‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 15 sur 135 · II. — Le Dkteh.mi.ms.me scientifique · texte numérisé non relu

II. — Le Dkteh.mi.ms.me scientifique

La philosophie de l'hisloire, lelle que l'entendaient les métaphysiciens post-kantiens, passa de mode. La longue humiliation dont l'Allemagne souffrit par la faute de ses divisions entre i8i5 et i8()() discréditait cette philosoj)hie. On ne voulut plus croire aux lois de l'histoire tant que la mission allemande ne se réalisait pas. Car ces lois n'étaient faites que pour faire prévoir <pie celte mission se réaliserait sûrement. Mais ce qui ne passait pas de mode, c'est la croyance en cette mission. On se j)réparait à l'action avec moins dlassurance meta-

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physique, mais avec une plus fiévreuse résolution d'aboutir. Les j^rands rêveurs pangermanisles étalent sur la carte d'Europe leurs ambitions sans mesure ; ce sont les Arndt, les Moltke, les Treitschke, les Paul de Lagarde, les Constantin Frantz (i). Ils établissent le Credo nouveau d'une Allemagne désabusée de philosophie.

Il est probable que Bismarck nourrissait, comme la majorité des au 1res Allemands, ces rêves. Mais, praticien réaliste, il savait en différer l'échéance. La Prusse a grandi par des alternatives d'expansion et de recueillement. Son histoire est une série régiîlière d'attaques brusquées dont aucune n'avait pu réussir (jue dans une Europe assoupie par une diplomatie prussiemie cauteleuse, capable de dissimuler cinquante ans ses desseins, tandis ([ue se continuait avec une exacte minutie la préparation militaire, prise au dehors pour un vain pédantisme. Après iH^i, Bismarck découragea les rêveurs. Il savait venue l'ère du recueillement cinquantenaire. Mais ce (ju'il encouragea, c'est le sentiment que la nation prit d'elle-même.

Les historiens allemands^ depuis soixante ans, travaillaient moins à expliquer son passé à la nation allemande qu'à le glorifier. Pertz, Ranke, Max Duncker, Droysen se firent les bardes de la dynastie prussienne. La vieille croyance de Schiller se traduisait pour eux en descriptions liistori(iuement appuyées de preuves : l'histoire entière semblait aboutir

(i On trouvera leurs doctrines dans nos Origines du Pangcrjnanisme.

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à riiém''moiii<* alIfiiiaiidcA (MUR' la dci-nitMi' do loiiles, sa civilisation inoissüimail les Iruils de loult's. Les historiens les plus enfoncés dans leur spécialité apportaient leur tribut d'encens à -cette {^lopiticalioii. Ils cherchaient des réc^ularilés historiques ([ui assurent la durée délinitive ou la décadence prouipte des nations. Par un retour étrans^e et plusieurs lois répété, les l'ornies politi(iues capables de survivre aux siècles étaient celles qui olTraient des ressemblances avec l'AUemaîïne ors^anisée par la Prusse.

?>nst Curtius avait paru un historien compétent, un peu grandiloquent, de la (irèce. Dans un recueil de discours inlïtxûé :Alk'rlhum und Gegernvart{VAn- (iquité et le 7e/np.s présent, i<Sj-(j-82), il dégageait renseignement pratique de son long labeur. Une amphictyonie sans force, une vague fédération d'Etats de même souche ethnique, qui, malgré les serments de fraternité échangés et l'assemblée chargée de larbitrage en cas de conllits, se déchiraient et trahissaient devant les barbares, c'était là la Grèce avant le danger des guerres médiques ; et (juoi de plus semblable au Saint-Empire germani{pie? Comment faire d'un peuple déchu par la discorde une nation une et forte? La difliculté fut la même en Circce et en Allemagne; et toutes deux furent sauvées par le même moyen de salut. Il y fallut des hommes d'une trempe héroïque. La suprématie d'Athènes est assurée par Thémistocle et celle de la Prusse par le Grand Electeur, en une seule bataille. Fehrbellin est la Salamine prussienne (i). Autour de ce noyau,

I !■]. CuKTius. AUcrlh(tin and GegeiM'arl. t. II. p. aia, sij.

PREFACE

formé par un Elat militaire dirigeant, on peut agglomérer des Etats vassaux désormais disciplinés. Entre l'Attique et la Prusse il y a cette grande ressemblance : leur pauvre sol leur interdit la paresse. Par eux-mêmes, ces pays sont des écoles de modération, d\^conomie, d'activité. De cette pauvreté vint la philoxénie d'Athènes, tandis que Sparte se renfermait dans la fertilité de ses vallées. Et quel pays plus hospitalier que la Prusse à tous les talents et à tous les courants intellectuels du dehors? Les diflicultés de la croissance, comme aussi les raisons qui la favorisent, furent les mêmes. Comme Athènes avait eu tin parti légitimiste Spartiate ou perse d'esprit, ainsi la Prusse a eu une noblesse admiratrice de l'absolutisme autrichien ou russe, qui, pas plus que l'aristocratie athénienne, ne s'était montrée à la hauteur de sa tâche lors des guerres de l'indépendance (i). La notion même de l'État antique avait facilité là tâche d'Athènes. L'Etat prenait tout le citoyen. Il n'était ni un abri commode, ni un capital à exploiter, mais un édifice d'efforts vivants, fait d'abnégation, de fidélité, de sacrifices constamment renouvelés. La Prusse trouve des princes qui font revivre cette notion de l'Etat ancien, qui est de se donner tout à la collectivité (2). Ils insufllent cet esprit à la Prusse entière. Athènes seule avait assumé la mission de défendre la frontière grecque, que les cités ioniennes ne défendirent jamais. La Prusse seule assume la défense de l'Allemagne,

(i) E. CuHTius. Ibid., I, 3io.

(2) Ibid., II, 2i5.

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ahandoniu'o par tous les aulies Klats. Une pronipliliule paicilledans l'accoplation dcsdevoiis nationaux <lésignc Allirnes el la Prusse i)Oiu' riiégénionie.

Dans la conledéralioii ainsi cimentée, Périklès i'( -Cne par la forée du génie. Il aeliève les nuirailles. Il organise l'armée et la Molle. Il lie les alliés d'Alliènes par des traités rigoureux. Il a dû aeeoniplip cette œuvre de Ter, j)aree ([ue l'ancienne confédération était inulilisable, par la faute de Sparte. (.1 oit-on (pi'il ne lui fallut janiais user de rigueur, au dedans el au dehors.' » Sous Périklès les droits démocraticpu's étaient suspendus en fait, » écrit Curtius (i), el il l'en admire. I^'aut-il ajouter cpi'en parlant de lui il songe à un autre, au PéiiUlès de Berlin?

" (l'(\sl iiiie loul autre vie à Berlin... Ici on affil, on poursuit de grands désscuns... Il se, peut que provisoireiuent ou mutile, des lilxMtcs... Mais les occasions d'agrandir la puissance passtMit souvent très vite et irréparablenieut {•2}. ■>

Le Périklès athénien n'eut pas de successeurs; aussi Athènes cessa de croître. Le Périklès berlinois travaillait j)our un avenir lointain. L'idée qui permit aux Grecs de résister à la Macédoine, l'idée d'ime cité dont les membres étaient des cités, la Ligue achéenne, le Buiidcfistaut, Bismarck sut la réaliser tout de suite. La Prusse est devenue grande, parce que Bism; rck sut emprunter à 1 anti([uité tout ce qui en elle a une valeur éternelle. C'est une hégémonie grecque que l'hégémonie des rois de Prusse.

(i) Lettre d'Eriisl (Inrtiiis .1 son IVÎtc, i4 janvier i865. 12) Ibid.

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