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tioii que (1(* tnrtilicr ses ennemis à m's projires dépens. Kuti-e len»|)s cependant nous est venu le d(''sii' d'élargir et d'étendre nos propres forces, el nous nous sommes jetés dans la mer agitée de la politi(|ue coloniale.
Les colonies nous ont été dune ulililc- inlinie. l-llles ont tourné notre regard vers la mci- et l'ont ouvei't à l;i politique mondiale actuelle; elles ont élargi noire vue et l'ont habituée à des pi'oportions d'une anijileur toute nouvelle.
Les gros messieurs de noti-e jiolitique colcuùale, Woerniann. Scharlach. Douglas, sont en même temps les grands protecteurs ou les associés des grands protecteurs de notre industrie, de notiç commerce maritime, de notre flotte. Il est certainement réjouissant de penser qu'après avoir écrasé la France pai" le sang et i)ar le l'er, nous sommes en ti'ain d'écraser l'Angleterre par notre industrie. Il était grand temps de nous rappeler noire glorieuse Ligiu' hanséatique, et que notre pavillon commercial portât de nouveau sur tous les rivages le nom allemand, (l'est à proprement parler une nécessité impérieuse, une question vitale i)our la nation, qu'une forte flotte de guerre soil construite qui, une l'ois terminée, dépassera de beaucoup, il faut l'espérer, les misérables proportions (px'on lui accorde actuellement.
Mais précisément p:irce que ces choses sont si réj<»uissantes et si utiles, justement j^arce que tout le mon<le rêve nuit et jour à l'accroissement et au triomphe ilu commerce' allemand, et ])arce que la nouvelle du reidorcement de la flotte de guerre a été saluée et fêtée avec une telle unanimité, il est nécessaire qu'une voix retentissante lasse entendre à notre peuple un avertissement, alin que nous ne fassions pas une fois de plus, de ce (jui n'est qu'un moyen, le but de nos cMoi'ts, et que noti'c activité même ne tourne pas en danger pour notre \ic véritable.
ALBRECIIT WIRTII Ijy;-
Chaque aiguille de plus, chaque nouvelle allumette, un gain pour la patrie; chaque syndicat nouveau créé dans le pays et à l'étranger, chaque entreprise réussie avec de l'argent allemand, une victoire de notre peuple : voilà le nouvel évangile. Jamais la doctrine de Mammon n'a été prêchée sous des dehors si spécieux.
Qu'un boursicotier puisse boire quelques bouteilles de Champagne de plus, ou qu'une nouvelle cheminée qui em]toisonne l'air s'élève en pays allemand, c'est là ce qui doit faire la grandeur du peuple allemand! L'ineptie des cafés-concerts de nos ouvriers, et des beuveries de nos parvenus, c'est là qu'on veut voir la culmination de notre génie national! La confection d'un bouton, la vente d'une paire de bretelles en plus devient un idéal sublime! Le paganisme de l'Orient nous envahit, qui met la puissance dans le seul argent, et la force dans la seule richesse.
Ceux qui accoi'dent trop d'importance à la flotte destinée à protéger le commerce ne sont pas très éloignés de ceux qui accordent trop d'importance au commerce, à l'industrie, à la banque; de ceux pour qui l'argent est Dieu.
Mahan avec sa Puissance maritime dans l'Histoire a allumé un enthousiasme qui dans sa partialité n'est pas sans danger. L'axiome favori de Mahan, déclarant que c'est en réalité par la flotte britannique que Napoléon a été anéanti, est fait pour troubler le jugement historique. Il est vrai que Napoléon n'a pas pu grand'chose contre les Anglais, mais ceux-ci ont encore moins pu contre lui.
Qu'est-ce donc qui a j)erdu Napoléon, si ce n'est l'insurrection en Espagne, la défaite en Russie, et le soulèvement sur terre ferme des Allemands? De même les Grecs navigateurs ont été vaincus par les Macédoniens de derrière les forêts, et la puissance des Vénitiens et des
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IloUaudais n'a pas été anéantie par les Françaio sur eau mais sur terre. Mais ce qu'il laut se dire avant tout, ee.sl que la Hutte n'est qu'un moyen pour arriver au but. Klle doit protég-er la vieille patrie, ou aider à gagner une nouvelle jtatrie par delà les mers. Tout un peuple ne peut i^as, comme autrefois l'armée de Thrasybule, l'aire de ses bateaux sa patrie.
Un peuple a besoin de terre pour son activité, de ten-e pour son alimentation. Et aucun peuple; n'en a aulanl besoin que le peuple allemand, qui se multiplie si rapidement et dont la vieille demeure est devenue si dangereusement étroite. Si nous n'acquérons pas bientôt de nouveaux territoires, nous allons inévitablement au devant d'une catastrophe épouvantable. Que ce soit au Brésil, en Sibérie, en Anatolie ou dans le Sud de l'Afrique, peu imi)orte, pourvu que nous puissions de nouveau nous mouvoir librement et joyeusement, et que nous puissions à nouveau oH'rir à nos enfants de la lumièi'c el de l'air île bonne qualité et en quantité abondante. De nouveau, comme il y a deux milliers d'années, quand les Cimbres et les Teutons fi-appaient aux portes de Rome, retentit, tantôt plein d'angoisse et de désir inassouvi, tantôt provocant et confiant, retentit de plus en plus fort le cri : « Il nous faut des terres, des terres nouvelles! »
Il est hors de doute que notre acquisition de terres nouvelles ne peut être réalisée sans guerre. Un empire mondial a-t-il jamais été fondé sans combat sanglant? Notre crainte n'est pas d'avoir le dessous dans cet immense conflit, notre inquiétude est plutôt que l'on n<> dise de nous ce que le général de cavalerie carthaginois jeta à la tête d'Annibal : « Victoria iiti néscis. » D'autre ])art, cette acquisition n'est possible que si peuple et souverain sont unis.
IjCS nationalités s'épanouissent souvent sans le con-
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cours de l'Ktat ou même en opposition avec l'Etat, mais la nationalité allemande est arrivée à un tel resserrement, et la rivalité entre les grandes puissances a pris une telle acuité, que c'est seulement avec l'aide de lart politique des dynasties qu'il sera possible de frayer de nouvelles voies à notre culture et à notre nationalité. D'un autre côté, les princes allemands n'ont à attendre un renforcement de leur puissance ni des Slaves ni des peuples romans; ils ne peuvent laccroître qu'en opposant le peuple allemand à ses voisins, en s'appuyant sur le nationalisme allemand.
Dans la vie actuelle des nations comme dans toute notre vie présente, on ne constate que tendances opposées : au particularisme s'oppose l'État unitaire, et à l'égalitarisme international le fécond individualisme nationaliste.
Volkstum und Weltmacht in der Geschichte,
2*^ éd., 1904, p. 224, 22(5, 22 j, 335.
2. Le panslavisme et l'impérialisme ang-lo-saxon appellent le pangermanisme .
En face du cosmopolitisme se dresse le nationalisme. Et pourtant c'est justement le nationalisme qui a réussi à concilier ces tendances opposées. Il s'est détourné d'un cosmoi^olitisme flasque, sans cependant se départir de ses espérances d'extension universelle. Mais au lieu de viser comme auparavant à soumettre à sa puissance autant de pays que possible, il ne cherche désormais, d'une manière il est vrai incertaine et hésitante, à gagner et à s'incorporer que des pays apparentés. Il veut s'élargir en groupes de nationalités. Il veut la puissance mondiale, mais fondée sur une base nationale.
C'est d'abord le panslavisme qui est entré en campagne avec de semblables pensées. Le j)atx*iotisme slave
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a pris conscience de lui-même dans la guerre des Hussites. T. a bataille du Monl-HIanc et le jiartag'e de la ]*olugne abattirent le slavisme occidental. Déjà le tchèque était une langue à demi morte, et les autres débris slaves de l'Autriche à demi germanisés, quand s'éveilla un mouvement nationaliste. Il s'alluma à l'enseignement des Iblkloristes allemands, notamment aux doctrines de Jacob Grimm. Ce sont des Allemands qui écrivirent la grammaire des petits dialectes slaves, et furent les interprèles et les réalisateui's des rêves du slavisme occidental. Le feu gagna la Russie. Grâce aux ellbrts de Katkoll" et d'Aksakolf, le i)anslavisme i)rit naissance. On déclara qu'il était souhaitable d'unir tous les peuples slaves sous un même drapeau. C'était le côté positif des revendications. Et l'influence de l'Europe occidentale, affaiblie par l'âge et immorale, devait être endiguée, anéantie, refoulée, pour faire place à la sainte mission du slavisme. C'était le côté négatif.
Les tsars favorisèrent un temps l'idéal panslaviste, et prirent de leur côté, en particulier après 1848, une attitude hostile à l'égard des occidentaux. Mais ils reconnurent bientôt que le mouvement prenait un caractère démagogique et révolutionnaire, et que si le nationalisme l'emportait, les droits «lynastiques perdraient leur force et seraient relégués à l'arrière-plan. Ils se rendirent compte aussi que la Russie, abandonnée à ellemême, pourrait bien dépérir du fait de sa pauvreté et de son manque d'activité créatrice, ou tout au moins être dépassée par l'Occident qui, malgré 1848, avait retrouvé sa puissance de prttgression.
Alors les tsars se détournèrent des panslavistes, sans cependant renoncer au désir d'étendre au loin la russification des peuples étrangers.
rius lard naquit le pan-an (»iosaxonisnie. Il rejîrésente le plus i)uissant groupement de peuples qui existe en ce
ALIÎUECHT ^VIRTH
momenl. Ses origines i-emontent jusqu'à 1840 environ ; mais c'est à partir do 1880 qu'il se manifeste dans la pleine conscience de lui-même. Le congrès colonial tenu à Londres en 1887 a fait époque. Pour le moment, voici où en sont les choses : la métropole tend à s'unir plus étroitement à ses colonies, notamment grâce à l'influence de Chamberlain et de la guerre sud-africaine, et ainsi on travaille efficacement à préparer la fédération de l'Empire. La partie la plus importante du plan de la fédération, l'union avec les Anglo-Saxons des Etats-Unis, a échoué : elle s'est brisée à la résistance des autres pannationalismes.
Le paa-anglosaxonisme, de même que le panslavisme, ne s'est pas contenté de rassembler ses nationaux dispersés, mais a considéré aussi comme de son devoir d'attaquer et de subjuguer des étrangers. Il veut absorber ou anéantir le boérisme. Il veut régner dans les régions tropicales sur des races étrangères. Pour des hommes comme l'historien Froude, la guerre d'Egypte ou d'Afghanistan, la guerre sud-africaine étaient encore une abomination, mais à présent le pan-anglosaxonisme, de même que le panslavisme, prétend à l'empire du monde.
En face de ces ambitions, le pangermanisme se présente avec un programme bien plus timide et modeste. Il ne vise pas à l'empire du monde, ni à l'anéantissement d'autres nations, il ne tend même pas à réunir politiquement à l'Empire les pays allemands qui en sont séparés, mais purement et simplement à rattacher intellectuellement et moralement les Allemands du dehors à la vie intellectuelle et morale de l'Empire. Sous le drapeau autrichien, dans l'empire des tsars, en Suisse, en Amérique, dans l'Afrique du Sud et en Australie, vivent des compatriotes dont le caractère national est menacé par la culture étrangère qui les submerge. Il s'agit de le
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proti'g-er, de \c sauver. En même temps, il est vrai, pour éviter que de nouveaux émigrants aillent se pei'dre pour nous clans des nationalités étrangères, les pangermanistes et ceux qui pensent comme eux trav;dllent à l'acquisition de terres nouvelles, sur lesquelles une colonisation de paysans allemands puisse se développer sous la direction de IKtat, et ils souliaitent que les intérêts de 1 Kmpire soient Ibrtement représentes en tous pays.
Il n'est pas à nier que le pangermanisme ne peut pas non plus rester étranger à toute idée d'agression. Si l'Allemagne doit devenir marteau, il faut qu'on en vienne aux coups; si les Allemands veulent tenir tête aux Slaves, il n'y a jDas d'autre moyeu que de comprimer les Slaves. Il est évident de plus que ce nouveau mouvement a un caractère populaire national, et trahit une tendance à franchir les limites d.«s Ktats.
Si Schiller brûle de colère parce qu'un ju-ince allemand ose vendre les enfants de son pays à l'Amérique ; si les hommes de i832 et de 184H, dans leur ellort passionné pour se créer une patrie une, renversent les obstacles mesquins v|ue leur opposent jjrinces et bureaucrates, de nos jours un conseiller d'empire s'est écrié : <' Plutôt commettre le crime de lèse-majesté que celui de lèse-nation ! » Le flot tumultueux des nationalités assiège la dynastie des Habsbourg. En Allemagne non plus il ne manque pas de questions qui j)ourraient mettre en opjjosition les souverains et les vœux de la nation. Un semblable diflérend s'est déjà élevé au cours de la guerre contre les Boërs, qui excita chez nous une forte haine contre l'Angleterre. Après les expériences de 1848, il ajiparaît comme de l'intérêt des .souverains de ]>rêter l'oreille à la voix du peuple; d'autre part, il n'est pas du tout dit que le peuple, une majorité d'es-
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prits confus, ait toujours raison dans ce qu'il pense et sent.
Le peuple est souvent égoïste, et aveugle pour les besoins de l'Etat; alors c'est aux guides intellectuels et aux souverains à intervenir. Chez les Anglo-Saxons, les instincts de la masse sont stimulés et surexcités par les guides, les ministres ; en Russie le tsarisme, se souvenant de son non slavisme originel, s'appuie sur des Allemands, des Danois, des Belges, bientôt peut-être sur des Chinois autant que sur les Russes; il serait possible à l'Allemagne, si elle sait assurer l'équilibre entre les deux facteurs constitutifs de l'État, de parer à l'hypertrophie de l'un qui entraîne l'atrophie de l'autre, et de résoudre ainsi un conflit dangereux en féconde harmonie.
Ibid., p. 176-177.