I.XXVIir I,K l'ANcrmiAXISME IMIILOSOPIIIQUE
Or, les petits iHals uv j)euv('nl rien sans la protection des plus grands. S'ils p^ènent, ils sont absorbés. C'est pourquoi au seuil de kik" siècle, un giaud travail de déniend)reinent se prépare. La France gouverne à l'ouest, r Autriche et la Prusse continuent à l'est ce travail d'absorption des petits Etats allemands, entamé par elles depuis lons^lemps. ( )ui allait l'emporter? De 1800 à i<Si2, on crut que c était la France. Après i8i5, on crut que ce serait l'Autridie. En iSG'f vt en 1870, on n'eut plus de doute : on sut que c'était la Prusse. La colonie robuste dévora le vieux pays morcelé dont elle était issue (i).
L'importance de ce j^rand fait, c'est que les forces de centralisation en Allemagne l'emportent détinitivement sur celles d'une désagrégation qu'on pouvait croire sans limites. La Prusse, et l'Allemagne conduite par elle, feront délibérément de la politique territoriale. Politique seule digne d'un Etat moderne, soucieux non de principes ou de sentiments, mais d'une vigoureuse croissance. L'Allemagne bénéiicie de ce rare et dangereux privilège géographique en Europe : la situation centrale. Une telle situation est toujours menacée. Un peuple à qui elle est faite péril, à moins (pi'il ne prenne une exceptionnelle vigueur. La menace sous laquelle il vit développe en lui des qualités de travail, de ténacité, de vigilance, de combativité. Il ne peut y avoir d'Allemagne que très forte ; et l'Allemagne ne peut être forte que si elle est supérieure à tous ses voisins. Sans quoi son offeiisive, énergitpie sur un front, serait timide sur
(i) Ratzkl, Politische iieoi^raphic, p. 195
l'RKFACE LXXIX
tons les autres ; cl il ne laut plus d'Allemagne timide.
L'Allemaufiie moderne riche, comme aucun autre pays, de cités qui attestent que chacune de ses provinces tut dirigeante un jour, est par là un pays très cultivé, animé tout entier de l'ambition expansive de ses grandes villes. Ces villes ne sont plus rivales comme autrefois. L'Allemagne sera donc forte comme la Prusse, et animée de l'appétit d'espace insatiable des Prussiens, Or, de nouvelles conceptions spatiales ont surgi : celle d une plus grande Angleterre, d'une Amérique unifiée, dominant deux Océans. Ratzel ne veut pas que le rêve spatial de l'Allemagne soit moindre. L Afrique et la Chine, l'Australie, l'Américpie du Sud vont à la désagrégation. De ce partage nouveau du globe, il ne sera pas dit que l'Allemagne reviendra les mains vides. Voilà pourquoi Ratzel, en 1902, veut pour l'Allemagne une flotte puissante. « Être puissance mondiale veut dire être puissance maritime (i). » Il faudrait savoir seulement ce que c'est qu'une puissance mondiale. Ratzel est mort trop tôt, pour nous le dire. Un détail prouve cependant combien la science allemande, quand elle généralise, est déchue du niveau de la philosophie d'autrefois. Les généralités de Ratzel se trouvent presque toutes déjà dans Hegel. « La mer, disait Hegel, donne avec le sentiment de l'illimité le courage de franchir toute limite ; » elle « invite l'homme à la conquête, à la rapine ». Hegel au^^si savait que les dilTérences de l'étendue matérielle
(i) V. plus bas. p. loG.
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lournissent les possibiliU's (k)iil vil ICsj)!!!. Mais la ,u:t*ograplne rournissail liiilVastructure de la vie spiii- Uiclle. Les « Empires de l'espace », eomme la Chine, il en méprise 1' « liisloire sans histoire > (eine angeschichtliche Cicschichte) quand il k's compare à quelques peuples très petits dont la floraison et la décadence, rapides peul-èlre, se sont passées dans un espace très étroit, mais comptent pour tous les temps. La science allemande moderne s'en tient à ce qui fait la condition néa^ative de la vie supérieure, et non à cette vie même ; elle prend parli pour les V empires de l'espace )j.
Ce que Ratzel ne définissait pas, ses élèves le définissent : la puissance « mondiale » que veut être l'Allemagne. Des pu])licistes impérialistes tels que Arthur Dix appliquent les principes, posent les conclusions. Plus d'équilibre européen, désormais. Que serait-il si l'Angleterre peut avec ses colonies former un Empire huit fois plus grand que l' Allemagne avec les siennes ? Il ne peut plus èlre question que d'un équilibre mondial. Des points d'appui sur les principales mers, des territoires groupés autour, un multiple el solide réseau pour les relier entre eux et avec la mère patrie, voilà l'armature d'un Enq^ire mondial futur. Il y a cin(j de ces Empires : i" l'Angleterre, par le Canada et l'Australie, rayonne sur deux océans. Elle jalonne de points d'appui lous les territoires du Nil au Yang-Tsé, du Cap au Claire ; '2" le Japon veut l'Asie orientale et le Pacilicpie; 3' les Etals-L^nis veulent le Pacifique et l'Amérique (lu Sud; ^" la Russie clierehe des débouchés sur la Méditerranée, le Pacifique et l'Océan Indien;
PHKFACE LXXXI
5° la France aiTondil un grand Empire colonial dans l'Afrique du Nord. Quelle sera la part allemande ? Klle sera d'étendre son inlluence de la mer du Nord au golfe Persique. Sa prolificité prodigieuse la pousse inéluctablement. Dix se trompe s'il croit, en 191 1, qu'à l'alliance austro-germano-turque se joindra la Roumanie. Sur les lignes générales du plan gouvernemental allemand, il ne se trompe pas. « Procurer de l'espace, de l'air et de la lumière ) au peuple allemand sans cesse accru, qu'est-ce que cela veut dire? Ce n'est pas seulement lui procurer des débouchés, en veillant jalousement à maintenir la porte ouverte sur les marchés du monde. C'est avant tout contrecarrer les projets d'agrandissement que l'Allemagne connaît ou suppose aux autres puissances. Tenir en échec le Japon en Chine; les P^tatsünis dans l'Amérique du Sud; la Russie en Perse et en Turquie, la France au Maroc, l'Angleterre partout : c'est là ce que l'Allemagne appelait sa volonté de paix. Mais cette paix qu'elle voulait, c'était une attente durant laquelle elle pouvait s'armer mieux, pour imposer un partage qui lui serait plus profitable :
« Jamais la répartition du monde ne sera définitive : plus, à un moment donné, elle s'exprime à grands traits, plus nombreuses sont alors les oppositions qui surgissent, et d'autant plus proche est un nouveau partage (i). »
Le plan que recommandaient les géographes allemands était de susciter ces hostilités éparses, de les souder dans un vaste soulèvement et de commencer alors « le nouveau partage «.
(i; Y. plus bas, p. i:>ö.