‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 43 sur 135 · V. — Action J)i: cks Cuoyaxces · texte numérisé non relu

V. — Action J)i: cks Cuoyaxces

On objectera : « Que peuvent quelques livres de philosophie, même fanatiques? Les hommes d'ac-

ii) Yox Bkiixiiaudi, Vom heutigen Krieg, t. I, p. 8. 2) Id., \otre m'enir, trad. E. Siuionnot, p. 78. ^3. Von Biiit.xiiAHDi, yotrc (netiir, trad. Simonnot, p. ~'i.

PUKKACE -CXLVII

tion qui ont la räsponsabilite du pouvoir et les foules par qui se déchaînent les grands mouvements d'opinion lisent-ils des livres ? » Ce scepticisme fait trop petite l'action des idées. C'est par un livre vénéré que les hommes d'Occident ont su qu'il y avait un peuple qui se croyait l'élu de Dieu ; et tous les peuples depuis ont tâché de détourner sur eux ce privilège d'habiter dans la prédilection divi/ie. Il y a des livres puissants. Les livres de Fichte et de Hegel sont de tels livres. Il n'est pas nécessaire qu'ils aient été lus de beaucoup d'hommes. Et à vrai dire ils s'alimentent de la croyance vulgaire des hommes autant qu'ils la créent, (^e sont de puissants condensateurs électriques, qui capturent l'éne'igie dilfuse fournie par des sources éparses,etlarenA"oient inlensifiée, dirigeable, et capable de formidables efforts.

« Qu'est-ce qui fait d'un homme un grand homme? » se demandait Ferdinand Lassalle, à propos de Fichte. Et il donnait cette réponse hégélienne :

« Une cliose lait le grand homme : c'est de condenser en lui comme dans un loyer l'esprit de sa nation : et par cette condensation de l'exprime?^ et de l'amener à s^ épanouir... Une nation ne peut célébrer un grand homme qu'en célébrant son propre esprit national... L'esprit allemand en tant qu'il reconstruit le monde dans son cœur (détruit [)ar le criticisme) s'appelle Fichte (i) .»

Cette construction de la pensée spéculative allemande, c'est une nation qui s'agrandit selon sa

(Il Lassalle, Die Philosophie Fichtes und die Bedeutung des deiitsclien Volksgeisls, i80ü. [Reden nind Schriften, Ed. Bernstein, 1893, t. I. 433, 440.)

CVr.VIII I.E PANCWvHM.VMSMi: l'IMI.OSOIMl I(^)LK

loi propre, imposée par- elle à ceux <pii se refusent à la reeoiiuaitre. jusqu'au jour où une éducation coërcitive leur aura arraché leur consentement. Il n'y a iruère d'esprit cultivé en Allemagne ([ui ne soit pénétré de cet enseignement et qui n'y soit plié. Il se dilluse par les solennités scolaires et |)oliti([ucs. ()^uand il se produit un de ces brusques remous religieux, comme en l'ont naître la rêverie maladive des masses ou l'hystérie théâtrale des apôtres, l'Évangile nouveau qui s'y propage est toujours le même et très vieux Kvangile, celui de la plus grande Allemagne voulue par Jésus-Christ. De Paul de Lagarde aux plus récents fondateurs de cénacles, les littérateurs tels ([ue Hart, les journalistes tels (jue Friedrich Lange ou Driesmans, les pasteurs tels que Johannes Mïdler sans cesse découvrent d'un regard prophétique la terre promise à l'Allemagne. Du haut de la colline de Bayreuth, le même message, enveloppé sans doute de musique magnifujue, est envoyé aux quatre coins de l'horizon. Dans la famille de Wagner, un hérault d'armes nouveau, Houston-Stewart Chamberlain, surgit et, — avec la gh)ire du maître (pii a su résoudre cette angoissante énigme : Was ist (h'utsc/i ? — proclame à son de trompe (]ue l'Allemagne doit être et sera la première puissance du monde. Pas une chaire d'Université oîi les mêmes dogmes ne soient enseignés comme des vérités démontrées et délinitives. La doctrine de Treitschke dominait renseignement des historiens et des juristes. Celle de Ratzel domine à présent l'enseignement des historiens et des géographes; et pour elle la guerre apparaît comme une fonction néces-

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