Le Siaço-Gerniain
Il y a moins à dire sur le Slave authentique, vu que nous ne savons trop où le chercher. Tout d'abord, nous ne voyons qu'une chose de certaine ; c'est que le concej)t de « Slave » a varié. En ellet, les signes que l'on considère aujourd'hui comme distinctifs du Slave — tels que stature trapue, tète ronde, pommettes saillantes, cheveux foncés — ne caractérisaient certainement pas le Slave lors- ([u il fît son entrée dans l'histoire euroj)éenni'. Ainsi on remarque en Bosnie la taille extraordinaire des hommes, et les cheveux blonds s'y voient fréquemment; pendant un voyage de plusieurs mois à travers ce pays, je n'ai pas rencontré une seule fois le type slave tirant sur le Mongol. J'en dirai autant de la race superbe des Monténégrins. Malgré le préjugé unanimement répandu on trouve, comme on le voit, maintenant encore, bien des raisons physiques de penser que les Germains, lorsqu'ils
LE PANOEUMAMSME PHILOSOPHIQUE
HOUSÏOX-STEWART CHAM1JERLAL\
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entrèrent dans riiistoirc universelle, avaient, outre leurs frères aînés de TOuest, des frères orientaux, i)lus jeunes, dont ils n'étaient pas très ditférents. Cependant, il sera fort difficile et fort compliqué de retrouver le Slave primitif, pour la raison que cette branche de la famille germanique fut absorbée de très bonne heure, et presque complètement, 2)ar d'autres races humaines. Elle Ta été plus tôt, i>lus complètement, et d'une façon plus mystérieuse que les Celtes. Cela ne devrait toutefois pas nous retenir de chercher à discerner les traits encore saisissables de cette parenté, d'en convenir et de travailler à les dégager de la masse étrangère qui les recouvre.
Ici encore, c'est un coup de sonde dans les profondeurs de l'àme qui peut nous aider.
Si j'en juge d'après la seule langue slave que je connaisse un peu, le serbe, je suis porté à croire que, ici aussi, on peut voir dans l'aptitude poétique de la race une ressemblance de famille, une parenté profonde avec les Celtes et les Germains.
Le cycle héroïque qui se rattache à la grande bataille de Kossovopolje (i383), mais dont les motifs poétiques remontent à coup sûr à un passé bien plus lointain, rappelle par la couleur des sentiments (fidélité jusqu'à la mort, courage magnifique, femmes héroïques et haute estime qu'on leur témoigne, mépris de tous les biens lorsque rhonneur personnel est en jeu), rappelle, dis-je, la poésie lyrique et épique des Celtes et des Germains. Je lis dans les histoires de la littérature que de semblables poèmes, et des ligures é[>iques comme celle de Marco Kraljewich, sont un lieu commun de toute poésie populaire; il n'en est rien, et seule une érudition épaissie par sa propre abondance peut méconnaître ainsi les fines dillérences individuelles. Rama est un héros essentiellement différent d'Achille. Celui-ci d'autre part ne ressemble pas à Siegfrid, tandis que le Tristan celtique
trahit dans plusieurs de ses traits sa j^arenté directe avec le Siegfrid allemand. Ainsi par exemple, la fidélité conçue comme base fondamentale de Thonneur, Timportance attribuée à la virginité, la victoire de « l'àme » planant sur la ruine des « choses », en d'autres termes, une conception nouvelle de l'héroïsme, transposé du domaine du succès extérieur dans celui de la résolution intérieure. De tels traits distinguent un Siegfrid, un Tristan, un Parzival non seulement d'un Samson sémite dont la force réside dans la chevelure, mais d'un Achille qui est pourtant leur parent. Les Grecs ignorent la pureté ; la fidélité n'est pas pour eux un imncipe de l'honneur, mais une loi de l'amitié (Patrocle) ; le héros brave la mort, il n'en triomphe j^as comme les héros celtes et germains. Ce sont des traits semblables de parenté réelle que je retrouve, sous toutes les dillérences de forme, dans la poésie des Serbes.
Ihid,^ I. p.