CXI. Li: PAN'GKUMAMSMi: l'HII.OSOl'IlIQUE
liollaudciis, suisses, balkaniques, se joindront à elle, suivant des conditions qu'elle dietera. Le nouvel Kinpire allemand a été, dès ses origines, un véritable Saint-Knipire, saint non par la grâce du pape romain, mais par la noblesse de la race germanique. Sa tâche, toutefois, ne vient que de commencer. Elle s'accomplira sous un « césarisme épuré » et démocraticjue. Les sociologues anthropologistes, eux aussi, essaient de séduire les masses libérales. Ils ollrent à ces multitudes des proies géantes. Ils sont assurés que ni la fièvre de la convoitise, ni plus tard la digestion des proies, ne laisseront place à l'esprit critique.
i< Ce qui importe, c'est que la conception des dirigeants soit exacte. Pour nous, prolanos, il nous suflit d'entrevoir, dans un avenir proche, la probabilité d'une évolution qui oblige l'Allemagne et ses maîtres à en venir aux fins que j'ai indi(iuées (i). »
Ces fins, c'est la victoire des (iermains d'Allemagne débordant de leurs frontières, et fondant, au dehors, un monde nouveau, 1' « Empire de la race et de l'humanité germaniques étendues sur le monde (2) ».
1\'. — La Guekri: au skiivick uk la Prédestination
ALLEM AXDi;.
Il n'y a pas une de ces doctrines qui ne soit une apologie de la guerre. Non pas de la guerre conçue comme légitime défense et comme dernier recours d'un droit qui ne peut consentir à capituler, mais de
(i) Keime», Ibid., p. V22.
(2) Ibid., j). 38:.
PREFACE CXLl
la guerre préventive, offensive, "friictueu.se et salutaire. Fichte, qui avait commencé par établir la théorie de « la vraie guerre » toute défensive, plus tard dicte aux dirigeants le devoir de s'agrandir à tout prix. Pour Hegel, la guerre, c'est la raison militante elle-même en marche à travers l'histoire, et par qui s'établit la hiérarchie rationnelle entre les peuples. Pour les catholiques allemands, l'invasion germanique, c'est, aux heures fixées par la Providence, le déluge purificateur. Une immense clameur de guerre, après avoir sourdement prolongé l'écho du canon de Leipzig et de Waterloo dans des commémorations sans nombre, reprend, pour ne plus s'éteindre, en 1840. Une Allemagne qui apportera à la France ses présents sanglants, 1' « effroi et l'épouvante » amassés dans toutes les montagnes allemandes comme un « orage noir », voilà ce que chantent, en 1841, les vieux bardes des guerres de libération (i). Toute l'élite militaire allemande, et d'abord son jeune chef Moltke, pense alors que l'Allemagne a le droit d'unifier par la guerre le domaine de la langue et de la civilisation allemandes, en y englobant tout d'abord la Belgique et la Hollande (2). Pour Paul de Lagarde, la guerre est de droit divin dès qu'on empêche l'Allemagne de conquérir pour son épanouissement religieux le substratum territorial qu'il exige. Treitschke estime que, par la guerre, une justice sublime se consomme; et que les nations, si elles n'ont pas la sagesse de main-
(i; Arndt, .4is Thiers die Welschen aufgerührt hatte, 1841.
(21 Moltke, Die westliche Grenz frage, 184 r. (Ges. Schriften, t. II.
CXLII LE rANC.KlOIAMSMK l'HI r,OSOPIII<)UK
lonif on elles 1 «''(|iiilil)re de l'oiees frustes, (jui interdisent tout désordre et toul rallinenieiil intelleeluel, ne peuvent être eliàtiées (jue par l'e\lirpalion. Toute la nouvelle école de soeioloa^ie çéo^rapîiiqiie, Katzel et Lauiprecht en lèle, euseitçne que la s^uerre est une façon normale de réaliser la coiicepüon spatiale qui vil dans la représentation collective qu'un peuple se fait de sa destinée. Les panj?ermanistes du renouveau de iSi)o, un Langbehn et un Friedrich Lanj^e, propagent ce sentiment que « toute nation enracinée sur son propre sol a de temps en tenq>s besoin de la guerre plus que de la paix, de même que, dans la nature, la vie est favorisée non seulement par le soleil et les pluies légères, mais aussi par l'orage et par les tempêtes ».
Au terme, il y aura deux types de doctrines de la guerre : une doctrine anthropologique, qui a le culte des races, une doctrine politique, ({ui a le culte de l'Etat. Klaus \Vagner et le général von Bernhaidi ne seront j^our nous que des échantillons (pion pourrait aisément multiplier.
Klaus Wagner est l'héritier de toute la lignée des sociologues anthropologistes. C'est pourquoi la sagesse politique, pour lui, se résume à demander la colonisation de la terre par les races les plus parfaites. Le peuph' le plus actif, le plus vigoureux, le plus prêt au sacriliee (c'est-à-dire le plus cultivable), est en droit de posséder la majeure i)arlie du globe. Or, comment reconnaître en lui ces (pialités, si ce n'est par la guerre? Les Allemands sont prolifiques. Mais les Mongoloïdes ou les négroïdes le sont-ils moins? Les Alh'inands peuvent-ils les laisser pul-
PUEKACE
liiler? Se mèleront-ils à eux? Leur laisseront-ils l'initiative de l'attaque, s'il leur plaît d'asservir l'Europe? Un peuple libre et tier a besoin de rester le maître de ses destinées, et il mettra sa race à l'abri de promiscuités hasardeuses. Pour ne pas devenir le manœuvre corvéable des races inférieures et pour n'avoir })lus à leur disputer le sol nécessaire à son expansion, il les parquera définitivement dans des « réserves », d'oii il ne leur permettra plus de sortir.
Heureux serions-nous s'il n'y avait que la a^iierre contre les peuples inférieurs ! Mais il y a les rivalités entre peuples « germanoïdes ». L'histoire des trois cents derniers siècles est un cimetière de peuples indo-européens éteints. Que subsiste- t-il des Iraniens, des Celtes, des Italiotes primitifs, des Hellènes, des Macédoniens? H restait les Latins, il y a cent ans encore : ils ont succombé. Il subsiste les Slaves, dont les Germains ne sont pas fiers d'être les frères, et les Ancrlo-Saxons qui disputent aux Allemands la suprématie. S'il est vrai que les races germanoïdes ne soient vivaces et nobles qu'en raison de leur affinité de sang avec les Germains, on peut donc prévoir que de tous les germanoïdes survivants, il ne subsistera plus que les Allemands. Ce serait là, du moins, la justice. Or, celte justice-là ne s'établit que par la guerre; et comme la justice est mise en péril sans cesse par les races inférieures, la sélection des plus nobles races ne peut, de nécessité, s'accomplir que par une « guerre éternelle ». C'est par la guerre sans cesse renouvelée que triomphera le germanisme, selon l'école anthropologique.
CM.IV l.K I' V\C.i:UMAXISMK l'il I I.OSOI'II IQIK
L'aulrc école, dont le t^riu'ral von Hcriiliardi est le porte-parole le j)liis noloii-e, étaMit une soeiolotçie de ri^lal. Au rationalisme prussien de Frédéric 11 el de Treitsclike, qu'il lait sien, il donne pour complément une sommaire biolo;j,ie sociale, oii IKlal est considéré comme nn vivant soumis aux lois de la lutte pour la vie. Le machiavélisme l'rédéricien, auquel avait adhéré Fichte, rejoint ainsi ce darwinisme oîi les philosophes pangermanistes, depuis Friedrich Lan,^e et Julius Hart, ehercheni des espérances, L'Etat est puissance, avaient dit Hegel et Treitschke; et, seule, sa puissance croissante peut le mettre en étal d'accomplir ses devoirs envers la civilisation et envers les citoyens qui attendent de lui j)r()tection et prospérité, (les devoirs, dérivés de sa mission, lui imposent un devoir primordial (jui les résume : avoir soin de sa l'orcc et l'élendre. 11 ne peut ni sacrifier ses intérêts à un autre lùat, ni renoncer à étendre sa puissance au détriment d'au- Irui. L' " égoïsme sacré « est sa loi unique, et sa seule immoralité serait d'èlre laihle. Il s'ensuit d'eml)lée que la guerre esl la loi des Ftals, comme elle est la loi des vivanis.
Dure loi, mais qu'il faut bénir. Si la sélection par la guerre est fortiliante, qu'on n'y objecte pas, surtout, le témoignage de la conscience ou les prescriptions du droit. La conscien<re est imprécise et varie de peuple à peuple; le droit codili«' un ensemble de pactes étayés par la force; et l'équilihre des forces venant à changer, il est équitable que leur expression dans le droit change. De cette force aucun arbitre n'est juge, l^lle s'impose par sa pesanteur massive.
PKKFACE
L'astuce des faibles prétend recourir aux fictions des tribunaux d'arbitrage et aux artifices diplomatiques. Les forts déchirent ces toiles d'araignée à coups d'épée. L'Allemagne est forte et elle est dans le besoin : deux raisons pour frapper.
Et ce n'est pas la force brute qui frappera. L'Allemagne s'est montrée digne de ses victoires passées. La puissance lui a donné un prodigieux développement industriel et a stimulé infiniment son activité intellectuelle. A ce travail allemand, il faut un atelier agrandi; à cet idéalisme allemand, il faut une matière à pétrir, qui ne peut être que la planète. D'autres nations, la France, l'Angleterre, osent contrecarrer son effort. « Il nous faut abattre la France, de telle sorte, qu'elle ne puisse plus jamais nous barrer le chemin, >■> dit von Bernhardi (i). A l'Angleterre, il conviendra de poser des conditions. Il faudra qu'elle renonce à sa suprématie maritime; qu'elle laisse s'achever les guerres continentales méditées par l'Allemagne et consente à une confédération de l'Europe centrale sous l'hégémonie germanique : qu'elle cesse d'entraver rAutriche aux Balkans et ne se mette plus en travers des plans coloniaux allemands, ou des projets allemands de stations navales. Ces plans coloniaux, en quoi peuvent-ils consister, puisqu'il ne reste plus de terres non appropriées?
» De telles acquisitions territoriales, dans Tétat présent de répartition des terres, nous ne pouvons les réaliser qu'aux dépens d'autres iitats, ou en les ag'régeant à nous. Cela n'est
(i) Vo.\ Bernhardi, L'Allemagne et la prochaine guerre, tratl. française, 1916, p. io3.
CXLVI LK PA\(;KinrAMSMK l'IIII.OSOI>III()lK
possible que si nous réussissons d'altord à assurer mieux noire posiliou au eenlie de 1 Kuroix' (ii. "
La içiicrrc s'ensuivra, Hcrnhardi non doulc pas. Toute croissance des Klats veut dire gueric. Mais comme un lOlat vi'jroureux se doil de cfrandir, la t^uerre est pour lui une ohlisïation morale (2). l ne l'ois de plus, ce sera la guerre odensive, celle qui « ouvre le bal » ; celle <• qui ne sacrilie aucune des espérances possibles par un cou]) foudroyant 0 ; la guerre que Frédéric 11 a enseignée et faite, et dans laquelle l'action politKjuc et l'action militaire j)rocèdent de la même audace ; celle, cnlln, ([ui se résume dans le précepte fameux : « Attaquez donc toujours! »
Cette guerre est un crime ? Le crime serait seulement de ne pas réussir. La croyance pliilosophi<iue fondamentale de l'Allemagne est celle en la valeur active des idées. Gomme il n'y a pas d'idéal plus haut que le germanisme et de pratique plus inq^étueuse et plus eflicacc (pie la guerre, on sert lluimanité et ses lins les plus hautes, en fondant par la guerre la plus grande Allemagne. « L'idéalisme même, a dit von Bernhardi, nous fait une néccssiti' de cette guerre (3). »