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n'est ni la soumission à la hiérarchie romaine ni la soumission à la règle logi([ue. Ces voies s'appellent : 1° le mysticisme; 2° l'iiumanisme. D'une part, le (ieimain se précipite donc d'un seul élan jusque « dans l'abîme sans fond >) de Tessence divine (ganz in den (iruncl der gimntlox ist), selon le mot du maître Eckart; et c'est là la vraie philosophie teutoniqiie, celle qui ne connaît pas l'« angoisse flageolante » enseignée par Loyola, et qui n'a pas peur des peines éternelles, parce qu'elle n'attend rien même des consolations du paradis. Pour elle, le temps est comme l'éternité. « La religion, a redit de nos jours Paul de Lagarde, est la présence immédiate du divin. » Par-dessus les grands mystiques français du moyen âge, pour ne pas parler des mystiques indous et persans, Chamberlain revendique pour les Allemands tout ce grand mouvement du mysticisme au moyen âge finissant. En regard, il place Vhumanisnu', qu'il réclame aussi pour les Germains. L'humanisme est le talent de discerner et d'appréciei' la saveur et le prix du particulier. Tous les humanistes prennent la défense des langues modernes. C'est qu'ils veulent épanouir le génie propre de chaque peuple. La hiérarchie intellectuelle entre les hommes, la valeur du génie, personne ne la connaît mieux qu'eux. « L'activité de l'àme fait le génie, » disait ce grand Germain, Diderot; et Jean- Jacques Rousseau : « Sans héros, pas de peuple. » La modestie simple des Germains, qui s'incline devant les faits naturels, se reconnaît là ; et quel fait plus évident dans la vie sociale que la supériorité du génie et de l'héroïsme? Or, la loyauté
C\X.\1\ Li; l'ANdlOiniAMSME IMI I l.OSOPIl IQLK
ji:(' ni la nique assure seule aux hommes supérieurs la eüopc-ialion lidèie et sans asluee (jui a déjà lait le tiioniplie de la civilisation u^ernianicjuc. Loin <piil y ait antai^onisme entre le iiiysiicisme et Vluuiuiiiisine, il y a donc accord. Kcconnaitie à tout génie particulier sa valeur, c'est se courber devant des forces mystérieuses, et c'est une part de celte Gelasscnheil, avec laquelle le mystique s'abîme dans la contemplation du divin. Pas de vertu plus haute, car il n'y en a pas qui accepte avec une simplicité plus conliante la présence active du divin parmi nous. C'est même cette vertu au juste qu'il faut appeler germanisme. La civilisation et la culture qui, partant du Nord de l'Europe, rayonnent aujourd'hui sur le monde sont l'œuvre de ce germanisme [)urilié par degrés,
(I Or, cotte œuvre du gcrnianisine es(, sans conlesle, la plus jiiande <[ui ait été réalisée jusqu'ici par des lionunes (i). »
Une obscurité, peut-être voulue, plane sur toute cette histoire de la civilisation esquissée par (Chamberlain. On hésite : n'est-ce pas l'européanisme du Nord, qui comprend avec les Germains les Slaves et les Celtes, qu'il appelle germanique? Il le semble bien en de certains passages. Dans l'éditice élevé par la collaboration européenne entière, c'est cependant pour les Allemands proprement dits qu'il réclame le mérite le plus grand, parce qu'ils comprennent le mieux la loi sacrée, le devoir d'éliminer de la nationalité tout, ce qui est contraire à ses ins-
(I) Cu.v.MHiiiiLAiN, Die Grundlagen des XIX len ./(ilu-hiinderls, p. -2.i.
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lincts profonds. L'histoire contemporaine la plus récente confirme cette vue ; et la guerre actuelle, selon Chamberlain, doit être vietorieu?e pour l'Allemagne, si la déduction longuement préparée par lui depuis vingt ans se trouve conforme au réel.
Oui, certes, nous dit-il, dans cette guerre entre nations du Nord, Allemands, Français, Anglais, Russes, il s'agit au fond d'une lutte fratricide entre Germains. La supériorité pourtant du savoir, de la civilisation, de la haute culture est du côté des Allemands seuls. Seule la science allemande a été assez désintéressée et assez universelle pour faire les conquêtes sur lesquelles s'est édifiée la triomphante industrie allemande: seule aussi elle a donné à cette industrie l'arrière-plan moral sur lequel elle se détache. Pas de grande œuvre ou de grand homme allemands, sans cette foi en une destination morale de tous les actes germaniques. Un Bismarck ne vit que de la croyance en un ordre divin, où une place d'élite est réservée à la nation allemande. Beaucoup de talents faciles manquent aux Allemands : ils tombent au rang de valets, dès qu'ils ne sont pas des rêveurs et des héros, des créateurs et des maîtres. Il n'y a pas d'Allemagne sans idéalisme. La raison inavouée de la haine des peuples contre l'Allemagne est qu'ils sentent cette force du rêve allemand, mortelle à toute leur civilisation matérialiste. La guerre présente est donc bien une lutte d'àmes. Chamberlain laisse de côté les Russes, masse énorme et lourde; et la France, trop débile. Les nations qui comptent pour lui, ce sont les Etats-Unis et l'Angleterre. Les Etals-Unis pour longtemps encore se recueillent ;
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mais l'AnglckTie élale sa prétention (riiégéinonic. (;hanil)t'rlain croit bon de |)i'oclamer alors que l'Alleniajçne ne craint ni l'Angleterre, ni les Klats-ljnis. Kllc ne cédera à personne. Elle ne peut pas accepter une paix modérée, parce (pi'il n'y a pas de compromission quand il s'agit d'idéal. Les Anglais visent à imposer au monde l'uniformité hrilannicjue d'un idéal de négoce. Les Allemands veulent la variété des nationalités cl des coutumes. ()u'on permet le à la leur de subsister, ils sont sûrs d'èlr<' bienlôl les premiers. Et (piand ils seront les premiers, ils réaliseront leur destination divine (i i.
« 11 vaut mieux le dire ouvertement : il faut que T Allemagne devienne la première puissance du monde, et I Allemagne peut devenir la première puissance du monde. 1. Allemagne sera — pour peu qu'elle le veuille — la première puissance du monde (2). »
Cette volonté de dominer ost son devoir profond et essentiel, si elle ne veut pas d'une Europe, oîi triompherait une civilisation de lucre par la victoire de l'Angleterre. L'idéalisme n'aura de place dans le monde (\u(i le jour oîi la pensée allemande et la langue allemande seront préférées par tous les hommes cultivés. Ce jour-là l'humanité éprouvera « la transformation intérieure qui vient de la culture allemande révélée ». C'est là sans doute une ({uestion de force; et la force ne fait pas défaut à l'Allemagne. Il nous était toutefois nécessaire de
1 H. -St. CiiA.MiŒHiAi.v, Ideal und Macht, 191(1, p. '{3-35, « I)<utscbland l>raii( ht niclits weiteres, als die I<'ieilieit, das zu leisten, was es zu leisten l)erahif,'t ist, um Ijald unbestritten an der Spitze aller Yœlker zu stehen. Dann erst wird es in der Lage sein, seine gu;ltliche Beslimmun}^ zu erfidlen. »
2^ Ibid., o. 35.
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savoir que le néo-wagiiérisme k son tour professe la philosophie de la force et pactise avec le militarisme allemand.
Parmi les rédacteurs de la Politisch-anthropologische Revue, un jeune fanatique, Joseph-Ludwig Reimer, tire les conclusions de tout ce vaste enseignement (i). Il fait la liaison entre ces sociologues et les pangermanistes politiques. De ses maîtres Chamberlain et Woltmann il a les affirmations philosophiques énormes et creuses avec le dilettantisme solennel et vaticinant: et il reprend une à une leurs thèses principales : i" il y a un seul type d'homme supérieur : le Celto-Slavo-Germain du Nord européen ; 2" toute culture de l'esprit traduit les instincts profonds de la race. Elle est intransmissible autrement que par le sang. Elle ne se confond pas avec la civilisation, qui est perfectionnement externe des moyens de confort matériel; 3" est-ce à dire qu'il n'y a pas de rapport entre la culture et la civilisation ? D'une prodigieuse poussée, les ({ualités de la race rompent la gangue de la civilisation acquise ou empruntée. La culture de l'esprit, déterminée toujours par la race, et la civilisation, modifiée peu à peu par elle, se trouveront donc en hariiionie à la longue. La vertu propre des Germains est l'énergie physique et intellectuelle. PhysiqueniLMit, cette énergie se traduit par la fécondité pulhi-
(r) Joseph-Ludwig Rkimeu, Ein pangerinanisches Deiitsrhland,
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laute. IiiU'UccluelleiHciît, cllo (lüiupU; les forces naliirelles : elle erée ce macliinisme prodij^ieiix, qui a tiausformé l'AUeuiai^ue; cl voilà roriu:inalilé de sa civilisatiou couleuiporaiue ; /J'eii'i'ï- ''^ toiile civilisation, à toute culture profoude de l'esprit une armature politique est nécessaire (jiii les ahrite et les fasse durer. Pas de j)rolilicilc allemande sans terres nouvelles. 'Pas de machinisme allemand, sans débouchés. Ce sont h'i des nécessités vitales. Elles sont des postulais des cpialités raciales des (lermains.
On voit le plan qui se déduit de ces prémisses. Des peuples décrépits, et tout d'abord les Fraui^ais, sont un obstacle à rAllema'j^ne. Il faudra donc dépecer la France. La Picardie, l'Artois, la Normandie sont à intégrer franchement dans l'Empire d'Allemagne, avec toute la Belgique. L'Est et le Midi, vassalisés, seraient colonisés intensivement par l'Allemagne, de façon à ce que la race allemande, installée en force sur le glacis de ses frontières, atteigne jusqu'à la Méditerranée; voilà le programme de dépècement. L'n groupe de vingt millions de Français groupés autour du Plateau ('entrai garderait seul provisoirement son indépendance nationale et son gouvernement républicain. Encore l'extinction des « Non-Germains » y serait-elle à souhaiter. Mais dans les pays oîi les Allemands coloniseront, pour conserver la pureté de leur race, ils ne toléreront entre (rermains et Non-(iermains que des unions stériles. La nouvelle anthropologie politique sait des méthodes par lesquelles on peut « éviter la conception d'êtres nouveaux », et elle
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entend en user par l' « intervention régulatrice de l'Etat ».
Ce sont là propos d'énergumène. ]Mais l'atmosphère surchauffée des milieux politiques allemands engendre d'elle-même ces plans délirants. Inspirés d'un astucieux calcul ou d'une incroyable aberration d'orgueil, une même croyance les inspire : celle de l'hégémonie à la fois nécessaire et providentielle de l'Allemagne. Pour l'anthropologie politique pangermaniste, le passé européen est rempli de deux luttes, celle de la France contre l'Allemagne, celle de la Prusse contre l'Autriche. Il faut y voir deux épisodes prolongés d'un même grand fait : celui de l'organisation de l'Europe centrale. Tant que durait le Saint-Empire déclinant, forme politique romaine imposée à des Germains incapables de la tolérer, la France put l'emporter. Ce fut la faute de la catholique Autriche. Les guerres prussiennes contre l'Autriche sont à concevoir comme une restauration du principe germanique le plus pur dans une Allemagne qu'il fallait d'abord réformer. Seule la nationalité épurée par le refoulement du catholicisme put vaincre la France. La Réforme, Frédéric II, Bismarck ont été les trois étapes d'une même marche offensive. Une quatrième étape reste à faire : «
<( Il faut que l'Allemagne acquière l'hégémonie absolue dans l'P^urope centrale et occidentale et qu'elle annexe simultanément, ou peu de temps après, les pro\'inces allemandes autrichiennes (i). »
Bon gré, mal gré, les petits États Scandinaves,
(i) Reimer, Ibid., p. 121.