Lame germanique
Essayons de jeter un i*egard dans les profondeurs de l'àme allemande. Quelles sont les marques distinctives, intellectuelles et morales de cette race germanique ?
Certains anthropologistes avaient voulu nous enseigner que toutes les races humaines sont également douées : nous leur avons ouvert le livre de l'histoire, et nous leur avons répondu : « C'est un mensonge. » Les races de l'humanité, tant au point de vue de la qualité que du degré de leurs dons naturels, sont très inégalement douées. Les Germains appartiennent au groupe de ces favorisés que l'on a coutume d'appeler Aryens. Cette famille humaine est-elle unie et une en vertu des liens du sang?
HOUSTON-STEWART CHAMBERLAIN
Est-ce que tous ces rameaux sont issus d'une même racine? Je ne le sais pas, et du reste peu m'importe ! Aucune parenté ne lie plus étroitement que les affinités électives, et en ce sens, les Aryens indo-européens constituent bien certainement une famille...
Les Aryens sont supérieurs de corps et d'âme aux autres hommes ; ils sont donc de plein droit les seigneurs de la terre. D'ailleurs, Aristote a dit avec plus de concision encore : « A quelques hommes la liberté ; à d'autres Fesclavage. » Il fait ressortir ainsi le caractère essentiellement moral de la question. Car la liberté n'est pas un bien abstrait, auquel tout homme aurait droit naturellement : le droit à la liberté ne peut résulter que d'une aptitude à l'exercer, et cette capacité suppose à la fois la force physique et la force morale.
On voit tout de suite quels dons supérieurs un être doit posséder pour qu'on puisse le considérer comme « naturellement libre ». Le premier de ces dons est la force organisatrice. Seule une race capable de former des États est digne de liberté. La faculté qui fait de l'individu un artiste ou un philosophe est essentiellement la même qui répandue dans toute la masse à l'état d'instinct, crée les Etats, et dote l'individu de ce qui était resté jusque-là inconnu de la nature entière : l'idée de liberté.
A la lumière de ce fait, nous sommes frappés de l'étroite parenté des Germains avec les Romains et les Grecs et nous reconnaissons en même temps ce qui les distingue Chez les Grecs, le génie créateur individualiste triomphe jusque dans la constitution des États; ce qui domine chez les Romains, c'est la force communiste de la loi, dispensatrice de la liberté, et de l'armée, protectrice de la liberté Chez les Germains, il y a peut-être moins de force constructrice chez l'individu comme dans la collectivité mais il y a en eux une harmonie des facultés, un équilibre entre
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le désir individuel de liberté, qui trouve sa plu^s haute expression dans les libi*es créations de l'art et le désir collectif de liberté, qui crée l'État, par où ils se montrent les égaux des plus grands parmi leurs ancêtres. A ces qualités communes des Aryens s'en ajoute une nouvelle : l'incomparable et unique fidélité allemande y qui fut célébrée par le vieux Johann Fischart :
•< Constant et li<lMe, Fidèle et constant, Tel est ce modèle :
Le cœur allemand.
C'est ce qui fait une vraie i)arenté allemande. » Le même principe doit régler nos jugements politiques. Quand les principes s'opposent aux prétentions de Rome, nous les louerons, non sous l'empire d'un préjugé dog. matico-religieux, mais parce que tout elVort dirigé contre l'impérialisme international profite au germanisme. Nous les blâmerons quand ils se considèrent comme des souverains absolus institués par la grâce de Dieu, car ils se font ainsi les plagiaires du misérable chaos ethnique (i i, anéantissent la loi germanique primordiale de liberté, et enchaînent du même coup les meilleures forces du peuple.
Ce principe peut nous servir de guide dans les cas les plus coin[diqués. Ainsi Louis XIV, par sa honteuse persécution des protestants, a été cause de la décadence ulté. rieure de la France. Il accomplit là un acte d'une immense portée anti-germanique, et il l'accomplit en sa qualité de disciple des Jésuites, élevé par ses maîtres dans une si grossière ignorance qu'il ne savait même pas écrire correctement sa langue maternelle, et ne connaissait pas un mot d'histoire ; et pourtant ce même prince agit en pur
II) Le chaos ethnique, c'est pour Chaïubeclaîn, d'une part le monde latin avant l'arrivée «les Barbares, d'autre part l'internationalisme contemporain.
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Germain dans bien des circonstances, par exemple dans sa deiense courageuse des libertés de l'Église gallicane contre les prétentions de Rome. Rarement roi catholique se comporta en toute occasion avec aussi peu d'égards envers la personne du pape. . .
A ces considérations s'en rattache une autre, très importante pour la définition des caractères distinctifs du véritable germanisme. Une particularité inhérente au Germain se retrouve partout : l'intime union de l'idéal et du pratique qui marchent en lui de pair: « comme deux frères jumeaux, la main dans la main »... Le Germain se caractérise à la fois par sa force d'expansion et par une tendance à la concentration inconnue jusqu'à lui
La force expansive se manifeste dans tous les domaines • dans celui de l'activité pratique, par la colonisation progi;essive de toute la surface du globe ; dans celui de la science, par l'explication du cosmos illimité, par la recherche de causes toujours plus lointaines; dans celui de 1 Idéal, par la hardiesse des hypothèses, comme aussi par le splendide essor artistique qui s'assure des moyens d expression toujours plus compréhensifs.
Mais en même temps s^effectue la concentration en des cercles toujours plus resserrés, soigneusement isolés du reste du monde par des remparts et des fossés : la race la patrie, le district, le village natal, l'inviolable foyer . mj. home is my castle, comme à Rome), le cercle intime de la famille, enfin le reploiement sur lui-même de l'individu qui, épuré maintenant, parvenu à la conscience de 1 isolement absolu, s'oppose au monde des apparences comme être invisible, autonome, seigneur suprême de la liberté (de même que chez les Hindous).
C'est- encore la tendance à la concentration qui se révèle, dans d'autres domaines, par la constitution de petites principautés, par la spécialisation dans les sciences ou 1 industrie, par la formation d'écoles et de secK^s (comme
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en Grèce), par la recherche d'un art tout intime tel que gravure sur bois, eau-forte ou musique de chambre.
Ces aptitudes diverses, quand l'individualité supérieure de la race les harmonise, se traduisent dans le caractère par l'esprit d'entreprise joint à une conscience scinipuleuse; mais quand elles s'égarent, elles aboutissent tantôt à la spéculation (en Bourse, en philosophie), tantôt à un pédantisme étroit et pusillanime.
Je ne puis songer à tenter une description complète de l'individualité germanique ; l'individuel i>eut être exactement connu, mais reste inépuisable : « Les mots disent rasi>ect des choses, leur àme, ils ne l'expriment pas, > a
écrit G(ethe...
Si nous considérons les Germains depuis leur entrée dans l'histoire, nous distinguons en eux deux traits fortement accusés, qui s'opposent et se complètent à la fois: d'abord la tendance violente de l'individu à se dresser dans son indépendance autocratique, et puis son penchant à s'unir par les liens de la fidélité avec d'autres hommes, pour tenter «les entreprises qui exigent un commun elfort. Dans notre vie présente, ce double aspeel soÉfre à nous de tous côtés... : monopole et coopération, voilà, sans contredit, les deux ixiles de notre politique économique... ce qui nous distingue, c'est la prédominance simultanée de ces deux instincts : tendance à l'isolation et tendance à l'union. Lorsque Gaton demande : « Que cherche Dante, dans son pénible voyage? * on lui répond : JAbertd va cercando.
I^ recherche de la liberté, c'est bien à ([uoi se ramènent aussi les deux instincts qui résument notre carac tère. Pour être libres économiquement, nous nous associons avec d'autres, pour être libres économiquement nous nous séjKirons de l'association et nous tenons tètf au monde au risque même de notre vie.
C'est par la réunion des individus en une pluralité
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homogène et cohérente que le Germain reconquit sa liberté civile, confisquée depuis qu'il avait pris contact avec l'Empire romain. Sans l'instinct inné de la coopération, les Germains seraient demeurés esclaves tout comme les Egyptiens, les Carthaginois et les Byzantins.
Ibld., I, p. 5o2 ; ;22-;24 ; ^22.