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Tout impérialisme est racial

La rencontre de certaines propriétés corporelles et spirituelles, voilà ce qui constitue la race. Comment elle se produit, pei'sonne ne saurait le dire. Nous pourrions faire sortir de la famille la lignée, de la lignée la tribu, de la tribu le peuple, de l'agglomération de plusieurs peuples la race; mais cela n'aurait d'autre valeur que celle que pourraient revendiquer les atomes, les molécules et les chaînes de molécules, c'est-à-dire une valeur purement théorique. L'origine de la race est un phénomène premier. La seule chose que nous puissions présumer empiriquement, c'est que l'évolution du phénomène n'exige pas, comme on le prétend généralement, des milliers d'années, mais seulement quelques générations. Les Boërs et les Yankees nous en sont une preuve.

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La ioiinaliou de ces i»euj)les nous inontre, en même lemj)s, que lorigine d'un peuple et dune race ne se trouve pas au début, mais à la (in d'une ligne de développemcnt. La race est le produit d'une sélection. Elle naît d'une combinaison et d'un mélange, suivi d'un long isolement du i)roduil de ce mélange.

Il n'y a pas plus de races primitives que de langues primitives. La race est toujouis à l'état fluide ; sa loi de vie est de constamment changer. De même que les éléments ne nous apparaissent presque jamais que mélangés, on ne trouve pour ainsi dire nulle part une race absolument pure. Une telle race n'est qu'un j)ostulat de notre pensée.

En vertu de ses aptitudes intellectuelles, la race se crée un monde de formes qui lui sont propres : formes de la maison, des armes, des vêtements, des ustensiles. C'est ce que j'appelle la cwilisation. En même temps, elle se crée un monde de représentations et de pensées, une culture. Intermédiaire entre les deux se trouve le langage. 11 est en même temps forme et jjcnsée. La civilisation peut, sans difficulté, être transmise aux étrangers. C'est ainsi que les Japonais ont adopté nos vêtements, nos bateaux, nos chemins de fer. La langue se transmet également avec facilité, mais cependant ceci ne vaut que pour les mots seuls, non ])our la prononciation, qui dépend de facteurs physiologiques, ni pour la grammaire, l'esprit de la langue. Les nègres de l'Amérique du Nord parlent anglais, mais disent à la manière africaine :

— / done wcnt : je suis allé,

— I done eut : j'ai mangé,

et ne tiennent pas compte de l'/*, qui est intolérable à un palais africain. Les étrangers peuvent, par conséquent, s'api)roprier totalement la civilisation, mais ils ne peuvent s'assimiler qu'à demi la langue ; la culture, elle,

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sauf s'il y a croisement, est complètement intransmissible.

La culture fait partie de la race comme l'éclair de l'orage. Elle peut cependant acquérir une vie à moitié détachée, à moitié indépendante, et le fait se produit de deux façons : soit à la manière de l'huile qui découle d'arachides ou de péj^ins de jDavots écrasés, ou encore qui émane du bois de camphre carbonisé pour se déposer contre le couvercle de la chaudière ; le substrat de la race est détruit, mais la culture née d'elle lui survit victorieusement; — soit à la manière de la sève du j)almier, qui abandonne l'arbre, son nourricier, se met à vivre d'une vie indépendante, entre en fermentation, et se métamorphose en vin de palme ; la race subsiste, mais la culture qu'elle a produite passe au service d'autrui. Le monde des représentations et des idées se fixe en tableaux et en œuvres d'art. Et la culture devenue ainsi saisissable passe à d'autres races. Elle agit immédiatement sur celles-ci dans la mesure où les anciens représentants de cette culture se mêlent à la nouvelle race. Sinon elle ne peut que stimuler les capacités apparentées, aiguillonner, exciter, elle ne peut pas créer. C'est ainsi que nous nous sommes approprié la culture romano-celtique parce que nous avions du sang romano-celte dans les veines ; par contre, les Japonais n'ont emprunté que la civilisation et non pas la culture européenne, parce qu'il n'y a pas eu croisement, et les essais que les Japonais ont tentes pour imiter dans un esprit créateur la peinture et la philosoj)hie occidentales sont demeurés totalement infructueux.

La division de la race en sous- races selTectue par croisements et par migrations. Les Ariens sont une race; les Germains sont une sous-race. D'abord masse indistincte et confuse, la race ne se différencie jjIus nettement et plus vigoureusement que sous des influences étrangères.

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Ku s'rlendant, elle se heurte à une autre race et à un autre sol. Des deux côtés, alors, subsiste une vieille souche qui se raidit dans la tradition, etsedcveloijpe une; jeune souche qui se plie aux nouveautés et, par suite, se transforme sensiblement. Ici encore, la loi absolue n'est assurément qu'un postulat; en réalité, il n'y a jamais que des sous-races.

Ibid., p. ;-S.

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