Je qui fait la mission des peuples historiques
Comme Thistoire est l'histoire de l'esprit qui entre dans la forme du devenir, de la réalité naturelle immédiate, les degrés de cette évolution sont donnés comme i\vs principes naturels inuncdiats; cvnx-ci, étant naturels, constituent une [)luralité (hms laquelle chacun a son existence distincte, et cela de telle sorte que chacun d'eux éclioit à un peuple en particulier: et de là son existence géographique et anthropologique.
Le peuple à (jui échoit un de ces principes naturels a p(mr mission de le réaliser durant une des phases (hi développement graduel par lequel l'esprit universel prend conscience de lui-même. Durant cette époque de l'histoire universelle let cette époque ne se présente jamais quunc fois dans r histoire, v. ci-dessus i ce peuple-là est dominateur. Contre le droit absolu que possède ce peuple d'être le
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représentant d'un degré donné de l'évolution de l'esprit universel, le génie des autres peuples est sans droit, et leur époque étant ^iassée, ils ne comptent plus dans l'histoire.
L'histoire particulière d'un peuple historique est faite d'abord du développement du principe qu'il représente, depuis l'état chrysalidique de l'enfance jusqu'à cet épanouissement, où, i)arvenu à une libre et morale conscience de soi, il intervient dans l'histoire universelle; puis aussi d'une période de déclin et de corruption : c'est ainsi que se manifeste en lui la naissance hors de lui d'un principe supérieur à celui qu'il incarnait, et qui en sera la négation. Ainsi s'annonce le passage de r(isprit dans un principe nouveau, le passage de l'histoire à un autre peuple. Xji'dvtir de cette période, le premier peuple, ayant t)erdu son intérêt absolu, sans doute accueille en lui de façon positive le i>rincipe nouveau et s'y adapte, mais ne manifeste plus, à l'égard de ce ju-incipe venu d(î l'extérieur, la fraîcheur et la vivacité d'une essence immanente. Il peut alors, soit perdre son indépendance, soit continuer à vivre ou à végéter comme État autonome ou comme groupement d'États, mais ne sait plus que s'agiter au hasard, en de multiples tentatives intérieures et luttes extérieures.
S'extérioriser dans des prescriptions légales et dans des institutions objectives, à commencer par le mariage et l'agriculture, c'est le dioit absolu de l'Idée, que cette réalisation apparaisse comme une loi et un bienfait divins, ou qu'elle ait l'ai^parence de la violence et de l'injustice. Ce droit est le droit des héros à fonder des Ktats.
C'est en vertu de hi même loi que des nations civilisées considèrent comme barbares, et traitent en barbares d'autres nations, politiquement moins avancées (les l»euples pasteurs traitent ainsi les peuples chasseurs, les
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peuples aji^ricu lueurs traitent encore ainsi les deux catégories précédentes, etc.) ; ayant conscience qu'il y a entre elles inégalité de droits, les plus civilisées ne voient dans l'indépendance des autres qu'une convention lornielle, et agissent en conséquence.
Les guenrs et les conllits qui naissent de là tirent leur importance, au [uyint de vue de Tlnstoire univei'selle, du lait que ce sont des luttes destinées à faire tiioniplier une réalité substantielle délinie.
HkciEL, Plùhtsoplne des Rechis. (Philosophie du droit, ;<^ Yfi, 34;, 35(), 35i.)
<). Le rôle de l'esprit germanique dans le monde.
L'espjit germanique est l'espril du monde moderne, dont la lin consiste à réaliser la vérité absolue, en tant qu'autonomie infinie de la liberté, de cette liberté qui a [»our contenu sa l'orme absolue elle-même. ^La destinée des peuples germaniques (\st de servir de supports au [)rincipe chrétien.
Les Grecs et les Romains avaient atteint leur maturité ([uand ils se répandirent au dehors. Les Germains, au contraire, ont comnunicé par se répandre, par submergei' le monde et se soumettre les Ktats vermoulus et pouiTis des peuples civilisés. C est alors seulement que commence leur propre développement, stimulé par le contact avec une culture étrangère, une religion étrangère, une forme d'Etat et de législation t'trangère. Ils se sont civilisés en absorbant en eux des princijjes étrangers, nuiis en se les soumettant, et leur histoire est celle d'un développement qui a consisté à renti'er en soi-même, à tout rapjjorter à soi...
i^es relations avec le monde extérieur sont donc toutes tlillérentes de ce qu'elles étaient chez les Grecs et les
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Komains. Carie monde chi'éticn est le monde de l'accomj>lisscment : le princii)o est consommé, et les temps sont entièrement révolus : ridc'c ne trouve plus dans le christianisme rien qui ne la satisfasse. Sans doute, pour les individus, dans la mesure où. en tant que sujets isolés, ils sont encore engagés dans les conditions de la vie finie, l'Eglise est la préparation à une éternité qui est encore dans le futur; mais l'Eglise a aussi l'esprit de Dieu présent en elle ; elle ])ardonne aux pécheurs, elle est déjà |)résent( ment le Royaume des cieux. Ainsi le moude «hrctien ne connaît plus i-icn qui lui soit abscdurnent cxh'rieur {So hnt denn die christliche Welt kein absolûtes Aussen mehr.), mais seulement un exti'rieur relatif qu'il s'est déjà soumis en réalité, et dont il s'agit seulement de nietlre en évidence qu'on en a triomi)hé.
Le monde germanique a re^u la civilisation et la religion de Rome comme d<*s réalités finies. Sans tlout<*, il existait une religion allemande et nordique, mais elle était sans racines profondes dans les esprits. G'est pour- ([uoi Tacite appelle les Allemands securi adçersus Deos. Or, la religion chrétienne (pi'ils adoptèrent était devenue, grâce aux Conciles et aux Pères qui possédaient toute la culture, et plus S])écial("ment toute la culture philosophique du monde grec et romain, un système dogmatique achevé, de même que l'Eglise était une hiérai'chii» complètement constituée. A la langue populaire des Germains, l'Eglise opposa de même une langue complètement évoluée : le latin. Dans l'art et la philosophie, même importation étrangère, (^e qui s'était conservé de philoso- [>hiealexandrine, etai'istotélicienne quant à hi forme, dans les écrits de Roèce et de ([uelques autres, devint pour des siècles la vérité délinitive dans tout l'Occident. On observe dans les formes de la domination séculière la même connexion : des princes goths ou autres se faisaient nommtu* l>atnciens de Rome, <'t plus tard on restaura l'Empire
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romain. Ainsi, le inonde germanique semble extérieurement continuer le monde romain. Mais un esprit tout nouveau vit en lui, esprit qui régénérera le monde, l'esl»rit de liberté qui ne relève que de soi, l'indépendance absolue de la subjectivité. A cette intériorité [Innigkeit) .s'oppose comme absolument hétérogène tout ce qui est contenu {Inhalt). La dillérence et le contraste qui naissent de ces prin(ii)es, c'est l'opposition de V Église et de VÉtat. L'Kglise, d'une part, se développe, en tant que forme d'existence de la vérité absolue ; car elle est la conscience de cette vérité, et en même temps la force efficace qui <on forme le sujet. En face d'elle se dresse la conscience séculière qui est tout entière comprise, avec toutes ses (ins, dans le monde iini, — c'est l'État, qui part de l'état dViine (Gemùt), de la fidélité, de la subjectivité en un mot. L'histoire d'Europe est l'histoire du dévelo2)pement de chacun de ces deux principes, d'abord dans l'Église et dans l'Etat séparément, puis de leur lutte, non seulement l'un contre l'autre, mais aussi au sein de chacun d'eux, puiscpie chacun d'eux est totalité ; enfin c'est l'histoire de la réconciliation de ces contraires.
Nous aurons donc à décrire trois périodes de cette histoire :
La [>reniière commence avec lai^parition des nations î^eiinanîques dans l'Empire romain, avec le premier «h'veloppcmcnl de ces peuples qui, une fois christianisés, prirent ijossession de l'Occident. L'état de sauvagerie et d'extrême naïveté de ces peuples fait qu'au moment où ils apparaissent, ils ne présentent pas un grand intérêt. Le monde chrétien nous apparaît alors sous la forme du christianisme, comme une ma.sse indivise dont le spirituel et le temporel ne sont cjue deux faces dift'érentes. dette époque dure jusqu'à Charlemagne.
Dans la deuxième période, ces deux tendances se développent jusqu'à devenir chacune in<lépendante et à entrer
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€n conflit l'une avec l'autre : l'Eglise sous sa forme ihéocratiqne, et l'Etat sous sa forme de monarchie féodale. Charlemagne s'était allié avec le Saint-Siège contre les Lombards et les partis aristocratiques de Rome; ainsi s'était réalisée l'union du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, et une fois la réconciliation opérée, le Royaume des cieux devait apparaître sur la terre. Mais c'est justement à cette époque qu'au lieu de réaliser le Royaume spirituel de Dieu, Tintériorité du princii^e chrétien seml)le se tourner vers le dehors et sortir d'elle-même. La liberté chrétienne se tourne en son contraire, au point de vue politique comme au point de vue religieux ; elle dégénère soit en servitude rigoureuse, soil en débordements licencieux et en passions brutales. Dans cette période il nous faut relever deux iaits : l'un est la for mation des États qui se fondent sur une hiérarchie d'obéissance, de .sorte ([ue tout se transforme en droit particulari.ste déterminé, et que se perd le sens de la collectivité. Otte hiérarchie de l'obéissance ap[Viraît dans le sys le me féodal. Le deuxième fait (»st l'opposition de l'Église et de l'État. Celte oi)posilion n'existe que par h' fait que l'Église, chargée du soin des iiitcrêls spirituels, s'abaisse à des soucis temporels et que le temporel paraît d'autant j)his digue d'exécration que toutes les passions em|)runtenl le couvert de la religion.
La fin de la seconde et le début de la troisième périodes sont marqués par le règne de Charles-Quint, dans la {u-emière moitié du xvi" siècle. Le temporel semble à présent prendre conscience des droits qui peuvent lui revenir dans la moralité, la loyautc's la probité et l'activité humaines. Par la restauration de la liberté chrétienne, chacun prend conscience <le sa propre raison d'être. Le ppincix3e chrétien a passé par la dure discipline d'un temps de foimation, et c'est par la Réforme qu'il revoit pour la première fois sa vérité et sa réalité.
LE PAXCERMAMSME PIIILOSOPHIorE
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(iCttc ti'oisième période dans l'histoire du monde germanique dure de la Rélorme à nos jours. Le |»rinci[)e de la liberté d<' ! esprit devient la devise universelle, et c'est sui* ce principe que s'étaj^ent les fondements g^énéraux de la raison [)ure i Vernnnft). La pensée lormelle, rintellig"ence raisonnante ^Verstnnd ) était déjà déveloj>pée, mais la pensée n'a reçu son contenu véritable ([ue de la Réiornu», quand s'est réveillée la conscience concrète de la liberté de l'esprit. De là date toute culture de lîi pensée; c'est de là qu'on tire les principes qui serviront à reconstruire TEtat lui-même. 11 sag-ira de réorg-aniser la vie de 1 "l^^tat «le tàcon consciente, conformément à la raison. La coutume, la tradition sont désormais sans vab^ir, les dillerents droits ont à se légitimer en démontrani qu'ils ont un fondement rationn(»l. G'(»st ainsi que, pour la première fois, la liberté de l'esprit entre dans lé réel.
Nous pouvons distinguer ces périodes en règnes du Père, du Fils et de l'Esprit. I^e règne du Père est la masse substantielle et indivise, (lui se modifie simplement, tel le règne <le Saturne «jui <lévore ses enfants. Le règne du Fils est la manifestation de Dieu dans ses rapports avec rexistence séculière ([u'il illumine comme un objet extérieur à lui. Le règne i\{' IKsprit est e(*lui de la réconciliation.
C^es époques peuvent aussi se comparer aux anciens F'^mpires bistoriqu<'s. L'Empire germanique étant l'i'mpire de la totalité, nous voyons distinctement s'y répéter toutes les é[>o(pies antérieures. L'époque de Cbariemagne est analogue à l'Empire pei'se; c'est la période de l'unité substantielle, fondée sur la vie intérieure, sur le co'ur iiicmut), et qui ne distingue pas le spirituel du temporel.
Au monde grec, à son unité tout intellectuelle, correspond l'époque qui va jusqu'à Charles-Quint; l'unité réelle n'existe plus, parce que toutes les piirticularités se sont
cristallisées dans des x)rivilèges et des droits particuliers... La troisième époque est comparal)le au monde romain. L'unité générale y existe, non plus comme unité d'une domination universelle abstraite, mais comme hégémonie de la pensée consciente.
Philosophie der Geschichte ^Philosophie de l'histoire) dans Werke, Edition Eduard Gans, 3*^ édition, 1848, t. IX, p. 4i5; 416-120;