‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 25 sur 139 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

LE PRÉDESTINATIONNISME MÉTAPHYSIQUE

(i)Bvi^o\\, Jm Politi^nic allemande, p. M.

a Je dois des'remerciemenls très vifs à mon colUpie 1. RouKt, professeur à la Sorbonne, qui a bien voulu revoir la traduction des documents qui suivent; et les traducteurs lui sont reconnais sanls, leslpremiers, des^retouches dues à sa plume élégante.

FICHTE (1762-1813

Il n'est pas (pieslion ici do tracer uu ivsunié de la vie de Fichle. Sa biojj^rapiiie par son (ils, Iminanuel llernianu Ficbtc (Joliann-Gottlieb Fickte^s Leben und literar lâcher Brie twechael i83o, 2 vol., 2« éd. 1862) est ^^n toutes les mains. Une bioi^naphie monuiiientale est préparée par les soins d'un Français, M. Xavier Léon, (jui a déjà consacré à l'interprétation du philosoi)he un beau livre, La Philosophie de Fichte>, i()02.

Nous citerons Ficbte d'après l'édition des Œuvres complètes {Saemtliche Werke, 8 vol., Herliii, 1845-46) et les trois volumes d'ouvraj»^es posthumes {Xachgelasseiie Werhe) qui avaient précédé en i835.

O (pie nous avons ici à faire saisir du doigt, c'est comment le disciple rijj^ide de Kant, celui qui croyait, « seul de tous les vivants », avoir compris Kant et avoir pénétré le principe kantien, j>our en faire le moyen d'atteindre « à la vérité pure et à l'entière clarté », peut passer pour un devancier du pangermanisme. 11 faut se garder de considérer Fichte comme un rationaliste, dont le système, établi selon des formes d'une logique rigoureuse, serait destiné à satis-

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faire les besoins de la raison morale universelle. 11 y a beaucoup de vrai dans sa plainte : « La Doctrine de la science (c'est-à-dire la doctrine de Fichtf) a semé quelques étincelles dans le monde, comme Kant lui-même ; mais quant à lavoir saisie dans son principe, c'est ce qui n'est arriv('' à personne (jue je connaisse. » Aujourd'hui encore, les exposés courants (les historiens de la philosopliie se méj)rennent sur lui. Peutêtre n'y en a-t-il pas de plus pénétrant (pie l'essai de Fiuiz (ifx.ARTEX. {Fichte als relig-iteser l)en/{er, 191 'Ji. C'est une pensée religieuse que celle de Fichte, féconde en éruptions passionnées. La continuité du système de Fichte est dans un [letit nondire de sentiments et de vouloirs puissants et profonds, que les événements du temps soulèvent en soubresauts violents et de sens contraires. Ces sentiments et ces vouloirs, Fichte essaie <le les rétléchir dans une pensée consciente : Selbsthesi/unmg- uiid SelbHtverstdndii^nn g ^ réfléchir sur soi et s*entemlre soi-même, voilà tout l'ellort de sa philosophie.

En essayant de saisir ainsi, dans des formes réfléchies, le contenu de la conscience, Fichte reste fidèle à l'esprit de son temps. Le xviiF siècle, avait-il écrit dans les Grnndzùge der ^ei>;em\.merti^en Zeitalters i Traits fondamentaux du temps présent ., est (. l'époque de l'intelligence et des conce[>ts intelligibles >'. 11 le méprisait, parce que ce siècle ne voulait tirer des concepts que de l'expérience sensible. Il croyait, quant à lui, pouvoir les tirer d'ailleurs, et du fond le plus profond d(^ la conscience.

Son système afl'ecte donc une construction logique très rigide; c'est l'elfort le j>lus puissant pour clarilier et recueillir dans des notions intellectuelles un contenu que de telles notions sont impropres à renfermer. Car ce que sa réflexion découvre au fond de la conscience, c'est tie la passion visionnaire et la plus énergique volonté. Un exposé qui décrirait la philosophie lie l'ichte, seulement dans son efl'ort pour vaincre un insurmontable obstacle, c'est-à-dire pour donner la forme d'une construction à de puissantes elfusions sentimentales qui ne sont pas de nature logique, se méprendrait sur la qualité même de son expérience intérieure.

Mais cette forme logique ajoute encore à ce qu'il y a de péremploire dans les afiirmations de Fichte. Ce pauvre fils de tisserand, (pii avait gardé les oies près de la chaumière paternelle, et qui, après ses études en théologie, avait assuuK' tout le labeur humiliant d'un précepteur de grande famille, s'était toujours senti une àme de chef. Son orgueil impérieux, dès ses années d'université, se sentait responsable de la destinée collective de son peuple et de l'humanité. Ses dialogues sur le Patriotisme et son contraire ( 1807) disent bien

FICHTE y

comment il concevait son rôle U; : Le don de gouverner les hommes était autrefois rafl'aire du génie. « 11 semble que ce génie, comme toute espèce de génie, ait disparu du monde ; et, depuis lors, le gouvernement est devenu une technique qui a son savoir, ferme et inaltérable... 11 faut l'apprendre non comme un métier, mécaniquement, mais par une intelligence rationnelle, claire et scientilique'. » Celte science rationnelle, il croyait l'avoir ajjjjortée le jiremier. C'était à peu près le contraire de ce que nous entendons par science. Il appelait n délire » la prétention de construire une inlerpiétalion du monde [)ar la seule juxtaposition des résultats de la science spécialisée. Les vérités qu il ajiportait, quant à lui, lui paraissaient uniliir tout ce que la science de détail laissait épais; mais elles étaient très sinqdes à saisir, telles ne ( oncernaienl jamais que la liberté humaine et la conscience que nous en avons. L'efl'ort de réflexion que supposait ce savoir était excet)tionnel : mais il était accessible à quicolujne jiossédait la vie vraie de l'esprit. 11 supposait de la brave iire et du caractère. Nous en devenons incapables par l'oblitération en nous de la spontanéité intérieure; et des peuph s entiers, les Juifs et les F>ançais notamment, ont collectivement, jiar une longue corruption, éteint en eux cette sjiontanéité. Kn tous les antres elle peut se réveiller, si des écrivains en (pii s'est faite la révélation de la vie nouvelle de l'esprit les secouent de leur torj^eur. Les penseurs ont ainsi un rôle analogue, chez Fichte, à celui des [irophètes d'Israël, en attendant d'être 1( s éphorcs que l'Etat lutur chargera de contrôler le pouvoir exécutif.

Le sentiment dominant chez Fichte, c'est celui d'une ci-e nouvelle qu'il faut préparer. 11 s'agit de transformer l'hunianilé entière par une éducation dont Fichte apporte les formules, de même qu'il sait seul le sens dans leciuel se fera ce grand renouvellennMit. Prodigieuse assurance. Elle ne fait ({ue reproduire, dans l'enseignement de F'ichte, ce qui est le trait dominant de son caractère et le contenu de son système. Caractère, enseignement, système : c'est chez Fichte tout un : une volonté qui construit une représentation, où elle se traduit en entier, impérieusement. Sans doute, c'est l'humanité entière que Fichte, de la sorte, prétend reconstruire ; mais une humanité d'espèce g( rmanique. Et si ce vouloir torrentiel a besoin de moyens machiavélicpies, Fichte n'hésitera pas. On <"n jugera par les textes qui suivent.

(I) yachgclasseue H'e/V.e, t. 111, a35 sq.

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