L(i croix et t'cjtée
L'édifice allemand le plus original et 1<' plus iiniiortant après la cathédrale de (iOlogne. édifiée qui est dans l'art profane ce que celui-ci est dans l'art religieux, c'est le château de Marienl)Our£^ près de Danlzig-. Ce château, d'une architecture si caractéristicjue, est le herceaTi de l'Etat prussien. Son style glorifie avec une intention marquée l'union de la croix et de l'épée et, par conséquent, il glorifie sous cet emblème l'union de l'art et de la guerre, du christianisme et du germanisme. La loi cli rétienne de la grande majorité des Allemands est un l'ait, la situation géographique de l'Allemagne qui impose à ce [)ays une politique de main armée eu est un autre. Le christianisme et le militarisme sont, jusqu'à nouvel ordre, impossibles à séparer du geruianisme. l)e[>uis la vieille épopée allemande, le Jleliand, oii le Christ est i-eprésenté comme un duc militaire, jusqu'à la moderne Armée du Salut qui unit avec moins de goût la religiosité et le militarisme, l'art et la guerre ont toujours été étroitement alliés sur l^ territoire bas-allemand. L'alliance revêt une l'orme tantôt aristocratique, tantôt démocratique, mais toujours allemande. En effet, la loyauté allemande et la sincérité chrétienne se rencontrent à micliemin, et la charité chrétienne sied bien à la fidélité allemande. Mais le 2)récepte chrétien : Renonce à toirnèine, devra dans bien des cas faire place au j)récepte plus large des Allemands : Afßrnie-toi toi-mènie. Cai-, semblable en cela à l'impératif catégorique de Kant, le j)récepte chrétien nest que la condition et non le but de toute morale. Le germanisme devra se laisser inlUienrer par le christianisme. Celui-ci. à son tour, devra subir l'influence dil germanisme. L'essence même du christia-
JULIUS LAXG15EIIN qSq
nisme, c'est l'esprit d'humanité; l'essence du germanisme c'est l'esprit g-uerriei- : la croix et l'épée se complètent l'une l'autre. L'esprit d'humanité veut le plus grand bien, l'esprit guerrier le réalise, quand il est au service du premier. L'esprit d'humanité ne peut arriver à ses fins que lorsqu'on le défend par les armes ; mais par contre, la guerre n'est justifiable que lorsqu'elle est faite humainement...
La bravoure est le premier devoir du guerrier ; la sincérité est le premier devoir de l'artiste. Réunies, elles constituent les devoirs suprêmes de l'homme, et avant tout de l'Allemand, parce qu'elles répondent à sa nature la plus profonde. Les Allemands sont loyaux, les Allemands sont braves. Lacroix et l'épée symbolisent toute la morale active et pas.sive, virile et féminine. Puisse dès lors cette double influence, après avoir exercé une action décisive sur le germe initial, exercer encore la ntême sur la floraison suprême de l'Etat allemand-prussien. Alors, comme au xvi" et au xviri'' siècles, l'Allemagne sera riche en esjH'its créateurs de grand style. Alors elle reconquerra eu partie l'amour que lui refusent maintenant les peuples étrangers, qu'ils soient ou non de race germanique. Il est tout naturel qu'un pays hérissé d'armes et d'usines qui toutes sont, en somme, dirigées contre ses voisins, n'éveille chez eux que des sentiments hostiles. Mais la véritable supériorité intellectuelle et moi-ale réconcilie les adversaires. Ce qu'un peuple acquiert par cette supériorité est un gain pour tous les hommes, et tous les autres peuples en retirent avantage.
Ibid., p. 3i3.
FiiiKDiucii T.AXGE