I. On ne peut accorder le droit de cité aux Juifs
A travers presque tous les pavs d'Europe vit répaiulue une nation puissante et hostile, en guerre perpétuelle avec toutes les autres, et qui, dans certains Etats, opprime durement les autres citoyens ; c'est la nation juive. Je ne crois pas, et j'espère le dt'montrer, que tîette nation soit redoutable du fait qu'elle forme un Etat isolé et fortement unifié, mais bien du fait que cet Etat est fondé sur la haine de tout le genre humain. Voici un peu[)le où le moindre individu fait remonter la lignée de .ses ancêtres jusqu'à une époque antérieure aux origines de notre histoire et reconnaît pour le fondateur de sa race un émir plus ancien que nos premiers ancêtres, — légende que nous avons classée nous-mêmes parmi nos articles de foi ; ce [)euple voit dans tous les peuples les descendants de ceux qui l'ont chassé d'une patrie passionnément aimée ; il s'est condamné et il est, de fait, condamné à vivre d'un négoce mesquin, qui amollit le corps et tue toute capacité de sentiments nobles; x>ai* la loi la i)lus astreignante que connaisse l'humanité, par la religion, ce peuple est exclu de nos fêtes, de nos joies, des doux et cordiaux échanges de notre jovialité ; jusque dans ses devoirs et dans ses droits, et jusque dans le sein du Père éternel, il nous tient séparés de lui; d'un [)areil peuple que pouvait-on attendre, si ce n'est ce que nous voyons? Dans un Etat où le monarque absolu n'a l)as le droit de me prendre ma chaumière paternelle, et où je puis faire valoir mon droit contre un ministre tout-puissant, le premier Juif venu est libre de me piller impunément, si bon lui semble. De ceci vous êtes tous témoins, vous ne pouvez le nier, et vous j^rononcez les mots doucereux de tolérance, de « droits de l'homme et du citoyen », tandis que vous lésez
FICIITE
en nous les droits primordiaux de riiomme ; vous ne savez comment témoigner assez de charité et de support envers ceux qui ne croient pas en Jésus Christ et que vous comblez de titres, de dignités et d'honneurs, tandis que pour ceux dont tout le crime est de croire en Jésus-Christ autrement que vous n'y croyez, vous les injuriez publiquement et leur arrachez, avec leurs dignités civiles, le pain qu'ils ont honorablement gagné. Ne vous souvenez-vous pas de ce qu'est « l'État dans l'Etat »? Et cette idée toute naturelle ne vous vient-elle pas. que les Juifs, déjà membres d'un Etat plus solide et plus puissant que tous les vôtres, si vous leur accordez par surcroît le droit de cité parmi Vous, en viendront à écraser complètement tous vos autres concitoyens?
Puissent ces pages rester exemptes du souffle empoisonné de l'intolérance, si étranger à mon cœur! Le Juif qui, par delà les remparts solides et quasi infranchissables amoncelés. devant lui, parvient à l'amour de la justice, de l'humanité et de la vérité, est un héros et un saint. Je ne sais s'il existe ni s'il a jamais existé. Je le croirai dès que je l'aurai vu. Mais qu'on ne cherche pas à me passer en fi'aude l'apparence pour la réalité ! J'admets que les Juifs ne croient pas en Jésus-Christ, et même qu'ils ne croient pas en Dieu, pourvu qu'ils ne croient pas à l'existence de deux lois morales et d'un Dieu ennemi des hommes. Il faut leur accorder les droits naturels de l'homme, bien qu'ils refusent de nous les reconnaître; car ce sont des hommes et leur injustice ne nous autorise pas à les imiter en cela. Ne contrains jamais un Juif contre son gré et ne soutire pas qu'on le contraigne si tu es le mieux placé pour l'empêcher; (•'est ton devoir élémentaire. Si tu as mangé hier et que tu aies faim, et que tu n'aies de pain que pour aujour- «l'hui, donne ce pain au Juif alfamé qui est j)rès de toi
lO
LE PANGERMANISME PHILOSOPIIK^)! K
et qui n'ii pas man^é hier; tu feras très bien. Mais leur donner des droits civiques, ce n'est possible qu'à une condition : leur couper la tête à tous la même nuit, et leur en donner une nouvelle qui ne contienne x^lus une seule idée juive. Pour nous protéger contit» eux, je ne vois non plus qu'un seul moyen : con<[uérir pour eux leur terre promise et les y expédier tous.
Dans les Etats où les Juifs sont tolérés, mais non point les libres penseurs, nous voyons clairement de quoi il en retourne. — Ton cœur de père (i) tient avant tout à maintenir ta relii^ion. Vois ces Juifs; ils ne croient [las en Jésus-C.brist; tu ne devrais pas soulfrir cela; et je vois que tu les combles de bienfaits. — « Oh ! ils ont une fausse croyance et cela me suffit. Croyez en Zoroastre, en (^onfucius, en Moïse ou en Mahomet, croyez au pape, à Luther ou à Calvin, peu m'importe, pourvu que vous croyiez à une raison extérieure à vous. Mais tu prétends avoir une raison à toi, voilà ce que je ne soulfrirai pas. Reste mineur, sinon tu me porteras ombrage. » — Je ne veux i)as dire qu'il faut persécuter les Juifs à cause de leur foi, je veux dire qu'on ne devrait persécuter personne à ce suj<'t.
Je sais que devant certains doctes tribunaux on pourrait attaquer toute la morale et son produit le plus sacré, la religion, plutôt que de toucher aux Juifs. A ceux-ci je déclare que je n'ai jamais été trompé par un Juif, parce que je ne me suis jamais commis avec un Juif, et que j'ai plusieurs fois pris la défense de Juifs qu'on tourmentait, cela à mes proi)res risques et à mon propre détriment; ce n'est donc pas l'animosité qui i)arle par ma bouche. Ce que j'ai dit, je le tiens pour vrai, je l'ai dit en ces termes parce que je l'ai cru nécessaire ;
(i) Fichle s'adresse ici à un souverain imaginaire.
FlCllTE
j'ajoute que l'attitude de beaucoup d'écrivains contemporains devant la question juive me paraît très illogique et que je ci^ois avoir le droit de dire ce que je pense et comment je le pense. Si mes paroles déplaisent, qu'on ne m'injurie pas, qu'on ne me calomnie pas, qu'on ne fasse pas de sentiment, mais qu'on réfute les faits que j'avance.
J.-CJ. FlGHTE.
Beilràge zur Berichlignng der Urteile des Pnbliciwis ûber die franzôsische Révolution, 1-93. (S. W. t. VI, p. i4()-i5i).