La Renaissance et la Réjornie
Ces trois faits : la restauration des sciences, la lloraison des arts, la découverte de l'Amérique et de la rout(* des Indes, sont comparables à l'aurore qui, après de longs orages, annonce enfin le retour d'un beau jour. Ce jour est le jour de l'Idée universelle, ([ui se lève enfin, après la longue, funeste et elïroyable nuit du moyen âge, jour que signalent l'épanouissement des sciences et des arts et res]>rit de découverte, c'est-à-dire les biens les plus nobles et les plus haut^, parmi ceux que l'esprit humain, alfranchi i)ar le christianisme et (émancipé par l'Eglise, consitlère comme son contenu éternel et véritable
Nous arrivons ainsi à la troisième période de l'Empire germanique et nous entrons dans la période de l'esprit ([ui se sait libre dès qu'il veut la vérité, l'éternel, la généralité en soi et pour soi (das an iind fur sicfi Allgenieine).
Dans cette troisième période, il faut distinguer de nouveau trois moments. Nous consitlérons d'abord la Réforme en elle-même, soleil qui transfigure tout et succède à l'aurore que nous avons vu poindre à la lin du moyen âge; puis l'évolution des temps qui suivent la Réforme ; enfin les temps nouveaux depuis la lin du dernier siècle.
La Réforme est née de hi corruption de l'Eglise...
L'ancienne et toujours vivante intériorité du peuple alleniand accomplira, du fond de son conir simple et droit, cette révolution.
Dans l'Eglise luthérienne, la subjectivité et la certitude de l'individu sont aussi nécessaires que l'objectivité de la vérité. La vérité, pour les luthériens, n'est pas un objet extérieurement tlonné; il s'agit au contraire que le sujet lui-même devieniu? véritable en se déi)ouillant de son
contenu particulier en échange de la vérité substantielle qu'il s'approprie. • C'est ainsi que l'esprit subjectif sairranchit dans la vérité, renie son particularisuio et se retrouve soi-même dans sa vérité. I.a liberté chrétienne devient ainsi réelle. Si l'on ne met la subjectivité que dans le sentiment, sans lui donner ce contenu précis, on s'en tient au vouloir purement naturel.
Proclamer cela, c'est dresser une bannière nouvelle, la bannière la i)lus liante autour de laquelle se rassemblent lespeui)les, la bannière de la liberté de C esprit qui existe par lui-même et qui est dans la vérité, qui n'est ideinement lui-même que daus la vérité. C'est sous ce drapeau que nous servons, c'est ce drapeau que nous portons. T^e temps qui s'est écoulé depuis lors jusqu'à nous n'a pas eu et n'a pas d'autre oeuvre à faire que d'introduire dans le monde ce principe, par lequel la rédemption en soi, et la vérité «ussi, deviennent objectives, du moins liar leur forme. La foi-me est du domaine de la culture; la culture consiste à réaliser la forme de l'Idée générale, à penser. Il faudra maintenant que le droit, la j^ropriété, la moralité, le gouvernement, la constitution, etc., soient déterminés par des principes géui'raux afin d'être rationnels et conformes à l'idée d'un vouloir libre. C'est ainsi seulement (jue l'esprit de vérité peut se manifester dans la volonté subjective, dans l'activité particulière du vouloir; au moment oîi l'intensité de la liberté subjective de l'esprit se résout à prendre la forme de l'Idée générale, l'objectivité de l'esprit peut apparaître. C'est en ce sens que nous dirons que l'Ktat est fondé sur la religion. Les Etats et les lois ne sont autre chose que la religion manifestée dans les condititms du réel.
Le contenu essentiel de la Uélorme, c'est que l'homme est par soi-même destiné à être libre.
IbiiL, p. /;<)(>; /;iH; 4(j9-5oo: 5o2
HEGEL
jo. — La Réforme a dû rester le privili'f>'e
de VAllenidgiie.
l*ourqu()i la Réforme ne s'est-elle répandue que chez certaines nations, pourquoi n'a -t- elle pas pénétré le monde catholique dans son entier? La Réforme est née en Allemagne, et n'a été comprise que par les peuples de pure race germanique, car, hors d'Allemagne, elle n'a pris racine qu'en Scandinavie et en Angleterre. Les peuples latins et slaves s'en sont tenus loin. Même l' Allemagne du Sud n'a que partiellement adhéré à la Réforme...
Les nations slaçes étaient agricoles. (AX*i entraîne des rclaticms de maîtres à valets. Dans l'agriculture, les forces de la nature sont i)rédominantes; l'industrie humaine et l'activité subjective cmt, en somme, peu de I)arl à ce travail. C'est pourquoi les Slaves sont parvenus ]>lus lentement et [dus i)éniblement au sentiment pi'ol'ond du moi subjectif, à la conscience de l'Idée généraleà ce que nous avons appelé le pouvoir de l'h^tat; ils n'ont donc pas pu avoir part à la liberté naissante. Mais les peuples latins : Italiens, Espagnols, Portugais et Français pour une part, n'ont pas été entamés non plus par la Réforme. Sans doute, la violente contrainte extérieure y a été j)our beaucoup, mais on ne peut se contenter de cette exj)lication, car si le sentiment d'une nation exige une chose, nulle violence ne saurait l'enchaîner. On ne peut 2)as non plus dire de ces nations qu'elles aient man- (jué de culture; au contraire, elles étaient peut-être plus cultivées que les Allemands. La cause qui les a empêchées d'adopter la Réforme réside dans le caractère même de ces nations. Mais quelle est cette particularité <le caractère qui fait obstacle à la liberté tic l'esprit? La
LE PAXr.EUMAXISMK PIIILOSOPHIQIE
pure intériorité de la nation germanique était le sol propice à ralIVanchissement de l'esprit : les nations latines, au contraire, sont restées divisées d'àme et de pensée; nées d'un mélange de sang romain et de sang germain, elles ont gardé au fond d'elles-mêmes ces principes Iiétérogènes... Chez les peuples latins api)araît cette division interne, (jui consiste à s'attacher à des Ibrmules abstraites et à ignorer celte totalité de l'esjjrit et du sentiment que nous ap[)elons GeniiH, cette méditation de l'esprit sur lui-même qu'ils ne peuvent connaître, car au fond d'euxmêmes ils sont étrangers à eux-mêmes. Leur sentiment ne sonde jamais la profondeur de Tàme intérieure, car ils sont tout adonnés à des intérêts de détail, et l'esimt infini ne réside pas en eux. Leur àme profonde ne leur appartient pas. Ils la laissent dehors, heureux (pion en prt^nne soin à leur idace. Cette organisation extérieuie à la(iuelleils l'abandonnent, c'est justement l'Kglise... Le caractère fondamental de ces nations consiste à séparer les intérêts religieux et les intérêts séculiers, c'est-à-dire à mettre la division dans la conscience même du sujet; la cause de c<'tte division réside dans leur nature intime qui a x>erdu cette totalité, cette profonde unité. La religion catholique ne préteiul pas essentiellement dominer la vie teini)orelle; la religion, au contraire, demeure une chose indinérentc d'un coté, l'autre côté restant dilférent et indépendant. C'est jioui-quoi les Français cultivés ont une certaine aversion contre le iirotestantisme, cjui leur paraît pédantesque, triste, mesquin dans sa tendance moralisante: car il faut que resjirit et la pensée, dans le t>rotestantisine, aient directement allaire avec la religion; à la messe, au contraire, et dans d autres cirémonies, il est inutile de ])enser; on a devant les veux la majesté d'un spectacle qui parle aux sens, et l'on peut, pemlant ce temps, bavai\ler et ne prêter aucune attention, tout en s'acquittant du nécessaire. [>. r)oG-5o8.
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