‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 6 sur 135 · PREFACE XXXI · texte numérisé non relu

PREFACE XXXI

au({uel il ne commande pas, et contre lequel il lutte ? Et à la lona^ue le vivant n'cst-il pas vaincu dans cette lutte? Tout vivant est périssable; donc la vérité de la vie n'existe que dans l'espèce, puisqu'elle ne dure que par elle. Mais la vérité, c'est-à-dire la domination de la pensée, s'établit par la lutte contre les formes élémentaires du réel.

C'est pourquoi la vie de l'esprit dans l'être vivant et en dehors de lui, la vie sociale, la vie historique des peuples sont des vérités encore plus hautes, c'est-à-dire des ascensions vers la liberté. Ce sont des luttes, oîi le réel résiste, mais aussi des proi^rès par lesquels la pensée assure son emprise sur ce réel. Connaître, c'est s'emparer des objets distincts de nous et distincts entre eux, pour en dégager ce qui les rend homogènes entre eux, et ce qui en eux est homogène à l'esprit. Ainsi se construit la science, la pensée démonstrative qui fait sortir les choses de la constitution même de l'esprit; et rien ne fournit mieux limage de la liberté qu'une telle pensée. Agir, c'est s'affirmer devant les objets: avoir raison de leur résistance, jusqu'à les détruire par l'usure: îes assimiler à notre propre esprit : c'est par là que l'acte le plus contingent, qui se propose une fin, est encore un travail logique. Être libre parfaitem.ent, ce serait à la fois parfaitement connaître et parfaitement agir; ce serait conduire le monde par la pensée. Cette liberté parfaite n'existe qu'en Dieu. Mais soumettre le monde, après l'avoir organisé par la connaissance, à un vouloir éclairé qui l'organiserait par des actes, ce serait là sans doute la plus parfaite imitation de cette liberté divine. C^tte imitation est réalisée et

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celte litiule vériU' est atlcinlr pai- la vie sociale et par la vie hislori([ue des peii|)les.

lui i)i'oloni?eaiit la liberté de riiomine par la (nise de possession du vrrl, on asseoit déjà plus profoiidément le rèu^ne de la jX'nséc dans le monde. Voilà pourquoi toute propriété est sainte. La plus complète liberté liinnainc, ce serait que l'espèce humaine fïit maîtresse du iflohc. l^Ue tend vers cette lin, non sans luttes, mais à grands pas. Comme dans l'aetion externe le monde semble s'opposer à l'homme, dans l'action sociale ce sont tous les hommes qui s'opposent à l'individu. Mais e'esl la volonté générale, l'aclion de la coUeclivité, (jui représente la raison supérieure et la plus vraie liberté.

A coup sur, l'individu même seul ne se laisse pas dessaisir de son droit. Et, lésé par autrui, il se venge. C'est précisément celte vengeance individuelle qui n'est pas encore le droit pur, parce qu'elle n'est pas la volonté générale. La famille, qui est déjà un consentement de volonté; plus tard, la société civile, qui protège les personnes; enfin VEtat, synthèse de la famille et de l'individualité juridique, voilà les sources oîi se puise un droit de plus en plus dégagé des intérêts et des rancunes privés. De toutes ces personnes morales, c'est l'État qui est la plus haute. Or, c'est |)ar sa théorie de l'Etat que l'hégélianisme intervient encore dans les faits contemporains.

Comme toutes les libertés, cette grande liberté complexe ([ui s'appelle un Etat, prend possession de ses moyens d'existence. Elle est une vie, c'est-à-dire un corps animé. En elle une pensée s'incorpore à la réalité extérieure par l'action, un vouloir se réalise

PREFACK XXXIII

dans le monde par nnc propriété matérielle. Toutes les libertés individuelles, dont l'Etat est fait, s'intègrent dans sa liberté collective. Aucune n'a de droits que par lui. Il peut les sacrifier toutes, y compris la vie et la propriété de tous les citoyens, si son existence propre et son droit sont en jeu. L'État est lui-même une personne: mais le droit qu'il tient de sa mission, il n'y a plus personne au-dessus de lui qui en soit juge. Les groupements politiques sont distincts, et personne entre eux ne peut exercer d'arbitrage. Que le droit de l'un d'eux soit contesté, il ne lui reste que le recours à la force, c'est-à-dire la guerre. Avec d'autres États, l'Etat, s'il y a litige, n'entretient que des relations de violence, comme un individu lésé par autrui, s'il n'y a pas de juge, n'a de recours que dans le talion. Or, ces litiges, il faut que l'État soit prêt à y faire face constamment. Pour le dehors, l'Etat est force, et il n'est que force. Sans aucune espèce de doute, les formules de Treitschke ont dans Hegel leur origine.

Aussi bien, pour Hegel, la guerre nest ni un mal fortuit, ni même absolument un mal. Elle est une façon nécessaire d'affirmer le droit, par la seule méthode dont un Etat dispose; et le crime serait, pour lui, de n'en pas user. Pour Hegel la guerre est éternelle et elle est morale. Il est rationnel que des biens finis, tels que la propriété et la vie des hommes, soient tenus pour fortuits La moralité consiste à poser le périssable comme périssant de notre consentement, s'il faut le sacrifier pour des biens impérissables. Combien de bourgeois chrétiens écoutent avec componction le prédicateur parler hebdoma-

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(laii'cmcDl de la vaiiiti- des hioiis leinporcis ! Que cette vanité apparaisse briis({neiTieiit yr" . la forme de hussards, qui, le sabre au clair, nous en l'ournissenl la preuve, on maudit les con(|uciants. La leçon de ces laits sérail au contraire de nous apprendre à exposer notre vie et nos biens pour une cause supérieuie. La paix |>er|)éluelle serait aussi la niorl et le vide. La guerre cmpèclic 1 immobilité des institutions et de la vie ; et dans les nations troublées elle rétablit l'ordre intérieur avec l'équilibre réel des pouvoirs nécessaires au fonctionnement des sociétés, (»rands bienfaits, dont l'humanité ne peut se passer. Les théoriciens militaires de la Prusse actuelle n'oublieront j)as cet enseia^nement qu'ils [)uisent dans l'hégélianisme diffus (|ui n'a cessé de remplir le xix'' siècle allemand.

Mais de même ({ue la vie inférieure lutte àpremcnt pour arriver à conquérir la vie de l'esprit, de même les massacres de la g^uerre ne sont pas seulement une œuvre de violence. Ce qu'on sacrifie par la guerre est du relatif, au regard de la victoire par la«pielle un peuple dure, ou par laquelle un peuple supérieur triomphe de l'inférieur. La raison bénit les sacrifices par lesquels s'établit une telle victoire.

Ce qui se construit rationnellement dans ce violent conflit des peuples entre eux, c'est Yhistoire. KJle ne peut pas être dénuée de raison puisqu'elle est faite par des hommes, et par des groupements humains en qui se réalise une raison plus générale encore (pie celle des individus. L'histoire de l'esprit est constituée par ses actes; et ces actes sont ceux |)ar lesquels s'affirment devant leur conscience les

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