‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 12 sur 139 · L XVI II · texte numérisé non relu

L XVI II

LE PAX<;KUSi AMSMK PHILOSOPHIQUE

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l'Allemai^iio esthéiiilc entre les nations, paico qu'elle sait seule les secrets divins. La science historique comparée démontre ([u'il y aune régularité des p^rands faits sociaux et (jue les iails par lesquels est assurée la prospérité durable des nations s'amoncellent pour rAllenuii^ne en un prodifçieux amas de pprandeur. Le peuple allemand est priviléu^ié, non pas que sa destinée soit uni(pu\ mais parce qu'il totalise les expériences de tous les peuples et reste étranger il leurs imperfections. Lncomhrante apologie, (pii a déjà l'inconvénient de fausser les perspectives de riïistoire. Mais elle devient dangereuse à partir du jour oîi la géographie se fait comparée à son tour et, de la généralité des faits de violence d'autrefois, dégage de prétendues nécessités qui ne font que prêter leur nom à des amhilions impatientes.

La plus vaste de ces enquêtes de géographie com- I parée est celle de Friedrich Hatzel, fondateur de l'Anthropogéograpliie. (le n est pas nous qui nierons la valeur de ce vigoureux et lucide esprit. Mais qu'il ait incurvé la science vers la pratique, qu'il ait été un bon patriote allemand avant d'être un savant, cela n'étonnera personne de ceux qui connaissent l'esprit des Lniversités allemandes.

Nous ne trouvons rien à redire au principe lamarekien cpii inspire les recherches de Ratzel : entre les Ktals et le sol (pi'ils occupent il y a une relation élroite, parce cpie tout vivant se nourrit de la terre et (pie les Ktats sont composés de vivants, in Ktat est un frai^meut d'humanité, mais aussi une parcelle de surface terrestre. Pour le géographe, un peuple est un groupement d'hommes qui, sans être néces-

sairement de même race ou de même langue, sont réunis par le territoire qui leur est commun (i). Organiser ce territoire, tirer parti de ses richesses et des facilités qu'il offre pour le trafic, consolider les avantages qu'il offre pour la défense, ou l'agrandir pour se procurer des avantages défensifs, des facilités de trafic, des richesses minières, végétales ou animales, c'est l'essentiel de la vie de tous les peuples. Cette lutte d'un peuple contre son sol imprime son caractère à toute sa vie collective. L'évolution d'un Ktat est toujours un fait territorial. Les peuples qui s'en rendent compte plus ou moins clairement décident ainsi de leur destinée.

Les luttes historiques sont, pour Ratzel, des luttes entre peuples qui font une évaluation différente de la terre, ou entre peuples qui se disputent un sol dont ils ont reconnu toute la valeur. Un peuple cultivé qui apprécie la terre à un haut prix s'insinue dans les interstices dès possessions d'un peuple primitif; c'est ce que font les Européens quand ils colonisent chez les Peaux-Rouges ou chez les nègres. Entre peuples civilisés, les guerres, qui ne sont plus des guerres d'extermination, ont depuis deux mille ans pour objet la conquête de la terre.

Du rapport exact entre les visées d'un peuple et son territoire dépendent sa force et sa durée; et il y a des peuples qui d'emblée font le mauvais choix. Les peuples de commerce maritime n'ont pas toujours le sens exact de la puissance territoriale. La destinée i<' la Phénicie, de Carthage, de la Grèce, nous

I h\ Ratzel. Politische Geoi^raphic. a" édit., igoS, p. 5.

LE PANGERMANISME PHILOSOPIIIQL'E

apprend combien faible est la lon^évilé d'une politique sans base territoriale suflisante. ('es puissances avaient le commerce du monde anlicpu* : les puissances continentales, la Perse, Rome prévalurent. La Hollande avait des l'actoreries à Maidiattan, à l'endroit même où est aujourd'hui Xew-York. Elles sont rasées du sol, mais les paysans anglais ont fondé les Ktals-Unis (i). Il faut entendre cette leçon: <.< Quiconque exploite commercialement des territoires au lieu de les occuper par des hommes en est tôt ou tard dépossédé. » L'Allemaii^ne ne commettra pas la faute des faraudes puissances commerciales de riiistoirc. Son expansion ne sera pas une simple WeltpoUtik de négoce. Elle prendra pied sur des terres nouvelles. La France est la nation-type entre celles à qui fait défaut le sens du réel. Elle concpiiert des territoires, mais elle n'a pas la |)opulation nécessaire à les occuper. Entre sa force et la surface oîi elle prétend s'étaler, il y a une disproportion, ([ui^sera une cause de ruine. Mais elle a, pour elle et les peuples voisins, établi un principe (pii est, dans une large mesure, opposé au principe territorial : le principe des nationalités. Elle veut (pu* les Etats soient des peuples de même origine et de même langue. Régression que cela (ein irùcksehritt ins Un territoriale). <f A la longue cette politiciue ne pourra pas se maintenir devant la politique géographique, (fui tout d'abord envisage le sol. » La politique des nationalités ne fait œuvre viable que si elle agglomère des fragments de peuples en un Etat capable de les orga-

[i) Ratzel. PoUtische Géographie, p. 35.

PRÉFACE

niser et de les défendre. Le i)rincipe français tendrait à disjoiiulre des i)opulalions ditférenfes de langue, de race et de civilisation, comme l'Autrichellongrie ou la Turquie, quand déjà un Étatisme superposé à elles les unissait par des tenons solides. Toute politique vraie, et par conséquent la polili(pie allemande, sera géogra[>hique. Elle n'aura cure des populations (ohne allé JUicksicht au/ die JhHvohner). Elle ne se préoccupera que d'étendre cl de fortilier son territoire. Mais comme des i)euples voisins peuvent à merveille partager celte saine conception de la politique, leurs relations naturelles et inévitables^ seront l'état de guerre. Car il n y a pas dinnnobilité possible à la surface du globe. Les territoires (pii enrichissent, ceux qui commandent les voies de cornnnmication ou ont une issue sur la mer, décident de la force durable, de la prolilication future, de la vigueur avec laquelle aurait lieu la poussée stratégi(pie ou navale. On tache de se les arracher. Et ce ne^ont |>as les peuples primitifs qui font le plus souvent la guerre. Il y a eu de nouvelles espèces de guerre à mesure que la civilisation découvrait des moyens nouveaux de tirer parti du t/rrain.

On admirera toujours l'ingéniosité et la vi-ucur de l'analyse par la([uelle Ratzel détermine rintluence que les groupements humains reçoivent de leur situation géographique. Il y a une éducation des '•onunes par l'espace, terrestre ou maritime. C'est «'ans cette description que Ratzel se révèle le ^uccesseur vrai de Hegel. Il ne se borne pas ' une aftirmation vague de riniluence du milieu, ï* '^'agil (le possibilités précises, d'impossibilités

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limitatives que l'espace et la situation ouvrent ou

imposent.

Un espace étroit occupé par une population dense hâte la maturité de cette population. Les ressources économiques et les avantages politiques de son territoire sont plus vite connus et mis en valeur. Les petits États ont une grande histoire, de meilleure heure. Cela se vérifie pour les cités greccpies, pour Rome, pour les villes italiennes de la Uenaissance. Mais sans doute ils ne sont (lue des précurseurs. L'État-cité linit par s'ahsorher dans TKtatpeuple. Les villes, foyers intenses de vie sociale dans un espace restreint, continuent alors à dominer les vastes étendues rurales (i). Les vastes espaces, oîi se meuvent à l'aise des populations clairsemées, mais ohligées par le climat à travailler, engendrent des peuples d'ambition robuste et inculte. Un peuple placé devant la lâche de remplir et d'exploiter des espaces considérables tend à devenir un grand organisme d'exploitation économique. Ces taches immenses ciracent la préoccupation de la culture intensive et line, elFacent aussi les rivalités entre cités trop intensément vivantes. L'espace à conquérir remplit d'une espérance matérielle épaisse ces nations. Un grand souille d'optimisme passe sur les Ktats-Unis, sur l'Australie, sur la Russie. La Colombie britannique ne cherche plus à se séparer du Canada depuis que le Canadian-Pacilic permet une exploitation intensifiée du sol à toutes deux. La (pierelle de l'Autriche et de la Hongrie s'est apaisée un

PREFACE

(i) Uatzkl, Politische Géographie, p. k^o-^itii.

temps par l'occupa tioii de la Bosnie et de l'Herzégovine.

La lutte des nations est au fond l'antagonisme de diverses conceptions spatiales. A la longue, ce qui triomphe, ce sont les conceptions spatiales vastes. H sullit de mettre à leur service l'énergie qui occupera réellement les étendues conquises. L'énergie sédentaire et limitée par des conceptions spatialement étroites ne triomphera jamais. Tout ce qui fait la valeur des espaces privilégiés, tous les moyens qui permettent de « dominer l'espace >),la vitesse, la fré- (|uence, l'abondance large du trafic. Ratzel le sait à merveille. Il sait les fonctions de l'île ou de la presqu'île, de la situation côtière ou intérieure, de la montagne ou du fleuve. Il détermine comment les routes du trafic, multiples et emmêlées, se fondent eu de larges artères oîi se déverse le courant puissant de la circulation maritime ou terrestre, et entre les([uelles se multiplient sans fin des artérioles elles-mêmes ramifiées. Il sait la garantie que donnen» pour la sûreté stratégique les frontières de telle ou telle forme. Il peut dire ce qui cause l'invincible poussée de tous les peuples vers la merf

Et une fois atteinte, cette mer que les Romains voulaient ouverte et libre (mare naliira omnibus patet), Ratzel nous apprendra pourquoi elle allume aussitôt les jalousies nouvelles et un besoin de domination qui n'admet pas de rivaux. C'est une éduca- Irice impérieuse que la mer. Mais elle n'accorde pas à tous les peuples les mêmes faveurs. Elle élargit l liorizon de tous ceux qui la touchent. Sparte, si martiale, n'eut jamais la largeur de vision que l'habi-

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