‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 13 sur 139 · I.XXIV · texte numérisé non relu

I.XXIV

tilde de naviuriier et le souci de ravitailler une llotle et des stations navales nombreuses donnaient aux Athéniens. Pourtant, la mer ne favorise pleinement que ceux à qui elle est rude. La condition de Méu^are «st trop douce, près d'une mer semée d'îles, qui facilitent l'existence du marin, mais le dispensent de Taudace. Les Phéniciens, sur une mer sans îles, dépassent vile les naviîçateurs ^recs de l'archipeL Mais à leur tour, les Celtes et les \'ikinjçs normands, dès qu'ils inventent l'art de naviguer, dépassent les plus aventureux Phénif^iens. C'est que l'Atlantique a trempé leur courage. Venise recule dès que les Portugais et les Espagnols ont |)ris l'habitude de la navigation transocéanique. La mer crée d'emblée des puissances qui aspirent à la domination du monde. (Das Meer erzieht WeltniadUe,) Rome, si conslamment victorieuse sur- terre, n'a pu devenir la Rome impériale (pie le jour oîi sa marine lui permit de jeter des armées à l'improviste sur n'importe quel rivage.

Rien de rapide comme la croissance d'une [niissance navale. La Ligue hanséatique et la Hollande conquièrent la maîtrise des mers en une génération. Mais pas tic rivalité plus acharnée (pie celle des grandes puissances de la mer. Athènes n'a pu supporter que Corinthe eut une Hotte. L'Angleterre a dû toujours anéantir la force navale qui croissait le plus rapidement à côté de la sienne. Entre toutes les hégémonies, la maîtrise des mers est la plus ombrageuse et celle (jui est le plus tenacement exclusive. Toute politique navale est agressive, et il n'y a dr» paix que le jour où il n'y a plus (pi'une seule Hotte

PREFACE

au monde. (]e moment est arrivé plusieurs fois. Rome n'est devenue la puissance incontestée dans le monde antique que le jour oîi la lïotte carthaginoise fut détruite. L'Angleterre n'a la maîtrise des mers que depuis ïrafalgar. Cette grandeur, pourtant, peut être aussi fragile que soudaine. Athènes a été ruinée le jour oîi les rois macédoniens ont su Li couper de ses bases navales au dehors. La Hollande, Venise se sont effondrées d'un seul coup : la marine conquiert rhégémonie, mais ne peut la faire durer. H y tant une base territoriale suffisante. Rome a été uni([ue au monde parce que, la première, elle a su joindre la puissance territoriale à la puissance navale. Voilà pour({uoi l'Angh^lerre moderne est si vorace de terres nouvelles. Réussira-t-elle à se sauver du destin de Venise et de la Hollande? Si la seule chance de durer, pour un grand peuple, est d'être à la fois puissant sur terre et sur mer, quelle sera la juste part à faire à ses forces militaires et à ses forces navales? C'est le secret de demain; et Ratzel espère bien qu'on verra se reproduire le spectacle d'une puissance uniquement maritime et « balayée >> du globe par une seule défaite.

Est-il besoin de dire que RatzeL songe à l'Allemagne pour la faire bénéficier des Icc-ons de son enseignement? Il scrute le passé allemand avec son critère de la « politi([ue géogra[)hique ». (Qu'était-ce que ce Saint-Empire qui, de nom encore, subsistait en i8o5? Un grand corps mou, animé d'une ambilion spatiale exagérée, d'une vérilable fringale d'espace. Non pas que ses desseins fussent dénués de sens. Un regard sur la carte monirc rEnq)ire des Hohen-

LE PANfiKRMAMSME PHILOSOPHIQUE

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staufen, sans cloute plus étendu à l'ouest (jusqu'à la Meuse et jusqu'aux Cévennes), et moins à Test (il lui manquait la Prusse, la Pologne prussienne, la Silésie, la Hongrie), mais, au total, très analogue à la Triple- Alliance d'hier, Italie comprise. Il y eut là un profond instinct du vieil empire; mais la fonction de l'empereur, sa vieille fonction royale de justicier omniprésent, était faite pour un très petit espace. Charlemagne, pour y suffire, a diï faire 12.000 lieues à cheval durant sa vie. Quelques grands empereurs purent faire comme lui. Les autres s'usèrent à la besogne. Il s'ensuil que les grands vassaux, les ministériaux s'enrichissaient, désobéissaient. L'Église, quoique unitaire et au service d'une idée spatiale plus grande, contribuait au morcellement, à mesure ([ue ses monastères ou ses évéchés s'enracinaient au sol. L'empire dépendait de ces fonctionnaires nobles et ecclésiastiques. Ils en arrachaient des parcelles sans cesse. La prospérité même de ce grand territoire, où passaient de l'est à l'ouest, du sud au nord, les routes commerciales de toute TEurope, était une nouvelle cause de faiblesse. Des villes naissaient en foule sur ces routes de trafic intense. Précocement, elles s'hyperlrophiaient, devenaient puissantes et libres. Elles contribuaient à faire de l'Allemagne une sorte de Grèce médiévale, déchirée par des rivalités. La mer, unificatrice toujours, poussa un temps les villes hanséatiques à s'allier. Les larges et ambitieuses idées qui viennent de la mer, sont entrées en Allemagne par les villes libres fédérées, Liibeck, Hambourg, Brème, et toutes celles qui s'échelonnaient le long du Rhin et jusqu'en Bothnie. Le vieux

regret de List se réveille dans le géographe contem-

porain, de constater que la grande ambition maritime des Hanses n'ait pu se joindre à la grande ambition continale de l'Empire. Cette faute qui ne pouvait être évitée dans le passé, il suppliera donc l'Allemagne moderne de n'y pas retomber.

Rien n'est exact comme cette explication géogra phique des destinées de l'Allemagne, dans Ratzel. L'Allemagne ancienne, celle de l'ouest et du sud, se composait d'une foule de principautés et de baronnies indépendantes. Le morcellement commencé ne s'arrêtait plus. Personne ne sentait le besoin et personne n'avait la force de maintenir l'unité. La petitesse d esprit des Allemands d'autrefois venait de là. En qui pouvait naître le souci de l'ensemble, <lc la frontière à défendre, qui n'était qu'une péri- |)hérie lointaine, sur laquelle tous n'étaient pas situés? L'ancien Empire allemand a péri de ce morcellement.

('es petits Etats si faiblement agglomérés colonisaient pourtant. Ils déversaient sur l'est, par delà la Saale et l'Elbe et le long du Danube, leur trop plein d'hommes. Ratzel remarque ici un tait général d'une importance immense. Les territoires de colonisation sont toujours plus étendus que ceux de la niélropole. Comme les États du Far-West sont infiniment plus grands (|ue les États de la Nouvelle Aii^lc terre d'où ils sortent, ainsi, au temps de Rodolphe <ie Habsbourg, les Marches d'Autriche et de Styrie, i-elles de Brandebourg, sont vastes et d'un seul lenant. C'est pourquoi, une fois remplies de colons, 'Iles devinrent le siège des monarchies dirigeantes.

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