‹ Le Pangermanisme philosophique (1800 à 1914) [microform]Chapitre 40 sur 139 · II. V Allemagne est sortie de son humiliation politique · texte numérisé non relu

II. V Allemagne est sortie de son humiliation politique

par les rois de Prusse.

Far la paix de Westphalie, l'Église protestante avait vu reconnaître son indépendance, à la plus grande honte et humiliation de FKglise catholique. Cette paix a passé souvent pour être le palladium de rAUemagne, parce qu'elle a fixé la constitution politique de l'Allemagne. Mais cettt^ constitution n'a fait, en réalité, que consacrer les droits particularistes des divers pays /]ui étaient autant de fragments de la terre allemande. La pensée ou l'image des fins véritables de l'Ktat est totalement absente de ce traité... Ce qui s'y exprime, c'est le triomi^he du [)articularisme absolu, dans lequel c'est le droit privé qui se trouve régler tous le,s rai)i)orts ; c'est un état à' anarchie constituée, jusqu'alors inconnu, c'est-à-dire qu'on pose eu principe qu'un Empire doit être une unité, un tout, mais en même temps toutes les relations deviennent allaire de droit [)rivé, au point que l'on maintient et garantit inviolablement l'intérêt que peut avoir chacun à agir contre l'intérêt collectif, ou à négliger de faire ce que

cet intérêt exige et même prescrit légalement

L'Eglise protestante a plus tard complété ses garanties j)olitiques, lorsqu'un des Etats de sa conlession s'est élevé au rang de puissance européenne indépendante. Cette puissance devait naître avec le protestantisme ; c'est la l*russe qui, entrant en scène à la fin du xvir siècle, a trouvé en Frédéric le (iraïul l'individualité qui l'a sinon fondée, du moins consolidée t^t alfermie, et dans la guerre de Sept ans la guerre qui a servi à ct*tte besogne de consolidaticm et d'alfermissement. Frédéric 11 a ju'ouvé sa puissance en résistant à rEuro[)e presque entière, à la coalition des grandes puissances. Il a joué le rôle de

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champion du protestantisme, non seulement à titre personnel, comme Gustave- Adolplie, mais comme souverain tlun Etat protestiint. Sans doute, la ij^uerre de Se[>t ans n'était pas à l'origine une guerre de religion; elle la pourtant été dans ses résultats, et dans l'esprit de ses soldats, comme dans l'esprit des puissances en lutte. Le pape avait béni Tépée du maréchal Daum, et l'objectif principal des coalisés était de soumettre la Prusse, reml^art de l'Kglise protestante. Mais h' grand Fi-édéric ne s'est pas contenté d'introduire la Prusse comme puissance protestante parmi les grandes puissances de l'Europe ; il a été aussi un roi 2>hiloso})he, phénomène très singulier et unique dans les temps modernes. Les rois d'Angleterre avaient été des théologiens sul)tils, argumentant sur le principe de l'absolutisme ; Frédéric au contraire a saisi le principe protestant par l'aspect séculier; et tout en détestant les polémiques religieuses et n'vi^renant jamais parti, il a eu conscience de l'Idée générale qui est la profondeur dernière de l'esprit et la force consciente de la pensée.

IbicL, p. 525-5a().

GOKKRKS (i^je-iRlS)

Il peut paraître siugulier d'énumérer parmi les aucètres du [)aiigernianisine actuel Joseph Goerres, dont le premier ouvrage fut un traité sur la Paix g'éncralc (Der aUg-etneifu'. Friede, ein Idéal, 174)8), tout inspiré de <« l'inimortei Kant » et de la religion de Fichte. 11 n'y a cependant à constater le pangermanisme de ce kantien pas plus d'étrângeté qu'à reconnaître que sa croyance jacobine n'a pas été de longue durée. Les convictions qui lui ont dicté un projet de liquidation du Saint-Empire, dont le liquidateur serait le général Bonaparte, n'ont pas été tenaces. Lu discours prononcé par Ini, le 18 nivôse an \'l, à la Société jKitviotique de Coblence, avait demantlé que « les droits souverains de Sa Majesté Impériale lussent partagés entre les j)aysans de rKni[)ire ; <iue la République française fût instituée •< unique héritière légitime de toute la rive gauche du Hhin », et qu'elle voulût i)ien accepter ce présent modeste, mais cordialement olfert, comme un témoignage de l'estime et de l'amour des Allemands '). Ce discours eut sa palinodie dès l'an Vlll. Le mépris dont fait preuve son Mémoire sur sa Mission à Paris à l'égard de la nation française délie toute comparaison. Il est (le ces teutomanes ({u'il a aimés entre tous, Klopstock ou Stolberg, (|ui célèbrent la force, la j)ureté, les vertus gernuuiiques avec des paroles et des gestes de matamores, et que la Révolution française un instant devait griser. Ils retournèrent tous à leur culte, quand ils découvrirent qne la Révolution pouvait pent-être changer l'Allemagne. Ainsi Goerres, quand il vint à Paris. Avec une impatience de névrosé, et dénué d'ailleurs de toute maturité i)olitique, il exigeait que la réalité sociale française se conformât à ses rêves lïilighieux. Et comme elle y résistait, il s'en retourna à Coblence, montrant le poing à la France. Il pensait ([ue l'époque contemporaine avait vu trois Révolutions : la Révolution philosophique, la Révolution poétique et la Révolution politique. Les deux premières lui j)araissaient toutes lumineuses et pures, étant allemandes. La troisième, qui était française, lui sembla un infîime délire, dès qu'elle se trouva diUérente de ce qu'il

LE PAXdERMANISME PHILOSOPHIQUE

avait imajciné. La liberté, à laquelle il voulait (juc l'Allemagne rendît an culte, il se la représentait coninie une madone simple, tendre et toute jiure. C'est avec des madones qu'il entendait laire une Révolution. Kt comme elles ne descendaient pas sur la terre, plutôt (jue de courtiser la liberté française « vêtue de soie et de gazes, parée par la mode du jour, et gouvernant avec un despotisme de coquette des esclaves volontaires ., il se voilait la l'ace et l'outrageait. Mais cette Liberté française <pi'il insultait, il en bénéficiait; et ni le Consulat ni l'Empire n'ont persécuté le folliculaire furieux, comme le lit plus tant rAllemagnc -> délivrée ', qui subissait le joug de Metternicli.

La vérité est que (ioerres avait renoncé dès iSoo à son cosmopolitisme. Le romantisme de lieidelberg, celui d'Arnim et de lîrentano, l'avait gagné. Ce romantisme se préoccupait avant tout <!<» restituer la continuité de la tradition allemande dans la mythologie, dans la légende, dans les chants populaires, (ioerres fut associé à ces recherches et à cet apostolat durant les années de son enseignement à Heidelberg (i8o(i- 1808).

In historien de Francfort, J.-Fr. Hoehmer, a [)u dire, non sans raison : " A. lleideli)erg s'est allumée, pour une grande part, la flamme qui, plus tard, a dévoré les Français. »

A Coblence, il enseigna à 1' « Kcole secondaire > sous la surveillance paterne des autorités françaises contre lesquelles il préparait la gue|:e. Ce ([u'on peut appeler la philosophie de (ioerres se forum durant ces années. C'est un étrange composé, où le catholicisme se mêle à la doctrine de Ilerder et de Fichte. Mais dans cet amalgame tout se corrompt, la doctrine lichtéenne, la doctrine herdérienne, connue la doctrine catholique. On a dit de lui cpi'il n'a pas énoncé une idée qui lui appartienne. Mais il a déformé, par fanatisme et dans une aliénation mentale croissante, toutes les idées qu'il a empruntées.

Le catholicisme français a beaucoup ménagé Goerres. On lui en a moins voulu d'exécrer les idées et h» peuple français, dès l'instant qu'il j)rojetait une alliance intime entre la papauté et les peuples. Pourtant, M. (Georges Goyau lui-même doit avouer que . (ioerres est professeur de haine contre la France. •> Il le fut surtout dans ce Hkeiniscner MerLiir (le Mercure Iihénan\ fondé par lui en 1814, et que Napoléon ai)pelait la « cinquième grande puissance » européenne. « L'Allemagne bismarckienne, dira M. (ieorges (ioyau, n'aura qu à relire le Mercure pour s exciter c<mtre la France; et (ioerres avait déjà 'disposé de l'Alsace au nom d'un hypothéticjue droit des langues, plus d'un demi-siècle avant que la Prusse nous l'en-

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