‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 23 sur 139 · CXLVIII LE PAXCIKRMAMSMK PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

CXLVIII LE PAXCIKRMAMSMK PHILOSOPHIQUE

loi propre, imposée par elle à ceux qui se refusent à la reconnaître, jusqu'au jour où une éducation coërcitive leur aura arraché leur consentement. Il n'y a uruère d'esprit cultivé en Allemagne qui ne soit pénétré de cet enseignement et qui n'y soit plié. Il se difluse par les solennités scolaires et politiques. Quand il se produit un de ces brusques remous religieux, comme en l'ont naître la rêverie maladive des masses ou rhystérie théâtrale des apôtres, l'Évangile nouveau qui s*y propage est toujours le même et très vieux Kvangile. celui de la plus grande AUemagne voulue par Jésus-Christ. De Paul de Lagarde aux plus récents fondateurs de cénacles, les littérateurs tels que Hart, les journalistes tels que Friedrich Lange ou Driesmans, les pasteurs tels (pie Johannes Mïdler sans cesse découvrent d'un regard prophétique la terre promise à T Allemagne. Du haul de la colline de Hayreuth, le même message, enveloppé sans doute de musique magnifique, est envoyé aux quatre coins de l'horizon. Dans la famille de Wagner, un hérault d'armes nouveau, Houston-Ste vvart Chamberlain, surgit et, — avec la gloire du nuiître qui a su résoudre cette angoissante énigme : Was Lst deutscli ? — proclame à son de trompe que l'Allemagne doit être et sera la première puissance du monde. Pas une chaire d'Université oii les mêmes dogmes ne soient enseignés comme des vérités démontrées el délinitives. La doctrine de Treitschke dominait l'enseignement des historiens et des juristes. Celle de Ratzel domine à présent renseignement des historiens et des géographes; et pour elle la guerre apparaît comme une fonction néces-

PREFACE

saire de la vie sociale. Par une propagande si générale et si influente on peut dire que l'intelligence allemande entière est militarisée. La clameur des [)ublicistes retentit des lieux communs de la métaphysique pangermaniste, parce qu'auparavant la méditation passionnée des penseurs s'était saturée (les plus banales croyances populaires. Une nouvelle csj)èce de pseudo-philosophes foisonne : ce sont les fondateurs de Ligues, les ap()tres ambulants, les pamphlétaires salariés et qui tous vaticinent en termes philosophiques. En lin de compte, il ne reste plus guère de journal impérialiste qui ne tienne à honneur de hurler les appétits allemands, comme s'ils étaient d'inéluctables lois de l'histoire.

S'il faut répondre à ces sophismes, soustrayonsleur d'abord leur fondement religieux et métaphysique : i« il n'y a pas de peuples élus, et la philoso[)hie attardée qui affirme une telle prédestination manque de critique et de savoir; 2^^ il n'y a pas non plus, dans la réalité sociale ou naturelle, de nécessité mécanique; el la science qui affirme ce déterminisme est à son tour une métaphysique superliciclle et attardée. Rien ne nous permet d'affirmer autre chose que des faits contingents, et le lien observable de cause à effet qui les joint est luimême un lien de fait. Mais on devine l'arrièrepcnsée de ceux qui, dans la foule ou dans Uélite allemandes, prétendent croire à une prédestination ou à un déterminisme naturel par lequel le peuple allemand est poussé. Pas de plus impérieuse arro- ^^mce que de s'écrier : « Place pour nous! Nous sommes le Destin divin! La Fatalité vient par nous!

LE PAXGEUMAMSME PHILOSOPHIQUE

El nous lions avançons conmie un ék'nient de la naUire! » Les réalités, qui pèsent par elles-mêmes d'un poids assez lourd, le peuple allemand prétend les alourdir eneore de tout le sentiment de l'irrésistible. Il entend les imposer ainsi, quand elles le servent, au vouloir des autres hommes, sans leur laisser aucune chance de les modifier. Si le peuple allemand est providentiellement prédestiné ou si des causes ^éojçraphiques, démo2:raphiques, économiques, stratéj^iques Toblii^ent, par une poussée dont il n'est pas le maître, à étaler sa force sur le monde nécessairement, quel recours y a-t-il contre cela? Fin des sens contraires, alors, la volonté des hommes est d avance déterminée. La volonté allemande est grisée de sentir cet inévitalde incarné en elle. Sur le vouloir des autres nations, une hypnose paralysante s'appesantit. Cette doctrine du providentiel et du déterminé est la ruse la plus profonde dont se serve la métaphysique allemande pour renforcer l'orgueil délirant dont elle s'est faite l'auxiliaire. Elle est aussi le narcotique par lequel elle compte engourdir les velléités de résistance.

Il n'y a pas un des dirigeants allemands de premier plan qui n'ait été rempli de cette double croyance en la prédestination du peuple allemand et en la nécessité qui ne lui laisse pas le choix. Bismarck avouait <pie le courage de déchaîner le lléau de trois guerres lui aurait été impossible sans la conviction d'entrer dans les voies assignées à TAllemagne par la Providence. Une telle croyance en la prédestination allemande renforçait le réalisme déterministe qu'il confessait dans l'entretien fameux

rHKFACE

avec Ivaroly, en i8fe : . „ „ous faut acquérir. la

oi-ce vi.alc nécessaire à notre existence pomique. »

(.eue force v.talc, la Prusse ne pouvait l'acquérir

qucu drainant les ressources de toute l'Allcnla.nx.

u.u'H.e: et plutôt que de renoncer à cette conqué.e

Bi-narck menaçait Karolyi des pires catastrophes'

Les ressources du pays allemand unifié ne sulfisent

plus aujourd hui à lan.bition politique allenrande.

- endue d un Empire égal à celui des tsars, aux

Ktu s-ln.s ou à l'Empire britannique la rassasierait

'ont juste. Les exigences de cet appétit, yMù la

--^..voda la loi; et on pourrait les |)roplietes :

" Le peuj.le allemand, uni dans nn p«.>,.!. i patriotique, sera le bloc de ^ranU 1. L ' *^'' '•<"""'»'<'e

Dien poirra cMifioret rarach? o l'œ. rel'v- ■"?' ''"■^"'^"'• propose <lans le n.onde. ., cnd.salr.ee .ju'il se

(;uillaun.e II .affirmaU. le 3. août rgo,, à «rèn.e. )e cette m.ss.on, le peuple allemand avait la certil..de fervente depuis un siècle. Le souci des dirigeants allemands, connne le prince de HiUow l'-, reconnu, a toujours été de ne pas laisser s'assoupi; cette ferveur : ^

« Ceci est l'airaire des suides intpllr.Pi»«ic ""■ suit aussi docilement Ju '" XÏ^^ n.a^:^^T" '"""'^

Cette passion unanime, attisée savannnent et sans "lac .0, on pensait ensuite la jeter sur le n.onde

Vs^lasse^geantes y gagnaient de jouir en paix

^ -Jîiii-ow, la PoiUi,„^ alt.,na,uU>, trad. M. HerLetle, ,«,4,

LE PAXr.EUMANISME PHILOSOPHIQIE

de leurs privilèiçes sociaux. On n'a pas besoin d'élargir les droits démocratiques du peuple, si on le fanatise, selon le plan de BiUow, (< par une politique vivante, résolue, grande dans ses ambitions, énergique dans ses moyens » (i). Les desseins de cette politique, les gouvernants d'Allemagne les fixent. Mais ils comptent sur la collaboration des penseurs allemands pour en imprégner l'élite et la foule. Plus certains, par expérience, de refficacité d'une telle propagande, que tels parmi nous, aveuglés jusqu'à en douter, quand déjà elle nous cernait de son enveloppement mortel (2).

Charles Anhlkr.

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