Entrée des Germains dans Uliistoire européenne
L'entrée des Juifs dans l'histoire européenne correspondit, selon Herder, à l'intrusion d'un élément étran- ^vv... Il en est tout autrement du Germain. Ce Barbare qui se plaît à s'élancer tout nu dans la mêlée, ce sauvage qui surgit brusquement de ses forêts et de ses marécages pour répandre sur un monde de civilisation raffinée l'efiroi d'une conquête brutale, réalisée à la force du poing, n'en est pas moins le légitime héritier des Hellènes et des Romains, chair de leur chair et esprit de leur esprit. C'est son bien propre qu'il arrache, sans s'en douter, à des mains étrangères. Sans lui, c'en était fait de rindo-Euroi)éen. Parle crime et le guet-apens, l'esclave africain et asiatique s'était glissé jusqu'au trône, tandis que le bâtard syrien devenait le maître des lois, que sur les manuscrits alexandrins le Juif se penchait pour adapter la philosophie hellénique à la loi de Moïse, et l'Égyptien i^our ensevelir dans les pyramides somptueuses de
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ses systèmes scientifiques l'étude vivace et jaillissante de la nature, momifiée pour des siècles...
Depuis longtemps l'art n'existait plus : les riches se contentaient de répliques stéréotypées; le peuple, des jeux du cirque. Selon le mot de Schiller, il n'y avait vraiment ]>lus d'hommes, il n'y avait que des « créatures ». Il était grand temps qu'apparût le sauveur. A vrai dire, il n'a])parut pas dans l'histoire universelle tel que la raison constructive, si elle eût été consultée, aurait imaginé l'ange libérateur, dispensateur d'une nouvelle aurore j>our l'humanité; cependant de nos jours, où le recul des siècles fait de nous des sages sans etïort, nous n'avons à regretter qu'une chose, à savoir que partout où le Germain a porté son bras vainqueur, l'extermination n'ait pas été plus complète, et que la « latinisation », c'est-àdire l'alliance avec le cliaos ethnique, ait ravi j)eu à peu de vastes domaines à la seule influence capable de les vivifier, celle du sang pur, de la force intacte des peujdes jeunes, et les ait soustraits à la domination des mieux doués. Seule une honteuse paresse d'esprit, ou un travestissement éhontéde l'histoire, a pu interpréter l'arrivée des Germains autrement que comme le salut de rhumanité agonisante, arrachée aux grifies de la bête éternelle.
C'est une conception inexacte du moyen âge, jointe à l'ignorance de la signification de la race, qui conduit à cette regrettable idée qu'avec l'arrivée des Barbares, c'est la nuit qui s'étend sur l'Europe. Il est inconcevable que <l«»s hallucinations de ce genre persistent si longtemps Si l'on veut se rendre compte des résultats qu'eût produits, dans la suite, la fausse civilisation impériale, il suffit de jeter un coup dVeil sur l'histoire, la littérature et la science de la décadence byzantine. C'est un spectacle lamentable. Au contraire, la conquête de l'Empire
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romain par les Barbares agit comme le « fiât lux » de la Bible.
Si nous sommes quelque chose aujourd'hui, si resiK>ir nous est x^ermis de devenir quelque chose de j)lus encore, nous le devons tout d'abord à ce bouleversement politique qui a commencé au v^ siècle (ai)rès une longue préparation) et d'où jaillirent au cours des temj)s de grandes races nouvelles, d'admirables langues neuves,, une culture sans précédent, telle que devant nous la voie s'ouvre aux espérances les plus hardies.
Dietrich von Bern, for lis priidensque vir, l'ignorant ami des arts et des sciences, le représentant de la liberté de conscience dans un monde où les chrétiens se déchiraient entre eux comme des hyènes, nous est comme un premier gage que la lumière pourra renaître un jour sur cette pauvre terre. Qu'importe si, dans les siècles qui suivirent, siècles de luttes sauvages et de fièvre, qui seuls pouvaient guérir le monde européen et le réveiller du cauchemar des siècles décadents, qu'importe, dis-je, si la science et l'art sont alors presque tombés dans l'oubli avec les oripeaux d'une prétendue civilisation : ce n'est pas là, j'en prends Dieu à témoin, ce n'est pas là la nuit qui tombe, mais l'aurore qui se lève.
Je ne sais pas où MM. les chevaliers de la plume d'oie prennent le droit de ne révérer que leurs j^ropres armes. Notre inonde européen est avant tout, non pas l'œuvre des philosophes, des faiseurs de livres, des l)eintres d'images, mais celle des grands princes germaniques, celle des guerriers et des hommes d'État. Chacun de ces siècles, le vii% le viir , le ix% possède de grands savants. Qui les protège et les encourage? — Ce sont les princes. On a l'habitude de dire que l'Église sauva la science et la culture; cela n'est vrai que dans un sens très restreint. On doit se garder de considéi-er l'ancienne Eglise chrétienne comme un organisme simple et homo-
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gène, même à l'intérieur de l'Empire romain d'Occident. La centralisation et Tobéissance aveugle à l'égard de Rome que nous remarquons aujourd'hui, étaient entièrement inconnues dans les siècles anciens.
Ihid. I., p. 463, 3i5, 3i6.
<). La civilisation germanique.
Nous, nous vivons. — A nous les heures, Et celui qui vit a raison.
SCHILLKR.
Le même trait d'individualisme indomptable, que l'on ti-ouve dans le domaine politique comme dans le domaine religieux, induisit le Germain à créer un monde nouveau, j'entends par là un ordre social entièrement nouveau, adapté au caractère, aux besoins, aux aptitudes d'une nouvelle race humaine, une civilisation et une culture originales. Le sang germanique et nul autre (j'emploie le mot germanique dans sa plus large acception, dans le sens d'une race slavo-celto-germanique de l'Europe du Nord) fut ici la force impulsive et l'agent créateur. Il est impossible de juger équitablement la formation de notre culture nord-européenne, si l'on s'obstine à ne pas reconnaître qu'elle repose sur la base physique et morale d'une race déterminée.
La civilisation et la culture ont rayonné de rEurojJe septentrionale sur une très grande partie du monde : c'est l'œuvre du germanisme. Cette œuvre du germanisme est, sans contredit, ce que les hommes ont créé de plus grand jusqu'à nos jours; elle résulte non de chimères humanitaires, mais d'une force saine et .personnelle; non de croyances imposées, mais de la libre recherche; non de la tempérance, mais d'une soif insatiable.
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Etant née la dernière, la race des Germains a pu mettre à profit les conquêtes des races antérieures ; on ne saurait toutefois conclure de ce fait à un progrès général de l'humanité : il témoigne seulement d'une capacité de production exceptionnelle, propre à une race déterminée, capacité qui va sans cesse décroissant (la chose n'est que trop prouvée) du fait de l'intrusion de sang non germanique, ou simplement, comme en Autriche, de principes non germaniques. Que la prédominance du germanisme soit un bonheur pour tous les habitants de la terre, nul ne parviendrait à le démontrer. Depuis leur avènement jusqu'à nos jours, nous voyons les Germains massacrer des races entières, ou les décimer lentement par une démoralisation méthodique, afin d'avoir eux-mêmes le champ libre. Qui aurait l'audace d'affirmer qu'ils remportèrent la victoire jjar leurs seules vertus, alors qu'ils trouvent un si efficace concours dans leurs vices : avidité, cruauté, trahison, mépris de tous les droits (hormis ceux qu'ils s'arrogent)? Mais comment nier, d'autre part, que précisément là où ils se montrèrent le plus implacables fies Anglo-Saxons en Angleterre, l'Ordre teutonique en Prusse, les Français et les Anglais dans l'Amérique du Nord) ils ont créé la base la plus ferme, et moralement la plus élevée, de leur activité?
On s'en rend aujourd'hui facilement compte. Car, moins un pays est germanique, moins il est civilisé. Celui qui voyage aujourd'hui de Londres à Rome passe d'un bain de brouillard dans un bain de soleil, et en même tenij^s de la civilisation la plus raflinée, de la haute culture dans une demi-barbarie, — saleté, grossièreté, ignorance, mensonge, misère. — Cependant l'Italie n'a pas cessé un seul jour d'être un centre de civilisation supérieure; l'assurance qui se remarque dans le maintien et les gestes de ses habitants en témoignerait à elle seule. Ce que nous considérons — selon le jugement
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LE PANGEUMAiNISME PHILOSOPHIQUE
commun — comme une décadence survenue depuis peu, n'est qu'un reste de la culture impériale romaine, considéré de plus haut par des hommes qui ont un idéal dilférent. L'Italie était épanouie merveilleusement lorsque, devançant les autres nations, elle les conduisait vers un monde nouveau, et qu'elle renfermait encore des éléments latinisés dans la forme, mais purement germaniques dans le fond. Durant de longs siècles, ce beau pays qui, déjà sous l'Empire, était tombé dans un état de stérilité absolue, posséda une source vivifiante de sang germanique pur.
Les Celtes, les Lombards, les Goths, les Francs, les Normands avaient envahi presque tout le territoire et demeurèrent longtemps dans le Nord et dans le Sud sans se mélanger, soit qu'ils formassent, étant incultes et guerriers, une classe à part, soit parce que les droits juridiques des Romains et des Germains restèrent distincts dans toutes les classes du peu])le jusqu'aux xiii et XIV® siècles. La fusion a par suite été difficile, comme le note Savigny; ces dilférentes races germaniques restèrent mêlées aux éléments qui formaient le fond de la population, surtout aux descendants du chaos ethnique romain, et cela par une siinide juxta[)osition dans l'espace, mais ils s'en distinguèrent par les mœurs et jmr le droit.
Pour la première fois, l'inculte Germain prend conscience de lui-même par le contact prolongé avec une civilisation supérieure. Alors se i^ixiduisirent, avec une puissance d'éruption volcanique, certains mouvements qui décèlent le travail souterrain d'où jaillira un monde nouveau ; l'érudition et l'industrie, l'anirmation obstinée des droits de la bourgeoisie, les prémices de l'art germanique.
Ibid,, t. I, p. 693-6<)4.
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lo. L'Italie germanique.
Le tiers septentrional de l'Italie — depuis Vérone jusqu'à Sienne — ressemble par son développement particulariste à une Allemagne dont l'empereur aurait habité bien loin, derrièi^ des montagnes élevées. Partout, dans les provinces, des comtes allemands avaient pris la place des gouverneurs romains, et le roi, hôte passager, était toujours rappelé précipitamment ailleurs, tandis qu'un compétiteur envieux, le pape, poursuivait de près et constamment ses intrigues. Ainsi put se développer de bonne heure, dans cette Italie du Nord, Finstinct propre aux Germains (et dans un certain sens aux Indo-européens en général), instinct qui les pousse à créer des villes autonomes, En elfet, on vit alors surgir une pléiade de villes dignes d'une éternelle mémoire : l>atries de Pétrarque, de l'Arioste, du Gorrège, de Galilée et d'autres hommes immortels, et leur reine à toutes, Florence, l'illustre mère des ai-ts. C'est à ce moment aussi que Rome déchue put se parer à nouveau : le zèle et l'esprit d'entreprise des hommes du Nord firent affluer l'or dans l'escarcelle papale ; leur génie s'éveillait cependant et dota cette métropole languissante qui, au cours d'une histoire longue de deux mille ans, n'avait pas conçu une seule pensée artistique, des inappréciables trésors, produits du génie créateur du germanisme juvénile. — Ce ne fut pas un * rinascimento » comme l'imaginèrent les dilettantes beaux esprits, dans leur admiration excessive pour lem- propre passe-temps littéraire, mais bien plutôt un « nascimento », la naissance d'un être qui n'avait pas encore existé, qui, dans l'art, abandonna les chemins battus de la tradition pour se frayer ses propres voies, qui déploya largement ses
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voiles pour explorer les océans devant lesquels avaient reculé le héros grec et le héros romain, qui arma ses yeux jKJur percer le mystère jusqu'alors impénétré des corps célestes. — Si l'on veut à toute force apercevoir ici une renaissance, ce n'est certes pas la renaissance de l'antiquité, et moins encore la renaissance de cette Rome inapte à l'art, à la philosophie et aux sciences. C'est simplement la renaissance de l'homme libre, allranclii de la puissance nivelante de l'Empire : liberté de l'organisation politique et nationale opposée à la routine universelle; liberté de la concurrence, de la libre initiative dans le travail, la création, l'ellort, opposé à la paisible uniformité de la Cwilas Dei; liberté de l'esprit d'observation opposée aux interprétations dogmatiques de la nature ; liberté de la recherche et de la pensée opposée aux systèmes artificiels des Thomas d'Aquin; liberté de l'invention artistique opposée à la rigidité des formules hiératiques ; enfin, liberté de la foi religieuse s'opposant à Tin tolérante contrainte.
Toutefois il serait inexact d'affirmer que la renaissance du libre individualisme germanique s'est proiluite d'abord en Italie ; elle y a seulement fait éclore la première et impérissable floraison de sa culture. J'ai simplement voulu faire remarquer que, même en ce pays méridional, aux |x>rtes de Rome, l'explosion de vie qui se traduisit de manières si diverses (indépendance de la bourgeoisie, activité industrielle, sérieux scientifique, puissance créatrice dans les arts) fut un fait comi^lètement germanique et, par suite, nettement antiromaiii. Un coup d'œil sur le temi)s d'alors en témoigne; un couj» d'o'il sur le temps d'aujourd'hui le confirme.
Deux circonstances ont amené dans l'intervalle une diminution progressive du sang germanique en Italie : d'abord le mélange de ce sang germanique avec le sani; d'un peuple métis, dé|X)urvu de toute noblesse de race:
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puis la destruction de la noblesse germanique, résultat des guerres civiles interminables, des luttes de ville à ville, des vendettas, des duels et autres explosions de passions déchaînées.
Au nord des Alpes, le cours de l'histoire fut tout différent. On n'y vit jamais pareille floraison, mais jamais non plus pareille catastrophe ; cette catastrophe ne s'explique que d'une manière : par la disparition des esprits créateurs, ou, en d'autres termes, de la race qui les avait engendrés. Une seule promenade à travers la galerie des bustes, au musée de Berlin, suffit pour nous convaincre qu'en fait, le type des grands Italiens a complètement disparu de nos jours. De temps à autre, nous en évoquons le souvenir, quand nous rencontrons une bande de ces géants magnifiques qui travaillent à la construction de nos routes et de nos cliemins de fer. Nous admirons en eux la force physique, le noble front, le nez hardi, l'œil plein de flamme. Mais ce ne sont là que de pauvres épaves échappées au naufrage qui a englouti le germanisme italien. Au point de vue physique, cette disparition s'explique suffisamment x>ar les raisons indiquées. Mais il faut y ajouter comme facteur très important la répression violente de certaines tendances mentales, l'écrasement moral pour ainsi dire, de l'àme de la race. Les rei)résentants du type noble furent ravalés à la condition de terrassiers. Le métis devenait leur maître et ne suivait que son bon plaisir. La potence d'Arnault de Brescia, les échafauds de Savonarole et de Bruno, les tenailles de Gampanella et de Galilée ne sont que des symboles visibles d'une lutte quotidienne contre le germanisme, lutte entreprise méthodiquement dans toutes les directions, jusqu'au complet anéantissement de la liberté individuelle. Qui j^ourrait aujourd'hui séjourner en Italie, fréquenter ses aimables habitants si richement
doués, sans éprouver le douloureux sentiment qu'ici une nation a sombré sans espoir de salut, parce que la force impulsive intérieure, la grandeur d'Ame correspondant à son talent, lui font défaut ?
Cette force, la race seule la confère. L'Italie l'a eue tant qu'elle posséda des Germains. Et ne voit-on pas encore aujourd'hui, dans les régions jadis particulièrement riches en Celtes, en Allemands et en Normands, sa population déployer cette activité d'abeilles au travail, caractéristique d'une race vraiment germanique, et produire des hommes énergiques, qui s'efforcent désespérément de maintenir leur pays uni, et de le diriger vers des voies glorieuses? — Cavour, le fondateur du nouveau royaume, est né dans l'extrême Nord; Crispi, qui sut le diriger à travers les dangereux écueils, compte des aïeux dans l'extrême Sud. Mais, comment redresser un peuple lorsque la source de sa force est tarie !
Et quel sens prennent les mots, quand Leopardi nomme ses compatriotes une race « dégénérée », et qu'en même temps il évoque à leurs yeux « l'exemple des ancêtres »
IbiiL, t. I, p. 694-697.