Les invasions des Barbares ont été salutaires
L'auteur fait un tableau de rEuipuc rumaiii au temps des difïérentes invasions, et tend à prouver que Rome et l'Italie furent gouvernées ])ar des princes de la race des Goths, appelés par les empereurs de Constantmople, et que Rome à travers tout le moyen âge est restée liée tout au moins de nom à l'Empire romain restauré par les peuples germaniques.
Un ta])leau historique, une caractéristique quelque peu vivante de la migration des peuples devait précéder tout jugement sur les invasions, et m'a paru d'autant plus
8o LE PANOERMANISMK PIIILOSOPIIKIUK
uéees.saire iiiic telle éjjoque csl (rmie imporlaiicc oxtrèmt; ])oui' toute l'ijistoire nltérienre : car elle est le l'oudemenl essentiel sui- leciuel reposera loule lu ioimatioii geniiano-romaiie des nmivelles nations d'Europe : constitution et lanj^ue, ni<rurs et lois, idées <liT'ecli'ices et même penelianl de l'imagination. Bien des historiens, aveuglés par un enthousiasme trop exclusif pour l'antiquité, ou trop imbus des idées et des principes modernes, n'ont pas compris ou jugé avec justesse c(;tte époque... Il est d'autant plus diCficile de la hien interpréter que le merveilleux des ('vénemenls et de la ])cnsée, dans le vaste enseml)le que l'orme cette phase; chaotique de IJiistoire de l'univers, ressort lie chroniques dilluses et incomplètes; les vieilles épopées, les titanomachies sembhmt être devenues réalité; souvent des fragmc^nts «le mythologie populaire et des légendes païennes se trouvent mélangés ou voisinent avec quelques traits d'une réalité toute prosaïque... Le plus souvent on ne [leut même se l'aire une idée d'un semblable »Hat de choses, et c'est pourquoi il est si rarement com[)ris. Poui'tant, du point de vue même de la nature et des sci(>nces naturelles, on ne devrait pas oublier que la magnifique abondance des Ibi'mes organist'es, que la ])leine floraison the la vie telle qu'elle doit être, proviennent d'un état chaotique, où les forces élémentaires s'agitent en désordi-e dans la lutte et le (;orps à corps, avant ([u'elles ne s(! posent et ne s'ordonnent dans un équilibre harmonieux, et ne se fécondent dans un moment créateur, par une lieureuse fusion de laquelle, quand les convulsions de l'enfantement seront passées, jaillira victorieuse une nouvelle vie de la beauté la plus pure.
— Les invasions ont bien été un moment de lutte chaotique entre les forces et les éh'ments divers qui constituent l'humanité, une marée de peuples, une sorte de déluge d'Ogygès renouvelé au sein de l'époque his-
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torique; mais elles sont devenues aussi le sol fertile et la base historique d'une nouvelle évolution morale et intelleetuelle. Cette migration de peuples formidalile et eontinue qui va de Test à l'ouest, du nord au sud, ou se retourne vers l'est, ou remonte vers le nord, ce rayonnement puissant d'armées en marche, qui partent d'un point central pour s'épandre dans toutes les directions, ou qui, se rétractant, refluent de tous côtés vers ce centre, toutes ces ruées peuvent être considérées comme une grande bataille des forces élémentaires qui entrent en conflit dans l'humanité et dans l'histoire.
L'auteur explique ensuite :
Et sans doute, le premier eilet protluit par une force naturelle ainsi déchaînée ne peut qu'être néfaste pour les organismes existants et, de ce fait, impressionner défavorablement l'historien. De même que les évolutions trop lentes ne répondent pas à nos vœux et à notre attente, de même la brusque irruption de l'inattendu et de l'extraordinaire, ou une mag-nifique floraison dans le domaine de la culture morale et intellectuelle peuvent nous causer quelque surprise.
Mais nous devons nous rappeler que Dieu, maître de l'heure, intervient quand et comment il lui semble bon.
Or, on ne peut mettre en doute que le résultat des invasions nait été en soi salutaire, et que ce mélange des races germaniques avec la population romaine dégénérée, de cette force naturelle allemande saine et pleine de vigueur intellectuelle avec l'humanité et la culture romaines, qui sans cet afflux tombaient immédiatement dans la décadence, n'ait été fertile. Qui douterait encore n"a besoin, pour trouver une raison historique et péremptoire d'écarter ce doute, que de comparer l'évolution historique si brillante et si variée, la culture intel-
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K'clucllt' si lloi'issante des nutions et ciiipii-os nouveaux lie ll'^uropc, sortis de cette souche jji'ennuno-roniaiiie, avec l'histoire de la décadence l)yzantine, avec la monotonie de l'épuisement intellectuel, avec le coiiiplet engourdissement moral qui s'y manifestent.
Daulreparl, il est indiscutable que la force ([iii a aniali;anit' eu un mélange harmonieux ces deux ("léments antagonistes : la vitalité des Germains et l'iuimanilé, la culture et la langue des civilisations romaines, à l'époque féconde d'où devaient sortir toute la culture cl toute rt'volution de l'époque moderne, ce fut le cliristianisme, et ce fait suffit pour que nous ayons à le considérer comme le principe d'unité, l'àme même de toute l'histoire moderne.
Mais, sans le nouvel élément de cette force vitale apportée par les peuj)lcs du Nord, le christianisme à lui seul n'aurait [)as eu le pouvoir de relever comjdètement de leur dégénéi-escence l'humanité et la civilisation romaines, parce que celles-ci étaient déjà tombées ti"op bas, et sui'tout aussi parce que, et cela dès son origine, l'Etat romain, cette chose monstrueuse, corrompu justjue dans ses profondeurs les ])lus intimes, n'était susceptible ni d'amélioration ni de transformation, mais ne ])ouvait être que détruit ])ar le tcuips lui-iuème, puis rcloi-mé sur des bases nouvelles.
Ibid., pages ^v), 48, 5o.