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CHAPITRE V

Sommaire. — La politique de revanche. — Beust aux Affaires étrangères et sa politique inspirée parle sentiment national allemand dont il tient compte. — Sa politique nécessairement allemande à rintérieur. — L'idée, à défaut de la revanche impossible, de l'union avec l'Allemagne du Sud, préparée par une confédération de l'Allemagne du Sud. — Sedan et la ruine des espérances de Beust.

C'était bien, en effet, l'annonce d'une politique (le revanche, que la nomination, survenue dès le 30 octobre 1866, au poste de ministre des Affaires étrangères d'Autriche, du baron de Beust, jusqu'en 1866 premier ministre et ministre des Affaires étrangères de Saxe, de plus l'ennemi acharné, et on pourrait presque dire la bête noire de M. de Bismarck. Un Allemand d'Allemagne, chargé de la direction de la politique extérieure de l'Autriche moins de quatre mois après Sadowa, que pouvaient demander de plus alors les prédécesseurs des pangermanistes d'aujourd'hui, qui renieraient sans doute, qui ont d'ailleurs renié leurs successeurs etqui,

tout en s'inspirant eux aussi autant que quiconque du sentiment national allemand, savaient cependant rester avant tout de bons Autrichiens. Ils forlaient alors, sous la direction du prince Kolloredo, groupe allemand libéral, qui faisait une opposi- ►n énergique au ministère Belcredi. Car, si étrange ue cela puisse paraître, malgré les catastrophes l'été, le ministère Belcredi restait au pouvoir, maintenant un de ces désaccords, si fréquents fens la politique autrichienne, se pi:*oduisait à nouveau entre les conceptions contradictoires du nou- [eau ministre des Affaires étrangères et des autres lembres du ministère.

Le baron de Beust, en effet, ne pouvait rester idifférent à la politique intérieure de l'Autriche, 'homme qui, d'après M. Frédéric Kohn Abrest', ii nous a donné une édition française des mé- (oires de Beust, exprimait l'opinion que la perte Te l'Allemagne par l'Autriche en 1866 enlevait à l'élément allemand d'Autriche la principale justification de sa suprématie (opinion, d'ailleurs, parfaitement exacte), mais qui n'acceptait pas comme déhnitive l'exclusion .de l'xVutriche de l'Allemagne nouvelle, ne pouvait donc pas admettre que l'élément allemand, dont il était lui-môme un représentant éminent, perdît en Autriche cette suprématie.

1. T)'ois quarts de siècle. Mémoires du comte de Beust, ancien chancelier de l'Empire crAutriclie-Hongrie avec des notes inédites et une préface par Fkédékic Kohn Aj5rest, 2 vol., Paris, 1888.

11 était donc fatalement hostile au ministère Belcredi et tout le monde le savait.

Et en effet, le 7 février 1867, Belcredi démissionnait et Beust prenait sa place. Désormais le champ était libre et Beust pouvait mener parallèlement la politique intérieure et la politique extérieure dans le sens qui lui plaisait. Avant tout, la politique extérieure, pour M. de Beust, c'est la politique allemande; sans doute, dans ses mémoires, il se défend d'avoir suivi en 1867 une politique hostile à l'Allemagne nouvelle et, en effet, il ne suivit pas une telle politique, mais, par le fait seul de l'assiduité qu'il mit à intervenir sans cesse dans les affaires allemandes, il prouva amplement que l'Autriche ne se résignait pas à son exclusion de l'Allemagne.

C'est d'abord sa dépêche du 28 mars 1867 au comte Wimpff'en^ ministre d'Autriche à Berlin, où il proteste, en termes d'ailleurs fort mesurés, contre la divulgation du traité secret entre la Prusse et l'Allemagne du Sud, dépêche suivie d'une circulaire qui l'explique et qui est envoyée aux représentants de l'Autriche à Paris, à Londres et à Saint-Pétersbourg. Et immédiatement, devant cette attitude correcte et réservée, mais très digne, de l'Autriche, voilà les Etats du sud de l'Allemagne qui

1. Wiinpffen (Félix-Frédéric, comte de) (1827-1882). Ministre d'Autriclie en Prusse (1866), en Italie (1872) ; ambassadeur à Paris (1876), à Rome (1880), puis de nouveau à Paris (1882), où il se suicide le 30 décembre 1882.

coiïiniencent, déjà inquiets de la prépondérance croissante de la Prusse, à songer à rendre à l'Autriche, contrepoids nécessaire, une place dans FAllemagne nouvelle, premier succès de la politique autrichienne, et succès très appréciable. Cette fois-ci, l'Autriche semble bien adopter une politique nationale inspirée par des sentiments germanophiles, maintenus dans une limite modérée et sage, également éloignés d'une politique trop égoïstement autrichienne et des utopies chimériques, qui firent concevoir l'empire de 70 millions d'ames comme autre chose que de la fantasmagorie pure et simple.

L'Allemagne du Sud se retournait donc visiblement du côté de l'Autriche. Beust, cependant, ne s'empressa pas de se jeter délibérément dans les bras de tous ces princes de l'Allemagne du Sud, de tout temps si volages et si inconstants dans leurs afTections politiques, et en cela il agit fort sagement. A ces avances indirectes, mais significatives, il répondit, en effet, par une dépêche, à la fois très nette et très réservée, en date du 6 avril 1867 et adressée au comte TrautlmansdorfF, représentant de l'Autriche à Munich. Il devenait de plus en plus évident que la politique autrichienne, si longtemps flottante et indécise, était enfin dirigée par un homme qui savait ce qu'il voulait, avantage énorme et plus rare qu'on ne le croit en politique. Cette nouvelle tactique, irréprochable en apparence au

point de vue diplomatique, ne laissa pas cependant que d'inquiéter considérablement la Prusse et, sentant que, désormais, il fallait de nouveau compter avec l'Autriche et qu'il y avait tout intérêt par conséquent à la ménager, elle se décida à faire à son tour des avances à la cour de Vienne. Elle alla môme jusqu'à proposer, à mots couverts, quelque chose comme une alliance à ceux que les armées prussiennes avaient cru écraser pour longtemps à Sadowa, moins d'un an auparavant.

A ces avances qui lui prouvaient l'efficacité de sa politique, Beust répondit d'une manière correcte mais évasive dans une dépêche qu'il adressait au comte Wimpffen à la date du 17 avril 1867, dépêche destinée à indiquer au ministre d'Autriche la conduite à suivre. Mais fort habilement, et comme il voulait avant tout jouer cartes sur table, Beust autorisait en même temps le comte Wimpffen à communiquer cette dépêche d'instructions à M. de Bismarck. Que cherchait en effet l'homme d'État autrichien? Avant tout, à amener la Prusse à préciser ses projets, à déclarer où elle voulait en venir, et ce résultat-là M. de Beust l'obtint par cette attitude d'expectative réservée, qu'il avait si judicieusement adoptée.

La Prusse, en effet, se décidait en même temps à dévoiler plus clairement son but, et quel était ce but? C'était d'entraîner l'Autriche dans une guerre contre la France. Dès que ce point lui fut claire-

ment révélé, M. de Beusl sut à quoi s'en tenir. Il comprit que l'Autriche ne pourrait que perdre à cette alliance et qu'en aucun cas la Prusse ne la baisserait, de son plein gré, reprendre sa place, à >n avis à lui, la première en Allemagne, que, par mséquent, Falliance ne pouvant donner ce résultat présentant le grave inconvénient de lier l'Auriche à une politique d'où elle ne pourrait retirer icun avantage sérieux, il ne fallait pas s'y engager, ît cette fois une nouvelle dépêche du ministre ^itrichien à Wimpffen (19 avril 1867) contenait ine réponse négative, très nette, aux avances pruslennes, en même temps qu'avec une remarquable lairvoyance, M. de Beust y marquait les raisons sa méfiance à l'égard des projets de la Prusse. En même temps, et considérant ceci comme un îte parallèle à son attitude vis-à-vis de la Prusse, LUS une note conçue en termes plus énergiques et "dressée au comte Trauttmansdortï à la date du 5 mai 1867, M. de Beust éveillait l'attention des Etats de l'Allemagne du Sud et les mettait en garde contre toutes les tentatives faites par la Prusse pour les lier irrévocablement à sa politique. Cette rapide esquisse de: la politique allemande de M. de Beust est, pensons-nous, suffisamment caractéristique pour permettre au lecteur de s'en faire une idée nette, et ici, où nous ne prétendons pas étudier à fond cette politique, mais simplement en donner les grandes lignes pour pouvoir y démêler

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quelle influence elle put avoir sur le développement de ridée pangei'maniste, nous n'avions pas, à notre avis, à nous étendre davantage sur ce point. Telle qu'elle se présente à nous, et qu'on approuve ou non ses tendances, la politique de M. de Beust est incontestablement une politique très active, et ceci seul suffit à montrer combien les pangermanistes auraient tort de s'en prendre à lui et de prétendre qu'il ne fit rien pour essayer de rendre à l'Autriche sa place en Allemagne. D'ailleurs, rassurons-nous, ce reproche, qui ne serait pas justifié, mais qui serait tout au moins inspiré par un sentiment estimable, n'est certes pas celui que les pangermanistes d'Autriche songeraient à adresser à la politique de M. de Beust. Ils le blâmeraient plutôt, a en juger d'après leurs préférences personnelles, de n'avoir pas accepté les avances de la Prusse, de n'avoir pas humilié l'Autriche devant son vainqueur, de n'en avoir pas fait, en un mot, la servante respectueuse et l'instrument docile de la politique prussienne. Et ce sentiment intime, à peine voilé, des pangermanistes d'Autriche, considéré au point de vue du patriotisme autrichien, n'est-il pas déjà singulièrement suspect?

Revenons cependant pour un instant à la politique intérieure de l'Autriche. Il s'y passait alors des faits importants qui, si extraordinaires qu'ils puissent paraître au premier abord, cadrent néanmoins parfaitement avec les tendances générales

lo la politique de M. de Beust. L'année 1867 voyait, en effet, la monarchie autrichienne abandonner définitivement sa vieille conception centraliste du Gouvernement et adopter, par le fameux compromis de 1867, un régime d'une forme toute nouvelle, le Ijj^^ime dualiste, qui préside encore aujourd'hui fWWfx destinées de l'État qui, dès lors, cessait d'être I TAutriche pour devenir l'Autriche-Hongrie. Et l^^tait M. de Beust qui, du côté autrichien, avait pour ainsi dire été le parrain du nouvel ordre de choses. Quelles raisons avaient bien pu déterminer le ministre autrichien à prôner cette solution ?

Quelques instants de réflexion suffiront à nous prouver que l'adoption du régime dualiste, loin d'être en contradiction avec la politique allemandedeM.de Beust, était au contraire destinée, dans son esprit, à lui permettre de mener celle-ci avec une ardeur nouvelle. M. de Beust, en effet, avait été vivement frappé de rinconvénientgrave que présentait f)0ur l'Autriche dans la question allemande, le fait de traîner, après elle, comme un boulet au pied, le poids toujours croissant des revendications hongroises. Il se disait, d'autre part, que, si l'on donnait satisfaction aux Hongrois, il y aurait peut-être ensuite dans la monarchie plus de gens satisfaits que de mécontents, et qu'ainsi, il aurait, lui, une certaine garantie de tranquillité à l'intérieur, tranquillité indispensable à la politique active qu'il rêvait de poursuivre sans relâche à l'extérieur. Il pensait aussi que, de toutes

les concessions qu'on pouvaitfaire aux nationalités non allemandes, celles faites aux Hongrois étaient celles qui risquaient le moins de provoquer chez les Allemands d'Autriche un mécontentement redoutable, alors que, par exemple, des concessions aux Tchèques auraient soulevé parmi ces Allemands d'iVutriche un véritable <( toile », ce qui, estimait M. de Beust, eût été fort imprudent et particulièrement inopportun. Et voilà pourquoi, avec raison, M. de Beust jugea bon de patronner ce fameux régime dualiste qui règle, aujourd'hui encore, d'une façon de plus en plus cahotée, les destinées constitutionnelles si orageuses de l'Etat austro-hongrois.

Son calcul se vérifia, d'ailleurs, tout au moins momentanément. Les Hongrois, bien entendu, se déclaraient satisfaits, pour l'instant, de la nouvelle constitution, les Allemands l'étaient aussi relativement, et, après tout, c'était là l'essentiel. Le nouveau régime, par exemple, exigeait, en Autriche, un ministère parlementaire. Ce fut le prince Charles Auersperg ^ qui, inspiré par Beust,

1. Auersperg (Karl-Wilhelm), né en 1814, conseiller intime, membre héréditaire du Conseil de l'Empire. En 1861, membre héréditaire et président de la Chambre des Seigneurs, membre de la Diète de Bohème dans la curie des grands propriétaire?. Président du Conseille 30 décembre 1867.11 quitte le pouvoiren janvier 1870. Est un des leaders de l'opposition au ministère Ilohenwart. Après la chute de ce ministère, il devient président de la Chambre des Seigneurs et soutient le cabinet que préside son frère (1871-1879). 11 combat ensuite énergiquementle ministère Taaife. 11 a été longtemps maréchal suprême de Bohême, président de la Diète et président du Comité permanent (Landesausclmss) de la Diète.

constitua ce ministère dénommé, dans l'histoire parlementaire de l'Autriche, ministère des roturiers. C'était un ministère allemand, et nous y trouvons entre autres les noms de M''' BresteH, Giskra, Berger, Herbst, etc., etc., noms dont la plupart nous sont déjà connus et portés par des hommes, qui avaient presque tous joué un rôle au Parlement de Francfort en 1848, ce qui nous dispense de tout autre commentaire. Le ministère se constituait le 30 décembre 1867, et ainsi s'achevait cette année 1867 si féconde en événements. Tout semblait sourire aux projets de M. de Beust.

Cependant, les premiers mois de l'année d868 virent se produire une certaine accalmie. Chacun restait sur ses positions, attendant l'occasion qu'une faute de l'adversaire lui procurerait de rentrer en scène d'une manière active. Cette opportunité d'affirmer à nouveau sa manière de voir fut pourtant fournie à M. de Beust d'une autre façon, d'une façon toute pacifique, lors des fêtes du tir, qui eurent lieu à Vienne du 14 juillet au 5 août 1868. Ces fêtes méritent de retenir notre attention un instant, ne fût-ce que parce qu'on y vit, fait signi-

1. Brestel (Rudolf), né à Vienne, le 16 mai 1816, mort à Vienne, le 3 mars 1881. Professeur de physique et de mathématiques, député en 1848, il fait partie de la gauche centraliste. Destitué en 1849, il devient pubhciste et directeur du Crédit foncier. Député à la Diète de Basse-Autriche en 1861, au Reichsrath en 1864. Ministre des Finances du cabinet Auersperg (30 décembre 1867), il continue à faire partie du cabinet Hasner (l'^'" février-4 avril 1870), et après sa démission en 1871, il est nommé conseiller secret. Meurt à Vienne le 3 mars 1881.

ficatif en lui-môme, de nombreux Allemands d'Allemagne, comme, par exemple, pour n'en citer qu'un. Millier de Francfort, y exprimer dans des discours chaleureux leurs sympathies pour l'Autriche. Mais ce qui constitue pour nous l'intérêt principal de ces fêtes, c'est le discours que prononça à cette occasion M. de Beust. Ce discours était très attendu et il ne pouvait en être autrement. Le ministre des Affaires étrangères d'Autriche, parlant devant des Allemands d'Allemagne, à un moment oii sa situation vis-à-vis de la Prusse devenait de plus en plus délicate par suite de son désaccord persistant avec M. de Thil, ministre des Atïaires étrangères de Prusse, n'était-ce point un événement sensationnel? L'allocution de M. de Beust fut peutêtre pour beaucoup de ceux qui s'attendaient à voir le ministre autrichien entamer une virulente polémique avec la Prusse, une réelle déception; elle était, en effet, d'une tenue fort réservée et très diplomatique. L'on y trouve, cependant, deux phrases qui, bien comprises, forment le fond même de sa politique allemande. Nous les empruntons à la traduction de M. Frédéric Kohn Abrest ' : « La politique de l'Autriche, y déclare M. de Beust, ne se mêle pas aujourd'hui des affaires d'Allemagne et ce ne sont pas des pensées de revanche qui occupent les esprits de notre empire. [Vifs applau-

1 . Mémoires du comte de Beust (traduction Frédéric Koh n Abrest) , t. II, 1866-1883, p. 184.

dissements .) Mais il n'y a j)as de traité qui empêche V Autriche de gagner la confiance^ le respect et l'affection des autres Etats... ))

Reprenons un peu ces paroles et examinons-les soigneusement sans perdre de vue tout ce que la politique de M. de Beust nous a déjà révélé sur ses iudances. Quelle est donc leur véritable significaion? La voici, pensons-nous, exprimée avec toute circonspection nécessaire dans une matière aussi félicate que l'interprétation d'un discours diplolatique. L'Autriche ne cherche pas à rentrer de \rce dans rAllemagne, parce qu'elle sait que ce Tait impossible, et les applaudissements qui inter- »mpent à ce moment l'orateur, prouvent que c'est iissi l'opinion de l'auditoire. Mais, d'autre part, elle veut pas non plus renoncer à tenter d'attirer à elle !S Etats allemands avec le consentement de l'Europe. Voilà ce que signifient, à notre avis, ces termes In peu vagues, mais d'une obscurité voulue : f< ...la infiance, le respect et l'affection des autres Etats » [ui terminent cette seconde phrase.

N'est-ce point là la meilleure politique, si nous lous plaçons au point de vue des Allemands d'Autriche et même de Fidée pangermaniste dans toute sa pureté originaire en tant qu'idée nationale? N'est-ce pas là la seule politique habile que puisse suivre alors l'Autriche, du moment qu'elle veut être et rester avant tout un Etat allemand? Car c'est la seule qui concilie réellement, dans la me-

sure du possible, Tiiitérêt allemand et l'intérôt autrichien. Les deux phrases que nous venons de rappeler sont d'ailleurs .loin d'être les seules qui nous renseignent sur le véritable caractère de la politique de M. de Beust. En effet, pendant l'automne de cette même année 1868, oii commence, d'autre part, à s'esquisser l'idée d'une coopération franco-autrichienne, dirigée éventuellement contre la Prusse, M. de Beust prononçait un discours fort intéressant devant la commission de la Chambre des députés, chargée d'examiner la loi de défense militaire. Il y a notamment dans ce discours une phrase extrêmement significative, qui dévoile clairement les sentiments du ministre autrichien sur la question austro-allemande en général et sur la Prusse en particulier. Voici cette phrase qui nous paraît intéressante à rappeler ici : « Je ne reviendrai pas sur cet accommodement (il s'agit de la Convention d'Olmûtz) qui fut considéré en Prusse comme une humiliation, en Autriche comme un succès, appréciation inexacte de part et d'autre ^ » Ce simple jugement sur le passé n'en dit-il pas long sur les idées de M. de Beust en ce qui concerne la situation respective de l'Autriche et de la Prusse en Allemagne et n'est-il pas dans sa concision et sa netteté le commentaire le plus éloquent des événements de 1850?

1. Mémoires du comtedeBeust (traduction Frédéric Kobn Abresl), t. II, 1800-1885, p. 195.

A rintérieur, cependant, tout ne marchait pas comme ïeùi désiré M. deBeust. La tranquillité qu'il attendait du compromis, pour avoir enfin les coudées franches à l'extérieur, semblait décidément une chose impossible à obtenir en Autriche. Les difficultés, en effet, surgissaient de nouveau de tous côtés. Les Tchèques, mécontents à bon droit du nouveau régime, qui, en satisfaisant les Hongrois, diminuait singulièrement l'opposition à la prépondérance allemande dans la monarchie, et par là ne leur laissait que bien peu d'espoir d'arriver jamais à l'autonomie rêvée, recommençaient à s'agiter. La Diète de Bohême, qui devenait gênante, fut, en conséquence, dissoute, et des artifices habiles permirent de constituer dans la nouvelle Diète une majorité allemande. Cette majorité s'empressait aussitôt de remplir la mission qui lui avait été assignée, c'està-dire d'envoyer des députés au Reichsrath, ce que l'ancienne avait refusé de faire pour protester contre le nouveau régime. C'est ainsi que furent élus, pour s'en aller siéger au Reichsrath, 54 députés. Si l'on considère que sur ces 54 députés, il y avait 40 députés allemands, on verra tout de suite combien cette proportion est loin de répondre à la proportion réelle des deux races en Bohême. Les 14 députés tchèques comprirent qu'ils ne pouvaient accepter un mode de représentation aussi peu conforme à la justice et refusèrent de se rendre à Vienne où, par conséquent, leurs 40 collègues allemands arrivèrent seuls.

Bien plus, pour prendre nettement position et expliquer clairement leur attitude, les députés slaves de la Diète remirent au président de la Dièt(' le 28 août 1868, une déclaration catégorique, oii ii> affirmaient leur résolution de soutenir envers et contre tous les droits de la race slave. Un des députés fit d'ailleurs précéder cette déclaration di quelques explications du plus haut intérêt. Elles contiennent notamment le passage suivant, que nous empruntons à une très intéressante brochun de M. Louis Léger ^ et qui nous paraît devoir être cité. C'est, en effet, le premier texte qui signale positivement, en appelant les choses par leur nom, l'existence en Autriche d'un mouvement pangermaniste, tendant ouvertement à l'annexion à l'Allemagne. Voici ce passage : « Il y a parmi les Allemands de la Bohême un parti, malheureusement toujours croissant, qui, mettant l'unité allemande au-dessus de tout, a l'intention de soumettre à la Prusse, comme au représentant actuel et incontestable de l'unité germanique, tous les pays prétendus allemands de l'Autriche. Il va sans dire que ce parti veut, avant tout, retenir les pays éminemmeni slaves de la couronne de Bohême dans une union étroite avec les autres pays cisleithaniens, qui anciennement faisaient réellement partie de l'em-

1. Louis Léger, la Crise autrichienne; le Royaume de Bohême el le Fédéralisme (Extrait de la Revue moderne du 10 octobre 1S68. Paris, 1868, p. 7).

pire germanique. Entre ce parti et nous, toute transaction est impossible ; mais qu'il prenne garde que le pangermanisme politique doit nécessairement engendrer le panslavisme politique... On comprend que des agitateurs politiques qui ne cessent de preclier la nécessité d'un Etat unitaire allemand, auquel la Bohême doit être incorporée, voient dans les Slaves de Bohême un obstacle à l'exécution de leurs projets. »

Sans doute, dans ces phrases dont l'importance n'échappera pas au lecteur, est-il nécessaire de faire une juste part aux exagérations que peut y causer un sentiment national, pour ainsi dire exaspéré. Sans doute, ne faut-il pas oublier que c'est là une protestation et que, dans une manifestation de ce genre, l'état de choses contre lequel on proteste se trouve toujours dépeint avec des couleurs plus noires que celles de la réalité. Mais, ces réserves une fois faites, il n'en reste pas moins que voilà un document d'un intérêt capital. En répétant que nous nous trouvons là pour la première fois en présence d'un texte précis, constatant l'existence dans l'Autriche de 1868 d'un mouvement nettement pangermaniste, semblable déjà à celui qui aujourd'hui attire l'attention de l'Europe, et comme lui ouvertement prussophile, nous aurons suffisamment souligné l'intérêt qu'il présente. Et deux ans à peine se sont alors écoulés, depuis que, sur le champ de bataille de Sadowa, le soir de la victoire, les

étendards prussiens ont, pour la première lois, salué en la personne du roi Guillaume le lu lui' empereur qui ira cinq ans plus tard ramasser dans le sang la couronne impériale... à Versailles. L'évolution est terminée. L'Autriche, comme un instrument hors d'usage, est rejetée dorénavant par les apôtres de l'idée pangermaniste. C'est de Berlin désormais que, pour eux, vient la lumière.

Cette protestation des Tchèques était donc un lait important, et sa gravité n'échappa à personne. Aussi, à la suite de la proclamation faite par les Tchèques de ce programme (23 octobre 1868), la Diète de Bohême, menée par sa majorité allemande, n'hésitait pas, en guise de réponse, à déclarer démissionnaires soixante et onze députés, signataires de ce manifeste réputé anti-allemand. Ce sont là, si l'on veut, des incidents passagers, créés par un conflit aigu des deux races en Bohême. D'accord, mais cet ensemble de faits nous prouve cependant déjà qu'une bonne partie des Allemands de Bohême inclinait dès lors vers ce pangermanisme, si vigoureusement dénoncé par la déclaration tchèque. 11 est également désormais certain que c'est parmi les Allemands de Bohême que le mouvement pangermaniste recrutera ses premiers adhérents politiques. C'est là^ d'ailleurs, un fait très explicable. La Bohème est, en effet, la province de la monarchie où la lutte des nationalités atteint le summum d'intensité, et c'est là toujours le terrain le plus propice au déve-

loppement (les partis extrêmes, de ceux qui poussent l'idée nationale jusqu'à ses dernières limites.

Ainsi s'achevait Tannée 1868. La situation, sans être mauvaise, était cependant moins favorable, moins brillante que Tannée précédente. En effet, un facteur important était venu troubler la politique intérieure : à savoir le réveil définitif des Tchèques par suite du mécontentement que causait chez eux ce nouvel état de choses qui ne tenait aucun compte de leurs revendications séculaires. La question de Bohême, question qui, aujourd'hui encore, est loin d'être résolue, entrait dès lors dans une phase aiguë. Sans doute, c'étaient là des difficultés prévues, à notre avis même peut-être inévitables, mais enfin, on a beau s'attendre à des difficultés, elles ne sont jamais les bienvenues. De plus, cette année 1868 a vu pour la première fois aussi s'esquisser nettement Tembryon du mouvement pangermaniste. C'est le moment, nous l'avons vu en effet, 0X1 certains Allemands d'Autriche, que ne satisfait pas encore la politique cependant franchement allemande sur toute la ligne de M. de Beust, sans oser encore regarder ouvertement vers Berlin, commencent, qu'on nous pardonne la brutalité du terme, déjà tout au moins à loucher du côté de la Prusse.

Ce qu'il y a de plus grave, c'est que ce n'est là qu'un commencement et que Tannée 1869 va voir ce mouvement vague se préciser, s'accentuer et

102 LE PANGERMANISME EN AlTl;lCHE

môme prendre forme. C'est, en eiïet, dans le courant de cette année 1869 et au début de 1870 que vont se fonder à Vienne et dans un assez grand nombre de villes de province, des « Dei.tsche Vereine » (associations allemandes), et c'est de ces Deutsche Vereine que sortira un jour le parti allemand national, d'où se détachera à son tour le groupe pangermaniste. C'est là, dans le sein de ces sociétés, à l'ombre de leur titre respectable, que s'organisera en silence le parti pangermaniste d'aujourd'hui, attendant pour se révéler le jour oij des agitateurs de profession viendront le tirer à grand fracas de l'ombre propice oii, dès 1869, il se constitue.

Pour compléter le tableau de l'état d'esprit très significatif qui commence à régner en Autriche à cette époque, pour montrer de façon précise comment, réponse inévitable aux revendications des nationalités non allemandes de l'Autriche, on commence dans les partis allemands à envisager l'idée de prendre un point d'appui sur les Allemands d'Allemagne, nous croyons qu'il suffira de citer simplement, en le traduisant aussi exactement que possible, un passage d'un discours prononcé à la Chambre des députés le 17 mars 1869 par M. Skene, un des membres les plus inOuents de la majorité allemande, et oi^il'orateurfait allusion, d'unemanière très nette et très clairvoyante, aux revendications croissantes des diverses nationalités de la Cisleithanie. Voici le passage en question : « Puisqu'on

vient toujours nous parler des nationalités et de leurs revendications, poussées jusqu'aux conséquences les plus extrêmes, je voudrais faire remarquer h mes honorables collègues (c'est de la droite qu'il s'agit) que, si l'on poussait ainsi le raisonnement jusqu'au bout, la conséquence directe en serait qu'il ne peut plus du tout y avoir d'Autriche; car, si vous placez toujours votre nationalité au premier plan, si vous ne voulez jamais que ce qu'exige votre nationalité, il ne restera plus à la partie, par exemple, de la Chambre à laquelle j'appartiens, d'autre politique possible que celle qui consiste à poursuivre le même but et à tenter d'amener la réunion de l'Autriche à l'Allemagne^. » Ces mots, prononcés par un orateur, qui n'est pas un violent et qui n'envisage ce désir de réunion de l'Autriche à l'Allemagne que comme une éventualité, qui pourra peut-être un jour se produire si les passions nationales deviennent de plus en plus exigeantes, ne sont-ils pas déjà un indice sérieux que, dans un certain milieu, on commence à penser à l'annexion de l'Autriche allemande à TAllemagne? Voilà donc le langage que tenait, dès 1869, à la Chambre autrichienne, un membre de la majorité ministérielle, et il éclaire bien la situation politique intérieure du pays à cette époque.

.a politique extérieure, elle, subissait peu de

D' Gustav Kohn, op. cit.^ p. 140.

changement. Elle restait la môme, inspirée et dominée par les mêmes idées, pourtant un peu moins ambitieuse peut-être, à cause du mécontentement de plus en plus marqué de la Prusse, mécontentement dont le souvenir de Sadowa obligeait bien à tenir compte. Ce mécontentement de la Prusse, M. de Beust ne pouvait pas ne pas s'en apercevoir, mais il feignait, fidèle en ceci à la tactique de parfaite correction apparente, qu'il avait su maintenir dans sa politique, de ne pouvoir bien se l'expliquer. Le léger recul évident des visées autrichiennes, M. de Beust s'était cependant vu obligé de l'admettre et de le constater. Il n'était donc pas très satisfait de la situation générale dès le début de cette année 1869, et c'est cette impression de regret et de légère amertume, qui se dégage d'une lettre qu'il écrivait de Vienne, le? janvier 1869, et où nous remarquons le passage suivant : « La politique proclamée par Sa Majesté l'Empereur, celle qui exclut l'idée de revanche, a été suivie loyalement et scrupuleusement; mais, en vérité, ceux qui sont restés seize ans à couver les représailles pour Olmûtz ne peuvent guère comprendre qu'on ait si vite oublié Nikolsbourg^ »

A cette époque, en effet, M. de Beust, un peu découragé peut-être par la difficulté de la tâche énorme qu'il avait voulu entreprendre, se rabat-

1. Mémoires du comte de Beust (traduction Frédéric Rohn Abrest), t. II, 1866-1885, p. 208.

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tait sur des projets moins grandioses. La revanche complète, absolue, de Sadowa, celle qui eût été vis-à-vis de Sadowa ce que Sadowa avait été vis-àvis d'Olmiilz, son rêve intime lorsqu'il avait pris le pouvoir, semblait de plus en plus irréalisable et alors, comme pis aller, M. de Beust commence à pensera favoriser la constitution d'une Allemagne du Sud indépendante, sur laquelle, sans aucun doute. Vienne agirait progressivement comme un centre d'attraction naturel et irrésistible. Ce n'était point là une mauvaise idée, et son succès pouvait môQie après tout être plus radical et plus certain que celui de la politique de revanche ;»mais il faudrait incontestablement l'attendre plus longtemps. Et puis, tous ceux qui prônaient à outrance l'idée de l'unité de tous les Allemands de race, les pangermanistes d'alors, n'allaient pas manquer de lui reprocher de tenter de couper ainsi l'Allemagne en deux parties distinctes, peut-être hostiles, de désorganiser de nouveau cette Allemagne en train de se constituer. Aussi se défend-il d'abord d'avoir conçu ce plan, tout en laissant voir que sa réalisation lui serait assez agréable, et, à ce point de vue, il nous paraît intéressant de citer les passages que voici, tirés d'un leader article de la Neiie Freie Presse (juillet 1869). « Le comte de Beust ne veut pas pratiquer une politique de restauration allemande... Un ministre des Affaires étrangères d'Autriche ne peut voir que d'un œil favorable l'Allemagne du

Sud former une confédération solide. Personne n'en voudra au comte de Beust faisant cet aveu : « Il (( nous est permis de désirer la Confédération du Sud « et peut-être la désirons-nous en réalité. » Et le journal continue en disant : « Mais le chancelier de la monarchie renonce complètement à la pensée de revanche pour Kœniggra^tz lorsqu'il ajoute : « Nous ne pouvons et ne voulons pas fonder la « Confédération du Sud, ni contribuer à la fonder. « Si elle s'établit, personne n'aura le moindre droit de dire qu'elle est l'œuvre de suggestions autrichiennes-. »

Ce passage, surtout si on le rapproche de la dépêche adressée par M. de Beust le 4 avril 1869 aux représentants de l'Autriche à Munich et à Stuttgart, oii il donne l'assurance formelle que l'Autriche n'a ni le droit, ni le désir de se mêler des affaires de l'Allemagne du Sud, permet de se faire, croyonsnous, une idée exacte de ce que fut en 1869 la politique autrichienne dans la question allemande. Politique un peu incertaine, sans plan bien arrêté, s'en remettant surtout pour la réussite au hasard, à la Fortune, n'ayant en somme d'autre ligne de conduite que celle qui consisterait à tirer éventuellement des événements le meilleur parti possible... contre la Prusse. Et voilà encore un sujet de mécontentement sérieux pour les premiers adhérents de

1. Mémoires (/ucomte de /^ez^s^ (traduction FrédéricKolinALrest), t. II, 1860-1885, p. 221-222.

ridée pangermaniste, qui, dès lors, voudraient, oublieux d'un passé si récent, qu'on fit des avances à la Prusse et qu'on l'aidât aveuglément à constituer cet empire allemand, qui ramènera par la pensée ces sectaires fanatiques (le mot, croyonsnous, n'est pas trop fort) du sentiment national allemand, qui ne veulent plus se souvenir de leur qualité d'Autrichiens, aux temps les plus glorieux du Saint Empire Romain Germanique.

L'année 1869 n'avait donc pas été très favorable à la politique de M. de Beust; l'année 1870 devait, elle, dès son début, voir chanceler d'une manière inquiétante tout l'édifice, si laborieusement équili bré par le ministre autrichien. La politique intérieure, une fois de plus, allait déranger la politique extérieure.

M. de Beust, en effet, toujours hanté par l'idée d'amener à l'intérieur une trêve entre les diverses nationalités, qui lui permettrait de tourner toute son attention et toute son activité vers le dehors, avait entamé des négociations avec les Tchèques, l'élément le plus remuant de la monarchie, pour tacher d'obtenir d'eux, moyennant quelques concessions, un peu de tranquillité. Ces négociations, le président du conseil autrichien, le prince Auersperg, représentant d'une politique de résistance à toutes les revendications, les réprouvait. De plus, certains actes de M. de Beust avaient froissé l'amour-propre du prince. De là, une cer-

taine tension et une grande froideur, qui avaient fini par amener la démission du prince Auersperg. Le cabinet se disloquait donc. Sur le moment, néanmoins, la majorité de ses membres qui prônait, comme le prince Auersperg, lapolitique de fermeté vis-à-vis des Tchèques, l'emporta malgré la retraite do prince,et,leP' lévrier 1870, le aiinistèresereconstituait avec un programme inspiré par cette politique de résistance, sous la présidence de M. Hasner^

Malgré tout, l'avenir devait bientôt donner raison à M. de Beust. En eiïet, la question tchèque devenait si critique, si aiguë, que même ce ministère ainsi reformé, sinettement allemand, ce ministère de combat se vit obligé à son tour d'entamer des négociations avecles Tchèques. Elles échouèrent, et cet échec amenala démission du ministre de l'Intérieur, M. Giskra, qui les avait dirigées (22 mars 1870). Le ministère se disloquait donc de nouveau et le 4 avril 1870, devant l'échec de la politique de résistance, la minorité du cabinet, celle qui était disposée à essayer de primeabordde la conciliation, l'emportait à son tour.

Hasner démissionnait en eiïet, et le comte Po-

1. IIasner(Léopold),chevalierd'Artlia,néàPraguele 15mars 1818, mort le 5 juin 1891, rédacteur en 1848 à la Prager Zeitung, ensuite professeur de philosophie et de science politique à l'Université. A partir de 1861, député à la Diète de Bohème et au Reichsrath. En 1805, professeur de science politique à l'Université de Vienne, ministre de l'Instruction puhlique du cabinet Auersperg (30 décembre 1867), président du conseil du 1" février au 4 avril 1870. Membre de la Chambre des Seigneurs depuis 1867.

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tocki^ devenait président du conseil à sa place. Il se trouvait en présence d'une situation difficile, une opposition qui. désormais, savait ce qu'elle mouvait faire. Il était très délicat et malaisé de [éprendre les négociations. En un mot, la question ivait été très mal engagée. Les Tchèques, en effet, le se tenaient pas pour satisfaits du demi-succès [ue constituait pour eux l'arrivée aux affaires du linistère Potocki ; les Allemands, de leur côté, regrettant l'échec de la politique intransigeante du ►rince Auersperg et de M. Hasner, voyaient d'un issez mauvais œil le nouveau ministère...

Et c'est cette sensation de malaise peu dissimulée, s'est ce mécontentement réel des partis allemands, [ui motivent la réunion à Vienne, le 22 mai 1870, de (( l'Erster Deutsch-OEsterreichischer Parteitag » (premier Congrès du parti allemand-autrichien). Parmi les hommes' politiques qui y prennent part, nous relevons les noms d'Anton Auersperg-, de MM. de Kaiserfeld,Rechbauer, Giskra, Gross ans

1. Potocki (Alfred, comte), né en 1817, mort à Paris le 18 mai 1889, membre de la Chambre des Seigneurs en 1861, ministre de l'agriculture (1867-1 870), président du Conseil (4 avril 1870 — 7 février 1871 ). Gouverneur général de la Galicie (1875-1883).

2. Auersperg (Anton-Alexander-Maria, comte), plus connu sous son pseudonyme littéraire d'Anastasius Grùn,né à Laibach en 1806, mort à Gratz le 12 septembre 1876. Etudia le droit à l'Université de Vienne, puis passa une grande partie de sa vie dans ses domaines. Gomme homme politique, il siège à l'Assemblée nationale de 1848, au Reichsrathde 1861. 11 est ensuite nommé à la Chambre des Seigneurs, membre du Conseil privé en 1863. Bourgeois honoraire de Vienne en 1864. Président de la délégation du Reichsrath en 1868. 11 fut un des chefs du parti libéral allemand. Ses œuvres poétiques sont justement réputées.

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Wels, Kaiser, Max F'riedla^nder, etc., etc., tous personnages connus et influents. Sans doute, ce Congrès s'intitule encore idlcmdind-autric/iien ; il reste sincèrement, foncièrement autrichien, et ce serait faire injure à ceux qui le composent que de les confondre, ne fût-ce qu'un instant, avec les pangermanistes ; mais, ceci dit et affirmé nettement, n'est-ce cependant pas déjà une indication sérieuse d'une tendance fâcheuse vers le pangermanisme dans l'avenir, que le programme élaboré par ce Congrès, et qui consiste à faire passer l'intérêt national allemand et le maintien de la solidarité allemande avant toute autre considération. Il est donc certain que, motivée par l'importance et l'acuité croissantes de la lutte des nationalités en Autriclie à cette époque, il commence à exister chez les Allemands d'Autriche, dont la suprématie y est battue en brèche, une tendance réelle à se considérer de plus en plus comme de simples sociétaires, pour ainsi dire, dans cette grande société, que forme l'Autriche-Hongrie sous la raison sociale : (( Habsbourg». Et cette tendance, s'accentuant fatalement, par la force même des choses, amènera bientôt certains de ces Alh^mands, à tort ou à raison, à chercher contre leurs rivaux en Autriche un point d'appui hors de l'Autriche, c'est-à-dire à Berlin. Pour que ce point d'appui devienne un centre d'attraction, il faudra alors peu de chose et ainsi, pensons-nous, peut se résumer le plus

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simplement révolution, pour ainsi dire psychologique, des pangermanistes, tout au moins de ceux pour qui le mouvement est autre chose qu'un prétexte à agitation et à scandales.

Si l'on veut se rendre compte plus exactement de cette revendication très nette des droits des Allemands, en tant que sociétaires influents dans la monarchie austro-hongroise, revendication dont nous parlions tout à l'heure, Ton n'aura qu'à lire certains passages des discours fort; éloquents et (I une belle tenue littéraire prononcés par M. de Kaiserfeld le 8 avril 1870 et M. Sturm le 19 novembre 1870, à la Chambre des députés, et surtout de la magnifique et prophétique harangue de M. Unger^ à la Chambre des Seigneurs, le 16 novembre 1870. Ces passages fort intéressants sont malheureusement trop longs pour être cités ici ; on en trouvera le texte allemand dans le recueil déjà mentionné du D'' Gustav Kohn'~.

Mais, pendant que la situation politique intérieure de l'Autriche se brouillait ainsi de nouveau, toute l'attention se trouvait subitement reportée sur des faits autrement importants, autrement graves. La guerre franco-allemande, prévue, inévitable depuis

1. Unger (Joseph), né à Vienne le 2 juillet 1828. Professeur de tlroit aux Universités de Prague (1853), de Vienne (1855), fut Tun des promoteurs du système dualiste et le chef du parti libéral à la Chambre des Seigneurs (1869), ministre sans portefeuille dans le cabinet Adolf Auersperg (1871-1879). Président de la cour impériale en 1881, et l'un des plus célèbres jurisconsultes de l'Autriche.

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