Le caractère pofitif/ne des Alieniands
Plus que tout autre peu[de, engagés tlans une éternelle^ contradiction entre leur exigence idéale et ce qui arrive de contraire à cette exigence, les Allemands paraissent non seulement avoir la manie de la critique, mais encore, quand ils parlent de leurs j^i'incii^es, être déj)ourvus de sincérité et d'honnêteté, parce qu'ils posent comme nécessaires leurs ])rincipes du droit et des devoirs, mais que rien ne se j^asse en réalité selon cette nécessité; et euxmêmes sont absolument habitués, soit à voir leurs paroles contredire toujours leurs actes, soit à tacher de i)résenter les événements sous un jour qui les modifie complètement, et d'ajuster à certains principes l'explication qu'ils en donnent.
Mais celui qui voudrait juger de ce qui se passe ordinairement en Allemagne d'après le 2)rincipe de ce qui doit se passer, c'est-à-diie d'après les lois politiques, se tromperait extrêmement. Car la décomxK)sition d'un Élal se reconnaît essentiellement à ceci, que tout s'v fait (n «lépit des lois.
De même on se tromperait, à vouloir chercher dans la l'orme que prennent ces lois leur Ibndement et leur cause
véritable. Car c'est justement à cause de leurs principes ([ue les Allemands seml)lent déloyaux au jioint de n'avouer jamais ce qui est, et de ne jamais donner aux choses qu'une importancîc ou plus grande ou plus minime que leur portée véritable. Ils s'en tiennent à leurs concepts, au droit et aux lois, mais les circonslances n'ont pas coutume de s'y plier, si bien que le ]»arti victorieux tâche, par des mots et par la l'orce des concepts, d'adapter les unes aux autres. Mais le principe qui résume en soi tous les autres, c'est qu'il ne suffit [>as à l'Allemagne, pour être un Etat, d'avoir été jadis un l']tat et d'avoir conservé des formes d'où la vie s'est retirée.
L'organisme de ce cor[)s, qu'on at)pelle la (Constitution politique allemande, s'était formé au sein d'une vie toute dilférente de celle qui l'a animé plus tard et qui l'anime encore. Les formes de cet organisme expriment la justice et la force, la sagesse et la bravoure de tem2)s anciens, l'honneur et le sang, le bien-être et la détresse de races depuis longtemps disparues, de mœurs et de circonstances avec elles abolies. Mais le cours des temps et la marche de la civilisation ont coupé les liens entre ce qui était la destinée de ce passé et ce qui est la vie du temps ï>résent.
L'édifice où habitait jadis cette destinée n'est 2>lus souteim par la destiné(^ de la génération présente ; étranger (^t inutile à ses intérêts et à son activité, il se dresse isolé de l'esprit du monde contemporain.
Si, d'une part, les lois ont perdu leur vie ancienne, «l'autre part la vitalité actuelh* n'a pas su s'enfermer tiaus des lois ; chacune s'en est allée de son coté, s'est cristallisée à part; l'ensemble s'est dissocié, l'Etat n'existe plus.
Cette forme du droit politique allemand a son fondement dans la qualité par où les Allemands se sont acquis
le plus de ^doire, dans leur amour de la liberté. Alors que tous les autres peuples de l'Europe se sont soumis à la domimition d'un Etat collectil', e est cet instinct qui a empêché les Allemands de devenir un peuple subordonné à une puissance politique collective. 1/opiniàtreté du caractère allemand ne s'est ]>as laissé vaincre au point qut; les parties isolées renonçassent à leur particularisme au bénélice de la société, s'unissent toutes dans une collectivité et trouvassent la liberté dans la libre et commune soumissi<m à une autorité politique suprême.
fbid., p. (j-H.