L'idée de l'équilihre européen est une idée fausse
Toutes les guerres, quelle (iuen lût l'origine, il a lailu qu'elles viussent se dérouler sur le sol uUemand et faire couler le sang allemand ; toutes les ibis que l'équilibre européen a été troublé, il a i'allu que son rétablissement se lit aux dépens de la nation la moins responsable de ci't état de choses, et les États allemands, dont le morcellement et le particularisme étaient déjà un défi à la nature et à la raison, ont dû, pour être au moins quelque chose, servir d'appoint aux États qui pesaient plus lourd dans la balance européenne, dont ils suivirent les oscillations avec une aveugle passivité...
...Telles sont l'origine vérital>le et la signification, tel est le résultat, pour l'Allemagne et pour le monde, de la doctrine tristement célèbre d'un équilibre nécessaire, ;i conserver entre les Etats d'Europe. Si l'Europe chrétienne était restée unie, comme elle le devait, et comme elle l'était à l'origine, on n'aurait jamais eu à imaginer une pareille idée... Cette idée n'ade sens que ])our une Europe devenue injuste et divisée. L'Allemagne n'appartenait pas à cette Europe injuste et divisée. Si du moins elle était demeurée unie, elle aurait subsisté ])ar elle-même, au centre du monde civilisé, comme le soleil au centre de l'univers. Elle serait restée en j)aix, elle aurait conservé la paix à ses plus proches voisins; et sans avoir àreeouriià aucun artilice, du fait seul de son existence naturelle, elle aurait donné à toute l'Europe l'équilibre... Comprenons bien que l'idée d'un équilibre artificiel pouvait être pour l'étranger un rêve consolant au milieu des fautes et des maux ({ui l'accablaient, mais (jne ce produit étranger n'aurait jamais dû i)rendre racine dans un esprit allemand, et que les Allemands n'auraient jamais dû tomber
dans un état tel que cette idée pût prendre racine en eux ; pénétrons-nous bien de l'inanité de cette idée, et reconnaissons que le salut général ne saurait venir de cet équilibre, mais viendra uniquement de 1 invité des Allemands entre eux.
De même, l'idée, tant prônée actuellement, de la liberté des mers, est étrangère aux Allemands, qu'il s'agisse de cette liberté même, ou du pouvoir d'en priver les autres nations. Pendant des siècles, à l'époque où toutes les nations rivalisaient entre elles, les Allemands ont montré peu de propension à faire un large usage de cette liberté. Il en sera toujours ainsi. L'Allemand n'a pas besoin de la liberté des mers. Son pays est assez riche, son labeur assez diligent pour lui procurer tout ce dont l'homme civilisé a besoin pour vivre... Ah! plût au Ciel que le destin fortuné des Allemands les eût préservés d'avoir une part indirecte de la dépouille des autres continents, comme il les a préservés d'y prendre une part directe ! Plût au Ciel que la crédulité et le désir de mener la vie raffinée et aristocratique des autres peuples n'eussent pas créé eu nous le besoin de ces denrées superllues que produisent les pays exotiques 1 Plût au Ciel que, pour les denrées plus nécessaires, nous eussions jiayé des prix raisonnables à nosslibres concitoyens, 'plutôt que de vouloir tirer profit do la sueur et du sang d'un pauvre esclave au delà des mers ! Nous aurions au moins évité de donner un prétexte au sort qui a été le nôtre, et l'on n'aurait pas ce motif de nous faire la guerre que nous sommes des acheteurs, cette raison de nous ruiner que nous constituons un marché. Il y a près de dix ans, avant que ])ersonne
•pût prévoir ce qui est arrivé par la suite, on a conseillé aux Allemands de s'affranchir du commerce mondial et de devenir un État commercialement fermé. Cette proposition
^heurtait nos habitudes et surtout notre amour idolâtre du métal monnayé; elle fut attaquée passionnément, et
•.>.8 LK l'ANGKUMAMSMi: l'IIlLOS()l'in(,)UE
i'L'[)oussé<'. Depuis lors uous ap[)renoiis, dans le désliouneur et sous la contrainte c'trani,''ère, à renoncer, et au delà, à ce dont alors nous assurions ne pouvoir nous passer, même librement, et jwjur notre plus grand honneur. Puissions-nous saisir cette occasion, alors qu'au moins nous ne sommes plus circonvenus par le plaisir des sens, pour rectifier à jamais nos idées ! Puissions-nous tomprendi-e enfin que toutes ces théories trompeuses sur l'industrie mondiale peuvent convenir aux peuiiles étrangers et font partie des armes avec lesquelles ils nous ont toujours combattus, mais qu" elles ne sont pas à l'usage des Allemands, et que, après l'unité allemande, c'est notre autonomie et notre indépendance commerciales qui sont notre second moyen de salut, et, par notre salut, l'instrument du salut de l'Europe.
Discours à la Nation allemande. Ibid.. p. 464-467-