‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 28 sur 139 · Portée générale de la Réforme religieuse allemande · texte numérisé non relu

Portée générale de la Réforme religieuse allemande

Luther a même trouvé, dans son zèle probe, plus qu'il ne cherchait, et a de beaucoup dépassé sa doctrine... En cela, il est devenu le modèle de tous les siècles à venir, et son omvre, il Ta accoini>lie pour nous tous. Voyez ici encore un trait fondamental de l'esprit allemand. Dès qu'il cherche, il trouve plus qu'il ne cherclie ; car il plonge au torrent de la vie vivante, qui coule de son propre élan et l'entraîne avec lui.

La Réforme fut certainement injuste envers le i)apisme dans sa façon de le comi)rendre, car elle ne l'a i)as jugé du dedans. Les formules du catholicisme avaient été, pour la plupart, tirées vaille que vaille du langage d'alors ; elles étaient pleines d'emphase asiatique, destinées à être prises pour ce qu'elles voulaient dire, avec toutes les

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restrictions qu'elles comportaient; jamais elles n'avaient été sérieusement mesurées, pesées ou réfléchies. La Réforme, dans sa gravité allemande, les prit au pied de la lettre. Or elle avait raison de croire qu'il faut tout prendre au pied de la lettre, mais elle avait tort de croire que les autres avaient pris les choses comme elle, et de les inculper de fautes plus graves que la platitude et la superlicialité qui leur étaient naturelles...

Le sérieux avec lequel on traita l'ancien système théologique l'obligea lui-même à plus de sérieux que par le passé ; il dut reviser, renouveler l'interprétation et consolider les étais de la vieille doctrine ; il fut contraint pour l'avenir, à plus de prudence dans la vie et dans la doctrine. Que ceci, et ce qui va suivre, vous soit un témoignage de la manière dont l'Allemagne a toujours réagi sur le reste de l'Eurojie...

Mais c'est dans un autre domaine que l'Allemagne, par sa Réforme ecclésiastique, a eu sur l'étranger une influence générale .et durable, non pas sur le peuple celte fois, mais sur les classes cultivées; et l'étranger, grâce à cette influence, a pu devenir en retour un précurseur pour l'Allemagne, et Tinciter à une nouvelle activité créatrice. La pensée libre et autonome, ou philosophie, s'était déjà souvent éveillée et exercée dans les siècles passés, sous le régime de l'ancienne doctrine, non pas toutefois pour produire d'elle-même la vérité, mais seulement pour démontrer que la doctrine de l'Église était vraie, et de quelle façon elle était vraie. Chez les protestants allemands, la philosophie eut d'abord la même tache à remplir au service de la nouvelle doctrine, et fut la servante de l'Évangile comme elle avait été chez les scolastiques la servante de l'Église. A l'étranger, soit qu'on ne possédât point l'Évangile, soit qu'on ne le comprit pas avec la ferveur et la profondeur de sentiment qui sont propres aux Allemands, la libre pensée, excitée

lïSLT son brillant triomphe, s'éleva j)lus aisément et plus haut, aflVanchie de toute croyance au supra-sensible ; mais elle demeura dans les chaînes matérielles de la croyance à l'intelligence naturelle ( Verstand) qui se développe indépendamment de la culture et des mœurs ; et bien loin de découvrir dans la raison pure {Vernunft} la source de la vérité qui se justifie elle-même, la libre pensée conféra aux jugements de cet entendement grossier l'autorité que les scolastiques avaient reconnue à l'Église, et les premiers théologiens protestants à l'Évangile. La vérité de ces jugements n'était pas mise en doute ; la question était seulement de savoir comment défendre cette vérité contre des assertions contraires.

Or, comme cette pensée n'abordait même pas le domaine de la raison pure (Fer/iaAi/)5i, dont l'opposition eiit été plus grave, elle ne trouva d*autre adversaire que la religion positive telle qu'elle s'était constituée historiquement, et en vint aisément à bout, en la confrontant avec le bon sens présumé sain, et en démontrant clairement qu'elle y était contraire. Il arriva donc que, cette évidence ayant été reconnue, les noms de philosophe, d'irréligieux et d'athée prirent à l'étranger un sens équivalent et devinrent un même titre d'honneur.

Ce qu'il y avait de juste dans cette tendance de l'étranger, l'effort fait x>our se libérer complètement de toute autorité extérieure, fut un stimulant nouveau pour les Allemands, qui, par leur Réforme religieuse, avaient été les promoteurs de ce mouvement. Sans doute, il se trouva parmi nous des esprits inférieurs, subalternes, qui se contentèrent d'adhérer à cette doctrine étrangère, de préférence même à la doctrine tout aussi accessible de leurs compatriotes, probablement parce que la première leur jiaraissait plus distinguée, et qui tâchèrent de se peisuader tant bien que mal eux-mêmes qu'elle était vraie. Mais x>artout où s'éveillait l'espj it allemand autonome, le

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sensible ne suffisait plus, et la tâche s'imposait de chercher le supra-sensibh», non plus sur la foi d'une autorité étrangère, mais dans la raison mêm(% et de créer ainsi, pour la première fois, une philosophie véritable qui considérerait, ainsi que cela se doit, la i)ensée libre comme la source d(^ toutr» vérité indépendante. C'est à quoi Leibniz a visé, par opposition avec la philosophie étrangère, et cc^ but a été atteint par le véritable fondateur de la philosophie^ allemande moderne^ qui, an surplus, n'hésita pas à avouer qu'il avait été stimulé par une assertion étrangère à laquelle il avait donné par la suite un(^ portée plus profonde que son sens primitif. Depuis lors, le problème a été chez nous c^itièn^ment résolu et la philosophie a été achevée'; il faut pour le moment se contenter de h^ dire, en attendant le jour où ce sera compris. Ceci admis, il en résulterait que, une fois de i^lus, grâce à l'action de l'antiquité s'exerçant sur nous i)ar l'intermédiaire de l'étranger néo-latin, une vérité entièrement .neuv(^ serait née dans notre patrie allemande.

Ibid, j). 35 1-353.

î Ce que c'est qiïiine nation; et que les Allemands seuls

sont une nation.

La philosophie' véritabh', la j^hiloso^Dhie autonome et îucomplie, celle qui, par delà les phénomènes, a pénétré leur essence, ne sort pas de telle ou telle vie particulière : elle sort, au contraire, de la vie une, pure, divine, dc^ la vi<» al)solue, qui reste vie éternellement, et subsiste dans une éternelle unité... Cette philosophie est donc proprement allemande, c'est-à-dire primitive ; et inversement, si quelqu'un deve^nait véritablement allemand, il ne pourrait i)hilosopher autrement...

LE PANdEUMAMSME PHILOSOPHIQUE

Si nous avons jusqu'ici procédé avec justesse dans notre enquête, il en doit ressortir que seul l'Allemand non adultéré..., c'est-à-dire l'homine qui a conservé l'intégralité de ses forces primitives a un peuple vt a le droit de compter sur un i^euple, que seul il est capable d'aimer sa nation de l'amour vrai et conforme à la raison.

L'instinct naturel de l'homme, instinct dont il ne faut se départir que dans les cas de véritable nécessité, c'est de trouver le ciel sur c<'tte terre déjà, et de mêler à sa tache terrestre et quotidienne de l'éternellement durable; c'est de planter et de fair(^ croître de l'impérissable dans l'éphémère, non pas seulement d'une manière inconcevable, et communiquant avec Téternel par l'abîme qui reste insondable aux yeux mortels, mais d'une manière visible même aux yeux mortels.

Quel esprit noble ne souhaite, par ses actes ou par sa l)ensée, de jeter, pour sa race, une semence de perfectionnement infini et progressif à jamais, de poser dans le temps quelque chose d'absolument original et nouveau, qui subsiste éternellement à travers les àg(»s et d(»vienne la source intarissable de créations toujours nouvelles? Or, quel peut être le garant de cette prétention et de cette foi de l'homme supérieur dans la durée et l'immortalité de son œuvre? Ce ne peut être évidemment qu'un ordre de choses qu'il pourrait reconnaître comme éternel, et capable d'accueillir en soi de l'éternel. Or, cet ordre de choses existe : c'est l'àme, im^^ossible à enfermer dans un concept sans doute, mais réelle, l'àme propre à la collectivité humaine d'où il est sorti lui-même, avec ses actes et ses pensées, et avec sa foi en leur éternité ; c'est le peuple d'où il est issu et parmi lequel il s'est formé pour devenir ce qu'il est à présent. . .

Or, voici ce qu'est un peuple, au sens supérieur du mot, sens qu'il a si l'on admet l'existence d'un monde de Tesprit : un peuple, c'est l'ensemble des hommes qui

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vivent en commun à travers les Ages, et se perpétuent entre eux sans adultération, physiquement et moralement selon une des lois particulières du développement du divin.

Il est clair que des hommes comme ces étrangers décrits par nous, qui croient, non pas à une réalité primitive et qui évolue, mais à un cycle éternel de simples phénomènes, et dont cette croyance fait des fantômes semblables à ce qu'ils croient, ne constituent pas un peuple au sens supérieur du mot, et comme ils n'ont pas d'existence réelle, ils ne sauraient avoir un caractère national.

L'essence spirituelle de l'humanité n'a pu se manifester qu'en se réfractant dans la hiérarchie si variée des individus, et de ces individualités agrandies que sont les peuples. C'est quand chaque peuple, livré à lui-même, se forme et se développe coni'ormément à son originalité', et quand, dans ce peuple, chaque individu se développe* en conformité avec cette originalité collective aussi bien qu'avec la sienne propre, c'est alors que l'image de la .livinité se forme et se rettète, comme elle le doit, dans le miroir qui lui convient, H il faut n'avoir aucun sens de la loi et de l'ordre divin, ou en être l'ennemi juré, pour vouloir entreprendre sur cette loi suprême du monde de I ("sprit. C'est dans les qualités cachées des nations, dans celles dont elles-mêmcvs n'ont pas conscience, mais par où elles communiquent avec la source de la vie primitive, que réside la garantie de leur dignité présente^ et future' *!<' leur vertu, de leur mérite ; si ces qualités se trouvent "inoussées par des i'rottements ou des adultérations, les nations s'éloignent pour autant du principe spirituel des ' '^oses, et elles tombent ainsi dans l'égalité d'une plati- '"<1«' où tout finit par se confondre dans [un même et 'luituel écrasement.

Les Allemands demeurés dans leur patrie avaient conservé toutes les vertus originelles de leur pays : fidélité, probité, honneur, simplicité. Mais ils n'avaient reçu, en fait de culture supérieure de l'esprit, que ce que le christianisme du temps et ses docteurs j)ouvaient donner à des hommes vivant dispersés. C'était peu; aussi restèrent-ils en retard sur leurs frères de race; et sans doute ils étaient braves et probes, mais encore à demi barbaries. Toutefois des villes naquirent parmi eux, construites par des hommes du peu[)le. Dans c(*s villes, toutes les branches de la vie civilisée atteignirent bientôt une admirable lloraison. On v vit naître des constitutions et des institutions civiles, i>roportionnées à la modestie de leur cadre il est vrai, mais excellentes, et qui furent pour tout le i)ays des modèles d'ordre et d'amour de l'ordre. L'extension de leur commerce contribua à la découverte du monde. Leur ligue fut redoutée des rois. Les monuments de leur architecture subsistent encore et ont bravé l'usure des siècles; la postérité les admire et confesse devant eux son impuissance.

Je ne comparerai pas les bourgeois de ces villes libres du moyen âge aux autres classes sociales de l'Allemagne d'alors ; je ne demanderai pas ce que faisaient, pendant ce temps, la noblesse et les princes; mais si on les compiive aux autres nations germaniques, à part quelques régions de l'Italie que les Allemands ont d'ailleurs égalées dans les beaux-arts, les dépassant et devenant leurs maîtres dans les arts utiles — ceux-là mis à part, les bourgeois allemands étaient les civilisés, les autres étaient les barbares. L'histoire de l'Allemagne, l'histoire de la i)uissance allemande, des entreprises, des inventions allemandes, des monuments allemands, de l'esprit allemand, se réduit pour cette période à l'histoire de ces villes allemandes. p. 355-356.

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Si l'on regarde à l'essentiel et non aux apparences, on constate que, dès que l'Allemagne baisse, toute l'Europe baisse aussi.

La nation allemande est la seule d'entre les nations de l'Europe moderne qui ait démontré, depuis des siècles, par l'existence de sa bourgeoisie, qu'elle peut supporter la constitution républicaine.

[Les Français] ne possèdent pas de moi qu'ils se soient formé par eux-mêmes; ils n'ont qu'un moi historique, né du consentement iiniçersel; l'Allemand, au contraire, possède un moi métaphysique.

Ibid., p. 36:2; 377-78; 379; 380-82; 467; 357;

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