1876, officier de 181:5 à 1815, aide de camp de Schwarzenberg (1818), chargé de mission en Grèce et dans le Levant (1828), anobli en 1830, créé chevalier de rOrient (Osten), chef d'état-major de l'armée qui occupe Bologne (1831). Chargé de négocier la paix entre le vice-roi d'Egypte et le sultan (1833), ministre d'Autriche à Athènes (1834-1839), ambassadeur à Berlin (février 1849-1852), délégué à la Diète de Francfort (1853-1854), internonce à Gonstantinople (décembre 1855), y reçoit le titre d'ambassadeur (1867), se retire lors de la chute de Beust et est fait comte (3 novembre 1870), meurt à Vienne le 26 octobre 1876.
LE PREMIER ACTE I SCIIWARZENBERfV 53
Manteuffel ^ et Schwarzenberg signaient la fameuse convention d'Olmlïtz.
C'était un coup terrible pour la Prusse, une humiliation sanglante ! A la face du monde, elle était obligée de battre en retraite honteusement devant l'ultimatum autrichien, de reconnaître publiquement qu'elle n'était pas encore de force à tenir tête aux armées autrichiennes. L'Autriche triomphait donc, mais son triomphe même présageait des lendemains redoutables. Car, au point de vue allemand, elle avait commis une lourde faute. En effet, son triomphe, complet en tant que victoire d'amour-propre, n'était pas une solution. Pour le rendre complet au point de vue pratique, l'Autriche devait continuer, pousser jusqu'à Berlin, anéantir définitivement la puissance prussienne, puis chercher à refaire l'unité allemande autour de l'Autriche, débarrassée définitivement de sa rivale.
L'Europe eût, sans doute, accueilli sans enthousiasme cette solution; mais enfin, à force d'énergie et d'habileté, on l'eût peut-être rendue possible.
1, Manteuffel (Otto-ïlieodor, l)aron de), né à Liihben le 3 février 1805, mort à Krossen le 26 novembre 1882. Conseiller du prince de Prusse, alors président du ministère d'Etat (1844), directeur au ministère de l'Intérieur (1845), ministre de l'Intérieur du cabinet Brandenburg (novembre 18i8), ministre des Affaires étrangères à la mort du comte Brandenburg, signe avec Schwarzenberg la convention d'Olmiïtz (novembre 1830), assiste au Congrès de Paris (1836), se retire avec tout le ministère lors de l'institution de la régence (octobre 1838), reparaît en 1864 à la Chambre des Seigneurs, meurt le 26 novembre 1882.
b'+ LE PANGERMANISME EN AUTRICHE
Mais, si l'Autriche ne se sentait pas le courage, ni la force d'aller ainsi jusqu'au bout, il importait de ne pas entamer le conflit armé avec la Prusse. Car ce conflit créait un fâcheux précédent, laissait la Prusse, furieuse de son humiliation, aussi irréconciliable, mais plus puissante que si on l'eût presque anéantie, et c'est ce conflit même qui permettra à la Prusse, avide de vengeance, de retourner avec raison, en 1866, contre rAutriche, l'accusation de porter la responsabilité première de la lutte fratricide des deux plus grandes puissances allemandes. .
Il est juste, d'ailleurs, de dire que Schwarzenberg lui-même ne considéra la convention d'Olmûtz que comme un demi-succès. Il s'y était cependant résigné, d'abord, parce que la cour de Vienne soutenait assez mollement et comme à contre-cœur ce ministre entreprenant qui savait vouloir, et aussi sans doute par crainte de l'attitude peu favorable de l'Europe, à qui les succès foudroyants de l'Autriche faisaient déjà dresser Toreille avec méfiance. En tout cas, cette réserve faite en faveur de Thabile homme d'Etat autrichien, une fois de plus l'Autriche avait manqué une occasion de tenter de faire, à ses risques et périls sans doute, mais néanmoins à son profit, l'unité allemande. Y eûtelle réussi ? C'est douteux ! Sa propre constitution hétérogène l'eût probablement arrêtée net. Toujours est-il que, très sagement peut-être pour ses
propres intérêts, mais au grand détriment de l'intérêt allemand, elle avait reculé devant la grandeur de la tâche, après avoir commis la lourde faute d'avoir eu un instant l'air de vouloir l'entreprendre et après s'être attiré à tout jamais la haine de la Prusse, humiliée sans profit direct pour elle-même.
Pour l'instant, en tout cas, qu'on nous pardonne la trivialité de l'expression, c'était l'Allemagne qui payait les pots cassés. Ce qu'elle redoutait, en etfet, le plus arrivait ; la situation désespérante, à laquelle elle avait essayé de se soustraire par un elTort énergique, soutenu pendant deux ans^ se trouvait maintenue.
On retombait dans le iitatu quo ante 1848 et on se contentait de décider que la question allemande serait définitivement tranchée dans des conférences libres, qui s'ouvriraient à Dresde. Satisfaction toute platonique, puisque le « Bund » était bientôt rétabli tel quel.
Bien plus même, la cause allemande subissait encore un autre échec. En effet, sur le seul terrain, où la politique autrichienne s'était, pendant toute cette période, trouvée d'accord avec les aspirations du sentiment national allemand, sur le terrain économique, l'Autriche était battue et ne parvenait pas à se faire admettre dans le Zollverein.
C'était là un échec pour l'Autriche; mais Schwarzenberg n'était pas homme à se laisser décourager
par un insuccès. Aussi, avec sa ténacité habituelle, songeait-il à reprendre peu à peu, après s'être assuré l'appui de l'Allemagne du Sud, les négociations qui, un jour, amèneraient, malgré tout, l'entrée de l'Autriche dans le ZoUverein. Peut-être y aurait-il réussi à force de patience et d'habileté, en jouant adroitement du sentiment national, si puissant en Allemagne.
Mais l'Autriche se trouva subitement privée de ce remarquable homme d'I^^tat. Foudroyé h cinquante et un ans, en pleine vigueur, par une attaque d'apoplexie, le prince de Schvvarzenberg mourait à Vienne, le 5 avril 1852.
Son successeur fut le comte de Buol-Schanenstein ^ Celui-ci évita fort sagement la faute, trop fréquente en politique étrangère, qui consiste pour un ministre nouveau à adopter de parti pris une politique diamétralement opposée à celle de son prédécesseur et suivit au contraire absolument l'impulsion donnée par Schwarzenberg.
Le 20 avril 1852, des conférences sur la question douanière s'ouvraient à Berlin. Mais bientôt, à l'instigation de l'Autriche, les Allemands du Sud demandaient que l'Autriche fût représentée aux
1 . Buol-Schauenstein (Karl-Ferdinand, comte de), né le 17 mai 1 797, mort à Vienne le 28 octobre 186o, ministre à Garlsrulie, Stuttgart, Turin, Saint-Pétersbourg (1848), prend part aux conférences de Dresde (1850), ambassadeur à Londres (1851), ministre des Affaires étrangères et président du cabinet autrichien (1852), représente l'Autriche au Congrès de Paris (1856), donne sa démission en 1859, et disparaît de la scène politique; meurt le 28 octobre 1865.
conférences. A cette demande, la Prusse, toute meurtrie encore de Ttiumiliation d'Olmiïtz, répondit en rompant les négociations (27 septembre 1852).
BLe résultat fut que, laissant la Prusse bouder à m aise, les Gouvernements de l'Allemagne du ud, poussés dans cette voie par M.deBeust', dont nous retrouverons le nom au cours de cette étude, se mirent à négocier de plus belle avec le cabinet de Vienne (octobre-novembre 1852). Un moment, il fut même question de constituer un Zollverein de l'Allemagne du Sud, dont ferait partie l'Autriche. Le projet échoua néanmoins parce qu'on ne put se mettre d'accord sur certains points de détail, et l'Autriche, lasse de cette longue lutte de quatre ans, l'Autriche, dont l'attention, difficile à fixer pendant longtemps sur un même objet, commence à se détourner de l'Allemagne, se décide alors, au contraire, à signer le 19 février 1853 un traité de
1, Beust (Friedrich-Ferdinand, comte de), né le 13 janvier 1809 à Dresde, mort en Autriche en octobre 1886. Attaclié aux légations de Saxe à Berlin (1836), à Paris (1838), à Municli (1841-1846), à Londres (1846). Ministre de Saxe à Berlin (1848), ministre des Affaires étrangères, puis de l'Intérieur, puis président du Conseil en Saxe après 1849. Représentant de la Diète à la conférence de Londres (1864). carié en 1866, par Bismarck, des négociations pour la conclusion de la paix, et obligé de donner sa démission (19 août 1866) ; ministre des Affaires étrangères et de la maison de l'empereur d'Autriche, il négocie lecompromis austro-hongrois. Chancelier de l'empire (1868), se rencontre en 1869 avec le chancelier russe, prince Cortchakowà Baden, accompagne l'empereur en Egypte (1869), démissionne après la chute du ministère Ilohenwart, en novembre 1871. Comte depuis 1866. il est nommé à l'ambassade de Londres et devient membre de la Chambre des Seigneurs. Ambassadeur à l'aris de 1878 m sa retraite en 1882. 11 meurt en octobre 1886.
o8 LE Pv\NGERMANISME EN AUTRICHE
commerce avec la Prusse. Il n'y est plus question d union douanière, et l'Autriche se borne, pour ne pas avoir l'air d'y renoncer défmitivement, à remettre à des conférences, qui doivent se tenir en 1860, donc sept ans après, la question de son admission dans le Zollverein.
Sept ans, c'est un long laps de temps, et, dans sept ans, FAutriche ne sera plus la triomphatrice d'Olmûtz, mais la vaincue de Magenta et de Solférino ! Sur ce succès incontestable de la Prusse, sur cet acte de désintéressement étrange de la part de l'Autriche, la question allemande paraît s'assoupir de nouveau, et, après cinq ans de crise intense (^1848-1853), le calme et la torpeur, qui suivent toujours les efforts inutiles, semblent régner encore une fois sur la vieille terre allemande.
Cependant, en Autriche même, d'autres problèmes, qui joueront uq grand rôle dans l'histoire du mouvement pangermaniste, commencent à attirer Fattention ! La question tchèque a, en effet, reparu sur Féchiquier politique en 1848 ; les ïcbèques ont alors refusé d'envoyer des députés à Francfort, manifestant ainsi leurs sentiments antiallemands, et Palacky ', a protité de la crise pour
1. Palacky (François), né àHodsla\vice,enMoravie,lel4juiûl798, mort le 26 inai 1876, d'abord publiciste, publie ses articles sur l'esthétique dans le A'ro/c, puis, de 1823 à 1838, rédacteur à la iierwe du Musée de Bohême, historiographe de Bohême en 1829, publie en 1836 le premier volume de son Histoire de Bohême, devient, en
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susciter un premier réveil national en BohAme, dont reflet ne tardera pas à se faire sentir sérieusement. D'autre part, le système de Bach S rigoureux et méthodique, soumet l'Autriche à un régime absolutiste, centraliste et unitaire à outrance, à un régime par conséquent purement allemand. 11 est de toute évidence, en effet, que, tant que l'Autriche sera considérée par ses gouvernants comme un Étatunitaire, elle doit fatalement être en même temps considérée comme un Etat purement allemand ; il s'ensuit donc que les populations non allemandes d'Autriche ne peuvent rien attendre d'une conception de Gouvernement du genre de celle qui, sous la férule de Bach, régit alors le pays. Sous ce régime de compression absolue, les passions nationales, trouvait un terrain propice à leur développement, s'attisent forcément et n'at-
1848, le leader politique de la Bohême, ouvre à Prague, le 2 juin 1848, le Congrès général des Slaves. Refuse par deux lois le portefeuille de rinstruction publique dans le ministère Pillersdorf, se retire en 1849 de la politique, mais reparaît sur la scène politique après le diplôme du 20 octobre 1860, et devient membre du Herrenhaus après la constitution du 26 février 1861. Meurt le 26 mai 1876.
1. Bach (Alexandre), né en 1813 à Loosdorf (Basse-Autriche), meurt en 1870. Avocat à Vienne. En 1848, devient député de l'ordre des avocats, fait partie de la commission municipale provisoire, puis de laiDiète de Basse-Autriche. Ministre de la Justice dans le cabinet \\\ssenberg. Député du faubourg de Wiedcn au Beichsrath, quitte Vienne après l'insurrection du 6 octobre 1848, se réfugie à Sal/burg, puis à Prague, enfin à Olmiitz, où il fait partie du ministère Schwarzenberg-Stadion, ministre de la Justice, puis de l'Intérieur, baron en 1854, conseiller secret et grandcroix des ordres de Léopold et de François-Joseph. Obligé de démissionner après la guerre d'Italie (août 1859), il devient ambassadeur auprès du Saint-Siège jusqu'en 1867 et curateur de l'Académie des Sciences.
tendent que l'occasion d'éclater au grand jour. Or, de ces occasions-là, la politique autrichienne a toujours été prodigue.
Et, pendant ce temps, l'histoire, que rien n'arrête, continue son cours inexorable. La scène politique semble vide, les faits insignifiants, jusqu'au jour, oii de nouveau, venant du sud cette fois, l'orage éclate sur la monarchie autrichienne. Nous sommes en 1859 et, coup sur coup, le drapeau autrichien est obligé de s'incliner à Magenta et à Solférino devant les étendards alliés de la France impériale et de la jeune Italie. Et ce fait qui semble, au premier abord, ne devoir exercer que bien peu d'influence sur les affaires allemandes, est, au contraire, d'une importance capitale. En effet, d'abord, la défaite des armées autrichiennes révèle à l'Europe, encore un peu aveuglée par l'antique prestige de la puissance des Habsbourg, que cette puissance militaire n'est plus ce qu'elle était. Ensuite, par un jeu de bascule bien naturel, il est évident que l'Autriche, perdant pied presque complètement en Italie, va forcément chercher à rétablir son équilibre en essayant de fortifier sa situation en Allemagne.
Pour cette double raison, les événements d'Italie annoncent donc, pour une époque plus ou moins rapprochée, le retour sur le tapis de la question allemande.
En même temps, ou presque, un fait important
LE PREMIEH ACTE *. SCIIWABZENBERG 61
se produit dans la politique intérieure autrichienne. Nous voulons parler du fameux diplôme du 20 octobre 1860, qui marque la fm du régime absolutiste en Autriche et son entrée dans la voie constitutionnelle. C'est là un progrès incontestable sans doute, qui a été motivé par le réveil des passions nationales et par l'apparition dans la politique autrichienne des questions de nationalités, double phénomène qui rend impossible le maintien d'un Gouvernement absolu. Mais, en même temps, ce diplôme, qui inaugure en Autriche la phase constitutionnelle, par ce fait qu'il laisse désormais la voie ouverte aux revendications nationales qu'on ne peut plus étouffer, aura forcément pour effet d'amener une recrudescence sensible de toutes ces passions nationales, si longtemps contenues, et par là doit tenir sa place et une place importante parmi les causes de développement de cette idée nationale, elle aussi, qu'est l'idée pangermaniste.- Nous voici donc arrivés à la fin de cette première phase. 11 convient, avant d'aborder le second acte, de résumer brièvement les résultats du premier. Et alors une chose nous frappe immédiatement, c'est que pendant toute cette période, l'Autriche, par sa politique extérieure, si habile qu'elle ait pu être au point de vue purement autrichien, a froissé gravement le sentiment national allemand et qu'elle s'est exposée une seconde fois à ce reproche terrible, et d'ailleurs plus ou moins justifié, de n'avoir point
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l'ait rimitc allemande alors que, peut-être à tort, on la jugeait capable de la mènera bien. D'où désaffection incontestable des Allemands d'Allemagne et, par conséquent, première et lointaine cause du pangermanisme prussophile d'aujourd'hui. En second lieu, la politique intérieure du Gouvernement autrichien, unitaire, centraliste et germanisatrice à outrance, qui, connue sous le nom de système de Bach, régit le pays de 1852 à 1860 à peu près, par son exagération même a rendu indispensable et inévitable l'octroi, dans l'avenir le plus prochain, de concessions importantes aux nationalités non allemandes de l'Autriche. Et ces concessions ellesmêmes, nécessaires et habiles à beaucoup de points de vue, ne pourront qu'exaspérer peu à peu les Allemands d'Autriche, habitués de tout temps à une suprématie absolue dans le pays. Et voilà une seconde cause, peut-être encore plus importante que la première, de ce mouvement pangermaniste, qui tend aujourd'hui à l'absorption des Allemands d'Autriche par l'empire allemand. Au moment où nous sommes arrivés, c'est-à-dire en 1860, ce mouvement est encore à l'état latent; dans la période suivante, nous le verrons se développer, prendre une vie réelle, en attendant le jour où il éclatera dans toute sa force, quand cet empire allemand, centre d'attraction si ardemment souhaité, aura enlin été édifié par le fer et dans le sang.