‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 20 sur 139 · ALLEMANDE · texte numérisé non relu

ALLEMANDE

Il n'y a pas une de ces doctrines qui ne soit une apologie de la guerre. Non pas de la guerre conçue comme légitime défense et comme dernier recours d'un droit qui ne peut consentir à capituler, mais de

(i) Rbimek, Ibid., p. IJ2.

(2) Ibid., p. 387.

la guerre préventive, olfensive, fructueuse et salutaire. Fichte, qui avait commencé par établir la tiiéorie de « la vraie guerre » toute défensive, plus tard dicte aux dirigeants le devoir de s'agrandir à tout prix. Pour Hegel, la guerre, c'est la raison militante elle-même en marche à travers l'histoire, et par qui s'établit la hiérarchie rationnelle entre les peuples. Pour les catholiques allemands, l'invasion germanique, c'est, aux heures fixées par la Providence, le déluge purificateur. Une immense clameur de guerre, après avoir sourdement prolongé l'écho du canon de Leipzig et de Waterloo dans des commémorations sans nombre, reprend, pour ne plus s'éteindre, en 1840. Une Allemagne qui apportera à la France ses présents sanglants, l' « effroi et Tépouvanle » amassés dans toutes les montagnes allemandes comme un « orage noir », voilà ce que chantent, en 1841, les vieux bardes des guerres de libération (r). Toute félite militaire allemande, et d abord son jeune chef Moltke, pense \ alors que r Allemagne a le droit d'unifier par la guerre le domaine de la langue et de la civilisation allemandes, en y englobant tout d'abord la Belgique et la Hollande (2). Pour Paul de Lagarde, la guerre est de droit divin dés qu'on empêche l'Allemagne de conquérir pour son épanouissement religieux le substratum territorial qu'il exige. Treitschke estime que, par la guerre, une justice sublime se consomme; et que les nations, si elles n'ont pas la sagesse de main-

(i) Arndt, /Ifo Thiers die Welschen aaffçeviihrt hatte, 1841.

(2) Moltke, Die ivestUc/ie Grenzfrage, 1S41. (Clcs. Schriften, t. II,

PllEFACE

tenir en elles ré(|uilibre de forces frustes, qui interdisent tout désordre et tout ratllnement intellectuel, ne peuvent être cJiàtiées que par l'extirpation. Toute la nouvelle école de sociologie .aréosrrapliique, Ratzel et Lainprecht en tète, enseigne que la guerre est une façon normale de réaliser la conception spatiale qui vit dans la re|>résentation collective qu'un peuple se fait de sa destinée. Les pangermanistes du renouveau de i8})o, un Langbelni et un Friedrich Lange, propagent ce sentiment que « toute nation enracinée sur son proi>re sol a de temps en temps besoin de la guerre plus que de la paix, de même que, dans la nature, la vie est favorisée non seidement par le soleil et les pluies légères, mais aussi par l'orage et par les tempêtes ».

Au terme, il y aura deux types de doctrines de la guerre : une doctrine anthropologique, qui a le culte des races, une doctrine politique, qui a le culte de FEtat. Klaus W agner et le général von Bernhardi ne seront pour nous que des échantillons (ju^on pourrait aisément multiplier.

Klaus ^^agner est l'héritier de toute la lignée des sociologues anlhropologistes. C'est pourquoi la sagesse politique, pour lui, se résume à demander la colonisation de la terre par les races les plus parfaites. Le peuple le plus actif, le plus vigoureux, le plus prêt au sacrilice (c'est-à-dire le plus cultivable), est en droit de posséder la majeure parlie du globe! Or, comment reconnaître en lui ces qualités, si ce n'est par la guerre? Les Allemands sont prolifiques. Mais les Mongoloïdes ou les négroïdes le sont-ils moins? Les Allemands peuvent-ils les laisser pul-

luler? Se mêleront-ils à eux? Leur laisseront-ils Tiniliative de l'attaipie, s'il leur plaît d'asservir l'Europe? Un peuple libre et lier a besoin de rester le maître de ses destinées, et il mettra sa race à l'abri de promiscuités hasardeuses. Pour ne pas devenir le manœuvre corvéable des races inférieures et pour n'avoir plus à leur disputer le sol nécessaire à son expansion, il les parquera définitivement dans des « réserves », d'oîi il ne leur permettra plus de sortir.

Heureux serions-nous s'il n'y avait que la guerre contre les peuples inférieurs ! ^lais il y a les rivalités entre peuples « germanoïdes ». L'histoire des trois cents derniers siècles est un cimetière de peuples indo-européens éleints. Que subsiste- t-il des Iraniens, des Celtes, des Italiotes primitifs, des Hellènes, des Macédoniens? Il restait les Latins, il y a cent ans encore-: ils ont succombé. 11 subsiste les Slaves, dont les Germains ne sont pas tiers d'être les frères, et les Anglo-Saxons qui disputent aux Allemands la suprématie. S'il est vrai que les races germanoïdes ne soient vivaces et nobles qu'en raison de leur aflinité de sang avec les Germains, on peut donc prévoir (pie de tous les germanoïdes survivants, il ne subsistera plus que les Allemands. Ce serait là, du moins, la justice. Or, celte justice-là ne s'établit (|ue par la guerre; et comme la justice est mise en péril sans cesse par les races inférieures, la sélection des plus nobles races ne peut, de nécessité, s'accom- |)lir que par une « guerre éternelle ». C'est par la guerre sans cesse renouvelée que triomphera le germanisme, selon l'école anthropologique.

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LE P\\(;KRMA\ISME PHILOSOPHIQl'K

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L'autre école, dont le f<énéral voii Bernliardi est le y porte-parole le plus iioloiie, établit une sociologie de l'Etat. Au rationalisme prussien de Frédéric II et de Treitschke, qu'il fait sien, il donne pour complément une sommaire bioloi?ie sociale, où l'Kiat est considéré comme un vivant soumis aux lois de la lutte pour la vie. Le machiavélisme frédérieien, auquel avait adhéré Fichte, rejoint ainsi ce darwinisme oîi les philosoplies pangermanistes, depuis Friedrich Lange et Julius Hart, cherchent des espérances. L'Etat est puissance, avaient dit Hegel et Treitschke; et, seule, sa puissance croissante peut le mettre en état d'accomplir ses devoirs envers la civilisation et envers les citoyens qui attendent de lui protection et prospérité. Ces devoirs, dérivés de sa mission, lui imposent un devoir primordial <[ui les résume : avoir soin de sa force et letendre. Il ne I)eut ni sacrifier ses intérêts à un autre État, ni renoncer à étendre sa puissance au détriment d'au- Irui. U « égoïsme sacré » est sa loi unique, et sa seule immoralité serait d'èlre faible. Il s'ensuit d'emblée que la guerre est la loi des États, connue elle est la loi des vivants.

Dure loi, mais qu'il laut bénir. Si la sélection par la guerre est fortiliante, qu'on n'y objecte pas, surtout, le témoignage de là conscience ou les prescriptions du droit. La conscience est imprécise et varie de peuple à peuple; le droit codille un ensemble de pactes étayés par la force; et l'équilibre des forces venant à changer, il est équitable que leur expression dans le droit change. De cette force aucun arbitre n'est juge. Elle s'impose par sa pesanteur massive.

L'astuce des faibles prétend recourir aux fictions des tribunaux d'arbitrage et aux artifices diplomatiques. Les forts déchirent ces toiles d'araignée à coups d'épée. L'Allemagne est forte et elle est dans le l)esoin : deux raisons pour frapper.

Et ce n'est pas la force brute qui frappera. L'Allemagne s'est montrée digne de ses victoires passées. La puissance lui a donné un prodigieux développement industriel et a stimulé infiniment son activité intellectuelle. A ce travail allemand, il taut un atelier agrandi; à cet idéalisme allemand, il faut une matière à pétrir, qui ne peut être ([ue la |)lanète. D'autres nations, la France, l'Angleterre, osent contrecarrer son effort. « Il nous faut abattre la France, de telle sorte, qu'elle ne puisse phis jamais nous barrer le chemin, » dit von Bernhardi (i). A l'Angleterre, il conviendra de poser des conditions. Il faudra qu'elle renonce à sa suprématie maritime; quelle laisse s'achever les guerres continentales méditées par l'Allemagne et consente à une confédération de l'Europe centrale sous l'hégémonie germanique: ([u'elle cesse d'entraver l'Autriche aux Balkans et ne se mette plus en travers des plans coloniaux allemands, ou des projets allemands de stations navales. Ces plans coloniaux, en quoi peuvent-ils consister, puisqu'il ne reste plus de terres non appropriées?

0 De telles acquisitions territoriales, dans l'étal présent de répartition des terres, nous ne pouvons les réaliser qu'aux dépens d'autres r.tats, ou en les agrégeant à nous. Cela n'est

(i) Vu\ Behxhahdi, L'Allemagne et la prochaine guerre, Irad. françaist', 1916, p. lo'î.

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