XCII LE PANGERMANISME IMIILOSOPIIIQUE
d'officiers et de sous-ol'fieiers, ni lel)üii dressai^e duii eorps discipliné de professeurs d'Université, ni la dilfusion élendiic des connaissances secondaires et primaires ne font les nations profondément cultivées. Le peuple allemand était obligé de promellre à l'Europe une culture supérieure pour se faire pardonner son hégémonie. C'esl parmi ces systèmes foisonnants qui affirmaient avec force et avec prétention une primauté intellectuelle de l'Allemagne égale à sa victoire militaire, qu'il faut situer le livre de Langbehn.
Une affirmation se dresse au centre du livre, comme de tous ses congénères : la Prusse demeurera r « épine dorsale » de l'Allemagne ; et l'Allemagne nouvelle a besoin de cette armature prussienne. La culture allemande s'accommodera du militarisme prussien, ou il vaut mieux quelle périsse. Mais il n'est pas fatal qu'elle périsse. Entre l'Etat militaire et l'Etat artiste il n'y a pas incompatibilité. Et Langbehn de multiplier les comparaisons lyriques : « Le myrte n'émousse j)as l'épée, il l'orne... La Prusse a donné la coupe; que l'Allemagne donne le vin (i). » Cette suj)ériorité de l'Allemagne sur la Prusse, en matière de civilisation, que Constantin Frantz affirmait, Langbehn l'admet aussi. Il n'en déduit nullement qu'il faut défaire l'hégémonie prussienne. H est entendu, pour lui, que la culture berlinoise est un américanisme hàtif, préoccupé de lucre et de luxe, riche en hommes énergiques et capables d'organiser au sens administratif et gouvernemental.
(i Iteinbi-andt ah Erzieher, p. aot s<| ; m.
PRKFACE XCIII
Les créations spontanées de l'esprit supposent d'autres dons. N'en est-il pas dans la culture prussienne? Dans le militarisme de ce peuple robuste, l'esprit sous-officier domine trop souvent. Est-on sur que l'esprit ojficier n'exige pas des qualités d'oîi peut naître une culture artiste? S'il est vrai qu'une civilisation raffinée ne germe que dans les peuples en décadence, ce n'est pas cette civilisation dont veut l'Allemagne. Il lui faut donner un exemple inouï dans l'histoire : celui d'une nation qui se civilise, sans perdre de sa force. Il faut voir de près quels sont les talents par oii la Prusse est devenue forte : et voir s'ils ne sont pas susceptibles de culturc supérieure.
La force allemande est en Basse- Allemagne; et le peuple bas-allemand est un peuple de vigoureux colons. C'est par cette qualité qu'il a conquis sur les Slaves les rives de l'Elbe, de l'Oder et de la Vistule. La cellule de la vie sociale prussienne, c'est la terre paysanne, avec son maître fruste, énergique et pieux, qui gouverne en rude patriarche son monde de valets de ferme. Du haut en bas, l'Allemagne est ainsi une hiérarchie de maîtres et de valets, laborieusement unis, oîi ne se tolère aucune méconnaissance de .la discipline et du rang social. Le roi, pareillement, est un paysan, et exerce un pouvoir patriarcal sur une cour de hobereaux, paysans comme lui (i). Entre le roi et la démocratie rurale, l'aristocratie interposée est donc toute rurale aussi. C'est ce qui fait que, dans cette hiérarchie les
[i] Rembrandt als Erzieher, p. laG.
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lV)rnies do l'autorité ent^rèiient toujours si parlaileuu'nt dans des l'ornics d'obéissance loutcs prêtes pour elles. De Luther à MoUke, en passant par Scharnliorst, (iueisenau,Clauscwilz, Yoïk.Biilow el lîisniarek, les p:rands Allemands du Nord sont de vraies tètes de i)aysans au physicpie. Ce sont aussi des cerveaux de paysans. Pas l'ombre de libéralisme dans ces tètes. Cela est bon pour les Slaves. Ces lon^s et solides i»;aillards, aux yeux bleus et brillants, qui allient la prudence à la hardiesse, sont des conservateurs nés, qui aiment l'ordre et savent le prix d'un commandement impeccablement exécuté (i).
De cette humanité Truste, il s'aj^it de tirer une culture. On le peut. L'artiste bas-allemand aussi est un paysan. Il est près du peuple, quand il s'appelle Shakespeare ou Beethoven, et il est roi, par la grâce de Dieu, dans son art, comme le paysan sur son champ (2). Il est sincère (;l cruel comme l'ofticier allemand, quand il s'appelle Hebbel. Il est tail d'intelligence limpide et dure : mais aussi de sentiment, d'ombre graduée comme sur les tableaux de Rembrandt. Tous ces noms symbolisent les grandes (pialités de la culture bas allemande. Elle pourra revivre, quand l'américanisme berlinois provisoire aura disparu ; quand l'esprit officier aura rétabli la hiérarchie vraie des instincts et des idées, nécessaire après le désordre causé par les événements. « L'Allemand s'est militarisé, qu'il se civilise maintenant, de gré ou de force (3). »
(i' Rembrandt als Erzieher, p. 127, 12;), i^O. (2I Jhid., p. 127, 199.
(3) Ihid. p. 112.