I.WIIl I.i: l'ANriKmiAMSMi: I-MILOSOIMIIQUE
l'AUeniai^iH' est hriiilc (Milrt* les iKilions. j)arc'e (ju'ellc sait seule les secrels divins. La science historique comparée démoulre ([u'il y a une régularité des grands faits sociaux et que les l'ails par lesquels est assurée la prospérité durable des nations s'anioneellcnl pour l'Allemagne en un prodigieux amas de grandeur, he peuple allemand est privilégié, non pas que sa destinée soit unique, mais parce (ju'il totalise les expériences de tous les peuj)les et reste étranger à leurs imperfections. Hneombrante apologie, qui a déjà rinconvénient de fausser les perspectives de l'histoire. .Mais elle devient dangereuse à partir du jour oîi la géographie se fail comparée à son lour et, de la généralité des faits de violence d autrefois, dégage de prétendues nécessités (pii ne font (]ue prêter leur nom à des ambitions impatientes.
La plus vaste de ces enquêtes de géographie comparée est celle de Fiicdiich lîaizel. fondateur de l'Anthropogéographic. (le nest ])as nous cjui nierons la valeur de ce vigoureux et lucide esj)rit. Mais qu'il ait incurvé la science vers la prati(pie, qu'il ait été un bon patriote allemand avant d'être un savant, cela n'étonnera personne de ceux qui connaissent l'esprit des (niversités allemandes.
Nous ne trouvons rien à redire au principe lamarekien qui inspire les recherches de Ratzel : entre les Ktats et le sol (pi'ils occupent il y a une relation étroite, parce (pic tout vivant se nourrit de la terre et ({uc les Ltals sont composés de vivants. In Ktat est un fragment d'humanité, mais aussi une parcelle de surface terrestre. Pour le géographe, un peuple est un groupement dhouimes qui, sans être néces-
PRKFACE LXIX
sairement de même race ou de même langue, sont réunis par le territoire qui leur est commun (i). Organiser ce territoire, tirer parti de ses richesses et des facilités qu'il offre pour le trafic, consolider les avantages qu'il offre pour la défense, ou l'agrandir pour se procurer des avantages délensifs, des facilités de trafic, des richesses minières, végétales ou animales, c'est l'essentiel de la vie de tous les peuples. Cette lutte d'un peuple contre son sol imprime son caractère à toute sa vie collective. L'évolution d'un Etat est toujours un fait territorial. Les peuples qui s'en rendent compte plus ou moins elairement décident ainsi de leur destinée.
Les luttes historiques sont, pour Ratzel, des luttes entre peuples qui font une évaluation différente de la terre, ou entre peuples qui se disputent un sol dont ils ont reconnu toute la valeur. Un peuple cultivé qui apprécie la terre à un haut prix s'insinue dans les interstices des possessions d'un peuple primitif; c'est ce que font les Européens quand ils colonisent chez les Peaux-Rouges ou chez les nègres. Entre peuples civilisés, les guerres, qui ne sont plus des guerres d'extermination, ont depuis deux mille ans pour objet la conquête de la terre.
Du rapport exact entre les visées d'un peuple et son territoire dépendent sa force et sa durée; et il y a des peuples qui d'emblée font le mauvais choix. Les peuples de commerce maritime n'ont pas toujours le sens exact de la puissance territoriale. La destinée de la Phénicie, de Garthage, de la Grèce, nous
(i) F. Ratzel, Politische Geographie. 2° édit., 1908, p. 5.