‹ Le pangermanisme philosophiqueChapitre 73 sur 135 · Les Eldls mondiaux · texte numérisé non relu

Les Eldls mondiaux

(^)uels sont les Etats qui comptent dans la politique mondiale contemporaine? On peut songer à la Russie, à l'Empire allemand, à l' Autriche-Hongrie, à l'Italie, à la

KAUL LAMPRECriT I.)I

France et à l'Ang^leterre, cu Europe ; aux États-Unis, en Amérique; au Japon, en Asie. Ce sont là de grands Etats, qui relèvent plus ou moins, en totalité ou en partie, de l'esprit de libre entreprise, les Etats auxquels la suppression des distances, grâce aux moyens de communication modernes, assure, en quelque sorte, l'ubiquité des sujets qui leur apj)artiennent ; les Etats qui, de ce fait, se trouvent, en principe, représentés partout par des ressoi'tissants ; les Etats qui sont, par là même, en relations constantes les uns avec les autres et qui, par suite, règlent leurs aftàires extérieures d'après les principes de la politique mondiale. Mais ces Etats ont-ils tous également évolué dans le sens de cette forme politique, la plus moderne de toutes? En aucune façon.

Lamprecht exécute ici eu quelques ligues : le Japon, dont l'organisation économi([ue embryonnaire gène la puissance d'expansion ; la Russie, encore trop exclusivement agricole, et d'ailleurs tributaire des capitaux étrangers ; l'Autriche- Hongrie, dont l'industrie est à ses débuts, et qui comprend la Hongrie, pays agricole et arriéré, analogue à la Russie; l'Italie, privée de colonies, jusqu'à l'expédition de Tripolitaine, et réduite à ses intérêts péninsulaires ; enlin, la France.

Il est vrai que la politique étrangère française, depuis 1870, s'est adonnée surtout, réserve faite des criailleries revanchardes, à l'expansion coloniale ; nous examinerons plus à fond les etforts extraordinaires et les résultats brillants, si ou les mesure au kilomètre carré, de la politique française dans ce domaine. Mais les résultats économiques — et par suite sociaux et politiques — ont-ils été tels qu'on puisse [)arler delà France comme d'un Etat expansionniste bien dévelopj)é? Lors de la prise du ïonkin, en i885, on s'enthousiasma pour la Nouvelle-France et l'on com])ta voir s'élever rapidement le commerce français avec la Chine du Sud à 3oo millions de francs; à la fin du siècle, on atteignait à peine 4 mil-

ID2 I.K PAXGERMAMS.MK riIII.OSOrilIQl'K

lions. Sans doute, l'ojiinion rourante, on Allemagne, que le Frauvais est incapable de cultiver et de coloniser est fausse ; voici longtemps que la France a prouvé le contraire en Algérie, puis en Tunisie. Mais, malgré tout, le domaine colonial immense delà France est ]>our l'instant, comme celui de la Russie, caj)ital mort pour une bonne part; le courage, la force d'expansion manquent pour le mettre en valeur. Et c'est un phénomène grave, qui est loin d'être isolé dans la vie économique de la France. Un fait bien caractéristique, comme symptôme de l'état économique de la France, c'est que l'excédent de rim])ortation sui" l'c^xportation a considérablement baissi- vers

D'après la Zeitschrift für Sozialwissenschaft , i»)0() (t. XI, p. 8^'.2i, l'excédent de l'impoi'tation comportait, en milliards de marks :

Année. France. Angli'terre. Enipii-e allemand.

Or, il est bien connu que généralement » l'excédent de l'importation indique la mesure des créances qu'une nation peut faire valoir sur les pays étrangers ». (>es créances semblent donc avoir suivi en France une marche régressive. « Il semble que la France, là aussi, se replie sur elle-même et échange ses valeurs étrangères pour des valeurs nationales; il semble que l'Angleterre, comme fruit des capitaux qu'elle a déjà amassés, accroisse tous les jours ses créances sur l'étrangei' et sur ses colonies, et que le capitalisme allemand lui-même se mêle de plus en plus à celui des autres pays. » En d'autres termes : même dans les chitfres difficilement contrôlables

;ai{l LAMPKKcirr

(le son Jjilaii de payement, la France montre nne forée d'expansion décroissante. Et la réalité de ce phénomène de régression dans sa forée d'expansion coloniale est démontrée avec ui;e indéniable évidence par ses trois i^^rands échecs vis-k-vis de l'Angleterre : au Siam, au Xiger et sur le Haut-Nil iFaehodai.

Dirons-nous donc quil ne reste, parmi les puissances qui comptent en politique mondiale, et qui s'efforcent de régler de concert cette politique, que trois États tout à fait modernes, trois Ktats qui aient atteint la cime de la plus récente évolution : l'Angleterre, les Etats-Unis et l'Empire d'Allemagne ".' Certainement: c'est même l'un des faits fondamentaux de l'histoire contemporaine. Que, dans un lointain avenir, la terre doive être slave ou mongole, c'est possible ; mais aux Germains appartiennent, de même que le passé immédiat, le présent et tout l'avenir prévisible, (^est seulement à la lumièi-e de cette vérité que les événements de 1H66 et de 1870, et l'es.sor des Allemands dans l'Empire et autour de l'Empire depuis i8jo, prerment leur pleine signification.

Sans doute, la question se pose aussitôt de savoir quel rapport existe entre ces trois cousins : lAllemand, l'Anglo-Saxon et l'Américain anglo-teuton. Pour 1" Allemand en particulier, ce problème angoissant surgit : est-il destiné à être un jour plus ou moins englouti politiquement, comme principe inférieur et féminin en quelque sorte, dans l'anglo-saxonlsme universel, de même que les Germano- Américains, dans l'élaboration de la race germano-américaine nouvelle, sont menacés d'être engloutis, comme un princii:)e secondaire, dans un anglosaxonisme modifié? Ou lui sera-t-il permis de prendre part, comme représentant d'une race jmissante et autonome, à la domination de l'univers?

Ibid, j). 01--Ö11.

i.)| m: i'a.\<;krmamsmk i'iiii.osoimikhk

(>. L All('ina<^nc el les Kials-I iiis.

Il seiuljle presque que les Aui^lais de scus rassis serésig'ncnt à Y américanisation de leui-s i)ays et se conso- Icul i)ar lespérance d'une civilisation anglo-saxonne nouvelle el supérieure qui naîtra au delà de l'Oeéan.

L'Empire allemand, de son coté, n'a ])as été épargné par le nu)uvement d'expansion des eaj)itaux américains ; qu'on se rappelle les ell'orts du ti-ust du ta]>ac j)Our s'implanter chez nous, puis les tentatives opiniâtres des Américains pour s'immiscer dans l'industrie allemande de la potasse, enfin rémission de 80 millions d'emprunt de l'Empire à 4 0/0 à NeM -York ; qu'on se souvienne que dès 1900 il se trouvait environ 200 millions de mai-ks d'effets allemands dans les mains américaines. r/l^m[)irc a-t-il juscju'ici riposté par des mesures défensives ([ueiconque contre les dangers de cette invasion? La politique douanière de l'Empire contre les tentatives envahissantes de l'Union, et tels points essentiels de sa politique étrangère vis-à-vis des Etats-LInis, ne peuvent être qualifiés que d"inc<mséquence et de faiblesse.

Mais ce n'est pas chez nous que Tl^npirc a surtout à craindre les i»érils de l'expansion américaine, et ceux, notamment de l'invasion des capitaux américains; c'est au dehors, dans les territoires soumis à notre influence, j)rinci paiement dans l'Amérique du Sud. L'Union y entretient des entreprises comme les chemins de fer de Panama, les lignes des Andes et la ])uissante voie ferrée du Transcontinental New-^ Ork-lîuenos-Aires. Les ■^ ankees envahissent spécialement les régions allemandesdu Brésil, où ils se présentent d'abord en philanthropes, en fondateurs d'églises et d'écoles, afin d'absorber finalement le germanisme de ces territoires; et nos compa-

1\AI!I, I.AMI'KECiri"

triotes doulre-mer oul)lienl trop souvciil ravcrlissenicnt (le cette vieille parole : Tiineo Danaos 'H dona fe rentes.

Les États-Unis apparaissent donc en Unit lieu comme le plus agressif, le plus jeune, vraisemblablement le plus riche d'avenir des trois États mondiaux germaniques (i). Faut-il que ceci nous décourage, et que nous en venions au renoncement mélancolique de tant d'Anglais? Sommesnous vraiment, entre des États mondiaux plus grands que nous, dans la situation de Venise, jadis, entre Byzance et l'Empire d'Occident? ou pareils à la Flandre entre l'Angleterre, la France et le vieil Empire romain de nation germanique? Non : cette heure n'est x>as venue encore. Si nous ne sommes pas de tout point égaux à l'Angleterre; si l'idée d'une alliance avec les F^tats-Unis, (jui hante certains cerveaux, est une chimère certaine, puisque les États Lnis ne concluent autant dire jamais • ralliances. nous sommes assez forts, nous avons assez d'avantages jjropres pour nous fier à nous seuls. Nous ne sommes pas seuls à nous croire nécessaires à Tunivers et à l'humanité ; il y a des raisons abondantes, décisives pour tous, dès qu'on y réfléchit, ([ui rendent indispensable le maintien de notre existence nationale. De plus, n'avons-nous pas jusqu'ici subi, à notre honneur, les é[>reuves récentes que nous a imposées l'ère nouvelle de la politique mondiale? Un prochain volume donnera à cette question une ré]ionse, sinon absolument nette, <lu moins fort éloignée d'être décourageante a priori.

Mais quoi que doive apporter l'avenir, l'Allemand d'aujourd'hui peut se dire une chose : c'est que la gloire de son passé pâlira, son rôle historique sera en péril, du jour où il renoncerait à se fixer, d'accord avec tout son peuple, les fins les plus hautes qui soient ; du jour où il

II) Ces États sont, d'aiirès l'auteur : l'Alleuiagur, l'Angleterre ^ les États-Unis.

!.")(> 1 K l'.V.NCEIJMAMSMi: !'I1 1 1.OSOI'IllQVK

rd'usiMMil (le I)ravcr, avet- iiiu' i-iiergic d'airain, les cii'coustances adverses, sous une dii-eclion snre. e\em]>lede i^rossièi'es ei-ceiirs.

7. Le gernumisme en Alsace-Lorraine en Suisse, en Hollande et en Belgique.

Dans les paj^es cjui i)i-éeèdenl, p. 382-402, l.iuleur a sueeessivenienl examine les ehances (i'exj)ansion sur lesquelles peut compter le germanisme à l'Est et au Nord, c'est-à-dire en Autriche et dans les provinces balticjucs.

Si des IVontièi'es orientales du germanisme nous déloui'nons nos regards vers les Marehes de l'Ouest, il nous faudra un instant pour nous remettre d un effet de mirage historique, tant les conditions sont dillérentes de celles de l'Est, où l'on voit vivre des Allemands j^ur-sang et des cousins d'Allemands hors des frontières de lEnipire. Il ne s'agit plus, à l'Ouest, dune race conquérante établie sur des masses étrangères qui vont vers l'allranehissement ; il ne s'agit plus d'une réaction systématique des Allemands contre des dynasties ou un pouvoir central; sur un seul point, nous trouvons la lutte engagée contre les aspirations injustifiées d'une race étrangère. Par contre, nous trouvons une grande ])lénitude de vie dans la large atmosphère d'une civilisation originale : [)artout la fécondité intellectuelle, la vigueur physique, la conscience de soi, de fermes perspectives tl avenir, toutes qualités d'un germanisme non mitigé qui s'est établi là, et qui est parvenu, jusque dans ses membres les plus humbles, à s'assimiler com])lètement la civilisation de l'Europe occidentale.

Nous savons dans quelles circonstances cette chaîne de petits Etats occidentaux a été ])erdue par le vieil Empire :

KAIîL r.AMPRECHT lOJ

la Suisse allemande, les régions flamandes de Bel^iciue dans la mesure où elles ont été jadis allemandes, la Hollande, l'Alsace jusqu'en 1870. Les grandes puissances, los puissances centrales de l'Allemagne moderne se sont i'ormées dans ce qui avait été notre domaine colonial ; entre temps, les parties otcidentales de la mère patne, rongées par la marée française, s'elYritaient et se détachaient politiquement de l'Allemagne.

Mais, parmi ces fragments, il on est un, le plus précieux peut-être au point de vue politique et militaire, qui nous est revenu en même temps que se foi-mait lo nouvel Empire : c'est l'Alsace, et avec elle des fragments aussi de la Lorraine, qui a toujoui's été Avelclie. Conquête qui nous a conduits, il faut lavouor, pour peu qu'on sonde les abîmes de l'Histoire, à une regermanisation rapide des couches social« -s dirigeantes en Alsace, et à la gi^rmanisation toute nouvelle de la Lorraine. Ce dernier fait est peui<^tre le résultat le plus satisfaisant qu'on ait ])u constater de la tendance moderne des Allemands à émigrer vers l'Ouest. 11 ])araît bien que Metz a dû être partiellement allemand par lu langue cl la nationalité jusqu'au xii siècle; il est certain que Metz et ses environs, à l'époque où ils furent réunis à l'Empire, accusaient un caractère français. Avec quelle rapidité cela s'est transformé! Non seulement la population de la ville est germanisée pour une bonne pai't. mais l'aspect exlérieur du pays a déjà pris un cachet germanique, et dans loNord do la ])rovince, une industrie florissante a amené, avec la naissance de nouvelles localités et le développement des anciennes, un afflux rapide d'immigration allemande.

Dès 1900, quel changement remarquait en Alsace quiconque c<mnaissait le pays depuis une génération ! C-omme on voyait reparaître, sous le vernis français pâlissant et effacé, la vieille culture allemande, la culture

l58 l.E PAN'GEISAIAMSMK I>im.OS( ll'Il I()rK

(le ['(''pocjuc où Cid'lhe ('-tait ctuiliaiil ù Sliashouri;-, collo (ulliu'c que lies IVaetions iiupoi-laiiles de la boui-i^-eoisie moyenne avaient perpétuée jiis((u en iSjo, mais à demi momiliée el pélriliée ! Et eomme on a su i-animer dans les couches inférieures ce germanisme (|ue nous connaissons par le Rollwagenbiichlein, de Jörg Wickram, et paile hi'illanl héritage de la grande é[)Of[ue littéraire de lAlsaee An \vi' siècle : germanisme à l'hunumr (juelque ]jeu salé, ami des chansons, avec une IVaîclieur s[)()nlanée et vigoureuse de la libre «'inolion.

On ne s'en est pas tenu, d'ailleurs, à iaire revivre il'anciens restes ; le tronc si longlenips desséché a poussé de jeunes rejetons ; une littérature dialectale, un théâtre même étaient nés, alsaciens à l'usage des Alsaciens ; et <l('jà une jeune ^ioésie haute-allemande agitait ses ailes parmi les Alsaciens mêmes. La nation pouvait bien, en vérité, supporter avec bonne humeur ses quelques milliers de (' Franci lions >> iFranzöslin<ie), vernis mince et qui va s'écaillant tous les jours, clique de ceux qui \ont, au scandale du bon Alsacien moyen, manger à Paiis, à la mode ^velche, la meilleure part du bien acquis en pays allemand: en vérité, ils ont leur récompense. \'oilà longtemps, d'ailleurs, que tous les Français sérieux et sincères reconnaissaient que l'Alsace entière était désormais acquise au germanisme, à rFm})ire allemand. Un seul danger semblait à craindre : celui d'un particularisme par trop vigoureux et par trop exclusif, né de l'excès même de certaines qualités tout allemandes.

Dès la fin du siècle, les choses prenaient au sud, dans la Suisse allemande, une tournure moins favorable. Un Suisse écrirait-il encore aujourd'hui ce que le Zurichois Orelli déclarait en 1841 : en publiant un livre, il lui semblait « iem[)lir un devoir sacré envers sa nation, la nation allemande, car dans le domaine de l'esprit, des sciences et des arts. l'Allemagne et la Suisse allemande

Page 1