PREFACE CXXVII
politique, demeure chez eux assez massif et central pour supporter la superstructure métaphysique, trop audacieuse chez les peuples de l'Inde. Triplement par la civilisation, par le savoir, par la culture de l'esprit, les Germains sont ainsi des modèles.
S'ils n'ont pas été exempts d'erreurs politiques, ces erreurs sont réparables, parce que tout Etat germanique repose sur cette base infrangible, une moralité d'hommes libres. Les Germains sont fidèles au maître choisi. Ils savent que cette fidélité est fidélité à soi-même. Instinctivement, quand ils se font chrétiens, ils se détachent de Rome. Ciiaque royaume goth a son Église et ses prêtres, tolérants pour les autres Églises. Sans doute la méprise de Charlemagne fut énorme lorsque, acceptant l'onction pontificale, il se crut maître du pape : en réalité il consiolidait l'autorité romaine. Il allait à l'encontre de l'àme germanique elle-même, quand il prit à ce médiocre métis africain, saint Augustin, l'idée des conversions par le fer. Ces deux idées romaines, l'Empire et le Sacerdoce, entrent en Allemagne par lui. Ce sont des idées destructives toutes deux, l'une parce qu'elle centralise, l'autre parce qu'elle universalise à l'excès. Deux absolu tismes depuis lors sont aux prises, par la chimère d'un empereur médiéval. Entre eux, le peuple allemand est broyé pendant huit siècles. Luther seul le comprit et en abattit un : l'absolutisme pontifical. Par là, il redressa a jamais la nationalité allemande. C'est dans la pleine conscience de son acte, qu'il s'écrie devant les princes assemblés à Worms : « Si je ne vivais pas, aucun de vous ne vivrait ! » Quand il