ARTHUR DIX I
naturelle est, d'autre pari, la résistance opposée par les pays lésés contre ces elïorts poussés à l'excès. Jamais la répartition du monde ne sera définitive ; plus à un moment donné elle sesquisse à o-^ands traits, plus nombreuses sont alors les oppositions qui surg'issent, cl d'autant plusproclie est un nouveau partage.
Ibid., p. i3-i8.
Kami. LA.MPP»hX:nT (i85()-r()i5)
Le di'tcfiniiiisinc /lislafii/iic.
Kaki. LAMBIUOC-HT est uu S!i\<jii de la in-Dviiicr priissiiMUH' de Saxe. Il est ik- le 25 Cévrier i<Sr)() à Je.ssen. il a pa.s.sé .sou doelorat à Leipzig-, eu 18-8. Sa spécialité d'orig-ine lût l'histoire uicdiévale de r.Vlleiiiague et de la France. C'est uue histoire de la vie économiciue de la France au xi" siècle [(iescliiditc des fraiizœsischeii. Wirischaflslehens lin A7'" Jalir- /iiiiidert, 1879 1 qui lui valut le droit d'enseigner comme Pri vat-docent à l'Université de Leipzig-. Des recherches paléogra|)hii[ues sur /<'.s Initiales ornementales du VIII au Xlll siècle (Initial-ornanientih vont Vllt bis zam XIII Jahrhundert, 18821 jetèreut la hase de ses généralisations aventurées sur le « ty[)isme » et le < eonvenlionalisnic » qu'il croit dominauls dans toute la vie imag-inative et sensihle des soei(''tés alleniaudes du moyen âge. Des recherches sur Thisloire éconouiiqne de l'Allemagne médi<'vale ( /^«'w/.sr/zr Wirtschaftso-eschickte im Milfela/ler, i8S(>i furent plus sérieuses el le désignèrent i)Our le professorat adjoint à 1 l'iiiversilé de lioim eu 188;. Avec cette aciivilé infatigahle et industrieuse des savants allemands qni exploitent an maximum les ressources documentaires locales, il puhlia aussitiH des Esquisses d'histoire rhénane uShizzen zur rheinischen Geschichte, 1887): il édita les chroui(iues de plusieurs villes du Rhin inférieur et de la \\'estphalie .\iederi-heinisch-Westfdlische Stûdtechronihen, I88;^ D'autres études paléographiques et des monographies sur l'histoire des relations entre la royauté carolingienne cl l'Fglise, élahlis.saienl pour Lamprecht uue honnête et solide réputation de si)é(ialisl(! du moyen-âge.
Celte réi)utation ne suffit pas à son hesoin dévorant de noloiiété-. Il eut iamhilion de renouveler de fond en comble la conception de Ihistoire. 11 voidut être le premier historien ■ moderne . CVHait le temps on tonte la lillératnre, les heaux-arts et les arts décoratifs mineurs commençaient à
KAlîL I.A.MI'UECMT ISJ
t'trc soulevés en Alleiuajiiu- «l'un profond niou»\'enieut de rénovation. Les révolutions littéraires se succédaient. 11 y cul le naturalisme, rimprcssiouuisnie, le symbolisme néo romantique. Le mouvement social, provoqué par la lutte contre le socialisme, prenait de ranij)leur. La révolution d'art et de liljérature, où toutes ces tendances s'entrecroisaient dans un puissajit remous, s'appela le « mouvement moderne » (die Modernen. Karl Lamprecht crnl possible d'enrichir la méthode liistorique de toute l'expérience acquise dans ce renouvellement ail venaient de chau<ier toute la sensibilité collective et tout l'esprit pui^lic. C'est là ce qu'il a appelé die kultuv- /lintorische Methode. Sa volumineuse Histoire d'Alleiiioi'-ne \ Deutsche Gescliiciite), commencée eu 1891, achevée en 1913 avec le seizième volume, devait être l'application en grand, sur dix-neuf siècles, de cette méthode nouvelle. Avant même de l'achever, Lamprecht avait ]>résenté à part l'histoire du plus récent passé allemand, dejmis la londation de l'Empire, [Zur Ji'niii-ateii deutsc/ien \'eri^(i/tg-e/i/œit, 3 vol., 1901 sq.;, ouvrage refondu sons le titre de Gescliichte der jüngsten Vergangenlieit und Gegenwart [Histoire du plus récent passé et du temps présent en Allemagne, 2 vol. 1912-13). Lamprechl a eu pour objet dans cet ouvrage de lixer sa méthode surtout par l'exposé de la période d'histoire la plus directentent ()l)servable, la période contemporaine, oii venait de se passer le profond clivage du sentiment et de l'intelligence, qui fait les Allemands d'aujourd'hui si diiférents de ceux de i8i5 à
("e qu'il faut penser de celle métiiode de Lamprechl a été dit par nous ailleurs (i). Elle n'a été constituée toutefois (jue le jour où Lamprecht fut en contact avec Friedrich Ratzel, son collègue de rUniver.sitc- de Leipzig. Ratzel avait demandé' (pie la géographie et l'ethnographie voulussent bien songer davantage aux stratifications successives de population (pu font à notre globe un revêtement humain si cliangeant. Il voulait transformer la géographie ])ar l'histoire. Lamprechl, à l'instigation de Ratzel, crut devoir tenir un compte croissant des influences de l'habitat sur les populations (jui roccupent. Il a voulu transformer l'histoire par la géographie.
Lamprechl avait toujours pensé que le moteur de l'histoire, ce ne sont pas les actes, ni les mentalités des individus même délite. Les coutumes, les institutions, les actes des multitudes, voilà la trame de l'histoire. Les héros et les génies
(i V. La philosophie des Sciences historiques dans l'Alleniai>nc contciiiporaine (Revue de métaphysique, mars, 1912 , et dans la Philosophie allemande au xix' siècle iParls, Alean, 19121.
ia8 Li: l'A\<ii:i!>IA.\lSME imiii.osoimik.hk
n'uni d'aclion (iiu' s'ils Irouvciil d'abord la iiiidliludc [mvpart'c à riiillucnce (ju'ils j)t'iis(Mil exercer sur elle. Or ee qui la UJeul. c'est une âme collective {Sozidlc l'syclié\, tiès dill'('reule <le la mentalité des individus <jui re(,"oivenl d'clh; leur direction. Cette pensée sociale est à son tour niodiilée par les faits écononii(iues, et c'est le j^rand mérite du marxisme de l'avoir démontré. Karl Marx es! tlonc, selon Lan.pieeht, le premier ^land historien <pii n<»u seulement ait conçu l'histoire connue vm phénomène colleclil', mais (jui ail <léiini les causes déterminantes qui la meuvent. La sociolo<ji(> j»essimiste des Zola et des Hauptmann, j»our qui loute misère et toute robustesse sociale et morale l(Muiient à des raisons économiipies, Lamprecht en voulail <Ione faire l'applicatio)! à loute l'histoire. Mais il ]>ensait aussi que les inqiressioimistes avaient raison, puisque linfinie variété des sensations et des idées amenées par vagues innond)rables (*l rt'-ilérées dans la conscience humahie à la suite de la révolu lion industrielle, détruit ré<[uilil)re établi entre le vouloir, la sensibilité et les idées et met toutes les classes sociales dans cet étal d'émolivité si aisément surexcitée, (pii est le caractère de notre temps. Lnlin, 1(> romantisme renaissant n'a pas tort. puis<pie l'idée d'une âme collective, «jui serait le récej>tacle vivant de la tradition, est une découverte du lomantisme de Novalis, de Savigiiy et de Jacob (irimm.
Mais ces conditions économicpiesdélerminantes, il faul les préciser : ce sont les conditions tellurifjues. Karl Marx était trop peu gt'ographe pour les connaître. L'importance de l'idée spatiale n'a été reconnue (jue par Katzel. L'activité des nudtitudes n'est pas la même selon qu'elle se passe sur des espaces de large ou de petite étendue. L'histoire est avant tout une succession de moyens variés pour organiser les foules plus nombreuses sur un espace agrandi. L'Ancien Régime diffère du moyen âge par une organisation des com nuinications par terre et i»ar mer (pu a permis la foinialion des nationalilc's en grands r.lals. Sans doute la techniipie seule a permis cette forujalion. Mais le l'ait socialement décisif, <pii est résulté de cette révolution des uioyens de transport, c'est un fait spatial. Le xix' siècle a inliniment ('tendu et parachevé celte (Euvre, sans laquelle res])ril des mitions modernes n'aurait pu grandir. Le xx' siècle commençant amène une dernière, mais la plus prodigieuse, extension de V'iàéc spatiale. Au xx' siècle, une collectivité nalionalc, n'est plus bornée par le territ(jire qui la porte. Elle tend à se répandre sur le globe. L'I-ltat moderne est " tenlaculaire ". Il est une organisation d'expansion économique, servie^ i)ar des armées et des Mottes (pii soni elles-
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mêmes dimmenses inaj,'-asins de lorceiuciustrieile accumulée. INIais toutes les nations n^anivenl pas a se créer l'outillage industriel, militaire et naval que suppose l'expansion mondiale. Il laut, pour le créer et pour le mettre en œuvre, une énergie audacieuse, une imagination riche d'idées, une intelligence meublée de toutes les ressources de la science moderne. Lamprecht croit que les nations latines n'ont pas celte énergie, qu'elles n'ont plus la base territoriale qu'il laudrait pour entrer dans la compétition des grandes puissances mondiales de l'avenir. Les peuples slaves qui ont la l)ase ten-itoriale nécessaire n'auront pas le temps de regagner le retard de leur culture. Ainsi le monde appartiendra aux trois grandes puissances germaniques : l'Angleterre, les l^tats-Unis et l'Allemagne, qui ne se laissera pas évincer.