‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 35 sur 135 · PREFACE CXV · texte numérisé non relu

PREFACE CXV

nation a« momie ne soit rAllemagne. Il était plus court de confesser celte foi sans phrases, au lieu de scruter les yeux bleus de Dante et les cheveux hlonds de Mirabeau.

Cette argumentation aflirme la victoire finale de l'Allemagne, parce que l'Allemagne, de toutes les races blondes, serait la plus pure. La cause réelle des décadences nationales serait à chercher non dans la décrépitude morale, mais dans les mélanges de sang imprudents que les nations ont consentis. Mais qu'est-ce donc qu'une race pure? Et qu'est-ce que la décadence ? Est-ce déchoir de la puissance militaire? Vn peuple est -il déchu, parce qu'il s'est trouvé impuissant à épanouir l'essence profonde de sa personnalité collective? Ainsi se trouvent toujours connexes le problème de la race et celui de la culture ; et ils sont ainsi posés dans leur connexité par Heinrich Driesmans.

Ce théoricien vient de Nietzsclie, lui aussi. Il en N'ient, après avoir traversé le christianisme social préconisé jadis par le colonel pacifiste Moritz von Egidy et continué depuis, avec une couleur plus notablement germanique, dans les cénacles dont le pasteur Johannes Müller est l'orateur le plus adulé.

Nietzschéen faux ou vrai, c'est au pessimisnje tragique d'un Hebbel que Driesmans remonte lorsqu'il définit toute vie par une agression carnassière, par un « bond de tigre » ayant pour mobile le besoin de

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se lassasier (i). La civilisalion cliaiigc les fornies de l'agression; elle ne détruit pas l'appétit sanguinaire (|ui est dans les hommes. Lessing exécutant Klotz; \ielzsclie « tranchanl la gorge y> aux l'ornies Iradilionnelles du christianisme, sont de grands lelins qui s'en prennent à des félins plus petits. Entre l'Allemagne, carnassier ivre de force, aux prises avec la France, félin moins fort, mais rusé et cupide, le litige n'est que de savoir quelle sorte d'appétit fauve l'emportera.

Est-ce là une pure philosophie de force? C'est une philosophie de la vie, comme celle de Fichte et de Hegel. La biologie contenq)oraine la nourrit de notions plus précises. Sa croyance ressoude lentement la tradition métaphysique inteirompue par le positivisme. Pour Driesmans, la culture vraie est métaphysi(jue. Elle consiste à se sentir un avec le fond même de la vie primitive, et à puiser, dans la profondeur de ce sentiment vital, une inépuisable énergie créatrice. Tous les peuples n'ont pas le don de pénétrer jus(]u'à cette source des énergies vivantes. Fichte l'avait dit. La nouvelle « anthropologie politique » retrouve sa doctrine.

L'antithèse établie par Fichte entre Germains et Latins, il faut donc la généraliser. Elle existait déjà entre Hellènes et Sémites. Dans l'hellénisme primitif, que nous avons tant de peine à nous tigurer, une qualité semble avoir dominé : le prodigieux élan vital, le courage et la force de goûter intégralement

(i) Dhiesmans, Die plastische Kraft in Kunst, Wissenschaft und Leben, 1898, p. i54- « Leben i.st der innere Tiger.s])riinjj, der Saclligung irgend ^^•elclle^ Art erstrebt. »

pri:fack

l'existence. Ainsi doués, les (irecs ne faisaient içiière que des Barbares de génie. Ils eussent pu ne jamais arrivera la civilisation, sans le contact avec une race bien plus superficielle, mais souple, sceptifjue, dissolue, infiniment supérieure toutefois dans toutes les inventions techniques, les Sémites. Le contact alla jus([u'au mélanine du sang. Ce fut là pour les (irecs 1'« incitation à se civiliser ». Il sortit de ce mélange une Grèce sémitisée, habile cette fois en tous les arts, mais oîi la force hellénique maîtrisait l'excitation sémitique. Aussi la mesure parfaite règne dans l'art et dans la politique grecs des meilleurs temps. Ce temps ne dure pas. Par le démos l'afllux de sang sémitique arrive trop puissant : alors le doute socratique monte ; la subtilité vaine augmente pour aboutir dans l'alexandrinisme, au pur irréel, à la décadence.

Cette histoire est à méditer. Elle a été celle de la France ; et elle a failli être celle de l'Allemagne. Il était descendu par le Jiitland un peuple vigoureux et profond, sevré de tout par la nature ingrate, alfamé de tous ses sens, les Germains. Leurs appétits refoulés en avaient fait le peuple le mieux fait pour le rêve et la méditation intérieure, mais aussi avaient allumé en eux le besoin inouï d'une vie « vraie », intensiuée par toutes les ivresses de la passion et de la force. Ils enfoncent comme un coin dans un autre peuple de qualités tout opposées, les Celtes : ceux-ci mobiles, migrateurs, pillards, non dénués de chevalerie, mais aimant mieux l'or que la lerre et esclaves de la femme plus que de For ; habiles en toutes les techniques, et en particulier amis des belles ma-

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nières; arlislcs, aisi-iiiciiL st'diiils par les Ix'Ues iinai^cs: diserts, mais liàbleiirs, remuants au moral comme au physique, éternellement mécontents et révoltés.

Par une chance énorme pour eux, dans leur choc avec les Francs, les Celtes sont écrasés. Ils ont pour maîtresse la tribu germanique la |)lus rude, la plus cruelle, la j)lus inexorahlemeni doiiiinalrice, celle qui pouvait le mieux équilibrer leurs d'-lauls. On sent dans tous les p^rands rois de France, en (Uovis, en Louis \I, en Louis XIV, cette force i?ermanique impétueuse qui pétrit les nations. Toutefois contre ces dominateurs, le Celte astucieux se redresse, il devient le virtuose de tous les arts, rindis|)ensable amuseur. Il fournit à ses suzerains les valets et les courtisanes. Il les corrompt par la sensualité et le culte de la feuune. Bientôt, c'esl le verbalisme pur, lortliodoxie romaine, ou son pendant moderne, l'alhéisme ; la vaine hâblerie des assemblées parlantes; l'anarchie périodique et qui aboutit à des massacres, autant à ceux de la Saint - Barthélémy qu'à ceux des Révolutions modernes ; une politique d'alcôve, universelle de Louis XIV au Directoire et jus<[u"anx plus modernes Présidents de la République. In peuple saus indépendance vraie, i?régaire, esclave de toutes les orlhodoxies, qu'il rejette ensuite dans un élan non moins unanime, capable d'improvisations de génie, mais retournant aussitôt à ses calculs de basse futilité; voilà ce que devient une nation en qui le sang germanique a été refoulé |)ar la souche celtique.

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