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Lors([u'une âme prolonde comme lu nur a été donnée à un liomme, elle le rapjjrochc de l'animal, ou même de la plante. Le commenctinent et la lin de l'évolution humaine se fondent harmonieusement l'un dans l'autre. Une ligne malhrmatique ou spirituelle est toujours déterminée par deux points. Si Wm prolonge celle qui du point homme conduit au point enfant, on atteint d'abord le point animal, puis le point plante. On arrive alors à demander que l'homme devienne plante, que les degrés qu'il a gravis dans son évolution physique il les redescende dans son évolution intellectuelle; et c'est seulement alors que le but de son évolution sera atteint. Schiller lui aussi a dit dans un distique ([ue l'homme dpit redevenir une plante. Et Ton peut encore approfondir cette parole. Toutes les plantes sont des êtres clairs et obscurs; une de leurs moitiés voit la lumière, l'autre jamais : leur vie ne consiste que dans l'action réciproque de ces deux moitiés. 11 en est ainsi de l'homme fait ; il ne peut jamais être assez plante. De même que chaque plante tend vers le centre de la terre, chaque esprit humain devrait tendre de même vers le centre de l'univers. 11 est certain qu'un tel don ne peut être accordé qu'au p(;tit nombre ; on devrait d'autant j)lus estimer ceux qui le iiossèdent. Ce don élève l'homme au-dessus du temps et de l'espace, au-dessus de la logique et de la grammaire. « Avant que fût Abraham, je suis », dit le Christ qui exprime une pensée fort juste dans un style fort incorrect. Le Cœsar supra gramniaticam garde sa valeur non seulement en politique, mais encore dans le domaine de l'esprit.
Cette nature d'enfant se retrouve tout particulièrement en Gœtlie et en Shakespeare. Des malveillants firent à Goethe^ déjà Agé, exactement le même reproche que le prêtre égyptien fit à Solon : celui d'être toujours un enfant. Et l'on pourrait compai^er la grandiose nature d'enfant du prince des poètes britanniques, dans sou
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sérieux profond et sa limpidité où se reflète l'univers, au regard calme et impénétrable du Sauveur enfant qui repose sur les bras de la Madone sixtine. Tous deux nous renvoient comme un sombre miroir une image de l'univers, distincte, mais aux contours adoucis. Seules, des j)erles noires et vivantes comme ces yeux peuvent créer ces perles noires de l'art qui s'apj^ellent le Sermon sur la montagne, ou Hamlet, Luther, Lessing, Bismarck ont eux aussi quelque chose de cette vieille qualité allemande; et lorsque Frédéric II, entre deux batailles décisives de la guerre de Sept ans, se met à danser tout un menuet devant son lecteur de Gatt, cela montre qu'au fond de son âme solitaire et fière sommeillait la même âme d'enfant. En Allemagne, tous les hommes de parole et d'action, presque sans exception, l'ont également. C'est leur parure la plus noble. Et le fait de l'avoir étouffée ou du moins ensevelie sous le fatras d'une culture superficielle est peut-être le plus grand crime de l'époque contemporaine. C'est ainsi qu'elle a perdu le courage d'un Siegfried. Celui qui i)aye son caractère viril avec ce qu'il a d'enfantin dans son âme fait une mauvaise affaire. Celui qui ajoute l'un à l'autre en fait une bonne. Une évolution organique ne peut s'accomplir sans cette addition.
Aux yeux de Dieu et aux yeux de l'enfant, l'univers est semblable. Les enfants sont profondément sérieux; ils sont, d'après Gœthe, « d'inexorables réalistes ». Mais c'est un vrai et non un faux réalisme, qui repose sur un fond d'idéal. Seules, les fibres délicates d'un cœur ayant une sensibilité d'enfant possèdent cette capacité de sentir et d'exprimer qui fait l'artiste vrai. Lorsque l'enfant frappe la chaise contre laquelle il s'est heurté, il est poète, il anime ce qui est sans âme, il est anthrojjomorphiste, il est créateur. L'Allemand est un enfant réfléchi et parfois batailleur, mais en même temps joueur et doux ; il ne change pas en devenant homme. Le Grec enfant
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était avant tout beau, île coi-ps et dàiiie: il ne chani^eail pas en devenant jeune homme. Ces mêmes qualités s'adoucissent chez les femmes des deux peuples en des traits qui se eomj)lètent dans une certaine mesure. La grâce hellénique est sereine, avec une nuance de triomphe; la grâce allemande est humble, avec une nuance douloureuse. Là-bas une Pallas Athéné tenant en main la statue de la Victoire, ici une Mater dolorosa, ne sont que des emblèmes du caractère populaire. Les femmes et les enfants se ressemblent i)ar l'esprit.
fhùL, p. -2^5.