La çéînté chrétienne ne pouvait être comprise
que des Allemands.
La clarté nouvelle (de la Renaissance) est venue des Anciens ; elle est tombée d'abord sur le fover de la culture néo-latine, elle y est devenue simple notion d'entendement, incapable d'agir sur Li vie pour la transformer.
Mais l'ancien ordre de choses ne put plus durer, dès que cette lumière fut tombée dans une àme religieuse, ])our qui la religion était cliose sérieuse et pénétrait toute la vie; dès qu'un peuple se trouva auquel il était aisé de communiquer cette concej)tion nouvelle et plus grave de la religion ; dès que ce peuple eut trouvé des chefs qui répondaient en ([uelque mesure à ses besoins les plus directement ressentis. Si bas qu'ait pu tomber le christianisme, il subsiste toujours en lui un élément qui est vérité et qui éveille à coup sûr une vie toute réelle et indépendante, c'est le souci de se demander : Que devons-nous faire pour être sauvés? Si cette question était tombée sur un sol stérile, soit que l'on ne se demandât même pas s'il exisie en réalité un salut, soit que tout en admettant ce point on n'eût pas la volonté ferme
FICIITK
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et décidée (rétre soi-même sauvé, on peut dire d'emblée que, sur un sol pareil, la religion aurait été impuissante à pénétrer la vie et la volonté, et serait restée flottante, comme une ombre lalote, dans la mémoire ou dans rimagination. Dans ce cas, tous les ellorts qu'on pouvait tenter ultérieurement pour expliquer les idées religieuses régnantes devaient, [)ar la force des choses, rester sans iofluence sur la vie. Si au contraire cette question tombait sur un sol spontanément lecond, dans un milieu où Ton crût sérieusement à la réalité du salut, où Ton eût la ferme volonté d'être sauvé, où l'on employât à cette lin, dans un esprit de foi profonde et de sérieuse loyauté, tous les moyens de salut indiqués par la religion jusqu'alors régnante, du moment où cette lumière tombait enfin dans ce milieu que son sérieux même avait tenu fermé plus longtemps que les autres à toute lumière sur la nature de ces moyens de salut, une etfroyable indignation devait naître, en découvrant par quelles impostures les âmes avaient été frustrées du salut; une inquiétude active devait s'éveiller, un effort pour trouver ce salut par quelque autre moyen; car ce qui paraissait destiné à précipiter les âmes dans la perdition éternelle ne pouvait être traité comme une plaisanterie. De jdus, l'individu saisi le premier par cette vérité ne pouvait en aucune façon se contenter de ne sauver que sa propre âme, sans se soucier du bien de toutes les autres âmes immortelles; car une conséquence de sa religion nouvelle et plus intérieure était qu'en négligeant les autres, il n'aurait même pas réussi à sauver la sienne. Il devait donc, avec la même angoisse qu'il avait ressentie pour son propre compte, lutter pour ouvrir les yeux de l'humanité tout entière sur cette maudite supercherie.
Or c'est ainsi que la vérité, possédée auparavant par beaucoup d'hommes d'autres pays, et peut-être avec une clarté rationnelle plus grande, tomba dans l'ânte d'un
homme allemand, Luther. En fait de culture classique et de raffinement de l'esprit, en fait d'érudition et d'autres avantages, bien des étrangers lui étaient supérieurs, et même beaucoup de ses comi)atriotes. Mais un sentiment s'était emparé de lui avec une force souveraine : l'angoisse au sujet du salut éternel; elle devint la vie essentielle au cœur de sa vie; pour elle il risqua continuellement le tout pour le tout; elle lui donna cette force et ces talents que la postérité admire en lui. D'autres, peut-être, se sont servis de la Réforme pour des fins temporelles, mais ils n'auraient jamais triomphé, s'ils n'avaient eu à leur tête comme chef un homme enthousiaste des choses éternelles. Celui-ci, aux yeux de qui le salut de toutes les âmes immortelles était en jeu, s'est attaqué sans peur et le plus sérieusement du monde à tous les diables de l'enfer; le fait est tout naturel et n'a rien de miraculeux. C'est une preuve du sérieux et d(* la conscience des Allemands.
Il était dans la nature des choses que Luther posât à tout individu, et d'abord à l'ensemble de sa nation, cette question qui intéresse tous les hommes, et que chacun doit résoudre pour son propre compte. Mais comment son peuple a-t-il reçu ce message? Est-il demeuré dans son obtuse quiétude, enchaîné au sol par des alfaires terrestres, suivant sans se troubler son chemin habituel? Ou bien la manifestation insolite de ce puissant enthousiasme a-t-elle excité son rire? Loin de là. Il a été saisi, au contraire, comme d'une flamme communicative, du même souci pour le salut des âmes, et ce souci ouvrit bientôt les yeux de tous à la clarté complète, et tous ont saisi au vol le don qui leur était oflert. (]et enthousiasme était-il simple élan fugace de l'imagination? Devait-il ne pas tenir devant la vie, dans ses luttes graves et ses dangers? Loin de là. Ils renoncèrent à tout, subirent toutes les tortures, combattirent dans des guerres san-
glantes et incertaines, uniquement i)our ne pas retomber sous la puissance du ]^apisme maudit, et afin qu'eux et leurs enfants continuassent à voir luire la lumière de l'Evangile qui est le seul salut. Et, si longtemps après les apôtres, on a vu se renouveler en eux tous les miracles que le christianisme à ses débuts faisait éclater chez ceux qui le confessaient. Tous les documents de cette époque sont remplis de cette universelle préoccupation du salut. Voyez ici un trait particulier du caractère allemand : il s'élève facilement par l'enthousiasme à n'importe quel enthousiasme et à n'importe quelle clarté; et son enthousiasme dure autant que la vie et transforme la vie.
FiciiTE. Reden an die deiitsche Nation (Discours à la nation allemande.) 6^ discours; — dans Sânitliche Werke 1846, t. VII, p. 346-348.