‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 4 sur 135 · PREFACE XXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXV

faut qu'il renonce à ce qui l'entrave et fournisse tout l'effort par lequel il la rendra victorieuse. On a le droit de le contraindre à ces renonciations et à cet effort. C'est donc par la contrainte que se fait l'éducation des hommes en vue de la liberté; et voilà une grave conclusion.

Certes, ce qui nous contraint de la sorte, c'est l'impersonnelle raison, et c'est la collectivité de tous les hommes libres, vivants ou encore à naître. Mais les organes de cette raison, ce sont provisoirement les hommes à qui elle est révélée. Cette raison doit gouverner les relations des hommes entre eux. Comment ne gouvernerait-elle pas les relations entre les Etats? Ce qui fonde les Etats, c'est une confiance, d'abord religieuse, en des chefs qu'ils reconnaissent pour les interprètes de cette raison qui les unit et qui a légitimement sur eux un pouvoir eoërcitif. Quelle que soit la nature de cette confiance, l'homme qui sait la gagner dispose de ce droit de contrainte. Quoi? Même à notre époque d'incrédulité? Oui certes, mais l'ascendant que ne possède plus la monarchie du droit divin est remplacé par l'enthousiasme que suscite le génie. Personne ne lui résiste. Personne ne peut vouloir contre lui (i). A coup sur, le premier devoir du souverain, de celui qui règne dans la théocratie, comme de l'usurpateur de génie qui conduit les démocraties modernes, est de commencer l'éducation des hommes en vue de la liberté. Il n'y a pas d'hérédité du droit souverain. Un maître doit travailler avant tout à se rendre inutile. Il faut

(i) Staatslehre, {W. IV, 5i8).

XWI I.K P.WC.EUMAMSMK IMI H.OSOIMIK )IJK

qu'il aü^issc de l'açon à Caije ralilier ])ar les générations à vcnii- son despolisine éclairé. D'ici là, ce dcspolisnie a (jualilé pour s'iiin)oscr au nom de la liberté (juil crée par degrés (i). La conlrainle (pi'il exerce est elle-inén)e éducative ; et, en initiant la raison, elle se fait accepler d'elle.

Le peuple allemand a ainsi le droit non seulement d'exister comme société policée, il a le droit de se consliluer en Ktat national; et il est Tonde à y employer la force. « Vienne donc un maître qui nous contraigne à fonder le germanisme (2). » Cette force se justiliera en droit plus lard. L'Allemagne unifiée seia le moyen de la liberté européenne; et le peuple allemand est celui qui, <■ en raison de sa situation géographique, pourra imposer la paix aux autres nations (3) ). Ou a bien entendu : // s'af^i/ d'imposé/' la paix gcrnianiqiie, et il suffit qu'elle soit germa-, nique, pour qu'elle soit la bonne paix, la paix profonde, durable, la paix par le droit. Mais ce droit qu'il s'attribue, le peuple allemand ne va-t-il pas en définir lui-même l'étendue? Et s'il y a un Zmngherr zur Deutschheit, qui réalisera le germanisme par un coup de force à ratifier plus tard, à quoi peut s'attendre l'Europe?

" I.a déraison qui se manifesterait i)ar des actes, dans tin monde où il existerait un seul lionime qui s'y entendrait mieux, est contraire au droit de cet homme unique. Jl a le

(I) Voir Staatslehre (i8i3', W. IV, 444 • et Politische Fragmente iiSi'i), t. VII, 564 ■ " I^ie Menschen können zum Recht gezwungen werden. Das kann jeder, der es eben leistet. »

12) Ibid., VII, 565 : « Also her einen Zwinglierrn zur Deutschheit. »

(i) Ibid., VII. 5-1.

PREFACE XXVir

droit absolu de ne pas tolérer celte manifestation, s'il peut rempêcher (i)., »

Or, depuis plus de mille années, les Allemands miirissent pour la liberté : « Ein anderes Element ist für diese Entwichiiing nicht da (2). » Comment le peuple allemand n'auiait-il pas le droit, lui ou son monarque, de nous contraindre, puisqu'il s'entend mieux que tout autre à la sagesse politi(pie? INIais ({uelle est cette sagesse? Au temps de la défaite, dans les Discours à la nation allemande (1808), Fichte parle avec mésestime (3) du système de Véqiiilibre européen. Il y voit le code le plus astucieux du rapt organisé entre complices. Quelques années passent. L'Allemagne est encore serrée de près; mais elle peut vaincre. Le grand désastre de 1812 a passé sur Napoléon. C'est alors à un sys-r tème pire que Fichte emprunte sa morale politique. Il pense que le devoir d'un Etat est de s'agrandir, et de saisir, sans tarder, toute occasion de le faire. Il n'y a pas de parole, pas de traité, pas de <.< paix honorable » qui vaille la garantie de la force. Aucun prince n'a le droit d'appliquer, comme prince, les lois de la morale privée, de l'humanité, de la probité, de la bonne foi. Le peuple que son prince aurait ainsi mené à sa perte, serait fondé à le lui reprocher. « Entre les Etats, il n'y a ni loi ni droit, si ce n'est le droit du plus fort (4). » Le dernier mot de Fichte

(1) Staatslehre de i8i3, ^^., lY, 4^4.

(2) Ibid., IV, 424.

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