‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 10 sur 139 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

prenH<.r co.Uact des (Jer.nains avec la civilisation a..tK,.u.. Schlc^el croit savoir que le sac de Rome imr ies Byzantins sous Constance H (ut «lune atro- -te pire que la p.-ise de la ville par les (Joths. (inand il n en serait pas ainsi, l'iuro.snK. naturellement noble des envahisseurs ..^ennains. leur libre anstocratie étaient des frredes nécessaires sur la souche romaine appauvrie de fruits. La puissance des H .ânes, qui a établi par des n.éthodes rudes le plus grand Empire ,p.i| y ait eu au monde, a-t-elle été "" .nal? Qu'on oppos,- la (loraison spiri.uelle occidentale a la monotonie byzantine et à la monotonie arabe : on saura ce qui justilie la suprématie gern.an.que. Ainsi chemine, grâce aux doctrinaires calho- I-ques, le sophisme qui de la (lermanie, conquise P..-.I a pied le lonp: du Rhin et d.-s Alpes par les cloîtres chrétiens et parla civilisation romaine, prétend aire initiatrice de toute la culture d'Occident Lidee de l'Empire germanique, pour Friedrich SH.l<'îjel, 0 est celle d'une protection militaire de tonte la chrétienté. II y faut non seulement la vigueur germanique, mais l'héroïque contiance que les Germains mettaient dans l^uvre fondée par eux Le «eht.anisme de Schlegel considère que la vie de I esprit apportée par les (iermains est la croyance -nhante. hostile aux pactes écrits. Pour cet e

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OV l^K PANGKUMANISME PIULOSOPIIIQUE

lidéUté à une personne vivante et souveraine, tandis que la République est altaehenient à la lettre morte. La liberté nobiliaire, Tlionneur pur, la gloire personnelle, le eulle du génie, ee sont là les mobiles éternels du i)euple germanique. Mobdes assez hauts d'inspiration selon Sehlegel pour (pie ce |>euple soit à jamais dispensé d'observer la lettre des traités. Et comment ne pas reconnaître là l'esprit qui a toujours inspiré les monarchies prussienne et autrichienne, quand elles rc^fusaient d'interposer entre elles et leurs peuples . ce feuillet de papier » appelé une Constitution et de se eroire liées aux peuples adverses par des traités valables encore dans le conllil des iutérèls?

Ce romantisme catholique est fédéraliste. Il i>réconise des monarchies étroites, très fondées sur des habitudes locales ; et au-dessus d'elles un Empire, qui les maintienne en paix. Il veut que cette fédération soit extensible sur le monde ; et il eroit la nalion germanique seule capable d'amener cette unilicalion graduelle dans la liberté. Sans ee boulevard fixe et fortement cimenté, le Saint-Empire, l'Europe appartiendrait aux Arabes et aux Mongols. Heureuse mission si les (iermains, à qui n'a jamais manqué la force, n'avaient contrevenu parfois à l'esprit (pie cette mission réclame î Non pas que, pour Sehlegel non plus, la faute des (;ermains consiste dans la Réforme. La ruine de l'autorité, de la tradition et de la foi est plus ancienne. La vraie n(m. veauté meurtrière, c'est l'esprit gibelin, l'esprit profane, le goût d'une vie non asservie aux croyances. Vie de liberté, disait-on; mais (pion demande aux

PRKFACE

duchés de Saxe détruits, aux villes lombardes saccagées le sens de cette liberté gibeline ! L'absolutisme moderne date de cette sanglante politique du plus talentueux des Hohenstaufen. Le protestantisme, le libre examen, la négation moderne du mystère, ne sont qu'une part de la laïcisation croissante du monde. Et si après des guerres de religion sans nombre, la paix de Westphalie marque nue trêve, il n'en est pas moins vrai (|ue nous attemhms tous une paix plus haute, dont les conditions veulent être définies.

La paix de Westphalie, pour les catholiques allemands, n'a pas été la paix, parce qu'elle établissait un é(iuilibre provisoire entre des partis encore désunis et entre des vérités partielles. Or, la vérité ne peut être divisée; elle est une et universelle. Kl la paix ne peut pas être Vêquillhre européen, si par là il faut entendre, comme les Anglais, que la prépondérance d'une puissance est une raison suffisante pour que les autres lui déclarent la guerre. La paix suppose une foi unique et la prépondérance de la puissance qui en est la m(âlleure gardienne.

Fonder cette paix serait vraiment Iduvre de la Restauration future. Cette Restauration ne serait pas le retour à l'Ancien Régime, tout imprégné d'esprit gibehn et absolutiste, mais le retour au christianisme, par la force et par le c(cur germanicpies. La ])hilosopliie de l'Iiistoire chez les catlioUtiues alleuïands n'est pas seulement une théorie explicative, mais une espérance. L'ère nouvelle qu'elle veut inaui^urerest celle d'un État chrétien, inspiré de seience chrétienne. Ce sont là de prodigieux accouplements

l.VI

LE PANOEHMAMSMK l»HII.OS()PIÏlQUE

de mots pour nous modernes, à qui THiat paraît chose toute lemporelle, et (pii lenons la scieiue pour liéléro2;ène foncièiement à la religion. N'est-ce pas justement la liltéiatuie tliéoloc^ique, qui nous a liabilués à distinguer entre le temporel et le spirituel, entre le savoir et la croyance? Mais cette littcrature, pour Friedrich Sehle-el, est déjà atteinte de dualisme gibelin. Dans le christianisme, Tintégrité de lame est totale. La réllexion ne s'y scpare pas de la foi révélée. Le romantisme catholi(iue adopte donc bien la plnlosophie de Fiehie, à la eon(Hlion qu'on y comprenne tout le lidéisme de ,Iacobi et avec lui tous les symboles de la loi traditionnelle. De même lunilé de la vie, pour les catholiques est totale: c'est pourcpioi l'Ktat, sch)n Schlegel, doit être chré-> lien, faute de (pioi il serait un squelette mori, que la poussière attend. La seuh' vérité est la vie. Or, de la vie on a le sentiment, et non rintelligence. Le privilège alh'mand est ce sentiment inaltéré de la vérité vivante; et l'obscurité allemande, dont se plaignent les étrangers, n'est (pie l'instinct d'une destination non encore atteinte. Cette destination consiste pour le peuple allemand à hâter l'avènement de l'ordre moral dans le inonde par l'hégémonie temporellemenl réalisée de la spiritualité allemande et chirlieiine.

Ainsi se trouve résolu, par la marche liistori<pie des événements, le problème posé par la philosophie allemande; et cette marche se prolonge par des espérances qui sont toutes en faveur du germanisme. Faut-

PUKFACK

il donc croire que la métaphysique allemande tout entière soit viciée dans ses sources? Quand tous les métaphysiciens allemands auraient concouru à faire au peuple allemand sa mentalité d'orgueil, ce ne serait pas une raison suflisanle pour incriminer leur méthode métaphysique.

La philosophie allemande est une doctrine de la vie. File expli(pie et interprète la vie à tous ses degrés, i'xistence inorganique et organique, vie de l'àme et de rintelligence, vie des groupements humains, de la famille, de la société, de l'État, de l'humanité. Cette vie, elle en décrit l'activité et elle définit cette activité par sa fin. Elle ne conçoit cette fin que posée dans une pensée créatrice oîi sont fondées toutes les existences individuelles et collectives. Considérée par cet aspect la philosophie allemande n'est que la religion cherchant à se comprendre. Ce n'est pas la méthode de sa réflexion qui est vicieuse. Mais Y objet de sa réfiexion étant une fervente croyance, toute la philosophie allemande est restée colorée de ce contenu religieux. Elle n'a pas plus de tares que les autres religions ; mais elle a les mêmes tares. Les religions évoluées sont une façon de concevoir Texistenee des individus ou l'existence des collectivités comme prévue dans Tordre universel de façon à n'en plus pouvoir disparaître. Dans le flot de ce qui passe, l'efl^roi, la tendresse et l'orgueil de riiomme essaient de fixer ces points immobiles : l'existence de son Ame et l'existence de la cité qu'il aime. Il confie ces deux existences aux dieux qui veillent et qui ont le pouvoir magique d'assurer la durée. Toute religion occidentale est doctrine <le la prédestination.

PREFACE

IJX

Oïl lit* doit pas s'étonner que, dans le peuple alleiiiaiid, aux années de détresse, entre 1806 et i8i3, les sources de la vie religieuse aient jailli passionnément. Il est seulement remarquable que les reliions établies n'aient pas bénéficié seules d'une dévotion accrue. lue religion nouvelle s'est fondée, d'ordre social, qui, avec cette ferveur, n'avait jamais existé que dans la France révolutionnaire menacée. Elle prit toutefois dans les milieux cultivés de l'Allemagne des formes niélaphysiciues qu'elle n'avait pas pu prendre en France, oîi les mêmes habitudes de pensée n'existaient pas.

L'àme de l'Allemagne, ne voulant pas périr, décréta dans un immense élan religieux (pi'elle était fondée dans l'éternel. A cela, rien que de légitime. On ne peut rien reprochera une nation qui alimente son espérance chancelante de cette foi qu'aucune àme de peuple ne périra. Chez le peuple juif cette croyance avait été incroyablement vivace. Le peuple allemand a puisé sa foi aux sources bibliciues juives. De là peu à peu un glissement de la doctrine. L'orgueil immanent à cette croyance biblique, joint au fanatisme déchaîné par la lutte d'alfranchissement, propage dans le peuple allemand un délire religieux qui lui fait croire, comme aux Juifs, ([u il est le seul peuple élu. Les Juifs alléguaient leurs Juges et leurs Prophètes. Les Allemands allégueront leurs Réformateurs ou l'onction donnée séculairement à leur empereur. Le peuple allemand n'afiirmera pas seulement sa vie éternelle ; tous les autres peuples, il les dépossédera du droit et de la capacité métaphysiques de vivre. Il les dira morts, dès cette vie. Les Latins retombent en poussière, dès

qu'ils n'ont pas, pour leur insufller une àme momentanée, le génie d'un conquérant. La France de 1800 à i8r3est, pour les Allemands, de la force organisée, du mécanisme intelligent et robuste, au service delà mort et du mal, rien de plus.

Il reste alors aux philosophes allemands une dernière conclusion à tirer. S'il n'y a pas de force réelle sans de l'esprit, pas d'énergie sans principe vital immatériel, et si, au terme, la puissance appartient à la vie intérieure et à la pensée, toutes les force» éparses dans le monde appartiennent virtuellement à une pensée métaphysique assez robuste pour les attirer à elle et les discipliner. Ce rôle est dévolu à la pensée allemande. Elle usera, si elle le juge bon, de tous les moyens de prévaloir matériellement. Elle dominera, s'il le faut, par la guerre. Elle ne se laissera pas iniluencer par des considérations d'é(|uilibre ou d'é((uilé, qui seraient de mise entre nations égales en droit, mais (pii ne sauraient lier un peuple de maîtres envers les races inférieures. L'héritage de la nation allemande est celui que réclame sa mission, qui est divine et ne soulfre pas de défaillance.

Toutes les principales thèses du pangermanisme actuel sç trouvent donc dans la philosophie allemande depuis Fichte. Il n'y manque ni le culte du succès ni le culte de l'héroïsme conquérant. Pour elle, si la force ne prime pas le droit, elle a sa source dans le droit, non pas seulement moral, mais divin, pourvu qu'elle soit la force allemande. L'expérience intérieure <lu divin sanctifie l'énergie allemande, disent lesmétaphysiciens protestants, Fichte et Hegel. Une fonction providentielle assure la vertu du sang, de la race, de

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la vigueur allemands, disent les eath cliques Gœiies et Friedrich Sclilegel. La même initiation divine promet à la race germanique victorieuse des terres sans nombre et l'ascendant sur les peuples inférieurs. Elle lui promet la suprématie de sa civilisation. Son heure <'st venue ; et c'est une heure qui durera des milliers d'années.

Faut-il incriminer la philosophie allemande? Mais ses thèses se retrouvent dans la science contemporaine allemande, chez les historiens, chez les géographes, chez les économistes, chez lesanthropologisles, (|ui n'ont pas de système philosophique. Plus profondément que toute science et plus que toute philosophie, il existe donc dans les consciences allemandes une croyance dont la philosophie autrefois, comme <iujourd'hui la science en Allemagne, s'est faite la servante. Ce n'est pas la philosopliie qu'il faut accuser, mais l'infirmité humaine des philosophes.

IL — Le Dktehmimsmk scientifique.

La philosophie de l'histoire, lelle que Tentendaient les métaphysiciens post-kantiens, passa de mode. La longue humiliation dont l'Allemagne souffrit par la faute de ses divisions entre i8i5 et i8()6 discréditait cette philosophie. On ne voulut plus croire aux lois de l'histoire tant que la mission allemande ne se réalisait pas. Car ces lois n'étaient faites que pour faire prévoir que cette mission se réaliserait sûrement. Mais ce qui ne passait pas de mode, c'est la croyance en cette mission. On se j)réparait à l'action avec moins d'assurance méta-

physique, mais avec une plus fiévreuse résolution d'aboutir. Les grands rêveurs paiigermanistes étalent sur la carte d'Europe leurs ambitions sans mesure : ce sont les Arndt, les Moltke, les ïreitschke, les Paul de Lagarde, les Constantin Frantz (i). Ils établissent le Credft nouveau d une Allemagne désabusée de philosophie.

Il est probable que Bismarck nourrissait, comme la majorité des autres Allemands, ces rêves. Mais, praticien réaliste, il savait en diiférer l'échéance. La Prusse a grandi par des alternatives d'expansion et de recueillement. Son histoire est une série rég-jlière d'attaques brusquées dont aucune n'avait pu réussir que dans une Europe assoupie par une diplomatie prussienne cauteleuse, capable de dissimuler cin- ([uante ans ses desseins, tandis (pie se continuait avec une exacte minutie la préparation militaire, prise au dehors pour un vain pédantisme. ' Après 1871, Bismarck découragea les rêveurs. 11 savait venue l'ère du recueillement chiquantenaire. Mais ce qu'il encouragea, c'est le sentiment que la nation prit d'elle-même.

Les historiens allemands, depuis soixante ans, travaillaient moins à expliquer son passé à la nation allemande qu'à le glorifier. Pertz, Banke, Max Duncker, Droysen se llrent les bardes de la dynastie prussienne. La vieille croyance de Schiller se traduisait pour eux en descriptions historiquement ap- I)uyées de preuves : l'histoire entière semblait aboutir

1 On trouvera leurs doctriiKs dans nos ()n\î>ines du Pangcr Planisme.

LE l'AN(iERMANISME PIIILOSOPHIQL K

PREFACE

à riiéjrémoniealleinaïKle. Venue la dernière de toutes, sa civilisation moissonnait les fruits de toutes. Les historiens les plus enfoncés dans leur spécialité apportaient leur tribut d'encens à cette p^lorilication. Ils ehercliaient des rétçularilés liistoriques (pi assurent la durée définitive ou la décadence prompte des nations. Par un retour étran<j:e et plusieurs fois répété, les formes politiques capables de survivre aux: siècles étaient celles qui offraient des ressemblances avec l'Allemac^ne orj^anisée par la Prusse.

Krnst Curtius avait paru un historien comi)étent, un peu ^grandiloquent, de la (Irèce. Dans un recueil de discours inliixûé: AU crt h uni inid (iey;em\\irt{V Anfiquifr et le Temps présent. iSj()-82), il déji^a^^eait renseii^nement praticiue de son lon^^ labeur. Une amphictyonie sans force, une vajçue fédération d'Ktats de même souche ethnicpie, ([ui, mal^^'é les serments de fraternité échanp;és et l'assemblée charp:ée de l'arbitraire en cas de contlits, se déchiraient et trahissaient devant les barbares, c'était là la (irèce avant le danii:er des guerres médiques ; et quoi de plus semblable au Saint-Empire prermanicpie? Comment faire d'un peuple déchu par la discorde une nation une et forte? La difficulté fut la même en Cirèce et en Allemau:ne; et toutes deux furent sauvées par le même moyen de salut. Il y fallut des honnnes d'mie tremi)e héroïque. La suprématie d'Athènes est assurée par Thémistocle et celle de la Prusse par le (rrand Hlecteur, en une seule bataille. Fehrbellin est la Salamine prussienne (i). Aulcmr de ce noyau,

formé par un Ktat militaire dirigeant, on peut agglomérer des Etats vassaux désormais disciplinés. Entre l'Attique et la Prusse il y a cette grande ressemblance : leur pauvre sol leur interdit la paresse. Par eux-mêmes, ces pays sont des écoles de modération, d'économie, d'activité. De cette pauvreté vint la philoxénie d'Athènes, tandis que Sparte se renfermait dans la fertilité de ses vallées. Et (juel pays plus hospitalier que la Prusse à tous les talents et à tous les courants intellectuels du dehors? Les difficultés de la croissance, comme aussi les raisons qui la favorisent, furent les mêmes. Comme Athènes avait eu un parti légitimiste Spartiate ou perse d'esprit, ainsi la Prusse a eu une noblesse admiratrice de l'absolutisme autrichien ou russe, qui, pas plus que l'aristocratie athénienne, ne s'était montrée à la hauteur de sa tache lors des guerres de l'indépendauce (i). La notion même de l'Etat antique avait facilité la tache d'Athènes. L'Etat prenait tout le ciloyen. Il n'était ni un abri commode, ni un capital à exploiter, mais un édifice d'elforts vivants, fait d'abnégation, de fidélité, de sacrifices constamment renouvelés. La Prusse trouve des princes (|ui font revivre cette notion de l'Etat ancien, qui est de se donner tout à la collectivité (2). Ils insuffient cet esprit à la Prusse entière. Athènes seule avait assumé la mission de défendre la frontière grecque, ([ue les cités ioniennes ne défendirent jamais. La Prusse seule assume la défense de rAllemagne,

(i^ K. Curtius. Alterfhnnt und Getivimart. t. II, p. jvj, sq.

(i) E. CuKTirs. Ibid., I, 3io. (2) Ihid., II, 2i5.

LE PANCiERMAMSME PHILOSOPHIQUE

PREFACE

abandonnée par tous les autres Etats. Une promptitude pareille dans Tacceptation des devoirs nationaux désigne Athènes et la Prusse pour riiégémonie.

Dans la confédération ainsi cimentée, Périklès rèTne par la force du génie. Il achève les nmrailles. Il organise l'armée et la Hotte. Il lie les alliés d'Athènes par des traités rigoureux. Il a dû accomplir cette œuvre de fer, parce que l'ancienne conte- <lération était inutilisable, par la faute de Sparte. Cl oit-on (ju'il ne lui fallut jamais user de rigueur, au dedans et au dehors? « Sous Périklès les droits démocrati([ues étaient suspendus en fait, » écrit (:urtius(i), et il l'en admire. Faut-il ajouter (pi'en parlant de lui il songe à un autre, au Périklès de Berlin ?

.. C'est iiiio loiit autre vie k Heiliii... Ici ou agit, on poursuit (ie i,^rau(ls ilesseius... Il se peut que piovisoireuient ou mutité (tes liljeilés... Mais les occasions d'agrandir la puissauce pass<Mit souvent très vite et irréparablement (2). •

Le Périklès alhénien n'eut pas de successeurs; aussi Athènes cessa de croître. Le Périklès berlinois travaillait i)our un avenir lointain. L'idée qui permit aux Grecs de résister à la Macédoine, l'idée d'une cité <lont les membres étaient des cités, la Ligue achéenne, le Bnndesstaat, Bismarck sut la réaliser tout de suite. La Presse est devenue grande, parce que Bismarck sut emprunter à l'antiiiuité tout ce qui en elle a une valeur éternelle. C'est une hégémonie grecque que l'hégémonie des rois de Prusse.

Dangereuse assimilation. Car la Grèce périt sous les coups de Rome. Mommsen alors accourut pour démontrer ipie l'Lmpire allemand avait tous les

I rail s de l'Lmpire romain. Le prédécesseur vrai de (ruillaume 1 ', c'est l'empereur Auguste. Le principal d'Auguste, qui ne fut ni la royauté ancienne ni la républicpie, était un compromis de toutes les deux (i) .

II emprunte à la première le commandement mililairc, et à la seconde celle notion ([ue le principal est une fonction publique, oii les droits sont conditionnés par des devoirs. Autorité et liberté ne vont pas l'une sans l'autre dans l'Empire romain; et en ce sens rLini)ire d'Allemagne est un principal romain. Ses monarques ne sont pas seulement des princes, mais des fonctionnaires resjK)nsables devant la conscience pidilicpie. Mais ils sont aussi et surtout les créateurs de l'armée permanenle prussienne, conime Auguste est le créateur de l'armée permanenle romaine. La simple solidité de celle conceplion a permis à Auguste de fonder un Etat qui fui prospère cinq cents années : œuvre non de génie, comme celle de César; mais de prudence et de lente j>alience qui ressemble merveilleusement à l'œuvre prussienne. A vrai dire, rien ne pouvait fairc^ som- I)rer l'Etal romain si Auguste n'avait en deux choses inan([ué de prévision II ne sut prévoir ni pour son armée un effectif suflisanl, ni pour sa dynasiie un oi'dre (le succession. Il s'en faut que les rois de Prusse aient commis cette faute. Pour comble, les généraux

(I) Lettre d'Ernsl Curtins à son frère, i^ janvier i865. t2) Ibid.

\i) Le volume sur Aujfuslc, et qui nous aurait tloniK' la théorie 'iu priiicipjit romain, est justement celui que Monuusen n'a pas « crit. Il aurait l'ormé le t. IV de \ Histoire romaine. Les conclu-

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