‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 14 sur 135 · PREFACE LIX · texte numérisé non relu

PREFACE LIX

qu'ils n'ont pas, pour leur insuffler une Ame momentanée, le génie d'un conquérant. La France de 1800 à i8i'3est, pour les Allemands, de la force organisée, du mécanisme intelligent et robuste, au service de la mort et du mal, rien de plus.

Il reste alors aux philosophes allemands une dernière conclusion à tirer. S'il n'y a pas de force réelle sans de l'esprit, pas d'énergie sans principe vital immatériel, et si, au terme, la puissance appartient à la vie intérieure et à la pensée, toutes les forces éparses dans le monde appartiennent virtuellement à une pensée métaphysique assez robuste pour les attirer à elle et les discipliner. Ce rôle est dévolu à la pensée allemande. Elle usera, si elle le juge bon, de tous les moyens de prévaloir matériellement. Elle dominera, s'il le faut, par la guerre. Elle ne se laissera pas influencer par des considérations d'équilibre ou d'équité, qui seraient de mise entre nations égales en droit, mais qui ne sauraient lier un peuple de maîtres envers les races inférieures. L'héritage de la nation allemande est celui que réclame sa mission, qui est divine et ne souffre pas de défaillance.

Toutes les principales thèses du pangermanisme actuel se trouvent donc dans la philosophie allemande depuis Fichte. Il n'y manque ni le culte du succès ni le culte de l'héroïsme conquérant. Pour elle, si la force ne prime pas le droit, elle a sa source dans le droit, non pas seulement moral, mais divin, pourvu qu'elle soit la force allemande. L'expérience intérieure du divin sanctifie l'énergie allemande, disent les métaphysiciens protestants, Fichte et Hegel. Une fonction providentielle assure la vertu du sang, de la race, de

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la viiïueur allciiiaiids, disent les ealliolicjues da-rres et Friedrieh Schlegel. La même initiation divine promet à la race germanique victorieuse des terres sans nond)r(' et l'ascendant sur les peuples inlérieurs. Klle lui promet la suprématie de sa civilisation. Son lieure est venue ; et c'est une lieure qui durera des milliers d'années.

Faul-il incriminer la pliilosoi)liie allemande? Mais ses thèses se retrouvent dans la science contenij)oraine allemande, chez les historiens, chez les géogra phes, chez les économistes, chez lesanlhropologistes, ([ui n'ont pas de système philosophique. Plus profondément que toute science et plus([ue toute philosophie, il existe donc dans les consciences allemandes une croyance dont la philosophie autrefois, comme aujourd'hui la science en Allemagne, s'est faite la servante. Ce n'est pas la philosophie qu'il faut accuser, mais l'infirmité humaine des philosophes.

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