‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 109 sur 139 · II. L'imitation des Anciens a été funeste · texte numérisé non relu

II. L'imitation des Anciens a été funeste

Les Grecs et les Romains sont à coup sûr les peuj)les auxquels nous devons le plus, sinon pour l'éveil de notre civilisation, du moins j)our celui de notre culture. Nous ne sommes pas devenus pour cela Grecs ou Romains. On n'a peut-être jamais introduit dans l'histoire un terme plus pernicieux que celui de Renaissance. Ce terme impliquait en effet l'idée absurde d'une résurrection de la culture grecque et latine, idée digne des âmes de métis d'une Europe méridionale dégénérée, qui considéraient

HOLSTOX-STEWAUT CUAMBERLAIX

la culture comme quelque chose que l'homme peut s'approprier extérieurement. Pour rendre possible une résurrection de la culture hellénique, il ne faudrait rien moins que la résurrection des Hellènes. Tout le reste n'est que mascarade. Ce n'est pas seulement l'idée de Renaissance qui était dangereuse, mais aussi en grande partie les actes qui ont résulté de cette conception. Car, au lieu de recevoir simplement des suggestions, nous avons dès lors subi des lois qui enchaînaient notre originalité. Dans le domaine de la vie publique, le droit romain, élevé à la dignité de dogme classique, devint la source d'une tyrannie et de contraintes inouïes. Ce n'est pas à dire que ce droit ne soit pas aujourd'hui encore un modèle de technique juridique, une admirable et éternelle école de jurisprudence; mais que ce droit nous fut imposé, à nous autres Germains, comme un doi^me, ce fut certainement un grand malheur pour notre dévelo])pement historique. En elfet, non seulement il ne s'aecom modait point à nos conditions d'existence, mais encore c'était un organisme mort, mal compris; de nos jours même, ce n'est qu'après les recherches les plus précises d'histoire romaine que sa signification ancienne et vivante a été découverte. Pour pouvoir en saisir véritablement l'esprit, il nous fallut d'abord faire sortir le Romain de sa tombe.

Ce n'est pas seulement en philosophie que nous dûmes devenir des « servantes » ancillœ, docilement soumises à Aristote. Cette loi d'esclavage pénétra toutes nos pensées, toute notre activité. C'est uniquement dans le domaine industriel et commercial qu'on allaénergiquement de lavant; aucun dogme classique n'entravait ici nos efforts; même les sciences physiques, l'exploration du monde, eurent à soutenir un combat acharné; toutes les sciences de l'esprit, de même que la poésie et l'art, eurent à lutter plus àprement encore, et le combat n'a pas

encore abouti à une complète victoire, à un affranchissement définitif. Ce n'est certes pas un pur hasard si le poète de beaucoup le plus puissant de l'époque de cette prétendue Renaissance, Shakespeare, et son plus puissant sculpteur, Michel Ange , ne connaissaient aucune langue morte. Qu'on se représente dans quelle superbe indépendance nous apx^araîtrait l'auteur de la Divine Comédie^ s'il n'avait pas emprunté son Enfer à A'irgile, et son idéal politique au droit de la décadence byzantine et à la CiMas Dei de Saint Augustin...

Ce que nous aurions du apprendre de l'hellénisme c'était, pour la vie, la signification d'un art développé organiquement; et pour l'art, la valeur d'une personnalité intégrale et libre. Nous lui avons emprunté tout le contraire : des imitations stéréotypes, et la tyrannie d'une esthétique construite après coup.

Ibid, t. I, 7112-13.

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