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LA THEORIE DU GERMANISME PUR

On a vu dans notre Pangermanisme continental sons Guillaume II, p. 157-172, et dans notre Pani>ermanisme colonial, p. 58-68, (juels sont les plans de conquête proposés i)ar le Deutschbuiid, fondé en iSç)} par Friedrich Lange. Nous ne pouvions alors exposer les fondements philoso[)hi([ues de la doctrine. 11 y en a. La médiocrité du talent philosophirpie ne doit pas nous induire à le négliger. Des ajjôtres tels ([ue lui, qui mettent l'organisation moderne de la publicité, du droit d'association et de réunion au service d'un petit nomi)re d'idées, enflées par une rhétorique grandiloquente, foisonnent en Allemagne. Ils forment les cadres de tous les partis, mais en particulier des Ligues navales, coloniales et de la Ligue pangermaniste. Le Deutsc/ihund, distancé depuis par des Ligues rivales plus puissantes, a été l'un des modèles les mieux conçus de ce genre d'organisations.

Le danger du pangermanisme de Friedrich Lange, c'est qu'il est libéral. On ne saurait assez redire (juc l'agitation de conquête et de guerre, depuis vingt-cinq ans en Allemagne, n'est i)as l'ceuvre exclusive des partis conservateurs, il est beaucouj) plus grave qu'elle ait ses foyers dans la bourgeoisie moyenne, qui se croit dénuée de préjugés d'Église et de servilisme politi(jue.

Friedrich Lange a conçu une métaphysique fumeuse, analogue à celle qui a soulevé l'enthousiasme d'un grand nombre d'Allemands, depuis (jue Haeckel et Oswald ont rafraîchi pour elle le nom ancien de monisme. Il croit à la décré{)itude du christianisme. Il invente, pour le remplacer, une religion nouvelle, un protestantisme nouveau, issu de Paid de Lagarde, mais dont les croyances j)rincipales sont biologifjues et transformistes. L'âme collective allemande, en laquelle il met sa foi, n'^ peut animer qu'un peuple robuste, de raeo pure, c'està-dire très sélectionnée, et (jui, ayant la conscience d'être un

peuple de maîtres, aura aussi le Vorwaertsdrang-, c'est-à-dire l'élan belliqueux par lequel un tel peuple prend toujours l'offensive qui imposera sa volonté à des adversaires de race, de talent et de courage inférieurs. A ce compte, le militarisme prussien doit passer pour l'épanouissement le plus direct et le plus haut où aient pu aboutir la culture et les qualités sociales du peuple allemand. Il n'}' a pas d'opinion plus commune en Allemagne.

I. Par leur valeur guerrière les Allemands défendent la craie noblesse de l'humanité.

Le grand argument des modernes apôtres de la paix est que la vie même est la condition la plus essentielle de la culture. L'homme aux yeux duquel il n'y a pas de bien supérieur à la vie sera sans doute embarrassé pour le réfuter. Un vrai chrétien peut mettre en avant le cinquième commandement et refuser de porter les armes. Mais notre moralité allemande, qui bouillonne encore ardemment dans tous les cœurs non corrompus, a vite fait de juger ces billevesées. Elle dit par la bouche de Moltke : « La paix éternelle n'est pour Thumanité qu'un rêve : et ce n'est même pas un beau l'êve. » Non certes, ce n'est pas un beau rêve, car une paix qui supprimerait la perspective de la guerre comme moyen suprême de régler des difficultés insolubles, cette paix créerait une telle pourriture au plus profond de notre cœur qu'elle ferait naître en nous le dégoût de nous-mêmes. Commencez par instaurer la franchise dans la diplomatie; fermez à la ruse rampante sa bouche persuasive; faites que la vérité règne en souveraine triomphante parmi les hommes et que le mensonge y soit méprisé comme le dernier des esclaves; récompensez la sincérité et couvrez la fausseté de honte; faites la lumière dans nos cœurs, de telle sorte que nous aspirions au vrai mérite et que nous ayons la vaine gloriole en horreur; avant tout,

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