KARL LAMPRECHT IO
ne forment qu'un seul peuple » ? La fondation de l'Empire a pendant longtemps plutôt nui aux sympathies allemandes en Suisse qu'elle ne les a favorisées. On aimait tant à toiser avec mépris ces pauvres diables d'Allemands, esclaves de leurs princes. Le fait que les magnifiques seigneurs de B<\le, de Zurich, et de Berne aussi, -allaient, depuis des temps immémoriaux, chercher leurs domestiques sur la l'ive droite du Rhin, avait donné en quelque sorte le ton pour le jugement à porter sur les Allemands du nouvel Empire. Comment se faire d'un ^oup à une situation toute nouvelle? Les Suisses allemands regimbèrent donc contre l'aiguillon, avec cette Toide sincérité qui est une de leurs meilleures qualités, une des plus allemandes. Il faut accorder pourtant que les -choses ont changé depuis, surtout aux yeux des gens graves; on ne méconnaît plus l'importance de l'Empire •allemand et de ses habitants. Et l'on suit avec une fierté silencieuse les succès du g-ermanisme suisse dans l'Empire. Quelle propagande nationale nous ont fait dans ce sens les noms de Bonklin, Keller, Meyer, Widmann, Zahn, Kodier m, x^our ne citer que les plus illustres! On a, dans ces mêmes cercles rélléchis, la conviction que, <lans les orages politiques de l'avenir, la Suisse se rangera du côté des Allemands. Mais on n'est pourtant pas arrivé à établir des relations tout à fait aisées entre Suisses et Allemands de l'Empire; maintenant encore, dans leurs querelles de famille, chacun dresse ses prétentions contre les prétentions de l'autre ; et Conrad Ferdinand Meyer p)ourrait aujourd'hui encore avec quelque raison faire prononcer à son Hutteii ces paroles : « Quelle folie de vous harceler et de vous quereller tous
[i) Ou sait que le peintre Hodler s'est depuis fait lioiinir en Allemagne pour avoir protesté contre le l)ombardcincnt de la cathédrale de Reims.
l()(> LK PAXdKU.MAXISMK l'Ill I.OSOI'II Hill-;
It's jours. hinsqiuMiets cl Suisses! Allcuiands vous êtes tous, par droit de baptême. ■»
La conséquence de ceci, c'est tju-- le Suisse allemand, tel les luTos dans la tradition de nos vieux drames, aime encore à se retirera l'écart jjour monologuera ]>arl lui; c'iisl que la lang-ue allemande n'olTre pas au français, dans la Confédération, la résistance que nous souliaiterions. Les temps sont passés, où les dialectes welches faisaient équililn'e aux dialectes allemanils à la IVontière ling-uistique. Dn cùté welche, le pur fi'au^ais entre partout en liq-ne (h' bataille. Or, est-ce un pur suissc-alh-niand qui lui fait l'ace? rson; des formations dialectales et dialectoïdes luttent et succombent, comme elles ont déjà succombé autrefois en Alsace devant le pur français des classes cultivées. Et il est grand temps que le suisseallemand se foui'nisse d'oxygène dans la pui'e atmosiihèr«' de l'allemand classique. C'est plus important (|ue de purifier l'aspect extérieur de certaines villes fédérales, c(unme Luc(M*ne, des oripeaux carnavalesques que lui font des enseignes welches indiscrètes, dont la présence, et le français souvent baroque, ne manquent jamais de [)roduire sur les faces allemandes un eilet hilarant.
Au reste, c'est surtout sui* le terrain des intérêts matériels que le germanisme suisse et le germanisme de l'Empire apprendront à se connaître plus intimement et à s'unir. Inutile d'exjtoser longuemenl de quelle imj »orlance a été jK)ur la Suisse allemande, et surtout pour lîàle, la fondation de l'Empire et rabsorj)tion dans ses frontières de toute la rive gauche du haut Rhin ; i'imi>orlance du chemin de fer du Gothard saute aux yeux pareillement. Et si l'on veut constater combien les facilités de transport et l'essor éc<momique ont déjà agi dans le sens de la fusion, il sul'fit de relevei' ce làil que. dans les villes les plus industrielles et les plus ambitieuses de la Suisse allemande, à Hàle et à Saint-Gall, la po]tulation
KARL I-AMPRECIir l()r
sédentaire comprend un tiers d'Allemands de l'Empire Ce (fui commenco ici dans lo silence peut un jour ])ren(lre un developjx'ment éclatant, selon l'esprit, sinon la lettre, de ces vers prophétiques du grand poète suisse : « Patience ! le jour viendra on une tente unique ombragera tout le pays allemand. »
Que de ressemblances, et pourtant (|ue de dillerences profondes Ion constate, si l'on compare les rap])orts de l'Empire avec la Suisse d'une part, avec la Basse-Franconie occidentale et la Frise, les Flamands et les Hollandais d'autre part! Si la langue est ici plus dillerente, les relations de commerce sont plus intimes encore. Car les l>ays néerlandais du suri et du nord s(mt les débouchés naturels de notre principale artère commerciale, du Rhin; il ne faut donc pas s'étonner si l'on trouve en Belgique, et surtout en territoire flamand, abstraction faite de la rég'ion-frontière ^^'allonnede Verviers, en\àron oo.ooo Allemands domiciliés, et environ 3o.ooo en Hollande, i)rincipalement dans les Strands ])orts comme Anvers, Kottei-dam et Amsterdam.
Si nous considérons en particulier la Hollande, la transformation qui s'est faite dans ses relations avec l'Empire central d'Allemagne, au cours de la dernière g'énération, ne saurait être mieux caractérisée que par le changement intervenu dans son commerce d'exportation et d'importation avec l'Allemagne et l'Angleterre. En 187.5, les chilfres donnaient, en florins : pour l'Empire d'Allemagne, iGi,ö millions d'importation et aSH,;; millions d'ex])ortation : pour l'Angleterre, '2^i,H millions et 124,7 millions. Dix ans plus tard, 3r2,i millions et 4i3, 3 millions pour l'Empire; 262,1 et 25.5-4 pour l'Angleterre. Et ce changement extraordinaire dans les relations avec l'Empire et l'Angleterre s'est maintenu dans l'ensemble; vers 1900, l'exportation de l'Empire <n Hollande ne montait pas à moins de 7,6 pour cent de
l6-2 I.K PA.VCKÜM WISMK l'M ILOSOPII IQt'K
SOU coiuinerc'i' total; c fsl-â-dirc ([u'clU' (l«'|tass;iit l'exportation en France et était |»res([ii(' triple de l'exportation iMi Italie; et à ce moment, rex[»oiiation Imlhindaise envoyait 5-2 ]>. o o de sa valeui- en Allentaj-ne. l^es relati(ms postales donnent des i-hill'res (pii sont presque plus remarquables encore. Les envois postaux dAllenuigne en Hollande, vers la iin du siècle, dépassaient le total des envois d'Allemaj;ne en An,i;leteri-e et m Russie réunis; près des deux cinquièmes des colis internationaux expédiés par la Hollande allaient en Allemai,nie. La correspondance d'Allemai;ne en Hollande s'est <léveloppée au point de n'être plus dépassée que i)Hr le nombre des envois d'Allemagne en France et en Grande- Bretagne, tandis que les relations avec les F2tats-Unis et la Russie, voire avec la Suisse et la Belgique, y dcmeuremt sensible m(mt inférieurs.
Dans ces conditions, 1 idée tle l'attacher, dune luanièi-c quelcon([ue. la Hollande ;i riMn])ire, nr peut mampiei- de ilotlerdans lair et de se manilestei' tantôt sinisune l'orme, tantôt sous une autre. D'abord en ce (pii concerne les relations commerciales. H ]>ouri'ail s'agir, dans le cas le ])lus simple, d'adhérer à la grande Union ])ostale ausli'oallemande ; dès 1900, ceci était du doiiuiine des j)ossil)ililés immédiates. Par surcroît, on a |)arlt'' depuis iS<)0, plus souvent qu auparavant, dune tonvenlion douanière. Lnlin, nombre d'évéïu'ments de cesdix dernières années : la rapide confiscation de l'ancien en)])ir(> colonial esj)agnol au profit des J'^tats-Uni.s, récrasemeni l)iutal par l'Angleterre de l'élément néeidandais dans TAlVique du Sud, les machinations suspectes des Anglais au moment des guerres coloniales hollandaises à Atjeli. sans oublier la conclusion de ralliance russo-japonaise, sont de nalui'c à conduii'e les Hollandais à mettre en discussion la possibilité de se rattacher polili([ueinenl à I lluipire. (^ar uni' chose est claire : c'est ((ue. daiLS le couilit )»i'odi-
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gieux des Etats expansionnistes modernes, une vieille ])uissance coloniale comme la Hollande, dont la grandeui* liistorique est immense, mais la souveraineté présente restreinte, est en mauvaise posture tant qu'elle reste isolée. Mais s'il faut que l'aide vienne du dehors, si Ion reclierche quelque communauté d'intérêts qui soit une protection, où vaut-il mieux s'adresser? On a le choix entre l'Angleterre, la France et l'Empire allemand, et l'autonomie des pays néerlandais, de ceux du sud comme de ceux du nord, est due depuis des siècles à cette liberté de choisir entre les grandes puissances. Les Hollandais, bien entendu, sont maîtres de ce choix et des destinées de leur pays; et du point de vue allemand, on ne peut que souhaiter, par princijie et dans l'intérêt de leur pays, qu'ils en viennent à une décision avant de courir le danger de perdre leur caractère, et qu'ils lassent un choix digne de la noblesse de leur origine et de la grandeur de leur jiassé 1 1 1.
Les véritables Allemands sont toujours restés plus éloignés, au moins politiquement, des Néerlandais du sud; en fait de territoii-es un peu étendus, seuls le Brabant et une partie des Flandres ont aj)partenu au vieil Empire. Et pourtant le peuple flamand est un élément si important de la population de l'Europe occidentale! Plus de la moitié des six millions d'habitants de la Belgique s'y rattachent; les provinces de Flandre occidentale et orientale, d'Anvers et de Limbourg sont à peu près purement flamandes; en Biabant, et malgré tous les eflbrts faits pour franciser Bruxelles, on trouve encore soixante-dix Flamands contre trente \\'allons ; et .seules les quatre provinces méridionales de Namur, du Hainaut, de Liège et du Luxembourg, et cette der-
r) Le texte a été laissé dans sa première teneur qui est de
1*^)4 I.K PANGKUM VMSME l'IIILOSOlMI I()rE
uière en parlic seulement, onl un c-aractère nettement w allnn.
Mais la civilisation île ce pays, j)ai' son origine et par tous les points culniinanls de son évoliiLion, est ioncièrement flamande; abstraction laite de Liég-e, toutes les grandes villes, toutes celles (|ui <Hit un passé, ont un caractère néerlandais : depuis Antwerpen, que Dürer appelait Anlorf. depuis Gent et Hriigge et Ostende et Meclieln et Lœwen et Brüssel jusqu'à Ypern, jusqu'au petit, mais si intéressant \ eu nie, que les Allemands art'ectent d'appeler Furnes, et jus(|u'à ce vivant Kortrijk, (|u"ils aj»pellent (^ourli'ai — pour ne rien dire de rell'et que l'ont dans les bouciu's allemandes les jolis noms d'Anvers, Gand, Bruges, Malines, Louvain, et surtout Bruxelles. Kt même à Lille, anciennement Ryssel. au sud de la frontière politique de la Belgique, on entend encore résonner le dialecte flamand. Car le Nord de la Franee, la région de ces cinq départements du Nord (i) ([ui ne se sonl pas encore complètement plies à la norme française, abrite encore plusieurs centaines de mille de Flamands; et le voyageur qui se rend de Calais en Belgique par Dunkerque peut voir apparaître, aux petites stations rurales du chemin de ler, des silhouettes qu'il n'a vues auparavant que dans la A'ieille Marche île Brandebourg et dans quelques autres régions qui font partie de l'ancien domaine de colonisation de rKnq)ire : ce sont des Flaniimds, des Flanumds.
De quelle sollicitude profonde l'Allemagne centrale n'a-t-elle pas accompagné la vie intelh'ctuelle de ces |)rovinees au moyen âge. alors que leur culture était grande et originale, et qu'un poète très doué, des premières années de leur floraison, pouvait se vanter de son origine en ces lières paroles qui ornent aujourd'hui son nionu-
(i) En IVainMis dans Ir texte
KARL LAiMPUECHÏ iG.")
ment à Damme : Daroin dat ic een Vlaminc ben! (C'est parce que je suis flamaml 1 1 Du xiii'^ au xvi** siècle, des (ils innombrables ont tissé entre ces cotes et l'Allemague de l'intérieur les liens de relations très intimes : c'est là, dans le paisible hôpital Saint-Jean, à Bruges, aujourd'hui encore digne écrin de ses plus belles œuvres, qu'a vécu le grand peintre Jean de Mœmlingen, au i>ays du Mein, tandis que les délicatesses des écoles de peintres flamands fécondaient le goi'it artistique de l'Allemagne moyenne ; c'est de là que, plusieurs siècles auparavant, des marchands flamands avaient trouvé le chemin du Danul)o et de l'extrême Sud-Est allemand; et à leur suite, peut-être, ou à la suite de tels de leurs compagnons, sétaient attachées les légendes de Siegfried et des Burgondes, et la lointaine légende marine de Gudrun; à la même époque, peut-être, oii Heinrich von Veldeke, trouvère de la Basse-Franconie , composait son poème de l'Enéide (Eneit) à Neuenbourg-sur l'Unstrut, dans le château des landgraves de Thuringe. Et ces relations mêmes ont-elles cessé complètement plus tard? Rubens et la Guilde anversoise de Saint-Luc n'ont-ils j)as eu pour nous, Allemands de l'intérieur, la même importance que les Hollandais de génie. Hais ou Rembrandt?
Mais la culture flamande s'est éteinte d'elle-même. La culture française, et non la meilleure, pénétra dans le pays; ce ne fut qu'un badigeon vite terni; et il faut considérer comme un quasi-suicide l'acte qui sépara les Flandres des Pays-Bas du Nord, et des montagnes de l'Allemagne citérieure, lointaines sans doute, mais nourricièi'es de fleuves civilisateurs et fécondants. C'est ainsi que, dès la moitié du xviii- siècle, on voit se dessécher la force vitale de cette race si douée, et elle menaçait de tarir lorsque, en i83o, avec la nouvelle scission du Sud et du Nord, un régime ]!urement français s'installa en Belgique, sous un de ces Cobourg sans patrie.
l66 l.K l'ANGEIîMANISMi: TU 1 1.( »SOIMI IQIE
Mais nie/:ses profnndo, piilc/iriur eK'enit! C'est alors que les Fhiiuamls, véritables Allemands, s'émurent; cl une nouvelle culture g^ermanique (leurit, non point égale à raneieiiiie, ni pure de gallicisme. iiiai> comportant toutelois une (ligne l{enais?sanco ilu passé, (lonscience et W'illems fondèrent une littérature néo-llauKinde, qui lut à la lois une littérature jjatrioticpie ; une nou\elle (luilde de Saint-Luc ressuscita, et une nouvelle uiaîtrise de l'hôpital Saint-Jean, gràee à de Wappers et île Keyzer, à Slingcneyer, dallait, de Bièfve et Leys ; Lambeaux et de^'igne, Lag-ae et de \'reese, van der Stappen et Meunier travaillèrent dans la manière luxuriante et sensuelle des anciens imagiei's, en y joignant la rigueur nouvelle de la plastique moderne: quelque chose de la [)lénitude solennelle de l'ancienne musi({ue iiéerlaudaise s'éveilla dans les créations de Benoits et de ses disciples; et sous les pas de ces chefs et maîtres, les champs jadis si riches de la culture nationale reverdirent. Et de même que jadis les Flamands ne s'étaient pas contentés de rendre hommage aux Muses, mais avaient su combattre, soit entre eux, soit contre l'invasion delà chevalerie française, de même aussi l'on vit germer des idéals ])olitii|ues à coté des idéals d'art : on réclama d'avoir une part au gouvernement du pays. On sait ce que le flamingantisuie a déjà obtenu dans ce domaine; cependant l'égalité de droits n'est i)as complète encore, tant on redoute légalité de valeur, pour ne i)as dire la supériorité de la culture llamande. Mais l'heure de la justice approche, et avec elh' une liberté de la vision dt)nt les Flamands ne manqueront pas de i)roliter pour diriger leurs reganls avec une intensité accrue vers le co3ur du pays allemand.
Notre voyage circulaire aux frontières de l'Empire est achevé. 11 n'a ])U nous doimer que des aperçus rapides : c'est inévitable : trop riche est la vie jaillissante du germanisme dans l'EurojK' centrale. Mais une impression
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s'est fixée en nous, c'est que, malgré des points faillies dans l'Empire et dans les pays limitrophes, malgré la malchance ici et les fautes commises ailleurs, nous avançons, nous avançons vers les vastes espaces que nous pressentons.
Et l'Empire nous apparaît comme le noyau et le centre de tout l'avenir, non pas comme la conclusion dune époque, mais comme le produit des Ages et des hommes qui furent créateurs, géniteurs de pensées et pleins d'un vouloir inconscient qui, déjà, saisissait les lointains avenirs. Et combien il est allemand, cet Empire, dans ses défauts et ses vertus, bien qu'un dixième de sa population parle des langues étrangères! Comme nous devons lui consacrer notre vie, si nous voulons la consacrer au germanisme ! Plus liaut que l'Empire, pourtant, s'érige un concept plus sacré, la seule entité qui nous élève et nous iortitie, nous donne la consolation et l'orgueil par delà les brefs moments où naissent et passent les créations politiques : c'est la patrie. Et si nous nous demandons avec Ernst-Moritz Arndt : « Quelle est la ])atrie de l'Allemand? » ne nous sera-t-il iras permis de répondre, ■avec Arndt encore : « Ce doit être l'Allemagne intégrale! »
Ibid., p. 402-412.
S. La mission du (jennanisine.
Les Germains et les Allemands u'ont-ils pas été, depuis que nous les connaissons et dès le moment où nous pouvons observer leur évolution, aussi ouverts aux éléments de culture venus du dehors que généreux et dévoués jusqu'au sacrifice complet d'eux-mêmes, quand il s'agissait de répandre les éléments de culture qui leur étaient propres? C'est dans cet esprit déjà qu'ils ont accompli .toutes leurs grandes migrations, depuis celle des Ger-
iGS I.V. PAXdKKMANlSMK Pill I.0S01»HI()r i:
mains de l'CJucsl, qui infusa aux (^cIlo-Honiains le sangi^ennaniciue, en passant par celle des Germains de l'Est, au cours de laquelle les peuples méditerranéens reçurent l'appoint des races du Nord, jusqu'aux expéditions jiresque infinies des Clermains du Nord, cjui visitèrent et lajeunirenl une induite de peuples. Kt que de valeurs nouvelles sunl nc'-es de ces croisements, sans parler même de la naissance d'individualités nationales aussi riches que celles des Français, des Italiens, des Anglais et, dans une certaine mesure, des Espagnols ! C'est eux qui ont l'onde le culte de la l'emme et institué la clievalerie médiévale, avec toutes ses cons('quences ; c'est d'eux que naquit, a])rès la ])remière période de la société chevaleresque, la société de la Renaissance avec ses tempéraments si vigoureux et son pathos si caractéristi(jue ; et c'est à eux encore que les Anglais doivent cette consiance un 2>eu rude et pleine d'humour, qui les a aidés à conquérir le monde. Et lorsque, après les grandes migrations des Germains, les Allemands, plus particulièrement, se sont répandus entre leui-s i'roiitièi-cs de l'est et de l'ouest, et que lère moderne est venue, amenant un âge nouveau de voyages d'exploration dans tout l'univers, l'éiiiigralion allemande ne s'est-eHe pas mis(> aussitôt à dilluseï" dans le monde des qualités ([ui ne devaient jamais périr et que nul ])cuple, cependant, ne possède à l'égal du nôtre : la discipline innée, le goût infatigable du travail, une ténacité d'airain, un idéalisme qui semble détaché des réalités pratiques, mais qui atteint finalement aux fins pratiques les ])lus hautes, le sérieux qui va au fond des choses \GriindlichkeiL), lé sens de la vérité et ilu droit? Et de même que, pendant tant <le siècles, la nation s'est enrichie de l'héritage du passé, de l'antiquité et de l'Orient, de même qu'elle a accueilli tout ce qui, dans les conquêtes des nations-sreurs d'Europe et des autres continents, lui paraissait profitable, de même aussi elle a.
KAUT, LAMPUECIIT l6ç)
au cours (les siècles, ilistribué autour d'elle une profusion (le (Ions sans exemple. Xation de poètes et de penseurs, (le rêveurs aussi et d'uto|»istes, elle a enfanté la Kéforme et la poésie néo-classique, le critieisme kantien et les systèmes mystiques des philosophes de ridentité, sans oublier ce (ternier [»roduit de la spéculation allemande, le marxisme socialiste et démocratique. Et tandis que ces doctrines se propageaient dans le monde, et que Gœtlie prenait sa \Aixce à coté de Dante, comme Luther auprès de saint François, et Kant au[très de Descartes ou de Bacon, ce peuple, qui semblait ne connaître que l'activité abstraite, se muait en un peuple de diplomates et d'hommes d'action, voire d'impétueux vainqueurs au cours de g-uerres sanglantes et de luttes économiques. Et de nouveau, les riches conquêtes de l'esprit allemand se sont répandues de ])roche en proche : le principe du service militaire obligatoire, et la stricte discipline de la pensée scientifique moderne, et appuyée sur ces deux principes, une conception nouvelle du pouvoir monarchique et de la protection due aux faibles.
Tels sont les titres de gloire de l'évolution allemande. Peu importe que cette richesse soit due à une malléabilité innée, à une facilité de se transformer, qui serait propre à notre x^euple, ou au fait que le mélange profoncl et fort d'éléments celtes et germains, slaves et mongols, juifs et français, d'où est sorti, à quelques apjjorts minimes près, le peuple allemand d'aujourd'hui, ne serait pas encore terminé, de sorte que l'achèvement de notre individualité nationale serait encore du domaine de l'avenir. Pourquoi l'Allemand à l'étranger n'aurait-il pas sa part de la diffusion de ces conquêtes, qui sont l'oi'gueil de notre histoire devant l'histoire universelle? Les temps sont passés où la mission civilisatrice des Allemands ne les portait que vers lest et vers le nord, vers nos cousins Scandinaves et vers l'inextricable éche-
ÏJO I.V. l'AXCKIOIVMSMK l'II I L()SOI'm<,)UK
veau (le peuples qui rouvre la gj-ande dépression de riùirope orieulale. Des ('-tudes liistoi-iqucs auxquelles nulle autie nation n'a donné cette extension universelle, (les reeherehes philologiques (|ui nous ont ouverl. mieux quà d'autres, le sens des livilisations étrangères, nous ont rendus capables d'exereei- à Ic'trangi'r, dans le domaine de lame et de Tesprit, (jui prime tous les autres, une action [)lus intense aussi que toute autre. Kt (picl est, chez nous, l'homme cultivt' qui ne serait pas en mesure, g-ràcc au caractère i)hilologi([ue et historique de notre enseignement secondaire, d'exercer une action dans ce sens? (Jlu'elle se répande donc à ti-avers le monde, cette culture allemande de la guerr(; et de la paix, de l'état et de la société, des arts <'t des lettres! I']t ([u'ellt' Sise développe, notamment dans cet immense nouveaumonde des Etats-Unis d'Amérique auquel nous ne [)rétendons pas imposer sa l'orme extérieure et dont nous n'assimilerons pas la race, mais ([ui s'ouvre d'autant plus, avec une espèce de complaisance joyeuse, à une coiupulc interne par l'esprit allemand !
Toutefois l'arme première et essentielle dans de (elles luttes, c'est la langue. Les Anglais et les Français disposent de nombreux millions d'hommes qui pensent S(don le génie de leur langue, qui s'expriment avec les sous de leur langue ; la langue allemande, qui n'est guère parlée en Europe que par 70 millions d'hommes, n'a ])as le droit de se laisser distancer. Car restei- en arrière, ce serait p('-rir. 11 ne suKitdonc pas(]ue. dans les écoles allemandes de l'étranger, le noml)re des enfants de langue étrangère ait considérablement augmenté depuis i8;;o. De même, c'est un fait siitislaisant, mais qui ne marque (ju un pas vers un but beaucoup plus lointain, si lallemand gagne <lu terrain, dans les Etats germaniques voisins de l'Empire, soit dans l'usage courant, soit à l'école; au jjoint incme qu'en Hongrie, il a jjiit i)lus ([u<^ de se maintenir