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La corruption des Germains par les Celtes

Les Germains étaient un peuple misérable, affamé pour ainsi dire, par la nature maigre et stérile qui l'entourait. 11 ne faut pas entendre par là qu'ils étaient allâmes seulement au sens étroit du mot, mais surtout au sens plus large, au sens physiologique; — c'étaient avant tout les organes de leurs sens qui avaient faim de sensations plastiques, qui aspiraient à l'abondance, à la profusion des couleurs. Cette pénurie anormale a produit chez la vigoureuse race germanique une disposition maladive,

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un penchant à suppléer à la ines([uino réalité par l'imagination— tout ceci veut naturolleinentètre entendu cum graïio salis. Sous cette réserve on peut faire un rapprochement avec certains animaux des cavernes, dont les yeux ont disparu peu à peu, par suite du séjour ininterrompu dans l'obscurité. Les Allemands ont ([ucique chose de ces animaux. Ce n'est i)as un l>asard si, pai-mi tous les peuples, c'est chez eux que Ton trouve le plus jjrand nombre de « porte-lunettes ». Il semble que leur système d'éducation et d'instruction n'en soit pas la seule cause, mais aussi leur milieu brumeux, dont les teintes grises se mêlent à d'autres teintes grises dans une éternelle monotonie. Il semble de plus que ce jeûne perpétuel, ce régime ininterrompu « du pain et de l'eau », en comprimant et emmagasinant les forces, ait eu comme conséquence une intériorisation de l'esprit, et ail excité cet esprit à une activité autonome par laquelle, dépassant les données des sens, il crée un monde spiritualisé et idéal. En tout cas c'est un fait, que les peujdes aryens sont les seuls à présenter un « moi supérieur », c'est-àdire une activité de l'esprit principe réi;ulateur, et qu'ils avaient besoin de ce ferment pour rétablir léquilibre parmi des fonctions physiques ou détruites, ou arrêtées. Le penchant des Allemands au romantisme, cette propension à se jîerdre dans un monde de rêve, peut s'expliquer tout naturellement par cet appétit des sens qui n'a pas trouvé à s'apaiser. Les conséquences s'en font sentir dans l'indifférence à l'égard des événements réels et présents, et dans l'incapacité à profiter il u moment, à en jouir; tout ceci les avait, jusqu'ici, condamnés à l'impuissance politique, et avait fait d'eux la proie des peuples voisins.

On peut soutenir avec quelque raison que la politique européenne — du moins dans les trois derniers sied; s, depuis que la France avait afurmé sa suprématie — a été

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dirigée dans les choses essentielles par la race celtique, ou plus exactement par la race irlandaise. Les premiers missionnaires chrétiens qui soumirent les Germains à leur joug intellectuel étaient venus d'Irlande, et plus tard cette île pleine de promesses envoya sur le continent ses belles femmes; elles entreprirent de tourner la tête de leurs maîtres germaniques, établis sur les trônes européens et dans les postes élevés et influents, soit dans l'État, soit dans la société. Si les hommes de la race celtique étaient les musiciens, les comédiens, les jongleurs, les maîtres des cérémonies, les cuisiniers, les prêtres des peuples supérieurs germaniques, leurs femmes en étaient les courtisanes et les maîtresses. Depuis que la France, avec Louis XIV, était devenue la première puissance en Europe et donnait le ton pour les mœurs et pour la mode, cette partie du monde était sous la domination de la femme. Or, la femme qui, à Paris, réglait l'usage et les manières distinguées, n'était pas la ménagère franque, mais une fille celtique; ce n'était pas la reine de France, d'origine germanique, mais la maîtresse celtique du roi. Les femmes allemandes des xvir et xviii*' siècles s'habillaient comme M""" de Maintenon et M'"" de Pompadour, de même que leurs maris modelaient leur vie sur celle des gentilshommes français. La femme passa alors au 2)remier rang en Allemagne aussi ; lintérêt se concentra sur elle. Le culte de la femme, la politique de jupons, ces deux phénomènes anti-germaniques, apj)arurent et se proj^agèrent en pays germanique.

On s'étonne de rencontrer chez les Germains, quatre cents ans déjà après leur entrée dans la vie civilisée, des mœurs et des usages radicalement transformés, en contradiction absolue avec leur pudeur innée. Ce chan gement ne se manifesta pas seulement parmi les tribus qui avaient quitté leur pays natal et s'étaient mélangées

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à d'autres races, mais aussi chez les Germains étal)lis entre IKlbe, le Rhin et le Danulie et qui, pour- la plupart, étaient restés jusque-là purs de toute contamination.

La vie courtoise, le culte de la lemme aux xii" et XIII'" siècles nous dévoilent une excitabilité sexuelle, une lasciveté, qui devrait être considérée comme un phénouiène patholog-ique, si Ion ne pouvait la ramener à des inlluences étrangères, des influences celtiques. Ce sont bien des mœurs celtiques que nous rencontrons dans les poèmes courtois des minnesinger; cette habitude de con- ({uérir la lemme par ses exploits, de se faire l'esclave de ses caprices, et de voir le suprême bonheur terrestre dans les faveurs qu'elle octroie à son chevalier lorsqu'il sort vainqueur des épreuves auxquelles elle l'a soumis. — Sans doute la vénération innée des Germains jDour hi lemme a pu contribuer à faire naître le culte de la femme des minnesinger. De la rencontre de ce resjiect avec le culte celtique de la femme est sortie la poésie chevaleresque. On peut distinguer en elle deux tendances correspondant à sa double origine : l'une qui rechercha chez la femme le sexe, la jouissance, la lasciveté, et une autre qui développa et exalta ce qu'il y a de plus élevé dans l'àme, le ssns délicat des convenances et d'une vie aimable, embellie par des femmes vertueuses.

Les Celtes furent les agents de transmission de la culture entre l'Eurojie du nord et l'Eui-ope du sud, du passage des temps anciens aux temps modernes. Leur nature impressionnable et réceptrice avait adopté facilement la culture latino-grecque, et l'avait répandue en Gaule et de là en Grande-Bretagne. Ce ne fut pas seulement leur soumission aux Romains qui leur lit adopter cette culture, mais plus encore leur penchant naturel, et la préférence ([u'ils ressentaient pour elle parce quelle répondait à leur

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nature. I^es Celtes sont un peuple sanguin. Une culture qui leur apportait des jouissances abondantes qui leur promettait une existence agréable, joyeuse, mouvementée, ne pouvait que leur être bienvenue. Tandis que les Germains, séparés d'eux par la seule barrière du Rhin, continuaient à vivre dans leur barbarie sauvage, à écarter cette culture avec obstination, les Celtes gaulois et bretons étaient devenus depuis longtemjis des Romains, avaient abandonné leur langue et leurs mœurs primitives pour adojjter celles de leurs vainqueurs.

Il est curieux que les Celtes aient su toujours offrir aux peuples de maîtres, sous la domination desquels ils vivaient, la culture dont ils étaient le plus éloignés et qui, par là même, leur faisait le plus défaut... Aux Allemands les plus indomptables, les plus guerriers d'entre les Germains, ils enseignèrent ce qu'était la vraie vie spirituelle, la vie intérieure, les convenances religieuses : ils en firent le peuple le plus pieux, le plus pacifique, le plus j)atient que le monde ait vu. C'est le peuple qui a su au plus haut point s'approprier la vertu chrétienne détendre la joue droite quand la joue gauche a été frappée et de se faire donner ainsi, à tout moment, des soufflets. Des Germains i^ur sang ils firent le « Michel allemand », chef-d'œuvre qui, à lui seul, devrait déjà leur valoir l'admiration du monde entier.

Ibid., t. I, p. 81, 85, 86, loij, m.

3. Affinités entre le peuple allemand et le christianisme. Sens de la Réforme luthérienne.

Cette sensibilité à l'influence des impondérables peut rendre les Allemands capables des états d'âme les plus violemment tendus et des conceptions intellectuelles les plus extraordinaires; à cela correspond dans la vie réelle

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la « fureur teutoiiique ». D'autre i)art, une leUe réceptivité peut les plonger dans des états a[)alliiques que l'on a peine à s'expliquer. Cependant nous y reconnaissons, en regardant de plus près, lépuisoment ({ui est la réac tion nécessaire succédant à une manifestation intellectuelle ou physique de cette « fureur », et qui donne lieu tout aussi nécessairement à un renouveau de la même « fureur ». Les Allemands n'ont-ils pas en effet racheté leur impuissance sentimentale de i8o5 et 1806 i)ar le furor des guerres de l'Indépendance de iSiu et i8i3?

Cette tendance maladive, résultat de lavidité des sens provoquée par l'inanition physique, que nous remarquons dans la nature allemande, et qui la fait osciller entre une « fureur » ardente et la plus profonde apathie, devait la disposer à accueillir avec joie le christianisme. Il fit entrevoir aux mécontents de la réalité présente, à ceux qui soulfraient de nostalgie romantique, une réalité idéale, un ciel dans lequel « l'inaccessible devient réalité présente et l'ineflable s'accomplit » (i). Chez aucun autre peuple que le peuple allemand, le christianisme ne pouvait donc prendre aussi fortement racine. Que l'on ne nous objecte pas les pays figés dans le catholicisme; pour eux le christianisme fut toujours quelque chose comme un traité de commerce : en échange d'une soumission pleine de foi, du sacrifice de la messe et d'un tribut régulier de prières et d'aumônes, on devait recevoir en partage la félicité éternelle. En Allemagne au contraire, le christianisme répondait à un besoin véritable et profondément ressenti, à une nostalgie ardente de quelque chose de surnaturel, d'un état idéal que le ciel gris de leur réalité refusait si complètement aux habitants de ce pays.

(ij Gœthe, Faust, lin de la 2' {)arlie.

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La Réforme otï'rit à l'esprit du peuple allemand un contenu véritable et précieux ; Luther allait ramener le peuple allemand à lui-même, donner une matière à une faculté de penser déjà mûrie, en la remplissant du contenu de sa propre essence. Mais à ce moment, un contenu nouveau, étranger, s'offrit à elle, et détourna une fois de plus l'esj^rit allemand de lui-même — de la nature allemande, du cœur allemand — et le trompa sur sa véritable destinée. Ce contenu étranger était la culture antique qu'avaient découverte les humanistes. Qu'importe notre opinion sur Luther eu tant que réformateur; qu'importe que nous le condamnions du point de vue catholique ou que nous regardions son œuvre comme le plus grand bienfait dont ait été dotée l'humanité depuis la naissance du christianisme. Ne voyons plus en lui que l'individualité dans laquelle le caractère allemand revint vraiment à lui-même et chercha à s'affirmer, dans laquelle la loi de sa vie spirituelle tenta de prendre forme. Cette loi, ce contenu le plus profond, le plus intime de son être, n'avait pas d'adversaire plus dangereux que la culture séduisante, agréable, facile, mais inconsistante qu'est la culture humaniste.

Ce n'est pas sans raison que Luther, ce vieux Germain, condamna en bloc la science aristotélicienne, et fut un adversaire du culte des images, quoiqu'il désapprouvât les agissements des iconoclastes. Le ressort de son action était au fond la haine provoquée par une sorte de révolte de la nature allemande contre les influences civilisatrices étrangèi'es, éléments d'intoxication. Comme Caton, il incarne « l'ancien temps » en face de ses contemporains corrompus par la civilisation. Lorsque Friedrich Nietzsche qualifie Luther de grossier paysan qui tomba lourdement

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au milieu de la civilisation catholique du xvi" siècle, civilisation fine et développée qui avait j)resque atteint son apogée, il a pensé sans doute à peu près ce que nous voulous (lire ici : ce fut lo besoin d'indépendance des vieux Germains, leur soii" de liberté, ce lurent la probité, la loyauté allemandes qui éclatèrent contre le mensonge sojjbistique de la civilisation romano-catholique et la chassèrent; ce fut la même « fureur » qui, mille ans auparavant, avait brisé la culture. romaine de l'époque des empereurs.

Tout renouvellement interne de la vie d'un peuple s'accompagne de secousses extérieures, qui atteignent surtout les produits les plus raffinés, les plus accomplis de la civilisation. On comprend donc fort bien que de pareils mouvements soient en contradiction absolue avec les aspirations des esprits les plus éclairés et les i)lus objectifs, car, s'ils promettent de faire naître une nouvelle vie. ils sacrilleul et détruisent aussi en grande partie une vie qui a atteint le dernier degré de maturité et de perfection. — Ce sont certainement de semblables sentiments qui ont décidé un Gœthe à assister, en spectateur passif, à la réaction politique de l'esprit allemand qui se produisit de son temps. 11 fut. en face des guerres de l'Indépendance, ce qu'Érasme avait été en face de la Réforme : il se tint du côté des humanistes, contre la réaction allemande. Doit-on ab.soudre ou condamner ces deux grands esprits? C'est une question qui peut rester ouverte; en tout cas, leur conduite est la conséquence naturelle de toute leur attitude intellectuelle.

Le protestantisme était simi)le, austère, sobre et raisonnable. Les « images », les « couleurs » troublaient le protestant dans son aspiration au recueillement et à <f l'irruption delà grâce ». Nue et sobre comme la A'érité

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en face de la beauté florissante et rayonnante, mais dont l'éclat est sans cesse menacée par un souffle de pourriture et de destruction, c'est ainsi que la nouvelle doctrine se présente, sévère, en face de l'ancienne, semblant la rappeler à l'ordre, le Mane thecel sur ses lèvres pâles, ennemie des images, ennemie de la civilisation. Du cùté de l'une se trouvait toute l'àme de la vie, dans son complet épanouissement et dans sa maturité, tout ce qui peut contribuer à embellir l'existence ; du coté lie l'autre se tenait, sans ornement, sans corps, l'àme du cœur.

Nous ne nions pas que le christianisme ait été, à un certain point de vue, un bienfait pour les Allemands ; mais ce ne fut pas un bienfait qu'il leur fût transmis par l'intermédiaire des Celtes. Du fait de ces derniers, les Allemands perdirent leur liberté et furent soumis au Saint-Siège ; les Celtes surent empêcher, ce qu'ils n'étaient pas parvenus à faire en Angleterre ni en Fraiice, que se constituât en Allemagne une Eglise nationale, ne dépendant de Rome qu'extérieurement.

La tendance à se détacher du joug de Rome qui agite le peuple autrichien à notre époque permet de reconnaître, que le but des efforts du clergé catholique est toujours et jjartout uniquement d'écraser et d'éliminer l'élément allemand. Ce n'est pas tant le protestant et le renégat que l'Allemand qui est pour lui Ihérétique. Dans cette race allemande, race d'idéologues, qui sait penser par elle-même, il voit son ennemi mortel, contre lequel tous les moyens sont bons. Partout où l'Eglise catholique apparaît sur le champ de bataille, c'est une lutte de races qui se livre, lutte séculaire qui, dejmis plus de mille ans déjà, est déchaînée sur l'Europe, lutte entre la conception du monde, la pensée de deux peuples : l'une

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servile, celle des Homano-Celles, l'autre libre, celle des Garmaiiis.

L'un des historiens de notre littérature a écrit ces mots pleins de sens : « Le Shakespeare allemand a disparu dans l'ouragan de la Gjierre de Trente ans... Dans cette guerre, le mélange de sang allemand qui avait élaboré une forme d'àuie sujiérieure et qui voulait trouver son expression parfaite dans un individu, fut dissous et décomposé en ses éléments j^rimitifs. » Le « Shakespeare allemand » e'est-à-dire l'être allemand qui avait réussi à constituer son individualité vigoureuse et créatrice, fut foulé aux i:)ieds et anéanti dans le tourbillon de la grande guerre.

Ibid., t. III, p. 91, 92, 9O, 100, 124, i3i, i33, i36. i38.

4. La supériorité de la cultwe allemande lient à un mélange de sang- slave et germanique.

Le mélange de sang celto-germanique n'a donné quelque chose de durable chez aucun des ti'ois ])euples les plus puissants de l'Europe. Il put bien produire une culture intellectuelle très développée, raffinée, mais ne put pas réaliser, une fois pour toutes, l'individu supérieur qu'aurait pu être l'Européen commun, s'il avait pu fondre en lui ces deux éléments sociaux, et les harmoniser en une activité plus créatrice, plus féconde que ne pouvait être celle de chacune de ces races isolément. En France, l'élément germanique fut maintenu comme en un état de siège constant par l'élément celtique, ]iuis finalement vaincu et repoussé. En Angleterre, il se fit pour ainsi dire une division du travail, en suite de laquelle l'élément germanique fut refoulé dans le domaine de la poli-

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tique et des allaires, et rélément celtique dans celui des arts. En Allemagne enfin, la nature primitive n'entre en comi^osition avec la nature celtique et celto-germanique que déjà mélangée à un troisième élément, et de l'apparition de ce nouveau mélange de sang résulte une lutte avec l'ancien mélange, lutte qui dure toujours.

La véritable vie allemande moderne a sa source dans l'opposition de ces deux mélanges de sang; c'est de là qu'elle tire toute sa force ; là est la raison pour laquelle tout arrêt, toute stagnation de la vie est impossible en Allemagne, tandis qu'on peut observer ce 2:»liénomène dans la France moderne et en Angleterre, où manque cette double opposition des sangs.

Les yeux de toute l'Europe, et même du monde entier, ont, dans ces trente dernières années, été constamment fixés sur l'Allemagne, comme si c'était là que dût avoir lieu le grand combat d'où dépend le sort de l'Europe, et avec lui le sort du monde entier. Et c'est bien un combat décisif qui se livre ici, un combat dont l'issue semble devoir décider quel mélange de sang, quelle union de races mi-germaniques, mi-étrangères, montrera le plus de résistance, le j)lus de fécondité, et devra l'emporter. Celle qui s'est révélée comme telle jusqu'à ce jour, c'est la race slavo-germanique ou plutôt slavosaxonne Les Slavo-Saxons sont des hommes auxquels

on décerne le plus grand éloge en leur accordant qu'ils savent « commander ». Ils possèdent les qualités qui, à l'origine, manquent à la nature allemande ou qui, du moins, sont à peine développées en elle

Avec leur façon d'agir nette, énergique, sûre de son but, pleine de décision, ils se sentaient un autre peuple, et leurs princes, qui furent toujours pour eux justes et pleins de sollicitude, quoique sévères jusqu'à la ci'uauté, firent naître en eux la conscience de leur valeur, le sentiment de leur supériorité sur leurs voisins de même

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ra.cc, et le déilaiii pour ceux qui se laissaient mener comme un troupeau de moutons. Il est vrai qu'il manquait à la vigueur slavo-saxonne une (jualite qui, d'ailleurs, fait défaut chez toutes les natures soldatesques et faites pour l'action : ils ne s'intéressaient ])as aux choses supérieures de l'espi'it (les lions riants ne se laissaient pas ])lus débiliter ])ar les va])eurs de la pensée que ])ar les effluves du sentiment. Ils alleclaient i»our la science et la civilisation un certain mépris, mépris qui doit paraître suspect à celui qui y regarde de plus [)rès. Il ne peut, en effet, pas être la conséquence de sa seule nature de soldat: il doit découler aussi de rop])ositiun sociale entre lui et les peu})les ])roches parents établis au sud-ouest. Lorsque Frédéric-Guillaume, le père spirituel du prussianisnie moderne, promenait le Président de son Académie habillé en fou, et s'amusait à jouer des tours à ce savant pour la ])lus grande joie de ses officiers, nous ne devons pas trop nous scandaliser d'une conduite aussi sauvage; nous devons plutôt reconnaître ici linstinct slavo-saxon qui voulait frai)per, dans l'homme de science. Un genre haï et méprisé, le type livresque, lymphatique et bourgeois des Allemands de l'Empire.

Chez son fils Frédéric le Grand, cette hostilité à l'égard de la culture se manifesta sous un jour plus curieux encore Elle se montre dans une ignorance infinie des

choses de l'esprit allemand, ignorance qui alla si loin que jamais il ne fut complètement maître de la langue allemande. Ce grand prince, en vrai Prussien, méprisait les Allemands de l'Empire, et témoignait à leur égard d'une petitesse de sentiments, d'une étroitesse (h; vues, qui faisaient un violent contraste avec son ouverture d'esprit et sa grandeur d'âme habituelles.

Le mépris de la civilisation est une vieille tradition prussienne, qu'on a le devoir de blâmer et dont il faut

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combattre les excès, mais à cause de laquelle on ne doit pas condamner cette race. Les Prussiens ont donné au peuple allemand l'armature politique qui a remédié définitivement aux faiblesses dont son existence en tant qu'État avait eu à souffrir depuis des siècles, et grâce à laquelle il peut vivre et se développer suivant ses dispositions naturelles, plus complètement et plus librement que dans la prétendue liberté des anciens petits Etats. Nous ne voulons pas dire par là que le type slavo-saxon puisse émettre la prétention d'être considéré, à cause des services rendus au peuple allemand, comme un type hyper-européen. Cependant il n'est pas douteux que ce type ne puisse fournir, sinon dans sa forme actuelle, du moins dans une forme légèrement modifiée, la base de ce que Friedrich Nietzsche a appelé le « bon Européen », qu'il ne réunisse les principales qualités des différents éléments sociaux européens, depuis la solidarité massive du nord jusqu'à la chaleur de sang méridionale et ne puisse, en les harmonisant, atteindre à une capacité physique et intellectuelle supérieure à tout ce qui s'est vu jusqu'ici.

Ibid., t. I, p. 145-147, i4^"i49-

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