‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 29 sur 139 · Le peuple allemand est resté pur d'égoïsme · texte numérisé non relu

Le peuple allemand est resté pur d'égoïsme

conquérant.

La nation allemande, suffisamment unifiée par une langue et une mentalité communes, assez nettement séparée des autres peuph's, vivait au centre de l'Europe» formant un remijart entre des races étrangères les unes aux autres; assez nombreuse, assez brave pour protéger ses frontières contre toute agression du dehors, vivant de sa vie propre et peu disposée, par tempérament, à s'informer des peuples voisins, à s'immiscer dans leurs allaires et à exciter leur hostilité par les inquiétudes qu'elle aurait pu leur causer. Au cours des âges, un <lestin favorable la préserva de particijîer directement au pillage des autres continents... Or, c'est depuis ce partage que l'Europe chrétiemie, qui longtemps avait été unie, même sans en avoir nettement conscience, et avait montré son unité par des expéditions conduites en

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commun, cVst après ce partage que l'Europe se ti^ouva divisée en plusieurs parties distinctes : depuis lors il y eut une jjroie commune, que chacun convoitait de la même manière, i^arce que tous voulaient en faire le méunt usage, et qu'aucun ne jwuvait, sans envie, la voir aux mains d'un autre. C'est à jîartir de ce moment qu'il y eut un motif d'inimitié secrète et d'hostilité de tous contre tous. Dès lors, ce fut un gain pour les peuples que de s'annexer des peuples, même d'origine et de langue différentes, soit par la conquête, soit tout au moins par des alliances, et de s'approprier leurs ressources. Un peuple qui reste fidèle à la nature, s'il se sent à l'étroit dans son territoire, peut bien vouloir l'agrandir par la conquête de territoires voisins, dont il chassera les habitants; il se peut qu'il veuille échanger un climat rude et infécond contre un climat plus doux et plus fertile : dans ce cas encore, il bannira les premiers habitants; il peut, lorsqu'il commence à dégénérer, entreprendre des expéditions de pur et simple brigandage, où, sans convoiter le sol ni les habitants, il s'empare simplement de toutes les ressources utilisables et abandonne ensuite les pays dévastés ; il peut enfin répartir comme esclaves entre ses propres habitants, les habitants du pays conquis, ainsi que des objets utilisables; mais s'annexer comme élément de la nation la population étrangère telle quelle, c'est ce qui n'offre pour lui aucun avantage et ce qu'il ne sera jamais tenté de faire. Toutefois, s'il s'agit d'arracher à un rival, de force égale ou supérieure, une proie commune et alléchante, le cas est différent. Quelque rapport qui puisse s'établir par ailleurs entre nous et le peuple vaincu, ses poings, à tout le moins, sont utilisables dans la lutte contre l'adversaire qu'il nous faut dépouiller, et chaque individu qui s'ajoute à notre force est le bienvenu. . . Personne ne veut partager avec un autre ce qu'il possède en propre; chacun prétend dépouiller son voisin, dès quille

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peut. Si un peuple se tient tranquille, c'est parce qu'il ne se sent pas assez fort pour attaquer; il attaquera sûrement iiès qu'il sentira en lui la force nécessaire. Ainsi le seul moyen de conserver la paix, c'est que personne ne soit assez puissant pour la pouvoir troubler, et que chacun sache qu'il y a dans l'autre camp une force de résistance égale à sa force d'attaque; c'est qu'il se constitue ainsi un équilibre et une balance de forces, grâce à quoi soient garantis, quand tous les autres moyens sont épuisés, le patrimoine de chacun et la i^aix de tous. Le système fameux de l'équilibre européen suppose donc ces deux conditions : une proie à laquelle personne n'a droit, mais dont tous ont envie, et un véritable esprit de racine toujours actif chez tous. Cela étant, cet équilibre serait en elfet le seul moyen d'assurer la paix, si seulement on trouvait au jjréalable le moyen d'assurer cet équilibre idéal lui-même, et d'en faire une réalité.

Mais ces conditions se sont-elles vraiment rencontrées partout, sans exception aucune? La puissante nation allemande, placée au cœur de l'Europe, n'est-elle pas restée étrangère à ce 2)illage et j)ure de toute contagion de convoitise, dans l'impossibilité presque d'élever même aucune prétention de ce genre? Si elle était restée unie dans une volonté commune et une force commune, les autres Européens auraient eu beau se massacrer sur toutes les mers, dans toutes les îles et sur tous les rivages : au centre del'Eurojîe, la solide muraille allemande les aurait empêchés d'en venir aux mains; là du moins, la paix aurait régné et les Allemands auraient sauvé leur tranquillité et leur prospérité, ainsi que eelh» d'une partie des autres peuj)les européens .

Mais l'égoïsme des jîeuples étrangers, qui jamais ne prévoit que l'avenir immédiat, ne put x^as souffrir qu'il en fût ainsi. Ils trouvèrent que la bravoure allemande pourrait leur être utile dans leurs guerres et que, grâct^

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à elle, ils pourraient arracher la proie à leurs concurrents; il fallait trouver un moyen jiour en venir à ces fins, et l'astuce étrangère triompha sans peine de l'ingénuité et de la simplicité allemandes.

IbicL, p. 461-463.

G. La mission des Allemands est de former un État unifié.

Les Allemands ont été emi^èchés jusqu'ici d'être allemands; leur caractère est du domaine de l'avenir; pour le moment, il n'existe que dans Vespoir dune nouvelle et glorieuse histoire. Le commencement de cette histoire sera qu'ils se feront consciemment eux-mêmes. Ce serait la plus glorieuse des destinées.

Le caractère fondamental des Allemands, c'est donc : !*•) qu'ils inaugurent une histoire nouvelle ; 2«) qu'ils se créent eux-mêmes librement. Aucun monarque existant ne peut faire des Allemands; tout au plus des Autrichiens, des Prussiens, etc. Dira-t-on qu'il pourrait surgir un monarque nouveau, quelque nouveau Bonaparte? Mais il rentrerait aussitôt, en vertu du principe héréditaire, dans le système des princes européens : il n'y aurait qu'un prince et un peuph- de plus en Euro])!'. Ce n'est pas là ce que devrait être le peuple allemand...

Il ne faut donc pas que les Allemands continuent l'histoire ancienne ; elh' ne les a menés à aucun résultat et n'a de réalité, au fond, que pour les savants. Jusqu'ici les savants seuls ont préfiguré l'Allemagne future, par leurs écrits, et par leur vie errante. Les plus éminents au moins ne sont membres d'aucun État jiarticulier ; ce sont des Allemands, et rien de plus... Tous les grands écrivains ont émigré, aucun d'eux n'est arrivé à rien dans sa patrie. Ceci tient à leur caractère : l'Allemand supérieur se sent

toujours à l'étroit dans sa patrie. Ce n'est donc qu'à l'étranger que son talent s'éi)anouit, se dépouille» d(^s contingences nationales et parvient à une universalité supérieure. Ainsi Leibniz, Klopstock, Gœthe, Schiller, les Schlegel. Kant seul fait excei)tioii. . .

Le trait le plus remarquable du caractère national allemand, c'est donc cette existence sans État et au-dessus de l'État, cette culture pui'ement abstraite. Voilà pour([uoi l'Allemagne s'assimile si bien les étrangers, qu'ils soient savants, penseurs ou i)oètes : Fouqué, Villers. L'étranger n'a pas à se transformer; il faut seulement qu'il s'éVeçe à la dignité d'Allemand...

Il ne faut pas oublier que tout ce qui fait le trésor commun de la république des peu[)les européens, tout ciî qui en caractérise les citoyens : générosité, humanité, chevalerie, galanterie, sont des traits originaux du caractère allemand...

L'unité du j^euph' allemand n'est pas encore réelle, c'est un postulat général de l'avenir. Mais elle ne consistera i)as dans le triomphe d'une naticmalité i)articulière, ((uelle qu'elle soit : elle réalisera le citoyen de la liberté. Réaliser ce postulat d'un Empire unique, d'un État intimement et organiquement homogène, c'est la mission «les Allemands, c'est leur rôle dans le jdan éternel de l univers... C'est par eux que se réalisera d'abord un véritable Empire du droit, tel que le mond(^ n'en a jamais vu ; Empire qui égalera l'e^ntliousiasme civique des Anciens l>our la liberté, sans qu'une majorité d'hommes soit sacriliée et esclave. Car cette liberté sera iondée sur l'égalitc' de tout ce qui i)orte une face humaine. Les Allemands seuls, depuis des siècles, sont réservés pour cette grande tik'he, et hautement mûrissent pour cette œuvre. Il n'existe l'as d'autre facteur de ce progrès de l'humanité.

PoHtische Fragmenle (1807 et i8i3). Ibid., ]>. 570-573.

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