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La Renaissance et la Réjovnie

Ces trois faits : la restauration des sciences, la lloraison des arts, la découverte de l'Amérique et de la route des Indes, sont comparables à l'aurore qui, après de longs orag^es, annonce enfin le retour d'un beau jour. Ce jour est le jour de l'Idée universelle, qui se lève enfin, après la longue, l'uneste et effroyable nuit du moyen âge, jour que signalent l'épanouissement des sciences et des arts et l'esprit de découverte, c'est-à-dire les biens les plus nobles et les jilus hauts, parmi ceux que l'esprit humain, alfranchi par le christianisme et émancipé par l'Église, considère comme son contenu éternel et véritable

Nous arrivons ainsi à la troisième période de l'Empire germanique et nous entrons dans la période de l'esprit qui se sait libre dès quil veut la vérité, l'éternel, la généralité en soi et pour soi [das an und für sich Allgemeine).

Dans cette troisième période, il faut distinguer de nouveau trois moments. Nous considérons d'abord la Réforme en elle-même, soleil qui transfigure tout et succède à laurore que nous avons vu poindre à la fin du moyen âge; puis l'évolution des temps qui suivent la Réforme ; enfin les temps nouveaux depuis la fin du dernier siècle.

La Réforme est née de la corruption de l'Eglise...

L'ancienne et toujours vivante intériorité du peuple allemand accomplira, du fond de son cœur simple et droit, cette révolution.

Dans l'Eglise luthérienne, la subjectivité et la certitude de l'individu sont aussi nécessaires que l'objectivité de la vérité. La vérité, ^^o\\v les luthériens, n'est pas un objet extérieurement donné; il s'agit au contraire que le sujet lui-même devienne véritable en se dépouillant de son

;)j l.i; l>A\r. KIOIA.MSME IMIILOSOIMIKJIK

contenu particulier en échange de la vcrilc .sul)stanlielle (ju'il s'apjn'oprie. (l'est ainsi (juc l'esprit subjectil' sairi'anchit dans la vérité, renie son 2)articularisiue et se reti'ouve soi-uième dans sa vérité. La liberté chrétienne devient ainsi réelle. Si l'on ne met la subjectivité que dans le sentiment, sans lui donner ce contenu précis, on s'en lient au vouloir purement naturel.

Prochuuer cela, c'est dresser une bannière nouvelle, la bannière la 2)lus haute autour de laquelle se rassemblent les peuples, la bannière de la liberté de Cespi'it qui existe par lui-même et qui est dans la vérité, qui n'est pleinement lui-uième que daus la vérité. C'est sous ce drapeau que nous servons, c'est ce drapeau (pie nous portons. Le temps qui s'est écoulé depuis lors jusqu'à nous n'a pas eu et n'a pas d'autre oeuvre à faire que d'introduire dans le monde ce princij)e, par lequel la rédemption en soi, et la vérité aussi, deviennent objectives, du moius par leur l'orme. La forme est du domaine de la culture; la culture consiste à réaliser la forme de l'Idée générale, à penser. Il faudra maintenant que le droit, la propriété, la m<n*alité, le gouverneuient. la constitution, etc., soient déteruiinés par des principes généraux a(in d'être rationnels et conformes à l'idée d'un vouloir libre. C'est ainsi seulement cpie l'esprit de vérité peut se manifester daus la volonté subjective, dans l'activité j)articulière du vouloir; au moment où l'intensité de la liberté subjective de l'esprit se résout à prendre la forme de l'Idée générale, l'objectivité d(! res])rit peut apparaître. C'est en ce sens que nous dirons que l'Llat est fondé sur la religion. Les l'^tats et les lois ne sont autre chose que la l'eligiou manifestée dans les conditions du réel.

Le contenu essentiel de la Réforme, c'est que riionuiic est par soi-même destiné à être libre.

Ibid., }). 4i)*^' 4'*7 • l;)*)'""^*^" ■ •'^"'■^'

lo. — Tm Réforme a du venter le privilège de VAllemaone.

Pourquoi la Réforme ne s'est-elle répandue que chez certaines nations, pourquoi n'a-t-elle pas pénétré le monde catholique dans son entier? La Réforme est née €n Allomagne. et n'a été comprise que par les peuples de pure race germanique, car, hors d'Allemagne, elle n'a pris racine qu'en Scantlinavie et en Angleterre. Les peuples latins et slaves s'en sont tenus loin. Même l'Allemagne du Sud n"a que partiellement adhéré à la Réforme...

Les nations slaves étaient agricoles. Ceci entraîne des relations de maîtres à valets. Dans l'ag-riculture, les forces de la nature sont prédominantes; l'industrie humaine et l'activité subjective (^nt, en somme, peu de part à ce travail. C'est j)ourquoi les Slaves sont parvenus ]»lus lentement et plus péniblement au sentiment \)vofond du moi subjectif, à la conscience de l'Idée générale, à ce que nous avons aj)pelé le pouvoir de l'Etat; ils n'ont donc pas pu avoir part à la liberté naissante. Mais les peuples latins : Italiens, Espagnols, Portugais et Français pour une part, n'ont pas été entamés non plus par la Réibrme. Sans doute, la violente contrainte extérieure y a été jiour beaucoup, mais on ne peut se contenter de cette explication, car si le sentiment d'une nation exige une chose, nulle violence ne saurait l'enchaîner. On ne peut 23as non plus dire de ces nations qu'elles aient manqué de culture; au contraire, elles étaient peut-être plus cultivées que les Allemands. La cause qui les a empêchées d'adopter la Réforme réside dans le caractère même de ces nations. Mais quelle est cette particularité de caractère qui fait obstacle à la liberté de l'esprit? La

ob LE l'ANCKItMAMSMK IMI ILOS()I>III()rK

puro iiitrriorilé de la nation gernianiqno ('•lail le sol pi-opico à rairraneliisscincnl de l'espril : les nations latines, an contraire, sont l'estées divisées d'àme et de pensée; nées «Tun mélange de sang romain et de sang germain, elles ont gardé an fond d'elles-mêmes ces ])rincipes hétérogènes... Chez les peuples latins apparaît eette division interne, qui consiste à s'attacher à des formules abstraites et à ignorer cette totalité de l'esprit et du sentiment que nous appelons Gemüt, cette méditation de l'esprit sur lui-même qu'ils ne peuvent connaître, car au fond il'euxmèmes ils sont étrangers à eux-mêmes. Leur sentiment ne sonde jamais la profondeur de l'àme intérieure, car ils sont tout adonnés à des intérêts de détail, et l'esprit infini ne réside pas en eux. Leur àme profonde ne leur appartient pas. Ils la laissent dehors, heureux qu'on en preiuie soin à leur place. C^ette organisatiou extérieure à laquelle ils l'abandonnent, c'est justement l'Église... Le caractère fondamental de ces nations consiste à séparer les intérêts l'eligicux et les intérêts séculiers, c'est-à-dire à mettre la division dans la conscience même du sujet; la cause de cette division réside dans leur nature intime qui a perdu cette totalité, cette jtrofonde unité. La religion catholique ne prétend ])as essentiellement dominer la vie temporelle; la religion, au contraire, demeure une chose indillérente d'un coté, l'autre côté restant dilférent et indépendant. C'est ]K)ui'quoi les Fran(,"ais cultivés ont une certaine aversion contre le ])rotestantisme, (|ui leur paraît ])édant(\sque, triste, mesquin dans sa tendance moralisante; car il faut que l'esprit et la pensée, dans le protestantisme, aient dii'ectement allaire avec la religion; à la mess<', au contraire, et dans d'autres cérémonies, il est inutile de penser; on a devant les yeux la majesté d'un spectacle qui ])arle aux sens, et l'on peut, pendant ce temps, bavai'der et ne prêter aucune attention, tout en s'acquittant du néccîssaire. p. 5o()-5()S.

HEGKL 07

II. n Allemagne est sortie de son hiiiniliation politique par les rois de Prusse.

P;ir la paix de Westphalie, l'Égiise protestante avait vu reeonnaîti'e son indépendance, à la plus grande honte et humiliation de l'Eglise catliolique. Cette paix a passé souvent pour être le palladium de l'Allemagne, parce qu'elle a ßxe la constitution politique de l'Allemag-ne. Mais cette constitution n'a fait, en réalité, que consacrer les droits particularistes des divers pays qui étaient autant de fragments de la tei-re allemande . La pensée ou l'image des fins véritables de l'Etat est totalement absente de ce traité... Ce qui s'y exprime, c'est le triomphe du particulai'-isme absolu, dans lequel c'est le droit privé qui se trouve régler tous les rapi)orts ; c'est un état à' anarchie constituée, jusqu'alors inconnu, c'est-à-dire qu'on pose en principe qu'un Empire doit être une unité, un tout, mais en même temjis toutes les relations deviennent alfaire de droit privé, au point que l'on maintient et garantit inviolablement l'intérêt que peut avoir chacun à agir contre l'intérêt collectif, ou à négliger de faire ce que cet intérêt exige et même prescrit légalement

L'Eglise protestante a plus tard complété ses garanties politiques, lorsqu'un des Etats de sa confession s'est élevé au rang de puissance européenne indépendante. Cette puissance devait naître avec le protestantisme ; cest la Prusse qui, entrant en scène à la lin du xvii° siècle, a trouvé en Frédéric le Grand l'individualité qui l'a sinon fondée, du moins consolidée et alfermie, et dans la guerre de Sept ans la guerre qui a servi à cette besogne de consolidation et d'allérmissement. Frédéric II a prouvé sa puissance en résistant à rEuro[»e presque entière, à la coalition des grandes puissances, 11 a joué le rôle de

."iS I.i: PANdKliM AMSME l'III LOSOl'lI l(^)r K

chaiii|>ion du [)i'otestaiitisin(\ non seulcMucnt à litre personnel, eoMiMie Gnstiive-Adolplie, nniis eoninie souverain ilun l"]lat protestant. Sans doule, la L;uerr<' de Se])l ans n'«''lail pas ;'i Torii^ine une guerre de relig^ion ; elle l'a l)ourtaut été dans ses résultats, et dans l'esprit de ses soldats, comme dans l'esprit des puissances en lutte. Le pape avait béni l'épée du maréchal Daum, et l'objectil' principal des coalisés était de soumettre la Prusse, rempart de l'I'jglise protestante. Mais le grand Frédéric ne s'est pas contenté d'introtluire la l*russe comme puissance protestante ])armi les grandes puissances de l'Europe ; il a été aussi un roi pliiloso[)lie, phénomène très singulier et unique dans les temps modernes. Les rois d'Angleterre avaient été des théologiens subtils, argumentant sur le principe deTabsolntisme ; Frédéi'ic au contraire a saisi le principe protestant par l'aspect séculier; et tout en détestant les polémiques religieuses et n'y prenaiit jamais parti, il a eu conscience de l'Idée générale qui est la profondeur dernière de l'esprit et la ibrc(; consciente d(! la pensée.

fbid., p. 525-5ii().

IF

GOEKRES (ijje-iS'iS)

'Il peut -paraître singulier d'énumérer parmi les ancêtres du pangermanisme actuel Joseph Goerres, dont le premier ouvrage Jut un traité sur la Paix g-énérale (Der allg-emeine Friede, ein Ideal, 1798), tout inspiré de « l'immortel Kant » et de la religion de Fichte. Il n'y a cependant à constater le pangermanisme de ce kantien pas jjlus d'étrange té qu'à reconnaître que sa croyance jacobine n"a pas été de longue durée. Les convictions qui lui ont dicté un projet de liquidation du Saint-Empire, dont le liquidateur serait le général Bonaparte, n'ont pas été tenaces. Un discours prononcé par lui, le 18 nivôse an \l, à la Société patriotique de Coblence, avait demandé que » les droits souverains de Sa Majesté Impériale fussent partagés entre les paysans de l'KmiJire ; que la Réi)ubli({ue liançaise fût instituée « unique héritière légitime de toute la rive gauche du Rhin », et qu'elle voulût bien accepter ce présent modeste, mais cordialement offert, comme un témoignage de l'estime et de l'amour des Allemands 1). Ce discours eut sa palinodie dès l'an VIII. Le mépris dont fait preuve son Mémoire sur sa Mission à Paris à l'égard de la nation française délie toute comparaison. Il est de ces teutomanes qu'il a aimés entre tous, Klopstock •ou Stolberg, qui célèbrent la force, la pureté, les vertus germaniques avec des paroles et des gestes de matamores, et «jue la Révolution française un instant devait griser. Ils retour- .nèrent tous à leur culte, quand ils découvrirent que la Révolution pouvait peut-être changer l'Allemagne. Ainsi Goerres, quand il vint à Paris. Avec une imijatience de névrosé, et dénué d'ailleurs de toute maturité ijolitique, il exigeait que la réalité sociale française se conformât à ses rêves fuligineux. Et comme elle y résistait, il s'en retoui'na à Coblence, montrant le poing à la France. Il pensait que l'ejjoque contemporaine avait vu trois Révolutions : la Révolution philosophique, la Révolution poétique et la Révolution politique. Les deux premières lui paraissaient toutes lumineuses et pures, étant allemandes. La troisième, qui était française, lui sembla un infâme délire, dès qu'elle se trouva différente de ce qu'il

6i) r.i: p v\<;rioiAMSMK imiilosopiikhi-:

avtiil iinauiiic. La lilxrlr. à laquelle il voulait (jue l'Allemagne rendit un cnlle, il se la représentait eonnne une madone simple, tendre et tout(> j)ure. C'est avee des madones «piil entendait l'aire une Révolution. Kt comme elles ne deseentlaient pas sur la terre, plutôt <jue de courtiser la liberté française « vêtue de soie et de gazes, parée i)ar la mode du jour, et gouvernant avec un despotisme de coquette des esclaves volontaires «, il se A'oilait la face et l'outrageait. Mais cette Liberté française (ju'il insultait, il en bénc-lieiait; et ni le Consulat lù l'Empire n'ont persécuté le l'ollieulaire furieux, eomnu' le (itplns tard l'Allemagne ■ délivrée ■■, <[ui subissait le joug de Metternicii.

La vérité est que (ïoerres avait renoncé dès iSoo à son cosmopolitisme. Le romantisme de Heidelberg, celui d'Arnim et de lîrenlano. Lavait gagné. Ce romantisme se préoccupait avant tout de restituei- la continuité de la tradition allemande dans la mylliologie, dans la légende, dans les cliants populaires. Goerres fut associé à ces rechercbes et à cet apostolat durant les années de son enseignement à Heidelberg (i8o(i- 1808 1.

L'n bistorien de Lranefort, J.-Fr. Boehmer, a pu dire, non sans raison : » A Heidelberg s'est allumée, pour une grande part, la (lamme qui, i)lus tard, a dévoré les Français. »

A ('oblenee, il enseigna à 1' « L^cole secondaire " sous la surveillance patei'ue des autorités françaises contre lesquelles il préparait la guef^e. <^e qu'on peut appeler la pbilosophie de Goerres se forma durant ces années. C'est un étrange composé, où le catbolicisnie se mêle à la doctrine de Herder et de Fichte. Mais dans cet amalgame tout se corrompt, la doctrine licbtéemie, la doctrine herdérienne, comme la doctrine catholique. On a dit de lui (ju'il n'a pas énoncé une idée qui lui appartienne. Mais il a déformé, [)ar fanatisme et dans une aliénation mentale croissante, toutes les idées qu'il a emj)runtées.

Le catholicisme français a beaucoup ménagé Goerres. On lui en a moins voulu d'exécrer les idées et le peuple français, dès l'instant qu'il projetait une alliance intime entre la papauté et les peu]>les. Pourtant, M. Georges Goyan lui-même doit avouer que ■ Goerres est professeur de haine contre la France. ■ Il le fut surtout dans ce Itheiiiisciier Merkur (le Mercure Rhénaii\ fondé par lui en 1814, et que Napoléon apj)elait la " cinquième grande puissance » eurojiéenne. <■ L'Allemagne bismarckienne, dira M. Georges Goyau, n'aura qu'à relire le Mercure pour s'exciter contre la France; et Goerres avait déjà disposé de l'Alsace au nom d'un hypothétique droit des langues, plus d'un demi-siècle avant que la Prusse nous l'en-

GOERRES 6l

levât au nom de la Force u). ■> Ce futuu journaliste puissant, virulent, à qui la passion délirante faisait faire des trouvailles de style qui étincellent dans la fumée confuse de sa déclamation. 11 écrit, comme il le dit lui-même, par > coruscations '.

11 est devenu par cette violence furieuse le maître de tout le journalisme catholique en Europe, depuis Louis A'euillot jusqu'à ses disciples non moins lidèles, mais moins affinés, de la presse assomptionniste.

Les grands écrits politiques de Goerres se succèdent depuis 1807. Ce sont, cette année-là, même Wachstum in der Historie {La Croissance en histoire) : — en 1810, Ueber den Fall Teutschlands und die Bedingungen seiner Wiedergeburt (Sur la chute de V Allemagne et les conditions de sa régénération) ; — Ueber der Fall der Religion und ihre Wiedergeburt [Sur la chute de la religion et sa régénération). — Puis en 1819 : Teutschland und die Revolution {L'Allemagne et la Révolution): — en 1821, Europa und die Revolution {L'Europe et la Révolution); en i8i2i>, Die heilige Allianz und die Voelker auf dem Congresse z-u Verona {La Sainte-Alliance et les peuples au Congrès de TVro/îe).

Sa doctrine fondamentale fut une démocratie catholique et internationale, séculièrement organisée sous la forme du Saint- Empire, spirituellement dirigée par Rome. Dans cette Confédération de peuples, les Allemands devaient être le peuple d'élite. La Providence les désigne, et elle les châtie quand ils sont infidèles. Elle les récompense dès qu'il se souviemient qu'ils sont, sans exception, « une caste de brahmanes <>. Cette récomi^ense qu'elle leur destine sera matérielle. Les Germains se répandent, par prédestination, sur les ten'itcjires voisins, gaulois, latins ou slaves, et le point d'honneur leur interdit de les restituer. Les événements de 1814 constituent une de ces occasions providentielles, offertes par laveur, et que les Allemands seraient coupables envers Dieu de refuser. « Profitons, s'écrie-t-il en 1814, dans son Mercure, profitons cette fois de la victoire. Notre tlroit, que nous devons exiger, c'est notre sécurité. Nous de\ons reprendre aux Français le domaine de Charles le Téméraire, etc. » Paul Dcsjardins, qui citait ce texte avant la guerre, faisait remarcjuer avec justesse : " Même de durs contempteurs du droit démocratique, un de Maistre, un Maurras, distants de nous par leurs idées, consubstantiels à nous par leur logique, leur langue, leur tact, jamais n'imagineraient les archaïsmes d'idées qu'un fougueux libéral,

Il G. GoYAu, L'AUemag-ne religieuse. Le catholicisme. ^'' éd. 1910, t. I, p. 344.

()U LK l'A\Cli:UM\\lSMl-: l'IllI.OSOl'IIKM F.

Goerres, ii émises en i8i4 dans sou Mcrciiir du fl/ii/t. Xous aussi nous avous été vain([ueurs (luolciuelbis, jadis : jamais celle ivix'sso ne nous a lait prolérer de telles énormilés. Ici doue nous louehous l'étranger, rininlelligil)lc, l'adversaire. C'esl lui ^n. Il

On lira (loerres dans les Gesai/inwlti' Sc/iri/'(i'it, éditées par sa lille Marie Goerres, 6 vol. iSS'J-fM). On y joindra trois volumes de lettres [Gesaininelte lirlefc), 1858-74. In ehoiv inlellij'eut d'(Kuvres el de Lellres \Au>ii>-ewai'lilte ^Verke und 1iriefe\ a paru par les soins de Wilhelm Schelli)erg', 2 vol. ii)ia. La seule monojjrraphie existante est jusqu'iei celle d'un professeur et d'un homme politique bavarois, J.-\. Sei)p. doerre» und seine Zeitgenot>sen, 2« éd. 18;-. Elle a reparu; dans une forme abrégée; dans la eolleclion des Geistefthelden sous le tilre de Goerres, iSç^G.

I. Ce sont les invasions germaniques (/ui ont régénéré les peuples de Vanlùjiiilé latine.

Après avoir exposé l'état de déeadenee dans le(iuel était toml)ée r.Vllemagne en 1819, et eonclu (jue seul le fond même de la race ^ en relation intime avec le sol qui lui doinia naissance » restait sain et i)ar là susceptible <le renouvellement,^ Görres est amené à parlerde la décadenc<' de l'Empire romain et de la rég-énération de l'antiquité latine i)ar les hordes germaniques.

Jadis, quand les Etats étaient tombés aussi l>as, la l*i'ovidence avait recours aux grandes invasions ; elle ouvrait les sources profondes de vie, et le (lot d<'s Harl^ares qui se répandait sur ces dégénérés rafraîchissait de fond en comble par son jeune sang cette vie languissante et faisait porter de nouveaux rameaux à la vieille souelic.

Des flots toujours renouvelés de sang germanique se répandirent dans les artères du peuple italien, et i)ar

(i) Paul Desjardin, Discours du 7juillet i^i'î. (Cahiers nicnsiiels de la Lis;iic Internationale pour la Défenac du Droit des /leu/drH, ocloljre 1913.)

GOKURES G3

cette transfusion tout oe qui était épuisé, vieilli, eoil'onipu, sans vie, fut balayé et remplacé par cette jeune lymphe vivifiante : ressuscité pour des siècles, ce vieux corjis décrépit se trouva ainsi régénéré et plein de vie. sans avoir perdu poui- cela les traits distinctifs de scm ancien caractère.

Et tandis que ce peuple se renouvelait ainsi, laspect du monde avait changé. Rome était dépouillée du pouvoir, les calamités de la g-uerre. les horreurs des invasions avaient détruit la splendeur du passé, l'antiquité avait été la proie du fer et du l'eu, et dans ce grand cimetière, au milieu des cadavres et des tombeaux, s'était dressée la nouvelle Eglise. Et le peuple, témoin et A'ictimc de si formidables changements, ébranlé par le spectacle terrible de l'agonie d'un monde mourant d'une mort violente, effrayé par les soubresauts dans lesquels la vie déclinante s'arrachait à son ancienne enveloppe, profondément saisi par le sentiment de la fragilité des choses humaines, avait cherché un refuge auprès de l'autel et s'était donné tout entier au christianisme. Et c'est à partir de cette époque que furent fixés à jamais le caractère et les tendances de la doctrine chrétienne.

L'ancienne tradition des prêtres étrusques, dans toute la profondeur de son mystère, fut rétablie, et la domination militaire romaine , qui n'avait été qu'un éjjisode importun, sombra dan.^ ce bouleversement des temps.

Deutschland und die Revolution. {L'Allemagne et la Révolution), dans Politische Schriften, t. IV, p. i()8, 3-4, 3^5.

<)4 I.i: l'A.NOKlOIAMSMF, l'IUl.OSOlMUQUK

•2. liupoftancc de l'Kinpin' i>('rnitini(jue et (le sfi (/('cadeiice.

Apirs a\()ii' souiiiis raiili([iiilt'' latine, les (ieriiiains assiircroiil pom- un Iciiips réciuililuc {'uroi)é('ii. i.c (léineiiihicinciil <le rempire »le (^liarlcma-iiic l'-'-hraiilcia à Jamais.

Telle est l'idée (pii iiispiri' l«s iiaycs suivantes.

Le glaive roiuain, elargissaiit de plus en plus le eerele de son tournoiement autour du Gapitole, avait asservi les peuples primitivement libres de l'antiquité, et cet empire immense, grandi par la eonquète, Rome l'avait pi'olégé d'une ceinture de fossés et de rem[)arts, de lleuves et ile iorteresses, quand le désert et la inei- ne le bornaient j>oint. I"]t comnu' autrefois en Asie, entre l'Iran et le Turan, ainsi s'était allumée entre llimpire romain et les peuples germains une guerre éternelle et irréconciliable. Depuis l'invasion des Teutons, les jieuples du Nord s'étaient pendant des siècles, .sans relâche, rués à l'assaut de la citadelle romaine^ et leur constance devait enfin les amener à en franchir les murailles. A la mousson, qui pendant toute une période de l'histoire avait soufflé du sud au nord, en succéda une autre, qui souilla du septent l'ion au midi.

L'Europe entière fut le butin de la victoire; les provinces romaines d'Lurope devinrent germaniques, même une partie de celles d'Afrique dui'ent subir le joug de l'Empire du Xord.

Cet Empiri;, à l'origine grande républicpie européenne comme l'avait été l'ancienne Germanie, s'éleva au rang de monarchie IVanque sous (Iharlemagne, monarchie (jui s'étendait entre TEbre, l'Eider, le Haab et l'ExarcIiat et qui comprenait, sauf l'Angleterre isolée par sa situation insulaire et la Scandinavie fidèle à une autre foi, tous les

GOERRES b.>

peuples germaniques, qu'ils eussent ou non émigré. Elle était gouvernée par une épée à double tranchant : le pouvoir laïque que l'empereur s'était réservé, et le pouvoir spirituel qu'il avait confié au pape. Elle se brisa au cours (les siècles, et ses morceaux furent reforgés en deux armes distinctes.

Tout d'abord ce fut la parole de Mahomet qui détacha de la foi commune les provinces en dehors de l'Europe; puis l'Eglise grecque se sépara de l'Eglise romaine; bientôt la Réforme désunit le Nord et le Sud ; enfin, les Eglises nationales s'eHoreèrentde faire reconnaître leur indépendance.

Do même rEsi)agne et la France se détachèrent de l'Empire au traité de Verdun; puis les Habsbourg renoncèrent à l'Italie ; ce fut ensuite le tour de la Suisse, de la Bourgogne, de la Hollande, de la Lorraine, et tandis que l'intérieur se désagrégeait ainsi, des Allemagnes russe, suédoise, danoise, hollandaise, anglaise, française, suisse et enfin prussienne et autrichienne grandissaient, comme autant de plantes parasites, aux dépens de l'Allemagne allemande qui déclinait sans cesse; quand le vieux tronc fut tout à fait épuisé, il s'affaissa, et les lianes devinrent des arbi'cs indépendants.

Aussi pouvons-nous résumer toutes les transformations des cinq derniers siècles en une courte formule : lente dissolution du grand empire germanique européen, accompagnée d'une réorganisation parallèlement progressive de toutes les relations sociales sur une base différente de l'ancienne.

Europa und die lîei'olution {L'Europe et la Révolution) , dans Politische Schriften,

t. IV, p. 42.5-426.

«)<) I,K l'A.NCKUMANISME IMl 1 LOSOIMI I<)UE

3. Op/}osltion entre le c(i raclé re (lUeinarnl et le caractère français.

Nous avons vu dans los paj^cs pivcrdriites (lörrcs s'efforcer (le <k''iiu)nlier (juc l'antliiuité romaine avail clr rcji^iMK réc paile sanji^ ^-erniain. Nous avons vu aussi (juc, d'ajjrts lui, le» htats existant actuellement ne sont (jue des débris du grand Empii'(» ijermanique: dans les pages (pu vont suivre, c'esl l'antagonisme des races allemaudc et l'raneaise tpu- (iörres s'elî'orce de faire ressortir.

Bien (pie rég(''nérée elle aussi par le sang germain, la France sera la grande ennemie des Allemands, comme Rome avait été celle des Germains.

Du jour où la politique domina la religion en Europe, la France trouva en elle une sphère d'activité et un point d'appui et, dès lors, elle prit la place de l'Italie par rapport à r Allemagne.

Dès les temps les plus reculés, il y eut, il est vrai, action et réaction d'un ])euple sur l'autre, et les combats les plus violents se livraient entre Gaulois et Germains, en partie sur la rive gauche du Rhin, bien des siècles avant (|ue Home n'entrât dans l'histoire. Quand la citadelle romaine croula, il l'allut qu'en Gaule aussi il y eût régénération par le sang allemand. Gest pourquoi les Goths avaient établi leur empire à l'ouest de la Gaule, dans la vieille Aquitaine, les Burg-ondes le leur à l'est, entre le llhin et le royaume d'Arles, tandis cpie les Francs s'étaient répandus au centre ; lorsque tout le pouvoir appartint à ces derniers, la Gaule devint sous C^harlemag'ne une des principales provinces du g;rand Empire germanique. Ce mélange des races a fait naître de la vieille Gaule le peuple français actuel, dans lequel toutefois l'élément gaulois prédomine de beaucoup. D'où, même contraste entre l'Allemagne et la France qu'entre

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